« Covid-19 : l’isolement contraint est-il sanitairement justifié ? »
Le Parisien , Le Figaro , Libération , La Croix
Le Parisien note en effet : « Contraindre davantage, mais pour quelle efficacité ? Dans son intervention télévisée de mardi soir, Emmanuel Macron a dessiné les contours d’une stratégie plus sévère à l’égard des personnes malades du Covid-19 ».
« Le chef de l’Etat n’a toutefois pas abordé le «comment», laissant les parlementaires débattre et prévoir «les conditions pour s’assurer de l’isolement» des cas positifs, ni le «pourquoi» de l’intérêt sanitaire de mesures plus sévères », observe le quotidien.
Le journal relève que « l’isolement contraint des personnes contaminées se justifie, comme arme sanitaire contre le virus, s’il est d’abord effectif. De plus en plus de médecins le réclament ».
Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital parisien Georges-Pompidou, a ainsi déclaré au Monde : « Il n’y a pas d’isolement aujourd’hui dans les faits. Ça ne sert à rien de tester des millions de Français si c’est pour ensuite les renvoyer chez eux lorsqu’ils sont positifs et infecter leur entourage ».
« D’où l’idée […] de revenir à l’obligation de placer les personnes testées positives dans un lieu autre que leur domicile – dans des hôtels par exemple – comme cela avait été expérimenté lors de la première vague de l’épidémie en début d’année », indique Le Parisien.
Dimitri Lavillette, chercheur en virologie à l’Institut Pasteur de Shanghai en Chine, observe : « Ici, les malades ont été installés dans des hôtels ou des gymnases aménagés dès l’apparition de l’épidémie en début d’année. Ils avaient aussi la possibilité de rester chez eux mais, dans ce cas, toutes les personnes vivant à leur domicile étaient elles aussi strictement confinées pendant 14 jours. C’est violent mais très efficace du point de vue épidémique puisque le virus est sous contrôle depuis des mois et nous vivons désormais sans porter de masque depuis mai ».
Le journal interroge : « Une telle sévérité est-elle envisageable en France ? ». Dimitri Lavillette répond qu’« elle se justifie d’un point de vue strictement épidémiologique. Mais elle a été possible parce que le respect des libertés individuelles est beaucoup moins fort en Chine que dans les pays occidentaux. Dans le même temps, c’est d’abord la discipline collective qui a permis d’obtenir des résultats similaires et éviter une seconde vague au Japon ou en Corée du Sud par exemple ».
Le Parisien continue : « Jusqu’où, alors, pousser le curseur de la contrainte ? Le chef de l’Etat n’a pas souhaité évoquer d’éventuelles sanctions ou amendes, ni parler d’«isolement obligatoire». […] Au ministère de la Santé, on s’arrache les cheveux pour trouver la formule la plus équilibrée… et la plus acceptable par la majorité de la population ».
L’entourage du ministre de la Santé indique que « le sujet mérite en effet beaucoup d’attention et plusieurs jours de réflexion. Il s’agit d’inciter fortement à respecter l’isolement sans effrayer. Nous voulons éviter que des gens rechignent à se faire tester par peur de devoir rester à l’isolement, tout en incitant les non-malades à faire davantage attention et à respecter les gestes barrière et le port du masque pour ne pas avoir à être isolées en cas d’infection ».
« Sans compter une autre préoccupation qui mobilise au sein du ministère : la mise en place d’un accompagnement des personnes amenées à être isolées «sur le plan matériel, sanitaire et psychologique», comme l’a appelé de ses vœux Emmanuel Macron », conclut Le Parisien.
De son côté, Le Figaro retient que« l’isolement obligatoire des malades ne fait pas consensus ».
Le journal cite aussi Emmanuel Macron, qui a déclaré : « Si nous voulons éviter un confinement, nous devons être plus contraignants à l’égard de celles et ceux qui ont le virus », « laissant entendre que les personnes ayant des symptômes n’avaient pas été assez responsables », observe le quotidien.
Le Figaro note que « ses propos font écho à ceux du député Olivier Becht, président du groupe Agir ensemble. Dans une lettre adressée au premier ministre le 5 novembre, il réclamait déjà que «l’auto-isolement soit une obligation légale. Le manquement à l’obligation de rester chez soi serait passible d’une amende de 10.000 €. Des contrôles aléatoires seraient réalisés à domicile», écrivait-il ».
Le quotidien fait savoir qu’« Agir a déposé une proposition de loi mercredi. La sanction est revue à la baisse avec une simple contravention de 1500 € «pour ne pas emboliser les tribunaux». Enfin, la période d’isolement serait gratifiée de 30 € par jour, en plus de l’indemnisation de la perte de revenus. L’exécutif n’a pas encore décidé s’il allait s’appuyer sur ce texte pour commencer «le vrai débat démocratique», réclamé par le président sur cette question. Le premier ministre doit en préciser le cadre jeudi ».
Le Figaro note toutefois que « la proposition d’Agir est accueillie avec une prudence extrême par la majorité » et cite notamment Patrick Mignola, président du groupe MoDem : « C’est une contribution au débat qui est intempestive et inadaptée dans son inspiration. Nous demeurerons toujours le groupe qui défend les libertés publiques, qui préférera la responsabilité à la contrainte. […] La question de l’isolement fait partie de la stratégie de lutte contre le virus. Mais entamer le débat par des propositions de sanction me paraît être une très mauvaise idée. Il faut plutôt travailler sur la persuasion et l’accompagnement ».
Libération publie pour sa part un entretien avec le généticien Axel Kahn, pour qui « l’isolement des malades du Covid «est une obligation» ».
Il déclare ainsi que « d’un point de vue sanitaire, c’est une obligation. Si l’on teste et si l’on trace, il faut que les personnes infectées soient isolées, sinon, l’ensemble de la procédure ne sert à rien. C’est l’efficience même de cette stratégie. Et il doit y avoir une forme de contrainte. Sans pour autant donner l’impression de mettre en prison. La mesure ne doit pas être vexatoire. Le président a d’ailleurs indiqué qu’il devait y avoir un débat ».
Axel Kahn poursuit : « Il faut mettre à disposition des personnes infectées des lieux de vie agréables. Et surtout demander des compensations financières au fait de rester chez soi. Il faut également solliciter les collectivités territoriales. Cela demande des moyens supplémentaires. […] Si ces conditions sont réunies, il est impératif d’isoler ces personnes. Cela peut durer 5 jours, suivis de tests antigéniques : si les résultats sont négatifs, la personne pourra sortir de son isolement. […] Il faut commencer dès maintenant à créer les conditions d’acceptation de la mesure ».
La Croix s’interroge également : « Covid-19 : l’isolement des malades bientôt obligatoire ? ».
Le journal relaie aussi la proposition de loi du groupe Agir ensemble, relevant notamment que le texte « prévoit la mise en place de «référents santé», qui accompagnent les malades ». Le député Olivier Becht précise : « Cela peut être des agents de l’assurance-maladie mais aussi des personnes du service civique ou des étudiants qui cherchent un job. La solidarité nationale doit se mettre en œuvre ».
La Croix observe que « l’isolement n’est aujourd’hui pas obligatoire en France, contrairement à des pays voisins comme l’Espagne ou l’Italie ».
Caroline Lantero, maître de conférences en droit public à l’université Clermont-Auvergne, souligne que « la possibilité d’une contrainte pour les malades existe déjà dans l’état d’urgence sanitaire, elle est prononcée comme une mesure individuelle par arrêté préfectoral. La nouveauté avec ce texte, c’est que cela concernerait aussi les cas contacts ».
L’avocate remarque toutefois que la proposition de loi « n’est pas claire sur la portée générale ou individuelle de la mesure, et il n’y a aucune mention de la possibilité de recours et de saisine du juge des libertés et de la détention. Je ne vois pas comment on peut mettre à l’isolement tout le monde par principe ».
La Croix continue : « Outre ces considérations juridiques, le concept même d’obligation ne fait pas l’unanimité ». Dominique Costagliola, épidémiologiste et directrice de recherches à l’Inserm, réagit ainsi : « La coercition n’est pas la meilleure approche en santé publique. Le remède risque d’être pire que le mal. Et si on avait une attitude d’explication et d’accompagnement avant de contraindre et punir ? ».
Date de publication : 26 novembre 2020
Un avis sur « L’isolement contraint, le « casse tête » en France »