Covid-19 : il était « extrêmement difficile d’anticiper » la deuxième vague, assure Jean Castex devant les députés
Dernier responsable à être auditionné par la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire, le premier ministre a défendu la stratégie du gouvernement et estimé qu’il n’y avait « pas de baguette magique ».
Par Chloé Hecketsweiler et Solenn de Royer Publié hier à 03h43, mis à jour hier à 10h30

En guise de conclusion, un long plaidoyer pro domo. Pendant plus de trois heures, mardi soir 17 novembre, à l’Assemblée nationale, le premier ministre, Jean Castex dernier responsable à être auditionné par la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise , a défendu devant les députés la politique sanitaire du gouvernement.
Brandissant graphiques et courbes en appui de sa démonstration, le chef du gouvernement a notamment dû expliquer pourquoi l’exécutif avait semblé si surpris par l’arrivée de la deuxième vague cet automne, alors qu’il avait eu plus de quatre mois pour s’y préparer, depuis le déconfinement du 11 mai.Article
Plus ou moins sous contrôle à la rentrée, grâce à des mesures de freinage ciblées par région, l’épidémie s’est « brutalement » accélérée en octobre, « pour des raisons que les scientifiques eux-mêmes n’expliquent pas bien », a-t-il avancé. Une accélération pandémique qui a pris tout le monde « de revers » et qu’il était« extrêmement difficile d’anticiper », a ajouté Jean Castex, en arguant qu’aucun autre pays européen n’avait fait mieux.
Le premier ministre a toutefois noté que la possibilité d’une deuxième vague« était connue de tout le monde et le risque d’un reconfinement prévu ». Cette éventualité faisait partie du rapport qu’il avait remis à son prédécesseur Edouard Philippe au printemps, au terme de sa « mission déconfinement » à Matignon. Jean Castex avait alors préconisé une série de dispositions afin de préparer le système hospitalier à l’éventualité de cette deuxième vague.
Ne pas « baisser la garde »
Face à des députés un peu las, le premier ministre est revenu sur les 10 000 lits de réanimation promis par Emmanuel Macron et le ministre de la santé, Olivier Véran, pour faire face à la seconde vague. Ce chiffre répété à différentes occasions, parfois gonflé à 12 000 voire à 14 000 lits, avait été qualifié d’« illusoire » par de nombreux réanimateurs. « Le problème, ce n’est pas les lits, mais les bras », s’étaient-ils agacés.
Aucun plan détaillé n’a jamais été présenté par le gouvernement pour étayer ce chiffre, mais devant les députés, Jean Castex a tenu à clarifier ce qui serait un malentendu. « Il n’a jamais été question, en un mois, deux ou six, d’augmenter le nombre d’infirmiers spécialisés ou de médecins anesthésistes-réanimateurs. Aucun pays ne l’a fait, c’est impossible », a-t-il admis. « Ce que nous faisons (…), c’est réallouer les ressources pour les affecter à la réanimation », a-t-il précisé, expliquant qu’« il n’y avait pas de baguette magique ». Le chef du gouvernement a appelé les Français à ne pas « baisser la garde », car la situation dans les hôpitaux reste « tendue ». « Il faut à tout prix éviter de mettre les médecins dans ce dilemme éthique consistant à choisir les patients », a-t-il rappelé.
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Le chef du gouvernement n’a pas caché la difficulté de « calibrer » des décisions dans un contexte aussi mouvant. Il a insisté sur la nécessaire « balance bénéfice risque » pour chaque mesure envisagée. D’où le choix de laisser les écoles ouvertes pendant ce deuxième confinement, même si « on sait que ça amène plus de gens à sortir de chez eux » avec le risque que les effets de ce reconfinement s’en trouvent « amoindris ».
Tranchant avec la plupart des ministres ou hauts fonctionnaires ayant défilé devant la commission d’enquête sans se livrer à la moindre autocritique, le premier ministre a reconnu des erreurs, notamment le fait d’avoir déconfiné « un peu trop » le pays. Mais il a également reproché aux Français d’avoir « cru que cette pandémie était derrière nous ». « Ce qui reste comme le premier rempart pour lutter contre elle – le respect des gestes barrières, le port du masque, la distanciation sociale, le lavage des mains – n’a peut-être pas été respecté avec suffisamment de zèle », a-t-il regretté. Il a rappelé que les Français n’étaient pas prêts cet été à accepter de nouvelles mesures restrictives. Or, a-t-il ajouté, « la démocratie, c’est l’acceptabilité ».
« Eviter le stop-and-go »
Alors que les Français manifestent une certaine lassitude dans cette crise qui dure, Jean Castex a rappelé que « la priorité des priorités » pour le gouvernement « est d’abord d’éviter des morts ». Le premier ministre a prévenu que le déconfinement, qui pourrait intervenir début décembre si les indicateurs sont bons, ne serait pas pour autant « un retour à l’ante confinement ». Tout en laissant la porte ouverte à une réouverture des petits commerces, il a évoqué « des dispositifs de freinage qui perdureront », plaidant pour des mesures dans la durée, afin d’« éviter le stop-and-go », soit l’alternance de périodes de confinement et de déconfinement.
Cette phase devra être marquée par un accroissement de « la politique de tests », avec le déploiement des tests antigéniques, moins fiables mais plus rapides que les PCR. Interrogé sur la question de l’isolement, le premier ministre a indiqué que toutes les options – obligation, sanctions – étaient « sur la table » pour le faire respecter. Il a cependant souligné les obstacles pratiques et juridiques d’une telle approche et une certaine incompatibilité avec « les mentalités de nos concitoyens ».
Tout au long de l’audition, Jean Castex qui connaît des difficultés pour s’imposer à Matignon depuis son arrivée en juillet, s’est décrit comme un premier ministre « au front », soucieux de l’intérêt général et de la protection des Français.
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Contrairement à son prédécesseur Edouard Philippe, qui avait dénoncé devant la commission d’enquête la judiciarisation qui menace l’action publique, lui a assuré ne pas être hanté par ce risque. « Si je commence à penser à ma responsabilité personnelle ou pénale, je ne suis pas sûr que je prendrais les décisions dans l’intérêt du pays », a-t-il indiqué, en précisant qu’il avait intériorisé ce risque.