Végétaliser les villes: un risque pour certains architectes d’agir en dépit du bon sens.

Urbanisme : la poussée des villes-forêts divise les architectes paysagistes

Partout dans le monde, les grandes métropoles développent des projets de végétalisation, pour rafraîchir les villes et lutter contre le réchauffement climatique. Avec le risque, dénoncé par certains spécialistes, d’agir en dépit du bon sens. 

Par Emeline Cazi  Publié le 14 novembre 2020 à 08h33 – Mis à jour le 15 novembre 2020 à 16h11

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/11/14/urbanisme-la-poussee-des-villes-forets-divise-les-architectes-paysagistes_6059724_3234.html

Vue de la « forêt urbaine » du quartier d’affaires d’Otemachi, à Tokyo, conçue en 2009 par le paysagiste Michel Desvigne.
Vue de la « forêt urbaine » du quartier d’affaires d’Otemachi, à Tokyo, conçue en 2009 par le paysagiste Michel Desvigne. TARO ERNST

Dimanche 4 octobre aux aurores, quatorze platanes quinquagénaires étaient abattus quai d’Ivry, à Paris ; huit autres l’étaient le dimanche suivant. Les alertes de la fédération France Nature Environnement n’y ont rien changé. Un nouveau quartier doit voir le jour sous les bretelles du périphérique, la piste cyclable à double sens et la voie de bus doivent être élargies. « J’ai vu le Tweet trois jours avant, j’ai aussitôt demandé un sursis à exécution », assure Christophe Najdovski, adjoint de la maire de Paris, Anne Hidalgo, chargé de la végétalisation de l’espace public. « Le coup était déjà parti. Mais c’est typiquement le genre de choses à ne plus reproduire », admet-il.

A l’heure où la nouvelle équipe parisienne promet 170 000 plantations,cinq forêts urbaines et un plan local d’urbanisme plus protecteur du végétal, la coupe de ces grands troncs heurte les esprits. C’est que l’arbre des rues n’est plus celui contre lequel on peste parce que les feuilles bouchent les chéneaux ou rendent les trottoirs glissants, relève une exposition qui lui est consacrée à Lyon, « La ville-forêt ». Il est celui qui sauvera les villes, du moins celui sans qui celles-ci seront bientôt invivables. Les élus en réclament à tout-va, les architectes font pousser érables et ficus sur n’importe quel bout de terrasse. Au risque d’en oublier parfois l’objectif recherché.A

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Initialement programmée jusqu’en décembre, l’exposition sur la ville-forêt présentée dans les locaux du conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Rhône, visible aussi en ligne, est l’aboutissement d’une réflexion menée depuis trente ans dans une ville où l’urbanisme des « trente glorieuses » a fait des ravages. L’échangeur de Perrache en lieu et place du cours de Verdun, l’équivalent du Champ-de-Mars à Paris, en est le stigmate le plus saillant, « mais c’est tout l’héritage du XIXe siècle des parcs et jardins qui a été détruit », résume Frédéric Ségur, spécialiste des arbres et du paysage de la métropole lyonnaise.

« Un arbre, c’est cinq climatiseurs »

Or, dans une ville où le climat en 2050 sera celui de Madrid aujourd’hui, où des différences de 10 °C sont déjà ressenties entre les quartiers centraux et la périphérie en plein mois d’août, les frondaisons du second Empire manquent cruellement. « Après la canicule de 2003, une étude de l’Inserm a fait le lien entre les îlots de chaleur urbains et un taux de surmortalité de 80 %. Avec ne serait-ce que 1 ° C en moins la nuit, on aurait pu empêcher 20 % de mortalité », rappelle Frédéric Ségur.

L’heure est donc à la plantation massive. Lyon a son plan Canopée pour 2030. A Paris, le paysagiste Michel Desvigne, qui a déjà reconstitué un bois de bouleaux dans une cour HLM du 19e arrondissement, et planté une « forêt » dans le quartier Otemachi de Tokyo, réfléchit au moyen de renouveler l’expérience sur le parvis de l’Hôtel de ville et la place de la Bourse, en lieu et place du premier niveau de parking. Il est aussi question de couvrir les talus du boulevard périphérique selon les principes du botaniste japonais Akira Miyawaki – densifier au maximum, éclaircir après. Quant à l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), il a recensé les kilomètres de rues végétalisables, notamment celles de l’hypercentre, très minérales.

En plus de rafraîchir la ville, les arbres absorbent le CO2, les particules fines, retiennent les eaux de pluie, limitent les éboulements de terrain

Le mouvement est mondial. Au vu de l’urgence, les habitants sont appelés en renfort. « Si chacun plante un ou deux arbres, ce sont des centaines de milliers d’arbres dans la métropole », insiste Frédéric Ségur, à Lyon. En Amérique du Nord, en Allemagne, ou à Brisbane (sur la côte est australienne), les « tree planting day » et « national tree day », financés par les grandes banques et constructeurs automobiles, rassemblent des milliers des volontaires.

A chaque repiquage de châtaignier ou de bouleau, des compteurs sur Internet informent les citoyens des économies réalisées pour le système de santé, le secteur de l’énergie, de l’eau. A Toronto et Vancouver, au Canada, les panneaux indiquant la valeur financière sont fixés directement sur le tronc. Car en plus de rafraîchir la ville – « un arbre, c’est cinq climatiseurs », confirme Anaïs Prével, architecte paysagiste à l’agence d’urbanisme de Lyon –, les arbres absorbent le CO2, les particules fines, retiennent les eaux de pluie, limitent les éboulements de terrain. Ils hébergent aussi les chauves-souris, les grimpereaux des bois, les sittelles torchepot ou autres passereaux.

« C’est une arnaque »

Un dollar investi, c’est 5 dollars par an rapportés à la collectivité, résument les économistes américains. « Rapporté à l’échelle de Lyon, cela signifie que la canopée actuelle représente 1,9 million d’euros de dépense évitée pour le système de santé, car c’est moins de problèmes respiratoires, et moins d’allergies », assure Anaïs Prével.

Les New-Yorkais ont évidemment relevé le défi, lancé par l’ancien maire Michael Bloomberg, de planter 1 million d’arbres en dix ans. Une cérémonie a été organisée, en octobre 2015, à Joyce Kilmer Park, un petit parc du sud du Bronx, pour célébrer le millionième sujet, un orme de Chine. Mais ce que la belle histoire ne dit pas, c’est que certains de ses congénères n’ont pas survécu aux trois premières années, les plus délicates.

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« Sous prétexte de végétaliser la ville, de faire baisser la température, on plante n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment. Mais planter des oliviers en pot ne résoudra pas les canicules urbaines. C’est une arnaque », s’agace Caroline Mollie, architecte paysagiste et autrice de Des arbres dans la ville. L’urbanisme végétal (Actes Sud, 2009, réédition juin 2020, 256 pages, 36 euros).

Elle n’a pas de mot pour décrire le projet d’« arbres flottants » de Copenhague, dont les premières images ont inondé les agences à l’été 2020. Un tilleul vogue sur un îlot en bois recyclé de 20 m². Ici, un trentenaire se prélasse à côté de sa barque. Là, trois amis arrivés en kayak prennent l’apéro. « Evidemment, c’est séduisant. Mais quel avenir pour ces arbres ? On est sur du vivant ou pas ? Quand ils dépériront, on les mettra au rancart et on en plantera d’autres à la place ? »

« Symbolisme de l’écologie »

Même réaction outrée au sujet du programme de plantation de 3 millions d’arbres à Milan, ou encore, dans la même ville, du « Bosco verticale » (« bois vertical », 2014) de Stefano Boeri, dont les deux tours entièrement couvertes de végétation ont été plusieurs fois primées. « Mais combien de béton supplémentaire a-t-il fallu pour soutenir le poids de la terre sur chaque balcon ? », interroge à son tour l’architecte suisse Philippe Rahm, auteur d’une Histoire naturelle de l’architecture (Editions du Pavillon de l’Arsenal, 312 pages, 24 euros) et commissaire de l’exposition du même nom au Pavillon de l’Arsenal, à Paris.

Il émet les mêmes réserves pour les forêts parisiennes sur parking. « Sur une étude à la Défense, on avait calculé que les soixante-dix premières années de vie des arbres serviraient à absorber le CO2 émis par le renforcement des infrastructures. Avec ces projets, on est plutôt dans un symbolisme de l’écologie, explique Philippe Rahm. On surfe sur l’idéal imaginaire de la nature qui résoudrait les problèmes. Mais, au niveau du climat, ça ne fonctionne pas réellement. » 

A Melbourne, le programme de reforestation lancé en 2012 ne prévoit « que » 3 000 pieds pour 4,5 millions d’habitants

« Et comment arrosera-t-on ces grandes jardinières quand l’eau viendra à manquer ? », soulève Christine Nedelec, présidente de l’association France Nature environnement Paris. A Lyon, le problème a été résolu en transformant un passage souterrain de la rue Garibaldi, une ancienne autoroute urbaine désormais « voie apaisée », en réservoir d’eau pluviale. Depuis deux ans, on teste l’irrigation en période de canicule. Mais cette solution n’est pas duplicable partout.

Face à cette frénésie arboricole, Caroline Mollie rappelle qu’« un arbre, pour qu’il donne son maximum d’effet, doit avoir au moins une trentaine d’années. Mais plus personne ne respecte le temps du végétal. Je suis prête à me battre pour ces principes fondamentaux : planter jeune, petit ». Et planter moins, mais mieux. A Melbourne, le programme de reforestation lancé en 2012 pour compenser les pertes liées au réchauffement climatique ne prévoit « que » 3 000 pieds pour 4,5 millions d’habitants. « Il s’agit de favoriser le développement de belles couronnes susceptibles de régénérer l’air au mieux et de dispenser le maximum d’ombrage en plantant les bons arbres aux bons endroits », poursuit Caroline Mollie.

Le végétal, c’est aussi du beau, de l’esthétique

« Il y a aussi d’autres façons de rafraîchir les villes », insiste Sébastien Giorgis, paysagiste-conseil de l’Etat et adjoint à la maire (PS) d’Avignon. Les rues des villes du Sud sont très minérales, « pourtant, on résiste mieux à la chaleur qu’ailleurs »« La mondialisation des réponses n’est peut-être pas la solution. On oublie trop souvent la dimension culturelle du lieu », observe-t-il. Il n’y a pas un arbuste sur la place Jemaa-El-Fna, à Marrakech ; à Nyons, dans la Drôme, les oliviers sont sur les collines, et non sur les places en pot. « Mais les rues sont étroites. A Avignon, les cœurs d’îlot sont très plantés. La nuit, l’air circule, et, le matin, on ferme les fenêtres. » Il ne nie pas l’aspiration au vert, « mais il y a d’autres façons d’y répondre qu’avec ce concours de celui qui affichera le plus grand nombre d’arbres ».  

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Cette tendance à planter partout « sans prendre le temps de réfléchir où l’installer » réduit parfois l’arbre à un équipement public, déplore l’architecte Pascale Richter qui, pour son centre de soins psychiatriques à Metz, en Moselle, prix de l’Equerre d’argent 2018, a veillé à ce que chaque salle de consultation, chaque salle d’activité, chaque salle de repos donnesur un pin sylvestre, un mirabellier ou un prunus. Car le végétal, c’est aussi du beau, de l’esthétique.

Et du soin. Il est maintenant prouvé que les patients restent moins longtemps à l’hôpital lorsque leur chambre a vue sur un arbre. En 2018, une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association(JAMA) rapportait qu’« à Philadelphie la transformation d’une friche en espace vert a fait chuter de 4 % le nombre d’habitants du quartier déclarant un état dépressif ». Les Japonais ont recours depuis longtemps aux pouvoirs apaisants de la nature. Contre le stress, les médecins prescrivent des bains de forêt, ou shinrin-yoku, sur ordonnance.

Emeline Cazi

Les forêts urbaines, bon moyen d’atténuer la canicule dans les villes ?

Le paysagiste Michel Desvigne, dont le travail a inspiré les projets en cours à Paris, explique qu’elles peuvent aider à réduire « les îlots de chaleur ». 

Propos recueillis par Grégoire Allix  Publié le 25 juillet 2019 à 00h15 – Mis à jour le 25 juillet 2019 à 13h02

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/07/25/les-forets-urbaines-font-sens-dans-les-villes-denses_5493101_3234.html

La « forêt urbaine » du quartier d’affaires d’Otemachi, à Tokyo, conçue en 2009 par Michel Desvigne, photographiée ici en 2016.
La « forêt urbaine » du quartier d’affaires d’Otemachi, à Tokyo, conçue en 2009 par Michel Desvigne, photographiée ici en 2016. TARO ERNST

Quatre « forêts urbaines » à Paris : c’est peu de dire que l’annonce d’Anne Hidalgo, au mois de juin, a suscité un certain scepticisme. Comment la maire (PS) de la capitale espère-t-elle créer de véritables bois devant l’Hôtel de ville et la gare de Lyon, derrière l’Opéra Garnier et sur les voies sur berge ?

Cette idée, c’est le paysagiste Michel Desvigne qui l’a – involontairement – inspirée à l’équipe municipale en proposant, avec l’architecte Richard Rogers, de transformer en petite forêt les abords de la tour Montparnasse, un projet officiellement désigné, le 11 juillet, lauréat de la consultation lancée par la municipalité pour transformer ce quartier.

Grand nom du paysage, actif dans le monde entier, Michel Desvigne, 61 ans, a planté une forêt dès son premier projet parisien : en 1989, à l’intérieur de l’étroite cour de l’ensemble de logements sociaux conçus par Renzo Piano rue de Meaux, dans le 19e arrondissement, il crée un simple petit bois de 110 bouleaux, à une époque où la profession rivalise de jardins savamment dessinés.

Trente ans plus tard, alors que l’adjoint d’Anne Hidalgo chargé de l’urbanisme, Jean-Louis Missika, évoque la création d’un réseau de « vingt à trente forêts urbaines » au cours de la prochaine mandature et que la nature en ville est considérée comme l’un des meilleurs moyens de lutter contre les fortes chaleurs, le paysagiste détaille la faisabilité de ces plantations ainsi que les limites du concept.Article réservé à nos abonnés 

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« Forêt urbaine », réalisée dans l’ensemble de logements sociaux conçus par Renzo Piano, rue de Meaux, à Paris, en 2003.
« Forêt urbaine », réalisée dans l’ensemble de logements sociaux conçus par Renzo Piano, rue de Meaux, à Paris, en 2003. MDP

Qu’est-ce qui caractérise une « forêt urbaine » comme celles que Paris projette ?

C’est une typologie de paysage miniature relativement neuve dans notre culture, qui fait sens dans les villes denses. Par la densité et la continuité des plantations, par la palette végétale, il s’agit d’évoquer un espace naturel composé, non comme une architecture, mais comme un milieu vivant, avec la couche arbustive, les fougères, les lianes, les arbrisseaux, les grands arbres…

On a longtemps considéré ce type de végétation comme de la broussaille. Mais je suis un partisan de la grande densité de plantation et de sa gestion dans le temps, avec des éclaircissements comme on le fait en forêt. Par foisonnement, cela peut atteindre un certain effet environnemental, atténuer ponctuellement le phénomène d’îlot de chaleur, même s’il faut être très prudent. Tout le monde raconte des salades très prometteuses, mais l’évaluation est très compliquée.

Le concept s’inspire de votre travail dans le quartier d’Otemachi, à Tokyo…

Dans ce grand quartier d’affaires comparable à la Défense, j’ai été chargé en 2009 de concevoir une petite forêt de 3 600 mètres carrés, sur un site d’un hectare au pied d’une tour qui allait être reconstruite, sur un sol entièrement artificiel : on est sur une dalle, sur le toit d’une gare et d’un ensemble de bâtiments enterrés. Ce sol a été conçu pour donner place à une forêt de plus de 200 arbres. On n’est pas en pleine terre, c’est un artifice, mais il y a largement le volume de terre pour donner une réelle pérennité à cet hectare.

La « forêt urbaine » du quartier d’affaires d’Otemachi, à Tokyo, conçue en 2009 par Michel Desvigne, photographiée ici en 2016.
La « forêt urbaine » du quartier d’affaires d’Otemachi, à Tokyo, conçue en 2009 par Michel Desvigne, photographiée ici en 2016. TARO ERNST

Les arbres ont été précultivés pendant cinq ans dans les montagnes autour de Tokyo, plantés à l’identique, pour qu’ils grandissent et se forment ensemble, avant d’être apportés sur place. Cinq ans après la transplantation, j’observe que ça marche très bien. Dans cette ville où il fait autrement plus chaud qu’à Paris, la constellation de jardins de poche et de petites forêts de ce quartier très dense donne un confort de fraîcheur très important. Cela va au-delà du décor.

Le résultat sera-t-il comparable sur la dalle de Montparnasse ?

Nous allons avoir des densités et des continuités importantes : plus d’un hectare de surfaces végétales au sol et près de 2 000 arbres. Ce n’est pas négligeable. On y trouvera toute la palette des essences forestières d’Ile-de-France, des chênes, des trembles, des charmes, des bouleaux, des frênes… et un sous-bois très présent, qui correspond aux conditions de lumière d’un quartier dense. Un certain nombre d’arbres seront plantés sur des surfaces minérales : comme à Otemachi, l’étage des frondaisons sera continu, mais l’étage du sous-bois ne le sera pas, pour que les piétons puissent circuler.

Le jardin que j’ai créé pour un immeuble du ministère de la culture en 2011 peut être considéré comme une maquette de ce que nous allons faire à Montparnasse : sur 170 mètres carrés, nous avons reconstitué une petite forêt d’Ile-de-France avec mille plantes de cent essences différentes rigoureusement organisées par strates, dont 86 arbres. Dans une forêt, une dizaine d’étages de plantes coexistent. On a dessiné un plan des plantations étage par étage, tenant compte de ce qu’il y a au-dessous et au-dessus.

Jardin créé pour un immeuble du ministère de la culture en 2011, à Paris.
Jardin créé pour un immeuble du ministère de la culture en 2011, à Paris. MDP

Le sous-sol des villes est encombré de tuyaux, de métros, de parkings… Comment atteindre une épaisseur de terre suffisante ?

Sur Montparnasse, on a beaucoup travaillé avec les ingénieurs pour connaître les réseaux et les infrastructures souterrains. Ce n’est pas une implantation au hasard.

En réalité, ce n’est pas tant une question de profondeur que de volume et de continuité des sols, qui permettent d’atteindre une masse critique de végétaux. Sur une dalle ou un toit, on ne peut pas mettre 2,50 mètres de terre, sinon on effondre la construction. Mais on peut planter des charmes, des bouleaux, des érables dans 70 centimètres de terre. C’est un jeu de composition qui part des contraintes physiques des constructions, que l’on doit croiser avec notre souhait de recomposer un milieu vivant, avec des végétaux qui nécessitent des sols plus ou moins profonds et que l’on place aux bons endroits.

Pour la future extension en mer de Monaco, sur un bâtiment de Renzo Piano, nous composons une colline plantée de six hectares sur un milieu totalement artificiel : on utilise chaque creux, chaque alvéole, chaque accident de la construction pour pouvoir installer un sol, planter des arbres. On utilise parfois des matériaux allégés, comme du polystyrène, couvert d’une couche de terre et de lierre, de fougères, de graminées, pour compléter le relief et donner l’illusion de la continuité.

C’est comme une sculpture qui vise à donner le maximum de volume de terre possible tout en tenant compte des contraintes de charge et d’évacuation de l’eau.

Ces dispositifs sont-ils coûteux ?

Non, ce n’est pas spécialement cher ! Par rapport à un savant pavage dessiné par un architecte, ce n’est pas grand-chose. Ce qui coûte cher, ce sont les surfaces minérales, les constructions, les objets…

Ce modèle de forêt urbaine peut-il être généralisé ?

Si nous le faisons à Montparnasse, c’est que ce quartier est tout à fait singulier, hors d’échelle, avec des bâtiments tout en démesure par rapport au milieu parisien. Mais c’est un périmètre limité : à un moment, on retrouve des vraies avenues, avec des alignements d’arbres. Ce modèle des forêts urbaines n’a pas forcément vocation à proliférer. Cela ferait sens dans des endroits comme la Défense et bien des quartiers du XXe siècle où l’espace public a été traité d’une manière un peu pauvre.

Mais il y a à Paris des typologies d’espaces publics inventées par le baron Haussmann et l’ingénieur Adolphe Alphand qui sont d’une grande beauté et qui sont l’identité de cette ville. Il ne s’agit pas de substituer à cela quelque chose qui pourrait relever d’un effet de mode.

Grégoire Allix

Les forêts verticales s’enracinent en ville

A l’image des tours du Bosco Verticale, à Milan, l’architecture se couvre d’arbres, jusqu’à camoufler les bâtiments. Nombre de projets en sont à la phase préparatoire. 

Par Grégoire Allix  Publié le 01 mars 2018 à 06h36 – Mis à jour le 01 mars 2018 à 12h05

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/03/01/les-forets-verticales-s-enracinent-en-ville_5263987_3234.html

La Tour Occitanie, à Toulouse, près de la gare Matabiau.
La Tour Occitanie, à Toulouse, près de la gare Matabiau. DANIEL LIBESKIND/LUXIGON

Une forêt qui s’enroule comme un ruban jusqu’à 150 mètres de hauteur autour d’un gratte-ciel de verre : plantée de quelque 500 arbres et arbrisseaux, la tour Occitanie, dessinée par l’architecte américain Daniel Libeskind, doit s’élever au-dessus de la gare Matabiau et du canal du Midi, à Toulouse. Son promoteur, la Compagnie de Phalsbourg, a acquis les terrains en janvier. Le permis de construire doit être déposé d’ici au mois de juin. Livraison prévue fin 2022… sauf si le projet trébuche sur les recours d’un collectif d’opposants, courroucés de voir une tour tutoyer le ciel de la Ville rose.

Des chantiers du Grand Paris à ceux de Nanjing (Chine), d’Utrecht (Pays-Bas) ou de Lausanne (Suisse), l’architecture commence à se couvrir de grands arbres, jusqu’à camoufler les bâtiments en forêts… Au moins sur le papier : la plupart de ces édifices sont encore à l’état de vues en 3D et de maquettes.

Leur modèle : le Bosco Verticale (« forêt verticale »), deux tours de logements inaugurées, en 2014, à Milan, en Italie, par l’architecte Stefano Boeri. Mélèzes, cerisiers, pommiers, oliviers, hêtres… Les deux bâtiments de 110 mètres et de 76 mètres de haut portent sur leurs profonds balcons quelque 20 000 plantes et arbres, autant que deux hectares de forêt. « Ces deux tours sont un prototype, il faudra encore quelques années pour en mesurer tous les effets, mais elles ont permis que ce concept soit enfin pris au sérieux », se félicite l’architecte milanais.

« Partie intégrante de l’architecture »

Pas si simple de faire pousser une forêt en façade, en altitude et en plein vent, dans ce milieu écologique hybride qu’est la ville. « Si on se contente de 30 cm de terre, on ne fait pas pousser des arbres, il faut plus d’un mètre de terre dans des balcons capables de supporter d’énormes charges, prévoir des systèmes d’irrigation, d’élagage… Ce n’est possible que si la végétalisation est pensée dès l’origine comme partie intégrante de l’architecture, et non ajoutée a posteriori par un bureau d’étude technique », explique l’architecte et paysagiste Nicolas Gilsoul, qui a conçu la tour Occitanie avec Daniel Libeskind.

A Villiers-sur-Marne, un prototype de tour végétale, déssiné par Stefano Boeri.
A Villiers-sur-Marne, un prototype de tour végétale, déssiné par Stefano Boeri. Stefano Boeri Architetti

Pour ses forêts verticales, Stefano Boeri dit partir de la végétation : « La façade, c’est le vide laissé entre les terrasses et les balcons en fonction de la trajectoire de croissance des arbres. » A Castelnau-le-Lez (Hérault), pour faire pousser un laurier d’Apollon de six mètres sur chacune des 116 terrasses de l’ensemble de logements Prado-Concorde, les architectes Denis Valode et Jean Pistre ont conçu des balcons à section oblique, offrant 1 mètre de terre tout en donnant aux façades une impression d’envol.

Autre contrainte : le choix des essences, positionnées selon leur résistance au soleil, au vent, à l’humidité… et selon le besoin d’ensoleillement des occupants du bâtiment. « Je travaille avec des botanistes locaux sur les choix d’espèces autochtones. Pour mon projet à Utrecht, je choisis des espèces qui laissent passer le soleil ; à Milan, on a planté des arbres à feuillage caduc au nord, mais persistant au sud », détaille Stefano Boeri. Sur la tour de Toulouse, Nicolas Gilsoul multiplie les essences, dont l’énumération fait rêver : genêts, genévriers, arbousiers, pistachiers, grenadiers, chênes verts, acanthes, romarin…

Un projet à 550 millions d’euros

Des tests de résistance au vent seront effectués dans une soufflerie du Centre scientifique et technique du bâtiment, à Nantes. Mais à 150 mètres dans le ciel, une autre difficulté se fait jour : « Il faut créer un milieu vivant à un niveau où il n’y a plus d’insectes pollinisateurs, donc créer un jardin anémophile, pollinisé par le vent, sans polluer l’environnement du canal avec des espèces invasives », explique le paysagiste. Pour évoquer, au sommet de la tour, les cimes enneigées des Pyrénées, Nicolas Gilsoul a choisi des espèces au feuillage argenté, érables panachés, oliviers de Bohême…

Une des clés du succès : planter des arbres qui ont déjà bien entamé leur croissance. A Milan, les plantes ont été élevées en pépinière plusieurs années avant l’arrivée des habitants. Pour son spectaculaire projet de bâtiment-pont au-dessus du périphérique parisien, baptisé Mille arbres, l’architecte Manal Rachdi va planter quelque 400 arbres sur les toitures, 500 autres au premier niveau et une centaine dans des patios. Erables du Japon, pins rouges, cerisiers, chênes de Troie ou d’Arménie… « On ne se contente pas de planter des graines dans un peu de terre : nous livrons la nature avec le bâtiment, des arbres de plusieurs mètres de haut qui vont arriver par hélicoptère », assure l’architecte. Le volet végétal représente plus de 5 millions d’euros, sur les 550 millions de coût estimé du projet…

La qualité des projets soutient le prix du mètre carré et assure une bonne publicité, mais les forêts verticales érodent sensiblement la rentabilité immédiate des bâtiments

« Réussir ce genre de bâtiment demande un soutien très fort du promoteur », reconnaît Nicolas Gilsoul. Derrière la plupart des projets de ce type en France, on trouve la Compagnie de Phalsbourg. Le promoteur, qui s’est fait connaître en soignant par les plantes les centres commerciaux d’entrées de villes, fait son entrée dans la cour des grands projets urbains, avec un credo : « Créer de beaux paysages urbains en mixant nature et architecture », résume son PDG, Philippe Journo. Cet amoureux des arbres va choisir lui-même certaines essences, comme il l’a fait pour l’acacia qui trône dans ses locaux de la place Vendôme, à Paris.

Vue d’artiste du projet Mille arbres, à Paris.
Vue d’artiste du projet Mille arbres, à Paris. Sou Fujimoto Architects et Manal Rachdi/OXO Architects

La qualité des projets soutient le prix du mètre carré et assure une bonne publicité, mais les forêts verticales érodent quand même sensiblement la rentabilité immédiate des bâtiments… « Nous pouvons nous permettre ce surcoût parce que nous sommes investisseurs, et pas seulement promoteurs : nous gardons la gestion des bâtiments, nous raisonnons sur le long terme. Nous nous engageons à entretenir ces plantations pendant au moins dix ans, nous sommes la seule foncière à salarier nos propres jardiniers ! », s’amuse M. Journo.

Contrer le réchauffement global et favoriser la biodiversité

Pourquoi se compliquer ainsi la vie ? Ne dites pas aux architectes que c’est pour faire joli. Premier objectif : contrer le réchauffement global. « Les trois quarts des émissions de CO2 sont produites en ville, or le CO2 est un fertilisant pour les arbres, les forêts absorbent 40 % des émissions des combustibles fossiles. Il faut combattre l’ennemi sur son terrain », estime M. Boeri. Les arbres atténuent la canicule en été. Leur canopée maintient les bâtiments au frais, limitant la climatisation. Deuxième atout : respirer mieux. Les arbres aident à lutter contre la pollution, notamment les microparticules, un rôle « particulièrement utile au-dessus du périphérique parisien », souligne Manal Rachdi.

Dernier argument : la biodiversité. « Avec Mille arbres, nous créons un vrai écosystème à l’échelle d’une forêt. La nature va prendre le dessus : il y aura des oiseaux, des papillons, des petits animaux », assure M. Rachdi. « A Milan, quinze espèces d’oiseaux ont nidifié sur les tours : des faucons, des martinets ! », se félicite Stefano Boeri. Et 9 000 coccinelles avaient été déposées sur les façades pour lutter contre les parasites, sans recourir aux pesticides.

« Les tours de Milan sont des logements de luxe, mais on peut réaliser ces immeubles pour un coût très bas, avec des solutions structurelles simples »

« Le reboisement urbain doit devenir une priorité : dans les rues, dans les parcs, mais aussi sur les bâtiments eux-mêmes », insiste M. Boeri. Celui-ci prépare la prochaine génération de Bosco Verticale. A Lausanne, en Suisse, il a conçu une tour de logements de 117 mètres aux façades rythmées par des loggias blanches en porte-à-faux et une centaine de cèdres. A Eindhoven, aux Pays-Bas, une tour de 120 mètres doit devenir la première forêt verticale HLM. « Le coût, c’est une autre frontière, admet l’architecte. Les tours de Milan sont des logements de luxe, mais on peut réaliser ces immeubles pour un coût très bas, avec des solutions structurelles simples. »

« Cités forestières »

A Nanjing, en Chine, M. Boeri travaille sur deux tours de 108 mètres et 200 mètres de haut, abritant bureaux, hôtel de luxe et commerces. Mais au pays de la démesure urbaine, l’architecte milanais prépare déjà l’étape suivante : de véritables « cités forestières ». Il développe pour la municipalité de Liuzhou, une ville-préfecture de 1,5 million d’habitants dans le sud du pays, un ensemble de 200 bâtiments mêlant bureaux, logements, commerces, équipements publics, tous couverts de végétation.

Projet pour la ville de Liuzhou, en Chine.
Projet pour la ville de Liuzhou, en Chine. STEFANO BOERI AECHITETTI

Cette ville-forêt, censée accueillir quelque 30 000 habitants, doit être plantée de 40 000 arbres et de 1 million de végétaux variés. De quoi absorber, en principe, 10 000 tonnes de CO2 et 57 tonnes de polluants chaque année, tout en produisant 900 tonnes d’oxygène – tous chiffres à prendre avec prudence, mais l’idée générale est là.

En attendant un quartier de futaies aériennes en France, l’Italien a conçu à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), sur un des sites où s’urbanise la métropole du Grand Paris, le projet Forêt blanche, une tour de 54 mètres à structure en bois, couverte par 2 000 arbres et plantes. Il voisinera avec d’autres ensembles de bâtiments en bois alliant nature et architecture, conçus par Manal Rachdi, Kengo Kuma et d’autres. Un mouvement est lancé. « Auparavant, on perdait tous les concours avec ce genre de projets,constate M. Rachdi. Désormais, on commence à gagner. »

Grégoire Allix

Une forêt urbaine, une rue piétonne et des immeubles en bois au cœur du futur quartier Montparnasse

Le projet de l’architecte britannique Richard Rogers a été sélectionné, jeudi, pour restructurer la dalle autour de la tour et de la gare. Les travaux devraient durer jusqu’en 2030. 

Par Grégoire Allix  Publié le 11 juillet 2019 à 19h49 – Mis à jour le 12 juillet 2019 à 17h21

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/07/11/une-foret-urbaine-une-rue-pietonne-et-des-immeubles-en-bois-au-c-ur-du-futur-quartier-montparnasse_5488300_3234.html

Vue d’artiste du projet de l’équipe emmenée par l’architecte britannique Richard Rogers, choisi pour le nouveau quartier Montparnasse, à Paris.
Vue d’artiste du projet de l’équipe emmenée par l’architecte britannique Richard Rogers, choisi pour le nouveau quartier Montparnasse, à Paris. RSHP

Au pied de la tour Montparnasse métamorphosée s’étire une rue centrale bordée de bâtiments en bois hébergeant commerces, bureaux, hôtel, logements, restaurants et équipements culturels. Tout autour, des espaces piétons se mêlent à une de ces « forêts urbaines » dont la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, a fait l’un des étendards de sa fin de mandat. Le futur visage du quartier Montparnasse a été dévoilé, jeudi 11 juillet : c’est le projet concocté par l’équipe de la star britannique de l’architecture, Sir Richard Rogers, qui a remporté la consultation, lancée en 2018 et qui promet de rendre méconnaissable ce secteur parmi les plus emblématiques et les moins aimés de Paris.

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L’architecte est déjà à l’œuvre dans la capitale : c’est lui qui a conçu le plan urbain de la gigantesque opération Bercy-Charenton à venir dans le 12e arrondissement. A Montparnasse, il n’est pas question de faire surgir un nouveau quartier ex nihilo dans une friche ferroviaire, mais de réparer les errances de l’urbanisme des années 1970, qui sévissait sagement au moment même ou Rogers, avec Renzo Piano, faisait scandale à quelques kilomètres de là en construisant le Centre Pompidou.

« C’est la quintessence de l’urbanisme sur dalle »

« Montparnasse, c’est la quintessence de l’urbanisme sur dalle, asservi à l’automobile, avec une cohérence urbaine extrêmement faible », résume l’adjoint à l’urbanisme de la maire de Paris, Jean-Louis Missika. Le quartier a entrepris sa mutation : le remodelage spectaculaire de la tour Montparnasse par les architectes de l’équipe Nouvelle AOM devrait recevoir son permis de construire dans les jours qui viennent, pour une livraison fin 2023. Sa petite sœur, la tour CIT, sera restructurée par les architectes de l’agence Lacaton et Vassal dans le même calendrier. La gare Montparnasse elle-même est en travaux.

Projet Montparnasse de l’équipe de l’architecte Richard Rogers.
Projet Montparnasse de l’équipe de l’architecte Richard Rogers. RSHP

Reste à inscrire ces ingrédients dans un tissu urbain parisien. Aujourd’hui, l’espace public est illisible, les niveaux souterrains labyrinthiques et hermétiques, un centre commercial mure l’extrémité de la rue de Rennes… Pour « revenir au code ADN de Paris et à un urbanisme haussmannien, avec des commerces de rue », la Ville de Paris avait lancé, en mars 2018, une consultation internationale au montage original. Car, au-delà de deux places qui relèvent de l’espace public municipal, l’essentiel du secteur est une copropriété privée de 270 membres, réunis au sein de l’Ensemble immobilier tour Maine-Montparnasse (EITMM).

La Ville de Paris et l’EITMM se sont associés dans un groupement de commande, et c’est à l’unanimité que le jury a choisi de confier les clés du quartier à l’agence Rogers Stirk Harbour + Partners (RSHP) et à ses associés. Détruisant par-ci, reconstruisant par-là, remodelant beaucoup en ajoutant quelques étages en surélévation de l’existant, leur proposition fait disparaître le centre commercial pour prolonger l’axe de la rue de Rennes jusqu’à la tour, retrouve le niveau du sol, ouvre les niveaux inférieurs, trace de grandes traversées piétonnes. Autour, la rue du Départ est piétonnisée, la place du 18-juin-1940 largement apaisée.

L’enjeu majeur d’un investissement de 800 millions d’euros 

« C’est le projet qui démolissait le moins les bâtiments existants », apprécie M. Missika – une plus-value écologique, mais également un gage d’économie et de gain de temps. Alors que la municipalité fait face à une opposition soutenue lui reprochant de densifier Paris à l’extrême, la proposition retenue a aussi l’avantage de ne pas s’élever au-dessus des limites de hauteur prévues par le plan local d’urbanisme, même si la construction de deux nouveaux bâtiments aux deux extrémités du site promet de déclencher quelques débats.

Lire aussi : En urbanisme, Paris confie ses dessous à l’imagination du privé

« Ce schéma a l’avantage d’offrir un modèle économique qui fonctionne, sans coûter d’argent ni à la ville ni à l’EITMM », souligne l’adjoint à l’urbanisme. C’était l’un des enjeux majeurs de la consultation : comment financer un investissement global de près de 800 millions d’euros, la transformation de 7 hectares d’espace public, le déplacement d’une bonne partie des enseignes du centre commercial au rez-de-chaussée de nouveaux bâtiments, sans ruiner la Ville de Paris ni léser les copropriétaires ?

Sur le papier, c’est simple : les bâtiments actuels totalisent 200 000 mètres carrés. Le projet en prévoit jusqu’à 20 000 de plus, dont les droits à construire financeront l’opération. En pratique, c’est plus compliqué : si la surface globale de commerces va rester identique – environ 20 000 mètres carrés –, des bâtiments vont être détruits sur du foncier privé pour être reconstruits sur des parcelles publiques, et un mètre carré à l’étage d’un centre commercial ne vaut pas un mètre carré avec pignon sur rue… Les négociations en perspective s’annoncent rudes.

Le nouveau quartier Montparnasse de l’architecte britannique Richard Rogers.
Le nouveau quartier Montparnasse de l’architecte britannique Richard Rogers. RSHP

Conçue par le paysagiste Michel Desvigne, la végétalisation du quartier prévoit 10 000 mètres carrés de surfaces plantées et plus de 2 000 arbres. « Mon expérience à Tokyo me prouve qu’on peut atteindre une masse végétale substantielle et créer une véritable forêt urbaine, ce n’est pas un gadget », assure le lauréat du Grand Prix de l’urbanisme en 2011. C’est d’ailleurs sa proposition pour Montparnasse qui a convaincu l’équipe municipale d’annoncer à la mi-juin la création de quatre forêts urbaines dans la capitale, notamment en comblant de terre les étages supérieurs de parkings souterrains.

La concertation publique autour de ce projet doit débuter en septembre. Elle permettra de préciser la programmation, l’équilibre entre bureaux et logements notamment. Des concours d’architecture devront ensuite être organisés pour chacun des bâtiments. Une petite partie devrait être réalisée avant les Jeux olympiques de 2024, mais ce chantier en site occupé, les commerces restant ouverts au maximum pendant les travaux, nécessite un phasage complexe et promet de durer jusqu’en 2030.Grand Paris : Mais que faire du périphérique ?

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Grégoire Allix

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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