Allemagne, Angleterre s’organisent pour une très prochaine campagne de vaccination, et la France blablabla…

Vaccin contre le Covid-19 : serons-nous prêts ?

Homologation, conservation, transport, financement… les enjeux de la campagne de vaccination du siècle sont immenses. Voici comment la France se prépare pour le premier semestre 2021.

 Pour préparer l’arrivée d’un vaccin contre le Covid, la France doit faire face à une montagne de questions médicales, logistiques et financières.
Pour préparer l’arrivée d’un vaccin contre le Covid, la France doit faire face à une montagne de questions médicales, logistiques et financières.  LP/Arnaud Journois

Par Florence MéréoLe 20 novembre 2020 à 05h48, modifié le 20 novembre 2020 à 10h20

https://www.leparisien.fr/societe/sante/vaccin-contre-le-covid-serons-nous-prets-20-11-2020-8409382.php

Ne pas mettre la charrue avant les bœufs, tout en préparant l’attelage. C’est le fil ténu sur lequel doit avancer le gouvernement. D’un côté, l’espoir immense que représenterait l’arrivée d’un antidote au virus, boosté par les annonces fracassantes des américains Pfizer et Moderna qui déclarent chacun leur vaccin efficace à 95 %. De l’autre, une montagne de questions, médicales avant tout mais aussi logistiques et financières, qu’il reste à gravir avant d’en recevoir la dose, ou plus probablement les doses.

Déjà, la France a budgété 1,5 milliard d’euros pour 2021 afin d’acheter une première salve de vaccins et organiser leur distribution dans l’Hexagone et les Outre-mer. Quand, comment, pour qui? « On bosse, beaucoup, sur tous les scénarios. Mais brandir un plan de route tout tracé, avant même d’avoir l’ensemble des données de base sur les candidats vaccins… les Français nous le reprocheraient et ils auraient raison », nous confie-t-on dans l’entourage du ministre de la Santé.

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Pourtant, à défaut de demain, c’est peut-être après-demain qu’il faudra être prêt. L’Agence européenne du médicament (EMA) n’exclut pas de délivrer une première autorisation de mise sur le marché (AMM) d’ici à la fin de l’année. C’est bien plus rapide qu’à l’accoutumée, où les procédures prennent des mois. « Face à l’urgence de santé publique, une évaluation des données en continu a été mise en place alors qu’elle se fait d’habitude lorsque l’industriel a déposé le dossier complet », nous explique-t-on à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), le gendarme du médicament en France. Une fois la validation européenne faite, une procédure nationale, sorte de « double contrôle » sera effectuée avant de pouvoir libérer les lots et procéder aux premières injections. Horizon : premier trimestre 2021.

Les transporteurs dans les starting-blocks

« Enfin, tout cela, c’est s’il n’y a de loup nulle part car n’oublions pas que les résultats des vaccins ne sont que préliminaires! » rappelle à bon escient le professeur de pharmacologie Bernard Bégaud. Pour l’heure, dans le cadre de cette « Europe des vaccins » née à la faveur du Covid, le Vieux Continent a déjà précommandé plusieurs centaines de millions d’antidotes à cinq laboratoires, dont environ 90 millions iraient à la France.

Les transporteurs sont d’ailleurs eux aussi dans les starting-blocks. Chez Geodis, le leader français, une « task force vaccin Covid » a été mise en place il y a trois mois. « Leur acheminement est un défi de taille auquel on se prépare à répondre », nous assure le groupe, qui travaille sur le transport, le stockage, la distribution, et forme en interne ses équipes aux spécificités du secteur pharmaceutique. Ce jeudi, Air France-KLM s’est dit lui aussi prêt à assurer l’acheminement en avion des vaccins, lorsqu’ils seront commercialisés.

La complexité de certains candidats ne facilite pas la tâche, comme le modèle de Pfizer qui doit être drastiquement conservé à -70 degrés. Une commande de 50 super-congélateurs par la France est en cours de finalisation mais déjà cela pose le problème de qui pourra assurer la vaccination avec telles contraintes.

Les généralistes veulent être de la partie

Va-t-on mettre en place des vaccinodromes, d’immenses centres dédiés comme en Allemagne ?Pour l’instant le gouvernement n’a pas tranché. « Ce qui est certain est les généralistes ne pourront pas être écartés, comme ils l’ont été par l’administration en 2009 pour la vaccination anti-H1N1, prévient Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la Fédération des médecins de France. A l’époque, on nous a pensés trop bêtes pour faire cet acte, résultat, la campagne fut un désastre dont on paie encore les pots cassés. » Et le docteur d’insister sur le lien de confiance entre le patient et son médecin. « On les connaît, on peut les rappeler, les rassurer. Dans un cabinet comme le mien, avec deux infirmières, on peut vacciner environ 400 patients prioritaires en huit jours. »

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Car pour mener la campagne du siècle, il faudra d’abord lever la réticence, bien ancrée, de la population. « Les pouvoirs publics ne peuvent pas se permettre de subir l’arrivée du vaccin, au risque de créer un état de sidération. Il faut préparer les esprits, comme l’Allemagne le fait depuis des mois », martèle le professeur en sciences sociales à Sciences-po Grenoble, Antoine Bristielle. « Il y aura des campagnes de communication forte et très orientée selon le public ciblé par la vaccination, nous dit-on au ministère de la Santé. Mais à l’instant T, la meilleure publicité que l’on peut faire au vaccin est de dire qu’on ne décidera rien tant que nous ne sommes pas sûrs à 100 % de son efficacité et de sa sûreté. »

Vaccin contre le Covid-19 : les logisticiens français se préparent

Parmi la dizaine d’acteurs mondiaux capables de relever le gant figurent plusieurs entreprises tricolores, dont Geodis, Bolloré ou CMA CGM. 

Par Eric Béziat  Publié le 17 novembre 2020 à 10h21

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/11/17/vaccin-contre-le-covid-19-les-logisticiens-francais-se-preparent_6060034_3234.html

Il faudra au moins 1 000 Boeing 747 cargos pour transporter les toutes premières doses de vaccin pour l’ensemble de la population mondiale, selon l’Association internationale du transport aérien.
Il faudra au moins 1 000 Boeing 747 cargos pour transporter les toutes premières doses de vaccin pour l’ensemble de la population mondiale, selon l’Association internationale du transport aérien. Dado Ruvic / REUTERS

L’opération est potentiellement gigantesque : il faudra au moins 1 000 Boeing 747 cargos pour transporter les premières doses de vaccin contre le Covid-19 pour la population mondiale, estime l’Association internationale du transport aérien. En plus d’être médical, le défi de l’antidote sera aussi logistique. Quelques acteurs français escomptent tirer leur épingle du jeu, parmi la dizaine de logisticiens mondiaux (surtout allemands et américains) capables de relever le gant.

Nul n’est capable aujourd’hui d’entrer dans les détails de la campagne du siècle. Où seront produits les vaccins ? A quelle température seront-ils stockés ? Les Etats organiseront-ils l’approvisionnement ? « On manque de visibilité, admet Joël Glusman, président de TLF Overseas, l’organisation professionnelle tricolore du secteur. Nous espérons en tout cas que le gouvernement français planifiera l’opération et qu’elle sera portée par la puissance publique plutôt que par la sphère privée. »

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En attendant, chacun y va de sa « task force », à commencer par TLF Overseas, qui a mis en place, début septembre, un groupe de travail rassemblant logisticiens, compagnies aériennes, autorités aéroportuaires et douanières. Si l’organisation juge qu’au moins la moitié de ses 230 entreprises adhérentes a les compétences pour mener à bien l’opération, les plus puissants logisticiens du pays semblent les mieux placés pour emporter la mise.

« Le défi n’est pas mince »

Geodis, premier transporteur tricolore, a constitué sa « task force vaccin » dès août. La filiale de la SNCF entend capitaliser sur la mise en place d’un pont aérien de livraison de masques de la Chine au printemps. « Nous avons désormais des moyens aériens propres, rappelle Eric Martin-Neuville, directeur général de l’activité commission de transport international de Geodis. Mais le défi n’est pas mince. Nous formons du personnel, nos équipes actuelles spécialisées dans les produits pharmaceutiques étant sous-dimensionnées. »

Bolloré Logistics se prépare également. Spécialiste du transport des produits de santé, la filiale du groupe Bolloré vient de constituer une équipe « transport de vaccins ». Enfin, CMA CGM entend aussi prendre sa part. « CMA CGM se positionne clairement sur le transport des masques et des vaccins, assure Rodolphe Saadé, le PDG du groupe. On a pris contact avec toutes les grandes sociétés pharmaceutiques pour leur proposer nos solutions développées par Ceva [filiale de CMA CGM]. »

Eric Béziat

Répartition des rôles, centres de vaccination… L’Allemagne s’organise pour être prête à l’arrivée du vaccin

Alors que les premières vaccinations contre le Covid-19 ne sont attendues que pour le début de l’année 2021 au plus tôt, les gouvernements des seize Länder du pays ont commencé, cette semaine, à dévoiler leurs plans. 

Par Thomas Wieder  Publié le 14 novembre 2020 à 05h28 – Mis à jour le 14 novembre 2020 à 10h08

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/14/repartition-des-roles-centres-de-vaccination-l-allemagne-s-organise-pour-etre-prete-a-l-arrivee-du-vaccin_6059709_3244.html

Un patient atteint du Covid-19 est soigné dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Bethel, à Berlin, le 11 novembre.
Un patient atteint du Covid-19 est soigné dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Bethel, à Berlin, le 11 novembre. KAY NIETFELD / AP

Angela Merkel en est convaincue : non seulement « l’épidémie de Covid-19 va encore nous occuper tout l’hiver », mais tout laisse penser que « la deuxième vague est plus dure que la première, comme avec la grippe espagnole il y a cent ans », a déclaré la chancelière allemande, mercredi 11 novembre. Faut-il pour autant désespérer ? Non, a-t-elle aussitôt ajouté, car « il y a également de bonnes nouvelles concernant le développement de vaccins ». Une allusion directe à l’annonce, quarante-huit heures plus tôt, de la mise au point d’un candidat-vaccin « efficace à 90 % » par le laboratoire Pfizer et son partenaire allemand BioNTech.

Critiqué pour avoir trop tardé à imposer de nouvelles restrictions face à la « deuxième vague » de cet automne, le gouvernement de Mme Merkel entend désormais reprendre la main en se montrant à l’offensive sur un nouveau front : celui de la vaccination. Avec un objectif, martelé depuis quelques jours par le ministre de la santé, Jens Spahn : « Nous voulons être prêts quand le vaccin sera là. »

Une stricte répartition des rôles

Fédéralisme oblige, cette « stratégie nationale de vaccination », dont les contours ont été esquissés fin octobre, repose sur une stricte répartition des rôles entre l’Etat central et les Länder. S’agissant du premier, sa principale mission sera d’approvisionner en vaccins soixante entrepôts de stockage, répartis sur l’ensemble du territoire et pour lesquels des hôpitaux ou des casernes pourraient être utilisés. Concernant les seconds, leur tâche consistera ensuite à gérer, à l’échelle régionale, l’utilisation de chacun de ces stocks.

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Alors que les premières vaccinations ne sont attendues que pour le début de l’année 2021 au plus tôt, les gouvernements des seize Länder du pays ont commencé, cette semaine, à dévoiler leurs plans. A Berlin, par exemple, six centres de vaccination devraient être installés, dont un dans le vaste centre des congrès situé dans l’ouest de la ville, avec pour objectif de vacciner jusqu’à 20 000 personnes par jour. Dans les autres Länder, le nombre de centres prévus est variable, pouvant aller d’une petite dizaine à une bonne quarantaine, auxquels doivent s’ajouter des « équipes mobiles » de vaccination destinées en particulier aux maisons de retraite.

Si certains Länder ont déjà promis que leurs propres centres seraient opérationnels dès la mi-décembre, donc plusieurs semaines avant le début espéré des vaccinations, une question fait encore l’objet de discussions : qui pourra se faire vacciner en premier, autrement dit quelles catégories de la population doivent être considérées comme prioritaires, sachant que les autorités veulent à tout prix éviter un encombrement des centres de vaccinations, qui risque de rendre la situation ingérable ?

Pour répondre à cette question, le gouvernement a sollicité trois institutions, le Conseil d’éthique allemand, l’Académie des sciences Leopoldina, et la Commission permanente de vaccination, rattachée à l’institut de santé publique Robert-Koch. Missionnées fin septembre, celles-ci ont rendu un avis commun, lundi 9 novembre, sous la forme d’un document de six pages.

Trois groupes prioritaires

Opposés à l’idée d’un vaccin obligatoire, ces experts ont défini trois groupes prioritaires. Dans le premier figurent « les individus présentant un risque significatif de développer une forme grave ou mortelle de la maladie, que ce soit à cause de leur âge ou de la fragilité de leur état de santé ». Deuxième groupe : les soignants et les employés des maisons de retraite, autrement dit tous ceux étant amenés à côtoyer des personnes particulièrement vulnérables. Le troisième groupe, enfin, concerne « les individus qu’il convient de protéger parce qu’ils occupent des fonctions particulièrement importantes pour le reste de la collectivité et qu’ils sont difficilement remplaçables ». Sont notamment cités « les personnels travaillant dans l’administration de la santé, les membres de la police et des services de sécurité, les pompiers et les enseignants ».

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Qualifiées de « bonne base de réflexion » par le ministre de la santé, ces recommandations doivent maintenant être précisées dans plusieurs textes réglementaires et législatifs attendus d’ici à la fin de l’année. La question de l’ordre dans lequel devront se faire ces vaccinations est en effet cruciale. « Pas seulement le premier jour, mais aussi les premières semaines et même peut-être les premiers mois, il est tout à fait possible qu’il n’y ait pas assez de doses pour tous ceux qui veulent se faire vacciner », a d’ores et déjà prévenu M. Spahn.

Quoi qu’il en soit, c’est à une campagne de vaccination de longue haleine que se préparent les autorités allemandes. « Au moins jusqu’en 2022 », s’est même risqué à pronostiquer Thomas Mertens, le président de la Commission permanente de vaccination de l’Institut Robert-Koch. Selon un sondage ARD-Deutschlandtrend, publié jeudi 12 novembre, 71 % des personnes interrogées sont prêtes à se faire vacciner en Allemagne contre le Covid-19. Et 93 % se disent d’accord avec l’ordre des priorités qu’a suggéré le groupe d’experts sollicité par le gouvernement.Notre sélection d’articles sur le coronavirus

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Thomas Wieder(Berlin, correspondant)

Covid-19 : le gouvernement britannique veut être prêt à vacciner à partir du 1er décembre

Les autorités britanniques vont confier cette gigantesque opération de santé publique au système hospitalier britannique, le NHS, pour limiter le nombre de réfractaires au vaccin. 

Par Cécile Ducourtieux  Publié le 14 novembre 2020 à 14h00 – Mis à jour le 14 novembre 2020 à 14h05

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/14/covid-19-le-gouvernement-britannique-veut-etre-pret-a-vacciner-a-partir-du-1er-decembre_6059755_3244.html

Un message de soutien au NHS, le système hospitalier britannique, dans le village de Burton, dans le nord-ouest de l’Angleterre, le 28 octobre .
Un message de soutien au NHS, le système hospitalier britannique, dans le village de Burton, dans le nord-ouest de l’Angleterre, le 28 octobre . PAUL ELLIS / AFP

Le Royaume-Uni sera-t-il davantage prêt pour l’opération vaccinale du siècle qu’il ne l’a été à l’arrivée de la pandémie de coronavirus au printemps ? Le gouvernement Johnson assure que oui. Dès mardi 10 novembre, son ministre de la santé, Matt Hancock, a esquissé un plan pour vacciner des millions de Britanniques – les plus âgés et les plus fragiles – dès décembre si le vaccin Pfizer-BioNTech est prêt et a reçu le feu vert de l’agence nationale du médicament (la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency). Le NHS (National Health Service, l’hôpital public) devra être prêt « n’importe quand à partir du 1er décembre » a-t-il insisté à la Chambre des communes.

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Downing Street assure avoir sécurisé l’achat de 40 millions de doses du vaccin, qui devraient être acheminées depuis l’usine de Puurs en Belgique (dont 10 millions avant la fin de cette année). De quoi vacciner environ 20 millions de Britanniques, à raison de deux injections par personne. Le Joint Committee on Vaccination and Immunisation (un comité d’experts indépendants conseillant le gouvernement sur les vaccins) attend d’en savoir plus sur l’efficacité du vaccin Pfizer par tranches d’âge pour arrêter définitivement la liste des citoyens prioritaires. D’ores et déjà, il prévoit que soient vaccinés en premier les pensionnaires des maisons de retraite, les plus de 80 ans, les personnels de santé (en hôpital et maison de retraite) et les 2,2 millions de personnes à risque (diabétiques, cancéreux, etc.), à qui le gouvernement a conseillé de s’isoler dès le début de l’épidémie.

Ouverts 7 jours sur 7

Contrairement à l’opération de traçage de l’épidémie (« Test & Trace »), pilotée de manière centralisée par des opérateurs privés (et qui s’est avérée être un cuisant échec), les autorités ont cette fois décidé de confier en grande partie la campagne vaccinale aux médecins de ville et aux hôpitaux. L’armée devrait aider à acheminer les doses (la logistique, comme ailleurs, s’annonce très complexe, le vaccin devant être maintenu à – 70 °C).

Elles seront probablement stockées dans les hôpitaux puis acheminées vers quelque 1 300 « primary care networks », des regroupements de centres médicaux mis en place il y a deux ans (pour des économies d’échelle). Ces centres vont devoir identifier et mettre en place des centres de vaccination, ouverts sept jours sur sept de 8 heures du matin à 20 heures. Les médecins devront tenir un rythme de 975 injections par semaine, a précisé le ministère de la santé.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : au Royaume-Uni, le gouvernement débordé par les demandes de dépistage

Le système hospitalier britannique, qui fournit depuis la fin de la seconde guerre mondiale des soins gratuits à tous sans distinction de fortune, suscite encore un énorme respect. Lui confier cette gigantesque opération de santé publique devrait rassurer et limiter le nombre de réfractaires. Selon un sondage publié par le Daily Mail le 10 novembre, les trois quarts des Britanniques sont prêts à se faire vacciner mais 40 % souhaitent que leur premier ministre Boris Johnson et son gouvernement montrent d’abord l’exemple.

Déficit de personnel

En outre, si le National Health Service (NHS) souffre d’un grave déficit de personnels (il manque environ 35 000 infirmières), il exploite efficacement ses bases de données (chaque Britannique dispose d’un « numéro NHS ») et pratique déjà couramment de grandes campagnes de sensibilisation par SMS (rappels pour les vaccins grippaux, les tests du cancer du col de l’utérus, etc.).

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En revanche, l’imminence de la fin de la période de transition et la sortie définitive du marché commun européen, le 1er janvier 2021, suscitent des inquiétudes. Les éventuelles perturbations liées au Brexit (d’éventuels bouchons, à Douvres, à la sortie du tunnel sous la Manche et à l’arrivée des ferries) ne devraient pas freiner l’arrivée des vaccins, a assuré le ministre de la santé sur le plateau de la BBC : « Nous avons un plan pour le vaccin produit en Belgique [par Pfizer], si nécessaire, nous pouvons l’acheminer par avion. » Même en cas d’absence d’accord commercial avec les Européens ? « Nous avons un plan pour toutes les éventualités », a ajouté Matt Hancock.

Le gouvernement Johnson compte aussi beaucoup sur le vaccin développé par l’université d’Oxford et AstraZeneca, dont les résultats de phase 3 pourraient intervenir dans les prochaines semaines. Il a placé une option d’achat de 100 millions de doses : moins contraignantes à déplacer (elles ne nécessitent pas d’être conservées à très basse température), elles seraient en outre presque dix fois moins chères que celles de Pfizer.

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Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)

*Essais cliniques, production, acheminement… Les six défis de la course au vaccin contre le Covid-19

Les annonces encourageantes des premiers résultats du candidat vaccin de Pfizer et BioNTech suscitent beaucoup d’espoir, mais le chemin vers un produit efficace, sûr et accessible reste semé d’obstacles. 

Par Chloé Hecketsweiler et Chloé Aeberhardt  Publié le 13 novembre 2020 à 18h56 – Mis à jour le 14 novembre 2020 à 08h26

https://www.lemonde.fr/sante/article/2020/11/13/essais-cliniques-production-acheminement-les-six-defis-de-la-course-au-vaccin-contre-le-covid-19_6059676_1651302.html

Tests de remplissage pour la production d’un vaccin contre le Covid-19, dans l’usine de Catalent, à Anagni (Italie), le 11 septembre.
Tests de remplissage pour la production d’un vaccin contre le Covid-19, dans l’usine de Catalent, à Anagni (Italie), le 11 septembre. VINCENZO PINTO / AFP

La course au vaccin contre le Covid-19 s’accélère. Le 9 novembre, le géant pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont annoncé que leur candidat vaccin était efficace à plus de 90 %. La biotech Moderna devrait, elle aussi, communiquer ses résultats intermédiaires d’ici à quelques jours. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 48 vaccins sont actuellement en phase d’essais cliniques, dont onze en phase 3, la dernière avant la mise sur le marché. Mais il ne suffit pas d’avoir trouvé un vaccin efficace pour protéger la population. D’autres étapes restent à franchir, et elles sont semées d’embûches.

1. Trouver le vaccin

Dès le mois de janvier, quelques jours seulement après la publication par la Chine de la séquence du SARS-CoV-2, plusieurs équipes de chercheurs se sont mises en quête d’un vaccin. Des universités (Oxford au Royaume-Uni, Queensland en Australie) et des start-up se sont lancées dans la course avant d’être très vite rejointes par les géants pharmaceutiques mondiaux : les américains Pfizer, Johnson & Johnson et Merck, les britanniques AstraZeneca et GSK, le français Sanofi.

Aujourd’hui, une multitude de technologies sont en lice : des vaccins classiques fabriqués à partir d’un virus vivant atténué, des vaccins conçus à partir de virus bien connus (rougeole, adénovirus…) génétiquement modifiés pour exprimer certaines caractéristiques du SARS-CoV-2, ou encore des vaccins élaborés à partir d’un fragment du code génétique du virus (ARN ou ADN). Aucun vaccin appartenant à cette dernière catégorie n’a jamais été approuvé chez l’homme.

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Les vaccins à ARN de l’allemand BioNTech – allié à Pfizer – et de l’américain Moderna sont les plus avancés. Pour évaluer l’efficacité de leurs candidats vaccins, ces firmes ont lancé, le 27 juillet, deux essais cliniques de grande ampleur (de phase 3), avec l’objectif de vacciner plusieurs dizaines de milliers de patients. Le 9 novembre, l’alliance BioNTech-Pfizer a été la première à annoncer des résultats : selon les premières données, son vaccin serait « efficace à 90 % », ce qui signifie qu’on observe chez les personnes vaccinées, 90 % de cas de Covid-19 en moins que chez les personnes non vaccinées. Moderna n’est pas loin derrière et pourrait communiquer ses premiers résultats dès la semaine prochaine.

Il faudra patienter davantage pour avoir une idée de l’efficacité des vaccins utilisant un « vecteur viral ». AstraZeneca, allié à l’université d’Oxford, prévoit d’annoncer les résultats d’efficacité de ses phases 2/3 « plus tard cette année »,tandis que Johnson & Johnson espère disposer de résultats intermédiaires début 2021.

2. Obtenir l’autorisation de mise sur le marché

Pfizer et BioNTech entendent demander une autorisation d’utilisation d’urgence (Emergency use authorization) à la Food and Drug Administration américaine (FDA) d’ici à la fin novembre. Cette procédure permet l’utilisation anticipée de médicaments sur la base de données d’efficacité et de sécurité plus limitées que dans le cas d’une autorisation de mise sur le marché classique. Dans le cas d’un vaccin, l’agence de santé américaine exige un minimum de deux mois de recul après l’administration de la seconde dose pour au moins la moitié des participants de l’essai clinique. Ce délai permet de détecter une grande partie des effets indésirables liés à la vaccination, car ils apparaissent rarement au-delà de six à huit semaines. Les autorités américaines ont, en outre, fixé un seuil minimal de 50 % d’efficacité.

En Europe, les laboratoires peuvent soumettre une demande d’autorisation conditionnelle, fondée sur des données moins complètes que pour une autorisation classique. Ils sont ensuite tenus de compléter leur dossier et de collecter un certain nombre de données de surveillance. L’Europe a indiqué qu’elle accepterait d’examiner des vaccins dont l’efficacité serait inférieure à 50 %. « Même s’il n’est efficace qu’à 40 %, un vaccin peut contribuer à ralentir l’épidémie et à sauver des vies », souligne Stéphane Bancel, le PDG de Moderna. « Après, deux questions éthiques se posent : s’il existe un vaccin efficace à 90 %, est-il acceptable d’utiliser aussi des vaccins moins bons ? Et ne risque-t-on pas de donner un faux sentiment de sécurité aux personnes vaccinées ? », interroge le dirigeant, selon qui les autorités, de part et d’autre de l’Atlantique, pourraient modifier leurs exigences à partir du moment où plusieurs vaccins à l’efficacité élevée seraient disponibles.

Si certains s’inquiètent qu’on aille « trop vite », de nombreux experts estiment qu’il n’est pas possible d’attendre davantage. « Plus nous attendons, plus l’épidémie s’aggrave », estime Amesh Adalja, spécialiste des maladies infectieuses émergentes à l’université Johns Hopkins aux Etats-Unis. « Ces autorisations d’urgence ont déjà été utilisées dans d’autres situations d’urgence, comme la grippe H1N1 ou l’épidémie d’Ebola », rappelle-t-il.

3. Produire le vaccin

Pfizer et son partenaire BioNTech se sont engagés à fabriquer 1,3 milliard de doses l’année prochaine, Moderna entre 500 millions et 1 milliard, le tandem Sanofi-GSK 1 milliard… Comment produire à si grande échelle et en si peu de temps ? Les laboratoires les plus avancés ont tous choisi de produire « à risque », c’est-à-dire de fabriquer leur vaccin avant même de savoir s’il était efficace.

Pfizer a sélectionné quatre sites de production maison – trois aux Etats-Unis et un à Puurs, en Belgique –, auxquels est venu s’ajouter un site allemand de BioNTech. Sanofi aussi mobilise son réseau – « pas seulement les sites qui produisent habituellement des vaccins » : « On utilise l’espace disponible dans certains sites et on investit en outillage pour équiper les lignes existantes. » Certaines activités du site de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), où s’effectuera la fabrication de l’antigène, seront suspendues pour assurer une production maximale. Des plans d’embauche sont à l’étude, ainsi que des changements d’affectation.

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La tâche est plus ardue pour les start-up ou certains laboratoires moins présents sur le marché du vaccin. Moderna a signé, en mai, un contrat avec le façonnier suisse Lonza pour la production de 1 milliard de doses. Pour tenir sa promesse de 1 milliard de doses par an, l’américain Johnson & Johnson a, de son côté, dû développer de nouvelles capacités de production aux Etats-Unis, et s’est associé à plusieurs sous-traitants à travers le monde, comme Vibalogics, en Allemagne, ou Catalent, en Italie et aux Etats-Unis. A chacun sa stratégie et ses astuces : pour limiter les volumes, et pallier d’éventuelles tensions d’approvisionnement en verre, certains fabricants optent pour des flacons multidoses (dix, pour Moderna) plutôt que pour des flacons individuels.

4. Le vendre

La communauté internationale a beau considérer le futur vaccin comme « un bien public mondial », chaque fabricant est libre de fixer le prix de son produit. Certains assument des tarifs élevés : le montant actuellement discuté par Pfizer-BioNTech avec le gouvernement américain est établi à 16,50 euros la dose, soit 33 euros le vaccin. Moderna a fixé plusieurs paliers de prix selon le nombre de doses commandées, avec une fourchette comprise entre 21 et 31 euros. D’autres comme AstraZeneca et Johnson & Johnson s’engagent à vendre leur vaccin à prix coûtant – environ 2,50 euros la dose pour celui d’AstraZeneca (5 euros le vaccin).

Les fabricants passent des contrats de précommandes soit directement avec des gouvernements nationaux, soit avec des groupements d’Etats, comme la Commission européenne, qui procède à des achats mutualisés de doses, qui seront ensuite réparties entre les différents pays de l’Union. A ce jour, la Commission a finalisé des accords avec Pfizer-BioNTech, AstraZeneca, Johnson & Johnson et Sanofi-GSK (dont la phase 3 devrait commencer en décembre) pour un total de 1,4 milliard de doses, et est en train d’en conclure avec Moderna et l’allemand CureVac (en essais de phase 2).A

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En septembre déjà, l’ONG Oxfam estimait que les pays riches, représentant seulement 13 % de la population mondiale, avaient mis la main sur plus de la moitié (51 %) des doses des principaux vaccins à l’étude. C’est pour éviter cette monopolisation que l’OMS a lancé, en avril, un dispositif, l’« Accélérateur ACT », censé faciliter l’accès de tous aux outils de lutte contre le Covid-19 (vaccins, traitements, diagnostics). Pilier de ce dispositif, la plate-forme de financement Covax pilotée par l’OMS est chargée d’acheter et de répartir équitablement 2 milliards de doses de vaccin d’ici à fin 2021.

A l’occasion du Forum de Paris sur la paix, le 12 novembre, une enveloppe de plus de 500 millions de dollars a été mise sur la table, notamment par la France, l’Espagne et la Commission européenne. La fondation Bill et Melinda Gates a annoncé un nouvel engagement de 70 millions de dollars. Mais 28,5 milliards de dollars manquent encore à l’appel, dont « un besoin immédiat d’urgence de 4,5 milliards si l’on veut maintenir la dynamique », a souligné le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

5. L’acheminer

Comme si mettre à disposition des milliards de doses à des milliards d’individus en même temps, et aux quatre coins de la planète, ne représentait pas un défi logistique assez grand, les vaccins à ARN-messager, qui sont parmi les plus avancés, imposent des contraintes supplémentaires en termes de respect de la chaîne du froid. Celui de Pfizer-BioNTech, en particulier, se conserve à –70 °C, dans des congélateurs spécifiques dont le prix à l’unité se situe autour de 10 000 euros.

« Le médecin de ville n’a pas ce type de congélateur, la pharmacie du coin non plus, précise le directeur scientifique de l’Institut Pasteur, Christophe d’Enfert. C’est déjà un problème logistique pour les pays développés, alors pour les pays en développement… » Pour maintenir les conditions de stockage requises pendant le transport, Pfizer a conçu un contenant thermique utilisant de la glace sèche, et pouvant contenir entre 1 000 et 5 000 doses. Une fois livrées sur le site de vaccination, les doses pourront être stockées quinze jours dans leur contenant d’origine (qu’il faudra recharger en glace au bout de dix jours), six mois dans un congélateur à très basse température, ou cinq jours dans un réfrigérateur ordinaire, de 2 °C à 8 °C. Dans ces conditions, les structures de santé ont-elles plutôt intérêt à investir dans des super-congélateurs, à gérer la logistique sans, ou à parier sur d’autres vaccins ?

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Moderna a, de ce point de vue, un avantage sur son principal concurrent : son vaccin se conserve dans des congélateurs « standards » à −20 °C, voire dans un réfrigérateur à condition d’être utilisé dans les deux semaines qui suivent. Les vaccins traditionnels devraient être encore plus simples à acheminer. Produit pour l’Europe sur différents sites français, allemands et italiens, le vaccin recombinant de Sanofi-GSK pourra par exemple être stocké entre 2 °C et 8 °C.

6. Vacciner la population

Même avec un calendrier très accéléré, les vaccins pourraient ne pas être disponibles pour l’ensemble de la population « avant au moins un an, dans le meilleur des cas », selon Amesh Adalja, spécialiste des maladies infectieuses émergentes à l’université Johns-Hopkins, aux Etats-Unis. « Même pour les personnes à risques et les soignants, il faudra attendre des mois. » « Il va falloir du temps avant que ce vaccin ait un impact, et d’ici là, nous devons rester très vigilants afin que les hôpitaux ne craquent pas », insiste-t-il.

Qui, en France, se fera vacciner ? Quand, où, et par qui ? Le gouvernement n’a pas encore communiqué de calendrier sur la campagne de vaccination, mais la Haute Autorité de santé (HAS) a déjà proposé plusieurs scénarios et émis des premières recommandations. Selon elle, le vaccin ne devrait pas être rendu obligatoire, au moins dans un premier temps. Lundi 9 novembre, elle a lancé une consultation publique sur ses premières recommandations, afin de recueillir des opinions et des avis complémentaires.

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Selon un sondage Ipsos publié le 5 novembre, les Français interrogés ne seraient que 54 % à accepter de se faire vacciner si un vaccin était disponible. Une défiance bien connue, sans doute amplifiée par l’interruption des essais cliniques d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson après l’apparition de maladies inexpliquées parmi certains participants (les essais ont repris depuis). « Je trouve pourtant ces interruptions rassurantes, estime Christophe d’Enfert, à l’Institut Pasteur. Cela montre qu’il existe une surveillance très forte des protocoles. On ne joue pas avec les volontaires, et on ne jouera pas avec la santé des personnes une fois lancée la vaccination. »

Plus sceptique, Els Torreele, chercheuse en santé publique et ancienne directrice de la campagne « Accès aux médicaments » de Médecins sans frontières, craint que la qualité de ces vaccins développés dans l’urgence ne soit pas assez bonne pour restaurer la confiance. « Les vaccins aujourd’hui les plus avancés diminuent les symptômes, mais n’empêchent pas forcément la transmission du virus. Que va-t-on dire aux gens vaccinés qui tomberont malades quand même ? Seront-ils prêts à entendre que le virus circulant toujours, ils devront continuer à porter un masque ? J’ai peur qu’à vouloir aller trop vite, les laboratoires développent des vaccins médiocres. » Et précipitent la rupture avec le public.

Infographie Le Monde
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Chloé Hecketsweiler et  Chloé Aeberhardt

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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