Crise sanitaire et économique dans les banlieues populaires: Macron interpellé .

Quartiers populaires : 110 maires interpellent Emmanuel Macron sur la crise sanitaire et économique

Ces élus alertent sur la situation qui se dégrade avec la crise du Covid-19, et demandent que 1 milliard d’euros du plan de relance soit consacré aux territoires prioritaires. 

Par Louise Couvelaire  Publié le 13 novembre 2020 à 22h04, mis à jour hier à 07h10

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/11/13/quartiers-populaires-110-maires-interpellent-emmanuel-macron-sur-la-crise-sanitaire-et-economique_6059695_3234.html

Des bénévoles de l’association MaMaMa distribuent des produits pour bébé à un couple, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 12 novembre.
Des bénévoles de l’association MaMaMa distribuent des produits pour bébé à un couple, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 12 novembre. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Ils sont plus de 110 à alerter, plus de 110 maires à signer une lettre adressée au chef de l’Etat pour défendre « l’égalité républicaine de nos quartiers prioritaires ». Le constat est cinglant : « En dépit des alertes, les villes et quartiers populaires restent un angle mort du plan de relance : aucune mesure ambitieuse n’a été prise pour répondre à la détresse sociale et économique qui frappe nos communes », aggravées par la crise sanitaire.

La requête est directe : pour « renforcer la République » et instaurer « un nouveau pacte de confiance », ces édiles, qui vont du Parti communiste (PC) à la droite en passant par le Parti socialiste (PS) et Les Centristes, demandent à ce que 1 % du plan de relance, soit 1 milliard d’euros, soient attribués aux « territoires en décrochage » pour répondre à l’urgence sanitaire, économique et sociale, dont 620 millions d’euros dans les semaines qui viennent, dans le cadre du vote à l’Assemblée nationale du projet de loi de finances rectificative.

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La date est symbolique : il y a trois ans, le 14 novembre 2017, Emmanuel Macron prononçait son discours de Tourcoing (Nord) appelant à une« mobilisation nationale pour les villes et les quartiers » et priant l’ancien ministre de la ville de Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo, de « remettre les gants ». Cette intervention avait fait taire la gronde des maires et des associations de banlieues, baptisée « L’appel de Grigny » et survenue à la suite du gel des emplois aidés, des coupes budgétaires et de la baisse des APL.

« Nous avons des solutions »

Six mois plus tard, le 22 mai 2018, le « plan Borloo » et son auteur se faisaient cependant balayer par le président de la République« En giflant publiquement Borloo, c’est nous tous, qui avions travaillé à l’élaboration de ce rapport, qu’il a blackboulés, et ce sont les quartiers qu’il a lâchés, estime Frédéric Leturque, maire (Les Centristes) d’Arras (Pas-de-Calais), signataire de la lettre. Mais nous ne sommes pas dans la revanche, nous avons perdu du temps, mais nous avons des solutions. »

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Au menu, la création d’un fonds d’urgence pour les associations, la mise en place de comités locaux de solidarité, d’un fonds de soutien à la création de maisons médicales et de centres de santé, et la mise à disposition d’une enveloppe de 120 millions d’euros pour mobiliser les acteurs de l’emploi. Proposition-phare : la création d’un conseil national des solutions. Composé de bénévoles (élus, associatifs, entrepreneurs…), il serait chargé de piloter et de suivre la mise en œuvre des projets qui ont fait leur preuve sur le terrain.

Au menu, la création d’un fonds d’urgence pour les associations, la mise en place de comités locaux de solidarité, d’un fonds de soutien à la création de maisons médicales et de centres de santé

« Au regard de la situation actuelle, force est de constater que l’ambition que vous aviez formulée de “changer le visage de nos quartiers (…) d’ici la fin du quinquennat” a fait long feu », écrivent les élus. Et d’ajouter, sibyllins pour les néophytes de la politique de la ville : « Par courtoisie, nous ne commenterons pas les différentes déclarations gouvernementales sur l’exécution du plan. » En cause, une affirmation d’Emmanuel Macron qui a fait« tomber du placard », selon l’expression de Catherine Arenou, maire DVD de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), nombre d’acteurs de terrain, élus et associatifs.

Lors de son discours des Mureaux (Yvelines) sur « la lutte contre les séparatismes », le 2 octobre, le président a déclaré : « Quand je regarde le rapport qui nous avait été remis, plus des trois quarts ont été mis en œuvre. » Quelques semaines plus tard, au début de novembre, la ministre déléguée chargée de la ville, Nadia Hai, a enfoncé le clou en proclamant sur Public Sénat que « 85 % du plan Borloo est soit déjà engagé, soit totalement terminé ». « C’est un mensonge tellement énorme qu’on ne peut pas laisser passer, tonne André Laignel, maire socialiste de la ville ouvrière d’Issoudun (Indre) et premier vice-président de l’Association des maires de France (AMF). En 2017, la gronde était principalement menée par les maires de banlieue, aujourd’hui elle s’étend aux maires des villes moyennes. »

Bénéficier du train de la relance

Cités éducatives, financement de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), campagnes d’information sur la santé… Les élus évoquent des « mesurettes », du « bricolage » et du « rafistolage », très loin « des ambitions initiales ». Quant aux 20 millions d’euros d’aide exceptionnelle accordée aux associations de proximité en septembre, le montant est « ridicule compte tenu des enjeux », juge Chantal Mainguené, signataire de la lettre et fondatrice de l’association Môm’artre, qui a créé dix-neuf lieux d’accueil en France pour les enfants de 4 à 11 ans (après-scolaire, mercredis, vacances…).

« Nous avons peur de voir le train de la relance passer sans qu’il s’arrête chez nous », craint Catherine Arenou, de Chanteloup-les-Vignes. « Or, la situation est bien plus dramatique qu’il y a trois ans, souligne Philippe Rio, maire PC de Grigny (Essonne). Nous sommes tous un peu flippés par la crise sanitaire et ses conséquences – ce n’est que le début – et par l’horreur terroriste. »

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Pour l’heure, le plan de relance ne prévoit pas de cibler les territoires fragiles, mais recommande plutôt de ne pas les oublier. C’est le sens d’une circulaire du premier ministre adressée aux préfets, qui décideront de l’attribution des fonds. « L’enveloppe est ouverte à tous, répond la ministre chargée de la ville, Nadia Hai. Nous devons veiller à ce qu’aucun territoire ne soit oublié, et c’est mon rôle, en particulier pour les quartiers prioritaires. »

Chiffres à l’appui, les édiles dressent un tableau « alarmant » de la situation, selon Guillaume Delbar, maire (DVD) de Roubaix (Nord). Dans sa ville comme ailleurs, les demandes d’aide alimentaire d’urgence ont explosé, l’équivalent d’une année de réserves a été distribué en trois mois ; partout dans les quartiers, le nombre des allocataires du RSA [revenu de solidarité active] ne cesse d’augmenter, ainsi à Grigny (Essonne), qui enregistre une hausse de plus de 20 % depuis le début de l’année ; le chômage grimpe, plus de 13 % à Chanteloup-les-Vignes sur les six premiers mois de l’année 2020 et plus de 600 emplois au tapis depuis le mois de mars à Issoudun ; tandis que les inscriptions dans les associations, culturelles et sportives chutent : – 23 % dans les clubs sportifs d’Allonnes (Sarthe), – 25 % pour les associations de Chanteloup-les-Vignes, – 43 % pour celles d’Arras,- 50 % à Grigny.

Ambiance de « suspicion délétère »

Les maires font aussi le constat d’une ambiance « de suspicion délétère qui pousse encore davantage au repli », décrit Thierry Falconnet, le maire (PS) de Chenôve (Côte-d’Or). « Il serait irresponsable de nier que la haine et le repli sur soi prospèrent à mesure que la rupture sociale et la pauvreté augmentent », rapportent les élus dans la lettre au président.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Laïcité : comment Macron a imposé le séparatisme dans le débat

« Je veux bien qu’on me fasse des discours sur le séparatisme, lance la maire de Chanteloup, mais alors il faut que l’Etat cesse de semer la graine de ce séparatisme et qu’il repense la politique de peuplement, qu’il arrête de mettre les plus pauvres avec les plus pauvres, qu’il réinvente la politique de la ville. » Que l’Etat « ose » miser sur les habitants des quartiers, plaident nombre d’élus, sans craindre de se confronter aux clichés qui paralysent parfois l’action publique.

Dans le rapport intitulé « Les quartiers pauvres ont un avenir » et publié par l’Institut Montaigne en octobre, Hakim El Karoui balaie huit idées reçues sur les quartiers populaires. Parmi elles, le préjugé selon lequel« les territoires pauvres reçoivent beaucoup d’argent de la solidarité nationale et qu’ils y contribuent peu »« Le département le plus pauvre de France métropolitaine [la Seine-Saint-Denis] est le huitième contributeur au financement de la protection sociale », affirme le rapport.

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Et ce, alors même qu’il est « le département de France métropolitaine qui reçoit le moins de protection sociale par habitant ». L’explication : il compte une part importante de jeunes et peu de retraités. En clair, le « 93 » ne coûte pas cher et rapporte gros. Et la démonstration vaut pour la politique de la ville en général, affirme l’auteur, qui plaide, lui aussi, pour une révision complète de la stratégie de l’Etat dans les quartiers :« Contrairement à ce qu’on pense, la politique de la ville n’est pas un puits sans fond et l’Etat investit peu sur les habitants. »

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Emmanuel Macron demande au gouvernement de recevoir les élus

Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de recevoir les élus inquiets pour les quartiers défavorisés durant la crise et qui lui avaient lancé vendredi un « appel au secours », a appris l’Agence France-Presse (AFP) samedi 14 novembre auprès de l’Elysée.

« Le président a bien reçu la lettre. Il partage les inquiétudes et les objectifs des signataires » et « demande au gouvernement de recevoir ces élus et de travailler avec eux », a déclaré l’Elysée à l’AFP, sans préciser de date à ce stade. De plus, le chef de l’Etat, toujours selon l’Elysée, « tient à ce que “France Relance” [le plan de relance de 100 milliards d’euros proposé en septembre] soit au rendez-vous pour les quartiers populaires comme pour la ruralité »

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Louise Couvelaire

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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