Après la diminution du rique de cancer de 1/4, réduction du risque de diabète de 35%, surtout chez les femmes, chez les gros consommateurs de produits issus de l’agriculture biologique

Un risque moindre de diabète chez les consommateurs de produits bio

Selon des données issues de la cohorte NutriNet, le risque de diabète de type 2 est réduit de 35 % chez les plus gros consommateurs de produits issus de l’agriculture bio. L’effet est significatif chez les femmes. 

Par Stéphane Foucart  Publié le 12 novembre 2020 à 01h47 – Mis à jour le 12 novembre 2020 à 16h41

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/12/un-risque-moindre-de-diabete-chez-les-consommateurs-de-produits-bio_6059404_3244.html

Sur les étals d’un supermarché bio, en 2018 à Saintes (Charente-Maritime).
Sur les étals d’un supermarché bio, en 2018 à Saintes (Charente-Maritime). GEORGES GOBET / AFP

Moins de certains cancers, et maintenant moins de diabète : publication après publication, les données issues de la cohorte NutriNet-Santé ne cessent de suggérer de nouveaux bénéfices sanitaires liés à la consommation des produits issus de l’agriculture biologique. Grâce aux données générées par cette grande cohorte d’épidémiologie nutritionnelle – l’une des plus importantes au monde, forte de 170 000 volontaires –, une équipe franco-américaine estime, dans une étude publiée lundi 9 novembre dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, que les plus gros consommateurs d’aliments labellisés « AB » ont un risque de diabète de type 2 (parfois appelé « diabète gras ») réduit de plus d’un tiers, par rapport à ceux qui en consomment le moins.

C’est la première fois qu’une étude prospective, c’est-à-dire qui suit une population dans le temps, met en évidence un tel lien. L’hypothèse jugée la plus plausible par les auteurs pour expliquer celui-ci est la présence accrue de résidus de pesticides de synthèse dans l’alimentation conventionnelle.

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L’étude a porté sur 33 256 membres de la cohorte – seuls ceux qui ont répondu à un questionnaire très détaillé sur la nature de leur consommation ont été inclus. « Cela nous a permis d’avoir une estimation très fine de la quantité de chaque type de produit consommé : produits végétaux, animaux, bio ou non, etc. », explique l’épidémiologiste Emmanuelle Kesse-Guyot (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, Inrae), première autrice de ces travaux.

Les chercheurs ont réparti les personnes incluses en cinq groupes, en fonction de la proportion d’aliments bio qu’elles ont indiqué consommer. Sur les quatre années de suivi de la cohorte, un peu moins de 300 cas de diabète se sont déclarés. Les auteurs ont étudié la répartition de ces cas, en corrigeant leur analyse des effets liés au statut économique, à l’activité physique, à l’indice de masse corporelle, à la qualité de l’alimentation, au tabagisme et à l’alcool.

Risque diminué de 35 %

Toutes choses égales par ailleurs, les plus gros consommateurs de bio ont un risque diminué de 35 % de contracter un diabète de type 2 par rapport aux non-consommateurs. Ces conclusions recoupent celles d’une analyse transversale (l’examen d’une population à un instant donné) de la même cohorte, publiée en 2017 dans la revue European Journal of Nutrition, qui mettait en évidence un risque accru de syndrome métabolique parmi les membres de la cohorte consommant le moins de produits bio.

En 2018, des chercheurs américains ont également publié dans la revue Nutrientsdes résultats allant dans le même sens. Ils ont montré que dans une cohorte représentative de la population américaine, les acheteurs de produits bio présentaient un risque de diabète diminué d’environ 20 % par rapport aux autres – une estimation que les chercheurs avaient calculée après avoir pris en compte les facteurs de confusion habituels (activité physique, statut économique, tabac, alcool, etc.).

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L’effet mesuré sur les membres de NutriNet est plus important. Les chercheurs ont calculé qu’au sein de la cohorte, chaque augmentation de 5 points de pourcentage de produits bio dans la proportion de l’alimentation totale consommée réduit de 3 % le risque de diabète. « Ce chiffre masque cependant de fortes disparités, prévient Mme Kesse-Guyot. Nous voyons un effet particulièrement marqué chez les femmes, avec une réduction du risque de 65 % chez les plus grandes consommatrices de produits bio, mais pas d’effet statistiquement significatif chez les hommes, qui représentent 24 % de la cohorte. »

Pour les chercheurs, cet impact dépendant du sexe pourrait être un effet des propriétés de perturbateurs endocriniens (PE) de certains pesticides, qui persistent en plus grande quantité dans les produits végétaux conventionnels. En effet, non seulement la capacité de certains PE à perturber le métabolisme – c’est-à-dire la faculté des organismes à « brûler » les graisses et les sucres – et à favoriser le diabète et l’obésité est désormais consensuelle dans la communauté scientifique compétente, mais leurs effets différenciés en fonction du sexe sont aussi bien documentés.

Ainsi, de telles différences d’impact de l’exposition à certains pesticides ont déjà été rapportées dans des études sur des animaux de laboratoire, ou sur des humains, notent les chercheurs. « Le dimorphisme sexuel en réponse à l’exposition à des pesticides pourrait être lié à des capacités de détoxication différentes entre hommes et femmes, ou des différences de régulation du microbiote, écrivent-ils. Plus de recherche est nécessaire pour clarifier l’association “sexe-spécifique” entre consommation de produits bio et risque de diabète. »

Tester les effets des résidus de pesticides

En particulier, les chercheurs envisagent de tester au laboratoire les effets des résidus de pesticides auxquels la population est exposée par le biais de son alimentation. « Il est possible d’établir des profils d’exposition, qui nous permettent de disposer de la composition de cocktails de produits phytosanitaires les plus représentatifs de l’exposition humaine, explique la toxicologue Laurence Payrastre, chercheuse (Inrae) à l’unité Toxalim et coautrice de ces travaux. Nous allons nous fonder sur ces informations pour tester, dans des modèles animaux, l’effet de ces cocktails de résidus sur le métabolisme. » De précédents travaux, conduits par Mme Payrastre et publiés en juin 2018 dans la revue Environmental Health Perspectives, ont déjà mis en évidence l’effet de cocktails de pesticides, à des doses d’exposition réaliste, sur le métabolisme des souris.

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D’autres éléments confortent l’hypothèse d’un effet des résidus de pesticides sur la susceptibilité au diabète. « Nous avons “stratifié” notre analyse, en regardant l’importance de l’effet de la consommation de produits bio sur les gros consommateurs de produits végétaux, par rapport à ceux qui en consomment le moins, raconte Mme Kesse-Guyot. Nous trouvons une association bien plus marquée entre diabète et consommation de produits bio chez les gros consommateurs de produits végétaux, ce qui pèse en faveur d’une explication liée aux résidus de produits phytosanitaires. » Au contraire, un effet des produits animaux (viande, laitage…) labellisés « AB » sur la susceptibilité au diabète n’apparaît pas dans ces travaux.

En 2018, dans une étude publiée par JAMA Internal Medicine, la cohorte NutriNet avait mis en évidence une réduction de 25 % du risque de cancer chez les plus forts consommateurs de produits bio.* L’effet le plus marqué était noté pour les lymphomes, avec un risque diminué de 75 % environ ces cancers du sang étant associés dans le monde agricole à l’exposition aux pesticides.

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Stéphane Foucart

*L’alimentation bio réduit significativement les risques de cancer

La présence de résidus de pesticides dans l’alimentation conventionnelle pourrait expliquer la baisse de 25 % du risque chez les grands consommateurs de bio. 

Par Pascale Santi et Stéphane Foucart  Publié le 22 octobre 2018 à 17h00 – Mis à jour le 23 octobre 2018 à 07h13

https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/10/22/l-alimentation-bio-reduit-significativement-les-risques-de-cancer_5372971_3244.html

Dans une épicerie « bio », à Pont-l’Abbé (Finistère), le 12 mars.
Dans une épicerie « bio », à Pont-l’Abbé (Finistère), le 12 mars. FRED TANNEAU / AFP

Pour les agences réglementaires, les résidus de pesticides dans l’alimentation ne présentent aucun risque pour la santé. Mais un corpus scientifique récent, sur les effets des mélanges de molécules et des expositions chroniques à faibles doses, suggère que les risques posés par les traces de produits phytosanitaires sont, au contraire, bien réels pour le consommateur.

Une étude épidémiologique française, publiée lundi 22 octobre dans la revue JAMA Internal Medicine, est ainsi la première à pointer de tels risques dans la population générale, s’agissant du cancer.

Elle indique que les plus gros consommateurs d’alimentation issue de l’agriculture biologique ont un risque de cancer réduit de 25 %, par rapport à ceux qui en consomment le moins. « Pour expliquer ces résultats, l’hypothèse de la présence de résidus de pesticides synthétiques bien plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus de l’agriculture conventionnelle comparés aux aliments bio est la plus probable », indique Emmanuelle Kesse-Guyot, chercheuse (Institut national de la recherche agronomique, INRA) dans l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Inserm, INRA, université Paris-XIII) et coauteure de ces travaux.

De fait, les types de cancer dont les risques sont les plus réduits chez les consommateurs d’aliments labellisés « AB » sont également associés aux expositions des agriculteurs aux pesticides.

Démonstration inédite

Conduits par Julia Baudry et Emmanuelle Kesse-Guyot, les auteurs ont exploité les données d’une grande cohorte, dite NutriNet, de près de 70 000 volontaires suivis entre 2009 et 2016. Ils ont divisé en quatre groupes les individus, en les classant des plus gros consommateurs de bio (environ plus de 50 % de leur alimentation), à ceux qui n’en consomment que de manière occasionnelle, ou jamais.

Durant les sept années de suivi, 1 340 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés ; les auteurs ont ensuite observé la répartition de ces maladies dans les différents groupes.

Au total, en tenant compte de toutes les localisations cancéreuses, la baisse du risque est de 25 % pour le groupe le plus consommateur de bio par rapport au groupe le moins consommateur. Mais les réductions de risque vont jusqu’à 34 % pour les cancers du sein post-ménopause, 76 % pour les lymphomes (un type de cancer du sang).

« L’une des grandes forces de ces conclusions est qu’elles sont largement cohérentes avec les résultats des études menées sur les expositions professionnelles aux pesticides, explique l’épidémiologiste Philip Landrigan (Boston College, Etats-Unis), qui n’a pas participé à l’étude. Cela renforce grandement la plausibilité d’un lien entre l’effet mis en évidence et la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation. » Les lymphomes, notamment, font partie des cancers surreprésentés chez les agriculteurs exposés aux pesticides.

« C’est, à ma connaissance, la première fois que l’on met en évidence et à partir d’une enquête prospective [c’est-à-dire en suivant dans le temps un ensemble d’individus], un lien entre alimentation bio et risque de cancer, ajoute M. Landrigan. Les grandes forces de l’étude sont la taille de la cohorte et la durée du suivi. Il s’agit clairement d’une étude importante et ce résultat mérite beaucoup de considération. »

Possibles biais

L’une des difficultés de l’exercice est de corriger l’analyse de nombreux biais possibles. En particulier, des travaux antérieurs montrent que les consommateurs d’aliments bio ont en moyenne une alimentation plus saine, pratiquent plus régulièrement de l’exercice physique ou encore appartiennent à des catégories sociales plus élevées que la moyenne. Autant de facteurs qui influent sur le risque de contracter diverses maladies – dont le cancer.

Les auteurs ont donc corrigé leur analyse grâce au relevé d’un grand nombre de caractéristiques des individus de la cohorte : indice de masse corporelle, niveau d’activité physique, catégorie socioprofessionnelle, qualité du régime alimentaire, statut tabagique, etc. « La prise en compte de ces nombreux facteurs de risque est à mettre au crédit des auteurs, estime l’épidémiologiste Rémy Slama (Inserm, université Grenoble-Alpes), qui n’a pas participé à ces travaux. Au total, il est peu plausible que des facteurs liés au style de vie, autres que la consommation d’aliments bio, soient en cause dans l’effet observé. »

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M. Landrigan met cependant en avant un biais de recrutement possible. « Ainsi que les auteurs le notent, la cohorte repose sur des volontaires. Or, ces derniers ont généralement un niveau d’éducation plus élevé que la moyenne et un style de vie plus sain, dit le chercheur américain. Cela peut jouer sur les résultats. »

Emmanuelle Kesse-Guyot n’en disconvient pas, mais estime que cet effet de recrutement « aura plutôt tendance à sous-estimer l’effet observé que le contraire ». De fait, même les plus faibles consommateurs de bio de la cohorte ont sans doute un risque de cancer moindre qu’une grande part de la population réelle…

« Un édifice de preuves déjà important »

« Cette étude s’attaque à une question compliquée, et il est toujours préférable d’avoir confirmation de l’effet mis en évidence par d’autres études, dit Rémy Slama. Mais il faut aussi avoir à l’esprit que ce nouveau travail s’ajoute à un édifice de preuves déjà important et qu’il reste dans la chaîne alimentaire des résidus de pesticides de synthèse classés “cancérogènes probables”, actuellement autorisés ou interdits, mais rémanents dans les sols et l’environnement. »

A elle seule, une étude épidémiologique ne peut apporter la preuve définitive d’une causalité et, précise Mme Kesse-Guyot, « d’autres études doivent être menées pour préciser le lien de cause à effet ». Mais, en cas de confirmation, conclut la chercheuse, « des mesures de santé publique devraient être mises en place ». En attendant, juge Emmanuel Ricard, délégué à la prévention à la Ligue contre le cancer, « l’attitude de bon sens est de limiter son exposition aux pesticides et autres substances de synthèse ».

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D’autant plus que la cohorte NutriNet a déjà montré, en février, que les aliments ultratransformés étaient également un facteur de risque pour le cancer. En 2017, elle a aussi mis en évidence un risque diminué de 30 % d’être touché par un syndrome métabolique chez les plus gros consommateurs de bio, par rapport aux consommateurs occasionnels.

Etablir la preuve définitive de la responsabilité des résidus de pesticides est, là encore, complexe. Mais une étude sur l’animal, publiée en juin dans la revue Environmental Health Perspectives par des chercheurs de l’INRA et de l’Inserm, a montré que des rongeurs exposés à un cocktail de six pesticides courants, fréquemment rencontrés dans les fruits et légumes et à des niveaux théoriquement sans risques, présentaient les mêmes troubles métaboliques : forte prise de poids, glycémie élevée et accumulation de masse grasse.

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Pascale Santi et  Stéphane Foucart

**Diabète et obésité : les pesticides pourraient augmenter le risque pour la population

Exposées pendant un an à des doses réalistes d’un cocktail de pesticides, des souris deviennent diabétiques. Des données cohérentes avec des études épidémiologiques menées sur les humains. 

Par Stéphane Foucart  Publié le 29 juin 2018 à 12h41 – Mis à jour le 30 juin 2018 à 06h35

https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/06/29/diabete-et-obesite-les-pesticides-pourraient-augmenter-le-risque-pour-la-population_5323212_3244.html

Les six substances sélectionnées pour l’étude sont parmi les plus fréquemment retrouvées dans les fruits et les légumes.
Les six substances sélectionnées pour l’étude sont parmi les plus fréquemment retrouvées dans les fruits et les légumes. JEREMY KEITH / CC BY 2.0

Il devient de plus en plus compliqué de contester l’existence d’effets sanitaires des pesticides sur les humains, par voie alimentaire. En témoignent de nouveaux travaux, rendus publics mercredi 27 juin, et publiés dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

Conduits par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), ceux-ci montrent que des rongeurs mâles chroniquement exposés par leur alimentation à un cocktail de six pesticides courants, à des niveaux réputés sans risque, enregistrent une forte prise de poids, une augmentation du taux de masse grasse et un diabète.

Les femelles sont, elles, sujettes à d’autres effets, plus subtils. C’est la première fois que les effets obésogènes et diabétogènes d’un cocktail de produits phytosanitaires actuellement en usage sont ainsi mis en évidence. Ces résultats, notent les auteurs, sont d’autant plus importants qu’ils sont cohérents avec d’autres données, issues de la cohorte NutriNet.

L’étude de cette cohorte, qui suit les habitudes alimentaires de plus de 50 000 personnes, a montré, en 2013 puis en 2017, que les plus gros consommateurs d’aliments bio ont moins de risque de souffrir d’un surpoids ou d’une obésité et de développer un syndrome métabolique (précurseur du diabète de type 2), par rapport aux non-consommateurs de ces aliments produits sans pesticides de synthèse.

« Nos résultats sont importants pour l’interprétation des données de NutriNet », explique Laurence Payrastre, chercheuse au laboratoire de toxicologique alimentaire de l’INRA (Toxalim), à Toulouse, et coauteure de ces travaux. « Ils permettent de renforcer la présomption d’un lien de causalité entre l’exposition de la population à des pesticides et le risque de troubles métaboliques. »

Exposés à la dose journalière admissible

Pendant cinquante-deux semaines, les chercheurs de l’INRA ont exposé des souris à un mélange de six pesticides courants – quatre fongicides et deux insecticides (ziram, chlorpyrifos, imidaclopride, boscalide, thiophanate, captan). « Nous avons sélectionné ces six substances parce qu’elles figurent parmi les plus fréquemment retrouvées dans les fruits et légumes, explique Mme Payrastre. Nous avons procédé de manière à reproduire sur les animaux l’exposition possible des consommateurs. »

Les rongeurs ont ainsi été soumis à la dose journalière admissible (DJA) calculée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour chacun des six pesticides, et réputée ne faire courir aucun risque. La durée de l’expérience – un an –, correspond à environ trente ans pour un humain.

« Chez les mâles, on observe que l’excédent de prise de poids chez les animaux exposés, par rapport aux non-exposés, devient significatif au bout de six mois d’expérience, détaille Laurence Payrastre. Au terme de l’expérimentation, le gain de poids des mâles traités est environ le double de celui des mâles témoins. » En outre, les chercheurs observent une augmentation du taux de masse grasse sur les mâles testés, par rapport au groupe témoin, ainsi qu’une intolérance au glucose, qui se développe au bout de quatre mois seulement.

« Cette intolérance au glucose persiste tout au long de l’expérience, poursuit la chercheuse. Et on observe en fin d’expérience une hyperglycémie à jeun chez les animaux mâles exposés, ce qui est un signe évocateur du diabète. » Ces résultats sont d’autant plus frappants que les rongeurs ont été soumis à un régime alimentaire normal, non destiné à leur faire prendre du poids – comme c’est le cas dans certains protocoles expérimentaux. Chez les femelles traitées, ces troubles sont absents, malgré une légère hyperglycémie à jeun en fin d’expérience.

« Ce sont des travaux très sérieux », commente Brigitte Le Magueresse, chercheuse au laboratoire en cardiovasculaire, métabolisme, diabétologie et nutrition (Inserm, INRA et université Lyon-I), qui n’a pas participé à ces travaux. « Ils sont de plus complétés par une analyse des mécanismes impliqués, grâce aux techniques les plus fines. » En 2013, Mme Le Magueresse et son équipe avaient obtenu des résultats analogues en exposant des rongeurs à un cocktail d’autres polluants (bisphénol A, un phtalate, un PCB et une dioxine), également présents à bas bruit dans une grande partie de la population.

L’effet cocktail des pesticides

« Un fait marquant est le caractère imprévisible de l’effet cocktail que nous mettons en évidence, observe, de son côté, Hervé Guillou, chercheur à Toxalim et coauteur de la publication. Nous avons testé sur des cellules de foie, un par un, les six pesticides que nous avons utilisés, et l’effet du cocktail n’est pas du tout la somme des effets de chacun de ses composants. » Contactée, l’EFSA dit « considérer comme très importante l’évaluation du risque présenté par des mélanges ».

L’agence européenne annonce pour cette année la publication de sa première évaluation des effets cumulés d’un groupe de pesticides ciblant la thyroïde et le système nerveux. L’agence, basée à Parme (Italie), ne révèle cependant pas si ces nouveaux travaux sont de nature à imposer une réévaluation des doses admissibles en vigueur pour les six pesticides testés.

De plus, les chercheurs de l’INRA ne se sont pas contentés de mesurer les effets physiologiques de l’exposition au cocktail de pesticides. Ils ont également tenté d’élucider les mécanismes biologiques sous-jacents, expliquant notamment les différences de réaction entre mâles et femelles. Les auteurs ont, en particulier, identifié l’importance d’une protéine (un « récepteur nucléaire ») impliquée dans la détoxification cellulaire.

Ils ont utilisé des souris génétiquement modifiées, dépourvues de cette protéine, et ont répété l’expérience. Plus aucune différence de prise de poids n’a pu être notée entre les animaux mâles exposés et non exposés, suggérant le rôle clé du récepteur nucléaire étudié (dit « récepteur constitutif des androstanes »). « Pour les femelles, d’autres mécanismes sont vraisemblablement en cause, précise Hervé Guillou. Nous nous sommes lancés dans d’autres travaux, afin d’étudier le rôle protecteur des œstrogènes [hormones féminines] dont bénéficient les femelles. »

Le diabète est en augmentation très rapide, dans tous les pays. Selon la Fédération internationale du diabète, on comptait 425 millions de personnes atteintes dans le monde en 2017, soit un adulte sur onze. En France, la maladie coûte 8 milliards d’euros par an à l’Assurance-maladie ; 3,3 millions de Français étaient traités en 2015. Multifactorielle, la maladie reste liée à une alimentation trop riche, à la sédentarité et à certaines pollutions diffuses. Ce dernier facteur de risque fait l’objet d’un nombre croissant de travaux de recherche à travers le monde.

Stéphane Foucart

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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