Dossier « Le Monde » confinements et économie

« Il faut instaurer un dialogue scientifique entre épidémiologistes et économistes »

TRIBUNE

Charles Wyplosz – Economiste

Charles Wyplosz, animateur de la revue « Covid Economics », revient sur les grandes tendances des travaux des économistes lancés depuis le début de la pandémie due au coronavirus.

Publié hier à 12h46, mis à jour hier à 13h05

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/13/covid-19-instaurer-un-dialogue-scientifique-entre-epidemiologistes-et-economistes_6059616_3232.html   

Tribune. Dans les semaines qui ont suivi l’arrivée de la pandémie, nombreux ont été les chercheurs en économie, un peu partout dans le monde, qui ont fait le vide sur leur bureau pour réfléchir à ce qui nous arrivait. En quelques mois, les progrès ont été spectaculaires.

Les économistes avaient jusque-là très peu travaillé sur les épidémies, mais ils disposent de puissants instruments pour le faire. Tout naturellement, ils se sont emparés des méthodes que les épidémiologistes ont développées depuis près d’un siècle. Ils ont commencé par introduire dans ces analyses des considérations économiques. Il s’agissait de reconnaître qu’une épidémie affecte l’activité économique qui, à son tour, agit sur la propagation du virus, autrement dit d’instaurer un dialogue scientifique entre épidémiologistes et économistes.

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Très vite, on a compris qu’il est faux d’opposer mesures sévères de distanciation et activité économique car, face à la pandémie, les gens se protègent spontanément et réduisent leurs dépenses de consommation et leur présence au travail. Des données (anonymes) qui permettent de suivre les déplacements individuels à un niveau très fin ont permis de montrer que les gens ont commencé à réduire drastiquement leurs déplacements avant même que les mesures de confinement soient mises en place. Cela explique pourquoi les prévisions initiales des modèles épidémiologiques, qui annonçaient des chiffres catastrophiques, n’ont pas été confirmées.

Tensions contradictoires

Très vite, on a compris que les personnes qui habitent dans les quartiers défavorisés ont été les plus infectées, parce qu’elles travaillent souvent dans les secteurs dits « essentiels », vivent nombreuses dans des appartements de petite taille et dépendent des transports en commun. Très tôt, la possibilité de travailler à la maison est aussi apparue comme l’un des meilleurs moyens de réduire les infections sans affecter l’activité. Mais c’est aussi devenu une source majeure de renforcement des inégalités. Les personnes les moins éduquées ont beaucoup moins de possibilités de travailler à la maison (espace disponible, équipement informatique, connaissances acquises).

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De surcroît, elles travaillent souvent dans des secteurs, comme la production industrielle, l’hôtellerie, la restauration, le commerce ou les services à la personne, qui ne se prêtent pas au travail à distance. Autre inégalité renforcée : les femmes qui peuvent travailler à la maison ont été moins productives car elles sont accaparées par des tâches ménagères ou familiales, même si les hommes y ont consacré plus de temps que d’ordinaire. Constamment affinés, ces résultats ont été introduits dans les modèles épidémiologiques pour aider à comprendre l’évolution de la pandémie et l’efficacité des mesures de protection.

Par ailleurs, de gigantesques bases de données (anonymes) fournies par les sociétés 
financières et les entreprises de commerce en ligne ont permis des analyses détaillées de l’évolution de la consommation. Les marchés financiers ont également fait l’objet de nombreux travaux, soucieux de détecter des sources de fragilité, car il est vital d’éviter qu’une crise financière n’aggrave une situation déjà bien dégradée. Enfin, d’autres travaux portent sur des sujets plus traditionnels, par exemple l’impact de la pandémie sur le commerce international et les chaînes de production mondialisées.

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Les économistes ont également étudié comment adopter des mesures sanitaires – lesquelles et à quelle vitesse – qui permettent de minimiser les dégâts économiques sans engorger les hôpitaux. Ils ont l’habitude d’évaluer ce genre de tensions entre des objectifs apparemment contradictoires. Ils ont cherché à compléter les résultats obtenus en épidémiologie par leurs propres investigations statistiques – un autre point fort de leur formation. Utilisant les données collectées dès le début de la pandémie, ils ont étudié l’impact des différentes mesures protectrices aussi bien sur la santé que sur l’économie. En quelques semaines, on a compris que, si le confinement strict adopté aux débuts de la pandémie est efficace du point de vue sanitaire, il est terriblement coûteux en matière économique. Les autres mesures telles que le port du masque, les restrictions spécifiques qui visent les commerces, les rassemblements et les personnes fragiles ou encore le travail à domicile, permettent toutes de prévenir l’engorgement des hôpitaux à coût bien moindre, à condition d’être bien respectées car bien expliquées, et surtout d’être mises très rapidement en place.

Analyse de l’incertitude

Mais une caractéristique de cette crise sanitaire est le degré élevé d’incertitude de tous ses aspects. Sur le plan sanitaire, des aspects cruciaux, comme la contagiosité, la létalité ou la durée de l’immunité après contagion, sont mal connus, et de très nombreuses personnes sont asymptomatiques, donc contagieuses mais souvent non détectées. Sur le plan économique, il en va de même des réponses des agents économiques, ménages comme entreprises, face à l’épidémie, qu’elles soient spontanées ou guidées par les mesures de protection.

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Les économistes, qui ont développé depuis longtemps l’analyse de l’incertitude, ont essayé d’en tirer des conclusions sur la fiabilité des prévisions, bien sûr, mais aussi sur la mise en œuvre des politiques de protection. Parmi les très nombreuses implications, on peut en signaler trois. D’abord, il est souhaitable de tester constamment le maximum de personnes pour mieux savoir comment la contagion se développe. Ensuite, les pouvoirs publics sont de toute façon amenés à prendre des décisions sur la base d’informations qu’ils savent pourtant fragiles et fluctuantes. Enfin, l’incertitude concerne aussi la disponibilité de vaccins ou de traitements efficaces.

La gestion de la pandémie doit par conséquent être conçue comme une série de mesures étalées dans le temps, alors même que la durée des phénomènes observés est elle-même incertaine. Dans ces conditions, retarder les décisions, que ce soit pour prendre des mesures strictes ou pour ensuite les lever, pourrait ne pas être nécessairement une erreur. La complexité de ces questions d’incertitude et de longue durée explique la fragilité incontournable des prévisions, et l’extrême difficulté à tirer des conclusions définitives en matière d’action publique.

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La roue continue à tourner. Les travaux des économistes portent maintenant sur la bonne manière de déconfiner (lentement et partiellement), et sur les effets et les modalités de l’arrivée de vaccins. Ensuite, peut-être, il faudra réfléchir à ce qui a manqué dans la boîte à outils des économistes…

Charles Wyplosz est professeur émérite d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (Genève). Il a lancé et dirige, depuis fin mars, la revue scientifique en ligne « Covid Economics », sous l’égide du Centre for Economic Policy Research (CEPR), qui a publié quelque 360 articles depuis sa création.Ce que l’économie apprend de la pandémie

Quatre participants aux conférences des Journées de l’économie, qui doivent se tenir en ligne du 17 au 19 novembre en partenariat avec Le Monde, s’interrogent sur la « fertilisation croisée » entre sciences économiques et épidémiologie.

Charles Wyplosz (Economiste)

*Reconfiner la population sans confiner l’économie, le pari d’Emmanuel Macron

« Je ne crois pas à l’opposition entre santé et économie que certains voudraient instaurer », a-t-il dit, refusant de choisir entre la vie des Français et la prospérité du pays. 

Par Claire Gatinois  Publié le 29 octobre 2020 à 03h42 – Mis à jour le 02 novembre 2020 à 16h47

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/10/29/covid-19-reconfiner-les-francais-sans-confiner-l-economie-la-ligne-de-crete-d-emmanuel-macron_6057729_3234.html

Un bar parisien diffuse l’intervention d’Emmanuel Macron, le 28 octobre.
Un bar parisien diffuse l’intervention d’Emmanuel Macron, le 28 octobre. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Pour venir à bout du Covid-19 et maîtriser la deuxième vague de la pandémie qui submerge la France, « il n’y a pas de solution magique », a prévenu Emmanuel Macron, lors de son allocution, mercredi 28 octobre.

C’est pourtant bien un miracle, ou pour le moins une prouesse, qu’attend le chef de l’Etat. Appelant à « confiner » la population sans confiner l’économie, « donner un coup de frein brutal aux contaminations » sans congeler l’activité. Le président de la République a confirmé qu’il n’entendait pas choisir entre la vie des Français et la prospérité du pays.

« Je ne crois pas à l’opposition entre santé et économie que certains voudraient instaurer. Il n’y a pas d’économie prospère dans une situation sanitaire dégradée (…). Et, je vous le dis très clairement, il n’y a pas non plus de système de santé qui tient s’il n’y a pas une économie forte pour le financer, a-t-il asséné. L’économie ne doit ni s’arrêter ni s’effondrer ! »

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Au printemps, le confinement aurait provoqué un manque à gagner pour l’économie de l’ordre de 60 milliards d’euros par mois, chiffrent les économistes. Finalement, les méfaits du confinement auront conduit à une récession de 5,9 % au premier trimestre et de 13,8 % au deuxième. Du jamais vu depuis l’après-guerre et la publication des premières statistiques de l’Insee, en 1949.

Un confinement plus souple qu’au printemps

Ainsi, le nouveau confinement, qui entrera en vigueur dans la nuit de jeudi à vendredi, entend limiter les effets désastreux qu’avait eus le premier. Ce tour de force, Emmanuel Macron pense le mener en imposant un confinement plus souple que celui mis en place entre mars et mai. Comme au printemps, les commerces de produits « non essentiels », les bars, les restaurants, les centres de loisirs sportifs ou culturels resteront fermés. Tous les citoyens seront appelés à rester chez eux et le télétravail sera encouragé « cinq jours sur cinq dans le privé », a précisé le premier ministre Jean Castex devant l’Assemblée nationale jeudi.

Mais « nous avons appris des événements du printemps », a souligné Emmanuel Macron. « Les écoles resteront ouvertes, le travail pourra continuer », précise le chef de l’Etat. Officiellement, le maintien des activités scolaires vise à éviter le décrochage des élèves. Mais la mesure, qui concerne aussi les crèches, permettra surtout aux parents de pouvoir travailler, notamment de chez eux, sans contraintes familiales. Les administrations aussi resteront ouvertes. Ainsi les entrepreneurs pourront poursuivre les démarches nécessaires, évitant le gel de secteurs-clés de l’économie, comme celui du bâtiment

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Pour le reste, les victimes inéluctables de ce deuxième confinement bénéficieront du « quoi qu’il en coûte, cette réponse économique parmi les plus protectrices du monde », assure Emmanuel Macron. « Elle sera même plus importante qu’en mars pour nos petites entreprises », promet-il, évoquant la prise en charge jusqu’à 10 000 euros par mois des pertes en chiffres d’affaires, un dispositif déjà en vigueur depuis septembre pour les secteurs les plus affectés par la crise.

L’arsenal enclenché au printemps est donc réactivé, amplifié ou prolongé qu’il s’agisse du chômage partiel, du recours au fonds de garantie, ou des prêts garantis par l’Etat. A cela s’ajoute la promesse de nouvelles mesures attendues « d’ici les prochaines semaines » afin de soutenir les trésoreries de sociétés mises à sec du fait des charges et des loyers ainsi que d’un plan spécial pour les indépendants, les commerçants, et les très petites et moyennes entreprises.

« Participer à cet effort en travaillant »

« Le premier confinement avait marqué le triomphe de la santé sur l’argent. Depuis, les choses ont changé, observe Daniel Cohen, directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris. On est beaucoup plus attentif à ménager l’économie, à présent. » De fait, la préoccupation de l’Elysée – et de Bercy – est aussi celle des Français. « L’inquiétude sanitaire cohabite désormais avec l’inquiétude économique. Les deux ne sont pas, ou plus, antinomiques », atteste, de son côté, Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos.

Il reste à accomplir la prouesse voulue par Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat en appelle à la bonne volonté des Français pour « participer à cet effort en travaillant ». Mais la lassitude qui s’est emparée des citoyens pourrait avoir raison de l’injonction présidentielle. Au sein même du ministère de l’économie, on se met à douter : les professeurs et instituteurs, inquiets et choqués par le drame de Samuel Paty, ne vont-ils pas faire jouer leur droit de retrait ? Les ménages et les entreprises sauront-ils se projeter dans un avenir aussi troublé ?

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« Confinement ou pas, le moral des ménages et des investisseurs est en berne. Qui a encore envie de s’acheter des vêtements, de déménager, de partir en vacances, d’investir ? Tout est suspendu », souligne M. Cohen. « Et si on devait connaître une deuxième année avec un virus aussi virulent, alors tout ce qu’on aurait aimé colmater ne le sera pas. Quant aux secteurs qui font déjà figure de grands brûlés, comme la restauration, les services, l’aviation… pour eux, les espoirs de reprise sont anéantis », détaille-t-il.

De fait, le premier confinement avait pris l’allure d’un mal nécessaire, d’une parenthèse que tous avaient pris soin de refermer dès l’été, entraînant une reprise spectaculaire de l’activité (+ 16 % attendus au troisième trimestre). Le deuxième confinement donne le sentiment d’un « jour sans fin », selon les mots du président. Après cette nouvelle vague, qui dit qu’il n’y en aura pas une troisième, comme pour la grippe espagnole ?

Dégradation des finances publiques

« Le confinement fait l’effet d’un second coup de marteau sur une économie déjà fragilisée », observe Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévisions de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

« Le premier confinement avait conduit à une chute de l’activité de 30 % sur un mois. Ce nouveau confinement, plus doux, pourrait limiter la perte à 18 %. Mais ce n’est pas rien. Les entreprises sont déjà surendettées, et rien ne permet d’exclure un reconfinement en janvier, en cas de relâchement fin décembre. L’Etat sera obligé de revenir à une logique d’urgence », souligne aussi Selin Ozyurt, économiste chez l’assureur crédit Euler Hermes.

« Le seul moyen d’éviter un raz-de-marée est que l’Etat absorbe le choc de façon colossale », soutient Mathieu Plane, ajoutant : « Contrairement aux idées reçues, la France n’est pas allée plus loin que d’autres pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, elle peut faire plus. »

Et peu importe que le prix à payer soit celui d’une dégradation des finances publiques. Le soutien de la Banque centrale européenne et la faiblesse des taux d’intérêts permettent de faire encore gonfler la dette sans, pour le moment, se soucier de son remboursement.

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Le plan de relance de 100 milliards d’euros construit au lendemain du premier confinement, en cours d’examen au Parlement, pourrait ainsi se muer peu à peu en plan d’urgence, afin de soutenir les pans les plus sinistrés de l’activité, et répondre aux appels de ceux qui, au sein de l’opposition, réclament davantage pour les plus précaires et pour la jeunesse exclue des minima sociaux.

« Les mesures actuelles ne sont plus suffisantes », martèle notamment Christine Pirès Beaune, députée (Parti socialiste) du Puy-de-Dôme. Vendredi 30, La France insoumise entend aussi proposer un « contre-budget » identifiant tous les manques, à ses yeux, du projet de loi de finances pour 2021 et du plan de relance. Economie française : tenir jusqu’au vaccin contre le Covid-19

**ÉDITORIAL

Le Monde

Editorial.

Si l’annonce du laboratoire Pfizer sur un potentiel vaccin laisse entrevoir une lueur d’espoir, il est désormais inévitable de recalibrer un plan de relance annoncé début septembre avec des mesures plus immédiates.

Publié le 10 novembre 2020 à 12h49 –

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/10/economie-francaise-tenir-jusqu-au-vaccin-contre-le-covid-19_6059241_3232.html

Le premier ministre Jean Castex et le ministre de l’économie Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse à Matignon, le 29 octobre.
Le premier ministre Jean Castex et le ministre de l’économie Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse à Matignon, le 29 octobre. IAN LANGSDON / AFP

Editorial du « Monde ». Le pire n’est jamais sûr. Au regard des effets dévastateurs du premier confinement décidé au printemps, l’idée de remettre sous cloche l’activité pour endiguer la pandémie de Covid-19 laissait craindre un effondrement comparable. L’enquête de conjoncture publiée lundi 9 novembre par la Banque de France indique que l’économie française s’est montrée plus résiliente qu’attendu. C’est l’une des rares bonnes nouvelles du moment.

Certes, la perte d’activité reste hors normes, avec une chute de 12 % depuis le début du second confinement. Le recul, toutefois, est trois fois moins fort que celui d’avril. La sidération face à la flambée des contaminations, qui avait conduit à claquemurer l’économie de façon brutale et quasi généralisée, n’est plus de mise. Le « restez chez vous » a cédé la place à un confinement plus pragmatique, dont il faut souhaiter qu’il respecte bien la sécurité de chaque salarié.

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Le délicat équilibre entre maintien de l’activité et mesures sanitaires efficaces est loin d’être trouvé, mais des progrès sensibles sont enregistrés. Globalement, les entreprises ont appris à continuer à fonctionner dans le cadre d’un protocole sanitaire contraignant. Parallèlement, la décision de maintenir les établissements scolaires ouverts facilite le travail des parents.

Effets ctatstrophiques

Ainsi, de nombreuses usines et de chantiers de BTP, qui avaient été contraints de fermer au printemps, restent cette fois-ci en activité. Le secteur des services aux entreprises a désormais massivement adopté le télétravail, permettant la continuité des missions. Enfin, contrairement à il y a sept mois, les services publics sont ouverts.

En revanche, pour une poignée de secteurs soumis à des fermetures administratives comme l’hôtellerie-restauration, le commerce physique non alimentaire, la culture, le tourisme et certains services à la personne, ce second confinement aura des effets tout aussi catastrophiques que le premier, aggravant un peu plus l’ampleur de la récession en 2020.

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Le fait que l’économie française s’habitue à vivre avec le virus a son revers. Contrairement au troisième trimestre, lorsque l’activité avait fortement rebondi au sortir du premier confinement, s’ouvre désormais une période incertaine, caractérisée par une reprise plus molle. Entreprises et salariés commencent à intégrer que les contraintes sont là pour durer. Faute de perspectives claires, l’appétence à investir et à consommer risque de s’en ressentir. L’espoir d’un retour rapide aux niveaux d’activité d’avant-crise s’éloigne.

Jusqu’à présent, le gouvernement a réussi à amortir ce choc grâce à des mesures de soutien sans précédent. Le chômage partiel et les aides aux entreprises ont efficacement limité les destructions d’emplois et les faillites, même si celles-ci risquent de s’amplifier. Mais il est désormais inévitable de recalibrer un plan de relance annoncé début septembre, dans un contexte où la perspective d’un second reconfinement semblait exclue.

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Sans abandonner ses objectifs de long terme, ce plan doit aussi porter sur des mesures plus immédiates, pour encourager la consommation des ménages les moins favorisés et stimuler de façon plus directe la capacité d’investissement des entreprises. Certes, l’annonce du laboratoire Pfizer sur l’efficacité potentielle d’un premier vaccin laisse entrevoir une lueur d’espoir. Mais le défi est tel que celui-ci mettra plusieurs mois à se concrétiser. D’ici là, il faudra tenir en améliorant sans cesse l’articulation entre santé et économie, dans la concertation et l’anticipation. Deux dimensions qui ont cruellement fait défaut jusqu’à présent.

***L’impact économique du second confinement est trois fois moindre que celui du premier

Selon la Banque de France, l’activité, frappée par le Covid-19, devrait reculer de 12 % contre 31 % en avril. Le maintien des services publics et l’ouverture des écoles ont joué un rôle clé. 

Par Béatrice Madeline  Publié le 09 novembre 2020 à 08h07 – Mis à jour le 09 novembre 2020 à 10h47

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/11/03/budget-le-gouvernement-met-20-milliards-supplementaires-sur-la-table_6058376_823448.html

AUREL

Si, d’un point de vue sanitaire, « il est trop tôt pour juger de l’effet du reconfinement », a estimé dimanche Olivier Véran sur France Inter, Franceinfo et dans Le Monde, côté économique, les premiers chiffres montrent que son impact est nettement moins violent. En novembre, l’activité devrait reculer de 12 %, selon l’enquête de conjoncture menée par la Banque de France et publiée lundi 9 novembre, tandis qu’elle avait plongé de 31 % en avril.

Cette enquête, menée auprès de 8 500 chefs d’entreprise, a démarré le 28 octobre, soit deux jours avant l’entrée en vigueur du deuxième confinement. L’essentiel des réponses étant parvenu après le 30 octobre, elle constitue « la première mesure de l’appréciation par les chefs d’entreprise de l’effet du confinement », souligne l’institution.

Le maintien de l’activité des services publics et des établissements scolaires joue un rôle significatif, pour un quart environ de l’écart entre les deux confinements.Le reste provient « de l’adaptation des entreprises » aux protocoles sanitaires et au télétravail, comme l’explique le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

Aucun impact sur le bâtiment et la construction

Les chiffres en attestent : alors que l’activité dans l’industrie était tombée à 51 % de son niveau « normal » en avril, elle est en novembre de 89 %. Ce nouveau confinement n’a, notamment, aucun impact sur le bâtiment et la construction, contrairement à ce qu’il s’était passé au printemps, lorsque la plupart des chantiers avaient été arrêtés durant des semaines.

La situation est plus contrastée dans les services : si ceux alloués aux entreprises continuent de fonctionner normalement ou presque – quoique en télétravail –, la restauration, l’hébergement, les services à la personne et, dans une moindre mesure, le commerce connaissent peu ou prou le même recul d’activité qu’en avril. Le secteur de la restauration devrait ainsi tourner à 9 % de la normale en novembre, l’hébergement à 17 %.

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Mais, dans l’ensemble, souligne le gouverneur, « il y a moins d’opposition entre l’économique et le sanitaire : les entreprises ont appris à diminuer les effets économiques du confinement tout en protégeant les salariés ».

Ce nouveau confinement n’entraînera pas de dégradation d’ampleur de la récession prévue cette année, selon le gouverneur. « Alors que nous estimions la récession à 8,7 % du PIB avant la seconde vague, nous estimons aujourd’hui qu’elle sera entre 9 % et 10 % », dit-il.

La reprise de l’été a été plus vigoureuse

Un chiffre moins pessimiste que celui du gouvernement, qui table, selon la dernière version du projet de loi de finances pour 2021, sur un recul de l’activité de 11 %. A l’appui de son très relatif optimisme, la Banque de France fait valoir que la reprise de l’été a été plus vigoureuse que prévu. La perte de PIB en septembre, notamment, a été ramenée à 3,5 %, au lieu des 5 % initialement estimés. Celle d’octobre est, elle, estimée à 4 %. « L’investissement des entreprises a fait partie des surprises positives de l’été », rappelle M. Villeroy de Galhau.

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Le deuxième confinement et le phénomène de « stop and go » que connaît l’économie depuis mars ne risquent-ils pas de refaire basculer les anticipations des chefs d’entreprise après ce sursaut de confiance ? «Plus que des mesures de restriction, les anticipations des entreprises résultent surtout de la situation sanitaire », estime le gouverneur. D’ailleurs, en raison de l’inconnue pesant sur l’évolution de l’épidémie, la Banque de France a décidé qu’elle ne publierait pas de prévision de croissance pour 2021 avant mi-décembre.

Dans ces conditions, les mesures d’urgence prises par le gouvernement pour accompagner les entreprises en difficulté suffiront-elles ? Dans une note, publiée vendredi 6 novembre par l’Institut Montaigne, l’économiste Eric Chaney estime que le plan de relance, malgré son montant de 100 milliards d’euros, ne produira pas d’effet à brève échéance, compte tenu de son caractère structurel.

« Réduire le coût de l’incertitude systémique »

« L’impact limité du plan de relance à l’horizon 2021 associé aux nouvelles mesures de confinement conduiront nécessairement à une consommation en berne et à une forte poussée du chômage », écrit-il. L’économiste préconise donc plusieurs mesures de court terme. En premier lieu, une « action de soutien, ciblée en particulier sur les ménages à faible capacité d’épargne, dont la propension à consommer est élevée, aurait un effet rapide et puissant sur la consommation et répondrait à une forte demande sociale d’équité, d’autant plus importante durant la crise ». Ensuite, il plaide pour une subvention à hauteur de 10 % de toutes les dépenses d’investissement des entreprises, afin de « réduire le coût de l’incertitude systémique ».

Sans se prononcer sur ces mesures en particulier, le gouverneur de la Banque de France se montre réservé sur le diagnostic du think tank libéral. « Objectivement, les mesures budgétaires d’urgence sont aujourd’hui massives et assez bien calibrées », estime-t-il, en rappelant qu’elles représentent 4 à 5 points de PIB, comme chez nos voisins européens.

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Béatrice Madeline

****Confinement et économie : huit graphiques qui montrent l’onde de choc depuis mars

Par  Mathilde Damgé ,  Mélina Zerbib et  Grégoire Humbert

Publié le 30 octobre 2020 à 16h52 – Mis à jour le 30 octobre 2020 à 20h16

DÉCRYPTAGES

L’arrêt brutal de l’activité du fait de la crise sanitaire a eu des conséquences sur la consommation, l’emploi, l’épargne… Des chiffres qui dessinent un engrenage peu réjouissant.

« Il nous faut protéger notre économie », a déclaré le chef de l’Etat mercredi 28 octobre, en annonçant le reconfinement. De fait, le coup de frein brutal lié à la pandémie de Covid-19 est en train de provoquer une crise d’un nouveau type.

Après un coup d’arrêt quasi total au printemps, les effets se font sentir en vagues puissantes sur les rivages de l’économie réelle dont les indicateurs s’affolent. L’Insee a ainsi présenté vendredi 30 octobre les chiffres de la croissance du troisième trimestre, que l’on pourrait croire positifs, puisqu’ils sont en hausse de 18,2 % par rapport au trimestre précédent. Mais l’institut met en garde contre ce trompe-l’œil : si on compare avec l’année précédente, la baisse du PIB est de − 4,3 %, ce qui est énorme.

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Le premier confinement, qui a débuté le 17 mars, a provoqué la fermeture d’un certain nombre d’activités jugées non essentielles. Cette crise produit ainsi un choc de demande négatif : ménages et entreprises ont été contraints de réduire leur consommation. Certes, les revenus des Français ne se sont pas effondrés, du fait notamment des mesures de chômage partiel, mais l’activité a tardé à reprendre. Alors que le pays entame un second confinement, le spectre d’une crise économique durable, incluant déflation et plans sociaux, se profile.

Les graphiques ci-dessous montrent comment les effets économiques s’enchaînent et se renforcent.

Revenons sept mois en arrière…

Lorsque le confinement a été décrété, le 17 mars, toutes les activités « non essentielles » ont été stoppées. Transports, tourisme, industrie… l’économie française a été mise à l’arrêt. Il y a eu par exemple deux fois moins de créations d’entreprises au printemps.

L’amélioration observable à partir de l’été est liée en grande partie au secteur des transports et de l’entreposage, avec un essor des activités de poste et de courrier qui reflète notamment le développement des services de livraison à domicile, explique l’Insee.

Est-ce que l’économie est repartie comme avant ?

C’est ce qu’on pourrait croire en regardant les chiffres de la croissance. Après deux trimestres de (très fort) recul, signant une entrée en récession, le PIB semble sortir de l’ornière à l’automne.

Certes, les chiffres du troisième trimestre, rendus publics le 30 octobre, montrent un rebond de croissance (en grande partie mécanique) par rapport au deuxième trimestre, mais elle reste en dessous du rythme relevé à la même période l’an dernier. Début octobre, l’Insee anticipait une baisse annuelle de 9 % du PIB, mais le reconfinement va encore faire empirer la situation, et le gouvernement évoque plutôt une chute de 11 %.

Pour mieux comprendre, regardons de quoi est faite la croissance

Première composante du PIB, la consommation des ménages chute lourdement pendant le confinement et remonte à partir de l’été.

Au contraire, la consommation dans l’alimentaire est restée stable, voire même a connu une franche hausse en mars, avril et mai. Mais elle ne représente qu’entre 10 et 15 % de la consommation des ménages, loin derrière les dépenses en biens et équipements.

Autre conséquence du gel de l’économie, le chômage

Avec plusieurs semaines d’arrêt quasi total de l’activité économique, le nombre de chômeurs a enflé, et reste loin du retour à la normale ; le volume de personnes sans emploi reste supérieur de 8,8 % au niveau atteint en 2019

Certes, le chômage a baissé au troisième trimestre, après une forte hausse pendant le confinement. Mais cette relative embellie sur le marché du travail, qui résulte, pour une bonne part, de mesures prises par le gouvernement durant l’été, reste très fragile.

Dans l’incertitude, que font les Français ? Ils épargnent

La frilosité des différents acteurs économiques se ressent aussi chez les ménages qui préfèrent mettre de côté, en ces temps incertains : leur taux d’épargne a bondi depuis le début de l’année. Et le bas de laine ne devrait pas maigrir puisque ceux qui jugent opportun d’épargner sont plus nombreux de mois en mois, selon l’Insee.

Autre fait remarquable : alors que les Français se réfugient traditionnellement dans la pierre, leurs économies ont cette fois été plus diversifiées avec un taux d’épargne hors logement qui est passé de moins de 5 % en moyenne en 2019 à près de 20 % au deuxième trimestre.

On consomme moins, donc les prix baissent. Pourquoi est-ce inquiétant ?

Autre effet de bord de la difficile reprise de l’économie, la baisse des prix, entraînée par une moindre demande. Les prix à la consommation ont ainsi baissé de 0,5 % en septembre, après – 0,1 % en août. Cet effritement des prix s’est fait particulièrement sentir dans les services, touchés de plein fouet par le ralentissement de l’économie.

Sous une apparence de bonne nouvelle, une baisse des prix n’augure en réalité rien de bon. Elle peut entraîner une spirale déflationniste, c’est-à-dire une baisse de la valeur accordée aux biens échangés et à terme une baisse des échanges eux-mêmes, puis de l’activité. Ce qui peut être considéré comme un gain de pouvoir d’achat à court terme pour les consommateurs devient un immense risque pesant sur l’emploi privé.

Comment les entreprises voient-elles l’avenir ?

Lorsqu’il interroge les chefs d’entreprises sur leurs anticipations, l’Insee obtient la réponse suivante : oui, la demande s’est redressée mais elle va se tasser à nouveau au cours des prochains mois. Ce qui est à rebours de la tendance habituelle : en temps normal, l’année se termine sur un regain d’activité.

Les services sont plus affectés que l’industrie : la restauration, les transports de voyageurs et les activités culturelles pourraient concentrer dans la dernière moitié de l’année l’essentiel des pertes d’emplois.

Et une vague de plans sociaux se profile…

Un premier bilan sur les huit premiers mois de crise permet de prendre la mesure de la casse sociale déjà en cours. Si l’on regarde les déclarations des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), en cumul depuis le 1erer mars, environ 62 000 ruptures de contrats de travail ont été planifiées, soit près du triple par rapport à la même période en 2019.

Mais il faut ajouter les licenciements pour motif économique hors plan social  – on en compte environ 4 000. Ils ont eu lieu neuf fois sur dix dans des entreprises de moins de dix salariés. Des emplois dont il n’est pas garanti qu’ils soient recréés, du moins sous cette forme. Une hypothèse avancée par plusieurs économistes est que la crise actuelle accentue la mutation de l’économie (via le numérique, en particulier) et du marché du travail, avec le risque d’accentuer aussi l’inégale répartition des richesses.

Mathilde Damgé

Mélina Zerbib(design)

Grégoire Humbert(code)

*****Le PIB européen ne retrouvera son niveau d’avant-Covid qu’à la fin de 2022

Conséquence de la crise sanitaire, les économistes de l’exécutif européen misent désormais sur une chute du produit intérieur brut en 2020 de 7,4 % à l’échelle des Vingt-Sept, suivie d’un rebond de 4,1 % en 2021. 

Par Virginie Malingre  Publié le 05 novembre 2020 à 11h00 – Mis à jour le 05 novembre 2020 à 11h41

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/11/05/le-pib-europeen-ne-retrouvera-son-niveau-d-avant-covid-qu-a-la-fin-de-2022_6058593_3234.html

AUREL

Alors que la pandémie de Covid-19 se propage de plus en plus vite en Europe et que les annonces de reconfinement, total ou partiel, se multiplient partout sur le Vieux Continent, les perspectives de reprise de l’économie, elles, s’éloignent. Les dernières prévisions de la Commission, publiées jeudi 5 novembre, l’attestent.

Les experts de l’institution misent désormais sur une baisse du produit intérieur brut (PIB) en 2020 de 7,4 % à l’échelle des Vingt-Sept et de 7,8 % pour la zone euro, suivie d’un rebond de 4,1 % pour l’ensemble de l’Union européenne et de 4,2 % pour les dix-neuf pays qui ont adopté la monnaie commune. Il y a six mois, ils tablaient peu ou prou sur les mêmes chiffres pour cette année, mais imaginaient une reprise bien plus soutenue, supérieure à 6 %, en 2021.

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Il n’était alors pas question que l’activité rechute fin 2020. « Cette deuxième vague de la pandémie douche nos espoirs d’un rebond rapide », commente Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission. Corollaire : il faudra attendre fin 2022 pour que le PIB européen s’approche du niveau qu’il avait fin 2019, avant la crise, et non plus fin 2021, comme l’imaginait encore la Commission, début mai.

Ce scénario, déjà redoutable, est susceptible d’être encore plus noir. Pour formuler ses prévisions, la Commission a en effet arrêté ses compteurs au 22 octobre, c’est-à-dire qu’elle n’a pas pris en considération les nombreuses mesures qui ont été annoncées depuis en Europe. A commencer par le reconfinement en France ou en Belgique, ou les nouvelles dispositions en Allemagne. Les économistes de l’exécutif communautaire ont néanmoins cherché à estimer les effets de restrictions plus fortes que celles qu’ils ont prises en compte, et le résultat de leur travail n’est pas rassurant : le PIB de la zone euro, écrivent-ils, pourrait baisser de 8,5 % en 2020 et de 2,75 % en 2021.

« Cicatrices de la pandémie »

La Commission évoque d’autres « risques à la baisse » qui, s’ils se concrétisaient, pourraient encore assombrir le tableau. Et notamment celui que « les cicatrices de la pandémie (faillites, chômage de longue durée, ruptures dans les chaînes de valeur) soient plus profondes » qu’anticipé. Ses experts rappellent également qu’une crise financière n’est pas à exclure, pas plus qu’un ralentissement mondial – et, avec lui, une contraction des échanges commerciaux – qui serait plus marqué que prévu.

Dans ce contexte hautement incertain, juge Paolo Gentiloni, le commissaire à l’économie, « les politiques de soutien (…) par les Etats membres » – les mesures de liquidités (garanties et reports d’impôt) représentent 22,5 % du PIB européen, et les mesures de soutien budgétaire, 4,4 % – « doivent être poursuivies ». Le plan de relance européen de 750 milliards d’euros, sur lequel les Européens ont eu tant de mal à s’accorder le 21 juillet, « doit être finalisé cette année et déployé au premier semestre 2021 », poursuit l’Italien.

Le plan de relance européen pourrait vite apparaître mal calibré face à une deuxième vague pandémique aux effets dévastateurs

Ce plan, ainsi que le budget communautaire de 1 074 milliards d’euros pour la période 2021-2027 qu’il vient abonder, fait aujourd’hui l’objet d’âpres négociations avec le Parlement européen. Il lui faudra ensuite passer l’épreuve des ratifications par les parlements nationaux, qui devront autoriser la Commission à s’endetter au nom des Vingt-Sept – une première dans l’histoire communautaire – afin de le financer. Il ne pourra donc pas être opérationnel au 1er janvier 2021, comme le souhaitait Bruxelles.

Il y a urgence, pourtant, au vu de la propagation du virus et de la dégradation de la situation économique. Il y a urgence aussi, parce qu’à trop tarder, ce plan de relance pourrait vite apparaître mal calibré face à une deuxième vague pandémique aux effets dévastateurs, et se trouver dépassé avant même d’avoir vu le jour.Lire aussi  Europe : ne tirez pas sur le plan de relance

Certains gouvernements pourraient dès lors être tentés de remettre en cause la répartition des aides qui y est prévue. Même si 30 % d’entre elles dépendront de la conjoncture en 2021 et 2022, les pays les plus affectés au printemps, Italie en tête, sont ceux qui doivent toucher le plus d’argent. Toutefois, à l’aune de ce qui se passe aujourd’hui, d’aucuns pourraient revendiquer un rééquilibrage. A commencer par l’Espagne, qui, à en croire les dernières prévisions de la Commission, devrait voir son PIB reculer de 12,4 % en 2020. Plus que l’Italie (– 9,9 %), qui reste néanmoins le premier bénéficiaire du plan de relance.

En France, une situation qui ne fait qu’empirer

D’autres pays, que le Covid-19 a relativement épargnés au printemps, mais qui devraient souffrir davantage de la deuxième vague, sont aussi susceptibles de se manifester, à l’instar de la République tchèque ou du Portugal. Les Pays-Bas, qui étaient farouchement hostiles à un plan de relance assis sur un endettement commun et le déploiement de subventions, se trouvent également dans ce cas.

« L’épidémie reprend. Il est très probable que nous aurons à redéfinir une réponse orchestrée », avait déclaré le président français, Emmanuel Macron, le 16 octobre, à l’issue d’un sommet européen. Il faut dire que la situation, dans l’Hexagone, ne fait qu’empirer. La Commission prévoit désormais que son PIB chute de 9,4 % en 2020 (contre – 5,6 % pour l’Allemagne) et remonte de 5,8 % en 2021, quand, en mai, elle misait sur une baisse de 8,2 % cette année, suivie d’un rebond de 7,4 %.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Reconfiner la population sans confiner l’économie, le pari d’Emmanuel Macron

A ce stade, personne n’a osé évoquer le sujet, tant la conception du plan de relance a divisé les Européens. Le moindre aménagement pourrait déclencher des débats sans fin, qui en retarderaient encore la ratification, voire le mettraient en péril. « L’urgence est absolue de mettre en œuvre ce qui a été décidé cet été », a jugé, mardi 3 novembre, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, qui participait à une réunion (virtuelle) avec ses homologues de la zone euro.

Car le plan de relance, pour imparfait et obsolète qu’il soit, est l’un des rares éléments, note la Commission, qui pourraient l’amener à revoir ses prévisions à la hausse. L’exécutif européen en mentionne un autre, qui serait la découverte rapide d’un vaccin. Dans ce cas, la croissance en 2021 et 2022 serait plus robuste, de… 0,5 point.

Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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