Pfizer relance l’espoir d’un vaccin rapide contre le Covid-19
Lors d’une annonce lundi 9 novembre, l’entreprise a évoqué 90 % d’efficacité pour son candidat-vaccin en dernière phase de test. Les marchés financiers ont accueilli la nouvelle par de fortes hausses.
Par Chloé Aeberhardt Publié le 10 novembre 2020 à 11h22 – Mis à jour le 10 novembre 2020 à 21h54

Serait-ce la lumière au bout du tunnel ? Alors que le nombre de morts du Covid-19 s’élève à plus de 1,25 million de personnes dans le monde, et que les couvre-feux et reconfinements se multiplient à travers la planète, le géant pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont annoncé, lundi 9 novembre, que leur candidat-vaccin, administré en deux injections, était efficace à plus de 90 %. « Nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre le Covid-19 », a déclaré le PDG de Pfizer, Albert Bourla. Ces résultats intermédiaires ont été obtenus au cours des essais de phase 3, entamés le 27 juillet 2020.
Dernière étape de tests cliniques avant la mise sur le marché, la phase 3 se pratique à grande échelle, et consiste à évaluer si le vaccin est sûr et protège de la maladie. D’après les résultats communiqués lundi, une personne exposée au virus ayant reçu ce vaccin a 90 % de chances de plus de ne pas tomber malade qu’une personne non vaccinée. Forts de ce score, Pfizer et BioNTech entendent demander une autorisation d’utilisation d’urgence à la Food and Drug Administration américaine (FDA) d’ici la fin novembre. De quoi enfin nous autoriser à y croire : le monde devrait disposer d’un vaccin.
Donald Trump, qui rêvait d’un vaccin arrivé juste à temps pour favoriser sa réélection à la Maison Blanche, a salué une « excellente nouvelle » survenue, ironie de l’histoire, deux jours après sa défaite. Son successeur, Joe Biden, qui annonçait lundi la mise en place d’une cellule de crise consacrée au Covid-19, a vu dans cette annonce un signe d’« espoir ». Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a jugé la nouvelle « encourageante ».
La réaction la plus spectaculaire est venue des marchés financiers : à Wall Street, le Dow Jones a connu sa plus forte hausse depuis juin, en gagnant 2,95 %, et l’indice S&P 500 a pris 1,17 %. L’action Pfizer a grimpé de 7,69 %. Les marchés européens se sont envolés, Paris, Londres et Milan affichant leur meilleure performance en une séance depuis mars, et Francfort depuis mai.
« Pour l’instant, nous n’avons eu droit qu’à un communiqué de presse, et les communiqués de presse, c’est fait pour la Bourse », estime Bruno Pitard, directeur de recherche du CNRS
Du côté de la communauté scientifique, « c’est clairons et trompettes, mais on attend de voir la suite », résume Bruno Pitard, directeur de recherche du CNRS au centre de cancérologie et d’immunologie Nantes-Angers. « C’est prometteur, indéniablement. Mais on ne pourra se prononcer vraiment qu’après avoir lu la publication des résultats dans une revue scientifique. Pour l’instant, nous n’avons eu droit qu’à un communiqué de presse, et les communiqués de presse, c’est fait pour la Bourse. » Même enthousiasme prudent de la part de l’infectiologue Odile Launay, qui coordonne le centre d’investigation clinique de Cochin-Pasteur et le réseau français de recherche clinique en vaccinologie. « Ces résultats sont très encourageants, mais nous ne sommes pas au bout du chemin. Beaucoup de questions restent en suspens. »
L’ARN messager, une technologie nouvelle
Les interrogations sont d’autant plus nombreuses que, s’il est homologué, le candidat de Pfizer et BioNTech sera le premier vaccin ARN jamais approuvé pour l’homme. Cette technologie nouvelle, dite de l’ARN messager, consiste à injecter dans l’organisme des brins d’instructions génétiques, qui diront aux cellules ce qu’il faut fabriquer – en l’occurrence, un antigène spécifique du coronavirus contre lequel le système immunitaire produira des anticorps.
Cette méthode présente un avantage-clé dans la course à laquelle se livrent les fabricants depuis la découverte officielle du virus le 9 janvier 2020 : elle permet de produire des vaccins très rapidement, l’organisme des patients prenant en charge une partie du travail habituellement réalisé en laboratoire. Pour gagner du temps, Pfizer et BioNTech ont commencé à fabriquer le vaccin avant même de savoir s’il serait efficace. Ils prévoient de produire jusqu’à 50 millions de doses (soit suffisamment pour protéger 25 millions de personnes) dès cette année. Jusqu’à 1,3 milliard en 2021
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« C’est une bonne nouvelle… pour les pays à haut revenu, estime Suerie Moon, codirectrice du Global Health Center de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève. Ce vaccin doit être stocké à environ – 70 °C, ce qui suppose un respect de la chaîne du froid très contraignant. Quant au prix fixé aux Etats-Unis, à 25-30 dollars la dose, soit 50-60 dollars le vaccin, il ne présage rien de bon pour les pays en développement. » En outre, Pfizer ne participe pas au dispositif Covax, une plate-forme de financement pilotée par l’OMS qui facilite l’accès des pays pauvres au vaccin. « J’espère que parmi les autres vaccins, dont les résultats seront publiés dans les semaines qui viennent, il y en aura un à dose unique, vendu à un prix abordable et peu sensible à la chaleur, que l’on pourra distribuer à tous. »
Dix vaccins-candidats en phase 3 des tests
Car si Pfizer et BioNTech sont les premiers à publier des résultats positifs pour des essais cliniques à grande échelle, ils sont loin d’être les seuls dans le peloton de tête. Le 3 novembre, l’OMS comptabilisait 47 candidats-vaccins actuellement testés sur l’homme, dont dix en essais cliniques de phase 3. Des chiffres à peine croyables, quand on sait qu’en temps normal il faut plus de dix ans pour développer un vaccin.
A l’avant du peloton, quatre vaccins chinois, un russe et cinq occidentaux – Pfizer-BioNTech, AstraZeneca-université d’Oxford, Johnson & Johnson, Novavax et Moderna – jouent des coudes dans l’espoir de sortir le vaccin en premier. D’un point de vue concurrentiel, les résultats de l’équipe Pfizer-BioNTech sont sans conteste un coup dur pour ses compétiteurs. Mais d’un point de vue scientifique, « ils sont encourageants pour les autres vaccins du même type comme celui de Moderna, dont les chances se trouvent clairement augmentées », précise l’infectiologue Odile Launay.
On est loin des tarifs proposés par AstraZeneca, qui tournent autour de 3-4 dollars la dose », regrette Suerie Moon, codirectrice du Global Health Center de l’IHEID
Moderna partage en effet plusieurs points communs avec le duo Pfizer-BioNtech. Comme BioNtech, une société allemande d’environ 1 500 employés, c’est une « biotech » qui n’a jamais produit ni mis sur le marché de traitements médicaux. Son vaccin est fondé sur la même technique de l’ARN messager. Et les résultats de sa phase 3, réalisée sur 30 000 patients, devraient eux aussi être annoncés en novembre. « En toute logique, ses résultats d’efficacité devraient être positifs, estime Bruno Pitard, du CNRS. Mais dans la mesure où Moderna utilise des doses plus fortes d’ARN-M, plus de lipides et d’adjuvants que Pfizer, il faudra veiller à la toxicité. » En termes d’accès, ce vaccin ne constituera pas davantage une solution mondiale – il devrait être vendu aux Etats-Unis plus ou moins au même prix que celui de Pfizer. « On est loin des tarifs proposés par AstraZeneca, qui tournent autour de 3-4 dollars la dose », regrette Suerie Moon.
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Les vaccins à ARN devancent désormais leurs concurrents à « vecteur viral » développés par la firme anglo-suédoise AstraZeneca ou les Américains de Johnson & Johnson. Plus complexes à fabriquer, ces vaccins contiennent des virus atténués déjà connus, dont le génome est modifié pour lui faire produire des protéines du SARS-Cov-2. L’un et l’autre fabricants ont vu leurs essais suspendus après l’apparition de maladies inexpliquées chez certains participants. Ces interruptions sont relativement fréquentes dans le cadre d’essais à grande échelle – lundi, au Brésil, l’essai du candidat-vaccin chinois de Sinovac, dérivé d’un coronavirus amoindri, a ainsi été arrêté après un « incident grave » constaté chez un volontaire, le 29 octobre. Le 23 octobre, les essais d’AstraZeneca ont repris après plus de six semaines d’interruption. Ce laboratoire prévoit tout de même d’annoncer les résultats d’efficacité « plus tard cette année ».
Disponible « début 2021 » en Europe
Les essais de phase 2 avaient révélé que son vaccin entraînait une réponse immunitaire « encourageante » aussi bien chez les jeunes adultes que chez les personnes âgées. Quant aux chercheurs de Johnson & Johnson, dont les essais ont repris le même jour que ceux d’AstraZeneca aux Etats-Unis (mais pas encore dans tous les pays participants), ils espèrent disposer de résultats intermédiaires début 2021.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Vaccins contre le Covid-19 : « De nombreux pays ont déjà réservé leur part du gâteau en passant des accords bilatéraux »
Annoncés coup sur coup, ces retards avaient douché les espoirs, particulièrement en Europe, qui avait beaucoup misé sur ces deux candidats-vaccins. Entre août et octobre, la Commission européenne a en effet finalisé des accords de précommandes avec AstraZeneca et Johnson & Johnson, ainsi qu’avec le duo Sanofi-GSK (dont les essais de phase 3 devraient commencer en décembre). Depuis, l’exécutif européen a conclu d’autres accords avec Moderna, l’allemand CureVac et, a annoncé lundi la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, BioNTech et Pfizer. Ce contrat sera finalisé « bientôt », pour une commande allant« jusqu’à 300 millions de doses ». Qu’il s’agisse du candidat de Pfizer ou d’un autre, la Commission table sur un premier vaccin disponible « début 2021 ».Notre sélection d’articles sur le coronavirus
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Covid-19 : les 90 % d’efficacité du vaccin de Pfizer, un « résultat extraordinaire » qui pose des questions
Le résultat provisoire avancé, lundi 9 novembre, par le laboratoire américain Pfizer et l’allemand BioNTech, est spectaculaire, mais il pourrait encore évoluer et ne permet pas de déterminer la durée d’immunité apportée.
Par Nathaniel Herzberg Publié le 10 novembre 2020 à 03h20 – Mis à jour le 10 novembre 2020 à 13h22

Efficace à 90 % ! Le résultat annoncé, lundi 9 novembre, par le laboratoire Pfizer et son partenaire allemand BioNTech, au cours de la troisième phase d’essai clinique de son candidat vaccin contre le Covid-19, a impressionné une bonne partie de la communauté scientifique. Sans surprise, Ugur Sahin, le PDG de la start-up de Mayence qui a conçu le produit, a souligné que ce chiffre constituait « un résultat extraordinaire ».
Akiko Iwasaki, immunologiste à l’université de Yale et référence dans la recherche en vaccinologie, n’a pas dit autre chose au New York Times : « C’est vraiment un chiffre spectaculaire. Je n’attendais pas un résultat aussi élevé. Je m’étais préparé à quelque chose autour de 55 %. » « Des résultats incroyablement excitants », a renchéri Wayne Koff, président du Human Vaccines Project. Et l’infectiologue Odile Launay, coordinatrice du réseau français de recherche clinique en vaccinologie, de résumer : « On pouvait difficilement espérer mieux. »Lire aussi Pfizer et BioNTech annoncent que leur candidat-vaccin contre le Covid-19 est « efficace à 90 % »
Mais que signifie exactement cette annonce ? Faute de véritable article scientifique permettant de la décortiquer, c’est sur le communiqué de presse du laboratoire et le protocole déposé auparavant que l’on doit s’appuyer pour la comprendre. Dans le principe, rien de bien compliqué : cela signifie que sur dix personnes exposées au virus SARS-CoV-2, dans des conditions qui auraient dû les faire tomber malade, neuf ont été protégées. Le montrer apparaît plus complexe. Une solution aurait pu être d’infecter volontairement des personnes préalablement vaccinées, ce que l’on appelle un « challenge infectieux », et d’observer le résultat. Sauf qu’injecter un virus qui a déjà tué plus de 1,2 million de personnes et contre lequel il n’existe aucun traitement se heurte à de lourdes considérations éthiques.
Deux injections
Pfizer et BioNTech ont donc réalisé un essai dit de phase 3. Ils ont enrôlé 43 538 participants. A la moitié d’entre eux, ils ont administré leur vaccin. L’autre moitié, le groupe témoin, a reçu un placebo. Le tout sans que les volontaires sachent dans quel « bras » de l’expérience ils se trouvaient. Puis tous sont rentrés chez eux. Les chercheurs ont alors attendu les contaminations. Le chiffre de 90 % affiché signifie donc que les personnes vaccinées ont eu 90 % de risque en moins d’attraper la maladie, ou encore qu’ils ont été dix fois moins nombreux à la contracter.
Les volontaires de cet essai ont, en réalité, reçu deux injections. La seconde, administrée trois semaines après la première, a permis de « booster » la réponse immunitaire. Selon le protocole déposé par Pfizer, les analyses ne prennent en compte que les personnes ayant présenté des symptômes au moins sept jours après le rappel. Celles-ci sont alors testées par PCR pour vérifier qu’elles ont bien été infectées par le SARS-CoV-2.A
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Un premier point d’étape devait être réalisé une fois enregistrées les 32 premières contaminations. Mais la Food and Drug Administration (FDA), aux Etats-Unis, a demandé d’attendre la déclaration de 62 malades. Finalement, ce sont même 94 malades qui ont vu leur dossier étudié. Ce dernier travail n’a pas été réalisé par Pfizer, mais par une commission indépendante. Si bien que Kathrin Jansen, vice-présidente et responsable de la recherche sur les vaccins du géant américain, ignorait encore mardi « le nombre exact » de personnes contaminées dans chaque bras de l’expérience.
Entre 30% et 70% pour le vaccin contre la grippe
« Ce ne sont que des résultats provisoires et ils peuvent évoluer », a souligné Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS (Nantes) et spécialiste des vaccins à acide nucléique. Le protocole prévoit en effet de refaire des analyses une fois atteint le chiffre de 164 contaminations. Si le nombre de contaminations devait augmenter parmi les personnes vaccinées, cela conduirait évidemment à réduire l’efficacité du vaccin, mais aussi à laisser supposer que l’immunité apportée par le produit reste de courte durée.
M. Pitard émet une autre réserve. « Ils devraient aussi vérifier si le vaccin est efficace pour toutes les catégories, les personnes âgées, celles souffrant de comorbidités, les minorités qui sont les plus touchées… Là, on pourra savoir de quelle efficacité on parle. »
Le chiffre de 90 % apparaît quoi qu’il en soit très élevé. Il se rapproche des vaccins contre la rougeole ou la rubéole, qui avoisinent les 95 %, dépasse largement celui contre les oreillons, qui plafonne à 75 %, et plus encore contre la grippe, qui oscille entre 30 % et 70 % selon les années et l’âge de la personne concernée. Reste une dernière question : contre quoi va-t-il protéger ? Contre la maladie et ses symptômes, comme semble l’indiquer le protocole, ou contre l’infection ? Face à une pandémie en partie répandue par des porteurs asymptomatiques, la question apparaît essentielle.Notre sélection d’articles sur le coronavirus
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Pfizer et BioNTech annoncent que leur candidat-vaccin contre le Covid-19 est « efficace à 90 % »
Le géant pharmaceutique américain et son partenaire allemand BioNTech sont les premiers à présenter des résultats positifs pour un essai clinique à grande échelle d’un vaccin contre le nouveau coronavirus.
Le Monde avec AFP Publié le 09 novembre 2020 à 16h55 – Mis à jour le 10 novembre 2020 à 00h42
Une bonne nouvelle qui pourrait changer la donne sur le front du Covid-19 : un vaccin développé par Pfizer et BioNtech apporte une preuve d’efficacité à « 90 % », selon une annonce, lundi 9 novembre, de ces groupes pharmaceutiques. Mais cet espoir reste à confirmer.
« Plus de huit mois après le début de la pire pandémie en plus d’un siècle, nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre le Covid-19 », a déclaré le président-directeur général de Pfizer, Albert Bourla, dans un communiqué.
Le Dr Richard Hatchett, PDG de la coalition internationale pour le développement de vaccins, a qualifié d’« historiques » ces résultats intermédiaires, « extrêmement positifs et encourageants ». « Nous pensons que ces résultats intermédiaires augmentent également la probabilité de succès d’autres candidats-vaccins Covid-19 qui utilisent une approche similaire », a-t-il relevé.
- Une étude de stade 3
Ces résultats proviennent de la première analyse intermédiaire d’un essai de phase 3 à grande échelle, la dernière avant une demande d’homologation. L’essai de phase 3 du nouveau vaccin, BNT162b2, a débuté fin juillet aux Etats-Unis, puis en Allemagne, et s’est appuyé sur 43 538 participants à ce jour, dont 90 % ont reçu la deuxième dose de ce candidat vaccin le 8 novembre.
Lors de l’essai clinique, 94 participants ont développé le Covid-19, ce qui a permis d’examiner combien d’entre eux avaient reçu le vaccin et non le placebo, a expliqué Pfizer. Le groupe pharmaceutique n’a pas précisé combien de personnes malades avaient reçu le vaccin. Néanmoins, une efficacité de plus de 90 % implique que pas plus de huit des 94 personnes ayant contracté le Covid-19 ont reçu le vaccin. Ce dernier a été administré en deux fois à environ trois semaines d’intervalle.
Le taux d’efficacité est bien supérieur à celui de 50 % exigé par la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité de santé américaine, pour un vaccin contre le coronavirus.
Pour confirmer ce taux d’efficacité, Pfizer a annoncé qu’il allait poursuivre l’essai jusqu’à ce que 164 cas de Covid-19 soient dénombrés parmi les participants. Etant donné la récente flambée des taux d’infection aux Etats-Unis, ce nombre pourrait être atteint début décembre, a précisé Bill Gruber, un des responsables scientifiques de Pfizer.
Les données de l’essai clinique doivent encore être examinées par des pairs ou publiées dans une revue médicale. Pfizer a indiqué qu’il le ferait dès qu’il disposerait des résultats de l’ensemble de l’essai.
Le laboratoire prévoit de demander aux autorités américaines une autorisation d’utilisation d’urgence du vaccin pour les personnes âgées de 16 à 85 ans. Pour ce faire, le groupe devra avoir recueilli les données sur la sécurité portant sur deux mois et environ la moitié des 44 000 participants à l’étude. On ignore encore si le vaccin confère une immunité longue
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- L’approvisionnement
Sur la base de projections, Pfizer et BioNTech prévoient de fournir jusqu’à 100 millions de doses dans le monde d’ici à fin 2020, et environ 1,3 milliard de doses d’ici à fin 2021. Pour gagner du temps, les entreprises ont commencé à fabriquer le vaccin avant même de savoir s’il serait efficace.
La Commission européenne a conclu un accord en septembre pour obtenir 200 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech, avec une option pour 100 millions de doses supplémentaires. Les laboratoires ont également conclu des accords d’approvisionnement avec le Royaume-Uni, le Canada et le Japon. Et le gouvernement américain, sous l’impulsion du président Donald Trump, a signé un contrat de 1,95 milliard de dollars avec Pfizer pour la livraison de 100 millions de doses, si jamais le vaccin était approuvé.
L’approvisionnement en vaccins pour l’Union européenne serait assuré par les sites de production de Pfizer en Belgique et de BioNTech en Allemagne. « En parallèle, et conformément à son engagement à lutter contre la pandémie partout dans le monde, Pfizer est en discussion avec les gouvernements afin d’anticiper l’approvisionnement du vaccin lorsqu’il sera approuvé », affirme le laboratoire.
- La technique innovante de l’ARN messager
Parmi les quatre grandes catégories de vaccins développés contre le Covid-19, celle utilisée par Pfizer n’avait encore jamais fait ses preuves. Elle se fonde sur une technologie nouvelle dite de « l’ARN messager ».
Tous les vaccins ont le même but : entraîner notre système immunitaire à reconnaître le coronavirus, lui faire monter ses défenses de façon préventive, afin de neutraliser le vrai virus s’il venait à nous infecter. Des vaccins conventionnels peuvent être faits de virus inactivés (polio, grippe), atténués (rougeole, fièvre jaune), ou tout simplement de protéines appelées « antigènes » (hépatite B).
Mais dans le cas de Pfizer et de son partenaire allemand BioNTech, ou de Moderna, qui utilise la même technique mais n’a pas encore annoncé de résultats, on injecte dans l’organisme des brins d’instructions génétiques appelées « ARN messager », c’est-à-dire la molécule qui dit à nos cellules ce qu’il faut fabriquer. Toute cellule est une mini-usine de protéines, selon les instructions génétiques contenues dans son noyau.
L’ARN messager du vaccin s’insère et prend le contrôle de cette machinerie pour faire fabriquer un antigène spécifique du coronavirus : le « spicule » du coronavirus, sa pointe si reconnaissable qui se trouve à sa surface et lui permet de s’attacher aux cellules humaines pour les pénétrer. Cette pointe, inoffensive en elle-même, sera ensuite détectée par le système immunitaire qui va produire des anticorps, et ces anticorps vont rester, montant la garde pendant, on l’espère, une longue durée.
L’avantage est qu’avec cette méthode il est inutile de cultiver un pathogène en laboratoire, c’est l’organisme qui fait le travail. C’est pour cette raison que ces vaccins sont plus rapides à mettre au point. L’inconvénient de ces derniers : ils doivent être stockés à très basse température. Le gouvernement américain met depuis plusieurs mois en place la logistique nécessaire. A l’heure actuelle, aucun vaccin à ARN n’a été approuvé pour l’homme.
- Envolée des Bourses
Les Bourses mondiales exultaient lundi et les places européennes ont terminé en très forte hausse après l’annonce de Pfizer et BioNTech, qui fait espérer à terme un retour à une activité normale pour nombre d’entreprises en souffrance.
Portés en début de séance par le scénario de la présidentielle américaine amenant le démocrate Joe Biden à la Maison Blanche, les marchés ont décollé après une annonce des deux laboratoires vers 13 heures (heure française). Les marchés européens se sont alors envolés et sont restés extatiques jusqu’à la clôture : Paris a pris 7,57 %, Francfort 4,94 %, Londres 4,67 %, Milan 5,43 % et Madrid 8,57 %. Paris, Londres et Milan ont affiché leur meilleure performance en une séance depuis mars, et Francfort depuis mai. Cette dernière a même brièvement effacé l’ensemble de ses pertes annuelles, une première depuis le début de la crise sanitaire parmi les grandes places boursières européennes.
L’indice vedette de la Bourse de New York, le Dow Jones, a clôturé en hausse de 2,95 %, et le S&P 500, l’indice le plus représentatif du marché américain, a gagné 1,17 %. L’action Pfizer s’est envolée de 7,68 %.
- Record de vitesse
Aucun vaccin n’a encore reçu d’approbation pour une distribution commerciale à grande échelle. Mais les autorités chinoises ont donné leur feu vert à une utilisation d’urgence pour certains de ces vaccins.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dix essais cliniques de vaccins sont actuellement en phase 3 dans le monde, dont ceux de la biotech américaine Moderna, de plusieurs laboratoires étatiques chinois et du britannique AstraZeneca, en collaboration avec l’université d’Oxford. Pfizer et BioNTech sont les premiers à rendre publics des résultats intermédiaires de ces essais.
En Russie, une grande partie de l’élite politique a dit s’être fait vacciner avec le vaccin Spoutnik V, que le gouvernement espère déployer massivement dans les prochains mois. Fin octobre, le pays a soumis à l’OMS une demande de préqualification de ce vaccin, « enregistré » par les autorités début août, ce qui correspond en Russie à l’étape préalable à la phase finale des essais cliniques. Un deuxième vaccin russe a été enregistré mi-octobre.
Pfizer devait à l’origine publier ces résultats fin octobre, mais son PDG avait appelé, le 27 octobre, à la « patience », expliquant qu’ils n’étaient pas encore prêts. Il s’agirait cependant d’un record de vitesse pour le développement d’un vaccin, moins d’un an après l’apparition du coronavirus SARS-CoV-2 en Chine.Notre sélection d’articles sur le coronavirus
Le Monde avec AFP