Covid-19 : le confinement particulièrement heureux des Finlandais
Dans le petit pays nordique, qui a rapidement réussi à contrôler l’épidémie, les habitants ont plutôt bien vécu les restrictions imposées au printemps.
Par Anne-Françoise Hivert Publié le 06 novembre 2020 à 11h39 – Mis à jour le 08 novembre 2020 à 05h38
Est-ce du pragmatisme ou bien le plaisir de voir la vie quotidienne tout d’un coup ralentir ? Pour les trois quarts des Finlandais, les mesures de confinement, imposées au printemps par le gouvernement pour faire face à la pandémie de Covid-19, ont été faciles à vivre. Près d’un quart d’entre eux (contre 9 % des Francais) trouvent même que leur qualité de vie s’est améliorée, selon le dernier sondage Eurobaromètre, publié en octobre et portant sur 1 028 entretiens réalisés en ligne entre le 17 juillet et le 4 août.
Première explication : comparé à de nombreux pays européens, la Finlande a opté pour un confinement allégé. Si les écoles et les universités ont fermé le 18 mars – jusqu’au 14 mai –, les 5,5 millions d’habitants n’ont jamais eu l’interdiction de sortir de chez eux. La plupart des magasins sont restés ouverts, et les cafés et restaurants ont pu continuer à vendre de la nourriture à emporter.
Adoptées très tôt, alors que le pays n’avait enregistré que quelques cas, ces mesures lui ont permis de prendre rapidement le contrôle de l’épidémie avec seulement 17 119 contaminations et 361 décès enregistrés au 5 novembre. La deuxième vague semble elle aussi maîtrisée pour le moment : la Finlande affiche un des taux d’incidence les plus bas en Europe (51,8 pour 100 000 habitants, sur les deux dernières semaines).
« Nous aimons nous isoler »
Sur le plan économique, le pays a également réussi à limiter la casse, avec une baisse de 4,5 % de son PIB au deuxième trimestre : le meilleur résultat de l’Union européenne. Les habitants ne boudent pas leur plaisir : selon une enquête publiée mi-juin par le think tank Eva, 86 % d’entre eux se disaient « fiers d’être finlandais », dans le contexte de la pandémie – après que leur pays a été désigné par l’ONU en mars, pour la troisième année d’affilée, comme celui où la population est la plus heureuse au monde.Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Finlande, le succès de l’appli « Koronavilkku »
« Evidemment, si les chiffres n’étaient pas aussi bons, le taux de satisfaction ne serait pas le même », souligne le journaliste et écrivain Philip Teir. Mais il évoque aussi des raisons culturelles : « C’est peut-être un cliché, mais nous sommes des adeptes de la distanciation sociale. On ne se fait pas la bise et on se serre rarement dans les bras. Nous n’avons donc pas eu à changer beaucoup nos habitudes. »
D’ailleurs, rapporte le journaliste Petja Pelli, chef du service international au grand quotidien Helsingin Sanomat, « depuis que les autorités sanitaires recommandent deux mètres de distanciation, les Finlandais désespèrent de pouvoir revenir aux quatre mètres habituels ». Au printemps, la boutade a beaucoup circulé dans le nord de l’Europe, pour se moquer de la froideur supposée des habitants de la région. Les Finlandais assument : « Nous aimons nous isoler »,constate Petja Pelli.
Sentiment de maîtrise
Dès les premières mesures de confinement, nombreux sont ceux qui ont pris la poudre d’escampette pour se réfugier dans leur maison secondaire. Il en existe un demi-million en Finlande, de la villa avec vue sur la mer au chalet en pleine forêt, au bord d’un des 188 000 lacs que compte le pays.
Au programme : balade dans les bois et télétravail. Là encore, pas une véritable révolution, puisqu’ils étaient déjà 14 % à travailler régulièrement de chez eux et 17,6 % à le faire occasionnellement, avant l’épidémie. Au printemps, 60 % des salariés sont passés en télétravail, soit le chiffre le plus élevé en Europe, selon la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et du travail.
Pour Nelli Hankonen, professeure de psychologie sociale, si les Finlandais ont plutôt bien vécu les restrictions, c’est aussi parce qu’ils ont eu le sentiment de maîtriser leur confinement. « Les données de mobilité ont montré que beaucoup avaient commencé à télétravailler et réduit leurs déplacements avant que le gouvernement ne l’impose, dit-elle. Ils ont vu les images horribles qui arrivaient d’Italie et compris ce qu’il fallait faire. »
La confiance dans le gouvernement et les autorités sanitaires a aussi joué un rôle, complète Frank Martela, philosophe et chercheur en psychologie : « Les Finlandais ont suivi les recommandations sans qu’on ait besoin de les forcer à obéir, ce qui est évidemment plus facile à vivre. »
Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)