Grippe aviaire : 46 départements placés en risque « élevé », des restrictions imposées
Les éleveurs sont obligés de confiner les volailles ou de poser des filets de protection. Ces mesures de restriction sont justifiées par « la nécessité de prendre des mesures de prévention urgentes et immédiates pour protéger les élevages de volailles français ».
Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 10h41, mis à jour à 20h55

Les autorités françaises ont passé, jeudi 5 novembre, 46 départements en risque « élevé » d’introduction de la grippe aviaire par les oiseaux migrateurs, selon un arrêté publié au Journal officiel, obligeant notamment les éleveurs à confiner les volailles ou à poser des filets de protection.
Ces mesures de restriction sont justifiées par « la nécessité de prendre des mesures de prévention urgentes et immédiates pour protéger les élevages de volailles français d’une potentielle contamination par le virus influenza aviaire par les oiseaux sauvages en particulier dans les zones à risque particulier ou les départements traversés par des couloirs de migration », selon cet arrêté.
Des départements connus pour leur production de foie gras, comme les Landes et le Gers, notamment, figurent parmi ces territoires. Le risque reste qualifié de « modéré » dans les autres départements.
Depuis janvier 2018 et jusqu’à fin octobre, le risque d’influenza aviaire hautement pathogène était encore considéré comme « négligeable » dans tout le pays. S’il était détecté en France, ce virus mettrait en difficulté les volaillers, avec la fermeture de débouchés à l’exportation.
Les éleveurs de canards du Sud-Ouest ont été frappés à deux reprises, lors des hivers 2015-2016 et 2016-2017, par des épizooties de grippe aviaire, qui avaient occasionné des abattages massifs pour éradiquer la maladie et coûté des centaines de millions d’euros aux producteurs.
La filière du foie gras ne cache pas son inquiétude, à l’heure où la pandémie de Covid-19 fait déjà planer de sombres perspectives sur les fêtes de fin d’année, cruciales pour les ventes. « Pour avoir vécu les crises précédentes, on ne voudrait pas avoir à gérer une crise sanitaire en plus des conséquences du confinement »décrété contre le Covid-19, a déclaré Marie-Pierre Pé, directrice de l’interprofession Cifog.
L’épizootie a progressé vers l’ouest
Le niveau de risque « élevé » implique, pour les éleveurs professionnels comme les particuliers possédant un poulailler, d’enfermer les volailles qui évoluent habituellement à l’air libre ou de poser des filets pour empêcher tout contact avec les oiseaux sauvages.
Une partie des éleveurs compte sur une dérogation pour maintenir, même sans filet, un parcours extérieur rétréci après visite du vétérinaire et accord du préfet, précise Eric Cachan, président du Synalaf qui représente quelque 6 000 éleveurs de volailles fermières. L’idée étant que celles « qui ont l’habitude d’être dehors » – comme les pintades, dindes de Noël ou chapons qui risquent de devenir trop « nerveux » – puissent sortir à proximité immédiate de leur bâtiment. « On a constaté que les oiseaux migrateurs ne viennent pas » quand il y a une forte densité de volailles sur une surface, complète M. Cachan.
Sont par ailleurs interdits les rassemblements de volailles vivantes, dans des foires par exemple, de même que les transports et lâchers de gibiers à plumes par les chasseurs.
« On est beaucoup mieux préparé que les fois précédentes », estime Anne Richard, directrice de l’interprofession Anvol, qui rassemble notamment les producteurs de poulets, dindes et canards (hors ceux destinés à la production de foie gras). Il y a eu « énormément d’investissements et de formations à la biosécurité », dit-elle.
« On demande aux éleveurs une surveillance très active pour alerter les vétérinaires si une mortalité normale apparaissait », rapporte Mme Pé, de la filière foie gras, estimant qu’« on n’est pas à l’abri que le virus passe » malgré tout. Elle relève qu’un des foyers détectés au Pays-Bas se situe dans un élevage de reproducteurs pourtant « très sécurisé sur le plan sanitaire ».
Après l’apparition de foyers en Russie et au Kazakhstan cet été, l’épizootie a progressé vers l’ouest, atteignant récemment les Pays-Bas. « Depuis, une dynamique d’infection s’est emballée puisque treize cas en faune sauvage et un foyer en élevage de poulets de chair aux Pays-Bas et treize cas chez des oiseaux sauvages en Allemagne ont été déclarés. Le 3 novembre, le Royaume-Uni déclare également un premier foyer, dans le nord-ouest de l’Angleterre », souligne le ministère de l’agriculture dans l’arrêté.
Ce virus « se propage très rapidement chez les oiseaux et entraîne une mortalité très élevée », décrit l’agence de sécurité alimentaire (Anses) sur son site Internet : sa transmission « entre oiseaux peut être directe par des contacts rapprochés entre individus – sécrétions respiratoires, matières fécales – ou indirecte par l’exposition à des matières contaminées – nourriture, eau, matériel ou vêtements ».
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