« La balance bénéfices-risques est largement en faveur du port généralisé du masque » chez les enfants, « dès que possible », même si ils sont moins contaminants

Masque dès 6 ans à l’école : trois idées reçues sur les risques encourus par les enfants

Certains parents usent d’arguments infondés pour dénoncer les supposés effets nocifs des masques imposés aux élèves dès le CP. 

Par Assma Maad  Publié le 05 novembre 2020 à 18h

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/05/masque-des-6-ans-a-l-ecole-trois-idees-recues-sur-les-risques-encourus-par-les-enfants_6058648_4355770.html26

Depuis la rentrée du 2 novembre, le masque est devenu obligatoire pour les enfants dès l’école primaire, soit à partir de 6 ans environ. Auparavant, seuls les élèves de collège (plus de 11 ans) étaient tenus de le porter. Cette mesure annoncée par Jean Castex a été prise « conformément à l’avis » transmis le 28 octobre par le Haut Conseil de santé publique (HCSP).

Mais cette nouvelle règle suscite l’inquiétude de certains parents, comme en témoignent les pétitions et dizaines de témoignages publiés en ligne. Ainsi, une publication sur Facebook présente la « réponse d’un médecin qui travaille dans un hôpital pour enfants ». Il y est écrit que les enfants qui portent un masque peuvent avoir « les gaz du sang modifiés », respirer « CO2 et toxines » ou développer « des bronchites obstructives qui vont abîmer leur cœur par décompensation ». Dans un autre long texte très partagé, des parents et enseignants s’interrogent sur les effets indésirables du masque chez les écoliers : « Que vont-ils respirer plus de 10 heures par jour pour ceux qui vont à la garderie matin et soir ? Au mieux, leur gaz carbonique… mais ne nous voilons pas la face, ils vont inspirer quantité de produits toxiques ! » 

Captures d’écran Facebook

Les mêmes arguments reviennent souvent : intoxication au dioxyde de carbone, toxicité des masques, fragilité du système respiratoire, crainte de l’impact psychologique… Si certaines inquiétudes sont légitimes, d’autres sont scientifiquement infondées. Interrogée par Le Monde, Christèle Gras-Le Guen, chef de service des urgences et de pédiatrie générale au CHU de Nantes et secrétaire générale de la Société française de pédiatrie, s’étonne de ces réactions autour de l’impact du masque sur la santé des enfants :

« Imposer le port du masque aux enfants peut être agaçant, contraignant, et [cela peut être] difficile à leur maintenir de façon optimale sur le nez. Mais de là à imaginer que le masque puisse être nuisible sur la santé des enfants, c’est irrationnel. »

  • « Les enfants respirent leur CO2, et font de l’hypoxie »

FAUX

Les masques provoqueraient-ils des intoxications au dioxyde de carbone ou pourraient-ils causer une hypoxie, c’est-à-dire une carence en oxygène ? Ces affirmations circulaient déjà au printemps et cet été. Or, comme l’expliquait le médecin de santé publique spécialiste en physiologie respiratoire Gilles Dixsaut au Monde en septembre, le risque d’une intoxication au CO2 n’a jamais été avéré : « Respirer son propre C02, c’est ce qu’on fait en permanence. Quand vous expirez, vos bronches sont remplies de l’air que vous avez déjà respiré. Avec un masque, on rajoute quelques millilitres, mais cela ne change strictement rien à la physiologie respiratoire. »

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) s’était également exprimé cet été à ce sujet :

« Si certaines personnes peuvent se sentir gênées par le fait de porter un masque, c’est par manque d’habitude : ces protections sont développées de manière à laisser passer l’oxygène dans l’organisme. Le risque d’une intoxication au CO2 n’est aucunement avéré. »

L’autre thèse pointant le risque d’un manque d’oxygène lié aux masques ne repose sur rien de très sérieux non plus. Les porter plusieurs heures d’affilée peut demander un effort respiratoire supplémentaire, mais « cela n’a rien à voir avec un manque d’oxygène », affirmait en juillet le médecin hygiéniste Philippe Carenco. A l’instar des adultes, les enfants n’ont à craindre ni leurs propres rejets de dioxyde de carbone, ni d’éventuelles carences en oxygène. « Si les pédiatres ont préconisé le port du masque pour les enfants de plus de 6 ans, c’est parce que ça n’a bien évidemment aucun effet néfaste sur leur santé, assure Christèle Gras-Le Guen. Les seules inquiétudes concernent les nourrissons et nouveau-nés, chez qui le risque d’étouffement est bien réel. »

Autre argument développé par la secrétaire générale de la Société française de pédiatrie : l’usage des masques est fréquent chez les jeunes patients hospitalisés.

« Les enfants qui suivent une chimiothérapie, qui sont atteints de mucoviscidose, et qui doivent se protéger des microbes, portent des masques depuis très longtemps. Jamais il n’a été observé chez ces enfants fragiles le moindre manque d’oxygène. »L

ire aussi  Non, l’utilisation prolongée du masque contre le Covid-19 n’est pas dangereuse

  • « Les masques sont toxiques et altèrent le système respiratoire des enfants »

FAUX

Cette assertion revient souvent dans la bouche de parents inquiets : respirer dans un masque pendant des heures pourrait avoir des conséquences néfastes et durables sur les capacités respiratoires des enfants. Pire, l’utilisation prolongée du masque créerait, comme le redoute une internaute sur Facebook, une « génération d’asthmatiques (…) pleine de problèmes pulmonaires ». Ces craintes ne reposent sur aucun élément scientifiquement fondé. « On n’a aucun argument pour penser qu’un enfant de 6 ans a un système respiratoire différent de l’adulte ; c’est le même », affirme le Pr Gras-Le Guen. Il suffit d’observer d’autres pays :

« Au Japon, les enfants portent des masques de manière culturelle depuis très longtemps. Ils vont à l’école avec des masques, et on n’a jamais observé le moindre effet délétère sur la santé respiratoire de centaines d’écoliers japonais. »

Les masques peuvent occasionner une gêne respiratoire, mais s’ils sont homologués et portés correctement, le risque est limité chez les enfants comme chez les adultes. « Les masques, notamment chirurgicaux, sont conçus pour être portés pendant une durée de plusieurs heures par les professionnels de santé, sans entraver leurs capacités à travailler ni altérer leurs capacités respiratoires », rappelle l’Inserm.

Quant à la toxicité des masques en tissu chez les enfants, au même titre que pour les adultes, « on peut entendre cette inquiétude, mais cela relève du fantasme »,balaie Christèle Gras-Le Guen. Ensuite, les parents savent avec quoi ils lavent leur masque, et ils sont bien placés pour connaître les produits qu’ils utilisent, donc le risque est limité. » La controverse suscitée par les masques de la marque DIM distribués aux enseignants, et dont le gouvernement a suspendu la distributioncar ils étaient soupçonnés d’être toxiques, a pourtant marqué les esprits. Mais dans un avis rendu public le 28 octobre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) affirme ne pas avoir mis en évidence « de risque pour la santé dans des conditions d’utilisation qui seraient strictement respectées ».

A condition, donc, de respecter scrupuleusement les précautions d’emploi : laver le masque en tissu avant la première utilisation et après chaque utilisation, changer sa protection dès qu’elle est humide. « Dès lors que le masque traité est porté sans lavage préalable ou n’est pas changé dès qu’il est humide, l’Anses considère, en revanche, que tout risque sanitaire ne peut être écarté », nuance toutefois l’agence.Lire aussi  Conjonctivite, asthme, intoxication au CO2… Le vrai du faux des effets indésirables du masque

  • « Le masque a un impact sur le développement psychosocial des enfants »

À NUANCER

Il est indéniable que la présence d’un masque protégeant la moitié d’un visage n’est pas anodine pour un enfant. Le masque limite la communication, il « peut poser quelques difficultés pour s’exprimer, pour les enfants comme pour les adultes, car cela oblige à parler plus fort », expliquait récemment au Monde la pédopsychiatre Agnès Pargade. Cela ne pose, cependant, pas de souci pour le développement de l’enfant. Les muscles du visage sont importants, mais les émotions passent surtout par le regard, par la communication orale. » Cette nouvelle situation demande des efforts, notamment de la part des adultes, qui se doivent d’être plus attentifs, mais, selon le DPargade, « tout le monde va très bien s’adapter, d’autant que les enfants ne portent pas le masque toute la journée, ils l’enlèvent pour manger et à la maison. »

Christèle Gras-le Guen insiste aussi sur ce point : les enfants ne seront pas totalement privés d’interactions sociales. La majorité pourra retirer son masque le soir à la maison, et avoir ces échanges dans le cadre familial. « On sait que les enfants ont la capacité à s’adapter et à pouvoir surmonter ça, même si le moment actuel n’est pas très agréable. » Le plus important, souligne-t-elle, est de permettre aux enfants d’aller à l’école, afin de ne pas reproduire les effets délétères du premier confinement sur la santé des petits, notamment chez les plus fragiles et défavorisés. « C’est le prix à payer pour garder les enfants à l’école. »Lire aussi  « Pour que le masque soit bien accepté par son enfant, il faut mettre en place une routine »

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Assma Maad

Un collectif de médecins explique pourquoi le port du masque à l’école est nécessaire dès 6 ans   

Par Aveline Marques le 04-11-2020 

https://www.egora.fr/actus-pro/sante-publique/62049-un-collectif-de-medecins-explique-pourquoi-le-port-du-masque-a-l#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20201105-%5B_1%5D

Pour le collectif « Du côté de la science », qui rassemble une vingtaine de médecins et chercheurs, la balance bénéfices/risques est largement favorable au port du masque dès l’école primaire, études à l’appui. 

https://science.sciencemag.org/content/early/2020/09/29/science.abd7672/tab-pdf

Alors que le port du masque imposé aux enfants scolarisés dès l’âge de 6 ans est sujet à controverse tant sur le plan de l’efficacité que sur le plan de son application, ces médecins rappellent que les enfants peuvent non seulement être contaminés par le Covid à tout âge, mais également qu’ils sont contaminants, peut-être même autant que les adultes.

Le collectif, dont le médecin de santé publique Hélène Rossinot ou encore les généralistes Christian Lehman et Jérôme Marty sont membres, ont analysé la littérature sur le risque de transmission du SARS-CoV-2 par les enfants. Leur conclusion, publiée sur leur site le 1er novembre, est sans appel : « la balance bénéfices-risques est largement en faveur du port généralisé du masque » chez les enfants, « dès que possible ». 

S’il n’existe « aucun doute scientifique sur le fait que les enfants puissent être contaminés par le SARS-CoV-2 », la fréquence des contaminations pose question. « Aux Etats-Unis, l’Académie américaine de pédiatrie notait le 22 octobre que plus de 790 000 enfants avaient eu un test positif au COVID-19 parmi 7,2 millions de cas, soit 11,0 % de l’ensemble des cas et un taux d’incidence de 1 053 cas pour 100 000 enfants depuis le début de la pandémie », rapporte le collectif. Une prévalence qui serait sous-estimée étant donné le taux important d’asymptomatique et de paucisymptomatique (40 à 50%) chez les enfants et « l’aversion à l’écouvillonnage naso-pharyngé qui pourrait minorer le nombre de tests et leur sensibilité » chez ces patients. Indications de la PCR-Covid chez l’enfant: la feuille de route des pédiatres

« Les enfants sont contaminants pour toutes les classes d’âge », ajoutent les membres du collectif. « Dans la plus vaste étude épidémiologique de “tracing” à ce jour*, 5384 enfants de 0 à 4 ans et 29 122 enfants de 5 à 17 ans (1 % et 7 % de l’ensemble des cas) avaient parmi leurs contacts 460 et 3650 personnes secondairement testées positives (respectivement 1 % et 9 % de l’ensemble des infections secondaires) ; ainsi, même s’ils représentaient une faible proportion des cas index analysés (8 % des cas), les enfants de moins de 17 ans infectaient aussi fréquemment que les adultes (responsables de 10 % des cas positifs parmi l’ensemble des contacts) et dans toutes les classes d’âge », soulignent-ils.

« Cette étude a aussi confirmé que les enfants et les jeunes adultes étaient impliqués dans la transmission de la Covid-19 dans toutes les tranches d’âge : par exemple, lorsqu’ils ont testé tous les contacts d’enfants de 0 à 4 ans positifs au SARS-CoV-2, ils trouvaient 26 % de positifs parmi les cas contacts de 0-4 ans, 5 % parmi les 5-17 ans, 5 % des 18-29 ans, 7 % des 30-39 ans, 6 % des 40-49 ans, 7 % des 50-64 ans, 5 % des 65-74 ans et 8 % des 75-84 ans. Ces taux étaient similaires pour toutes tranches d’âge (par exemple, les trentenaires positifs avaient dans leurs contacts 6 à 8 % de taux de positivité pour toute décennie) ». « Même s’ils font peu de formes graves, et même si la contamination a été rare en valeur relative dans les premiers mois de la pandémie (pendant la période de confinement), le nombre élevé d’enfants dans les écoles rend cette transmission fréquente en valeur absolue », insistent-ils, jugeant non pertinent de baser la stratégie sur des études réalisées au début de l’épidémie, au printemps, « lorsqu’il n’y avait pas de brassage important des enfants (confinement mondial, écoles fermées) ». 

Enfin, relèvent-ils, il n’existe aucun risque identifié au port du masque par les enfants. Pour les enfants en apprentissage de la lecture ou qui seraient malentendants, il existe les masques dits « inclusifs », qui permettent de voir les lèvres. Pour être efficace, le port du masque doit être précédé « d’un travail parental fort dans le but principal d’obtenir leur coopération », avec explication claire des raisons du port du masque sans retrait. En cas de port imparfait, « un complément par double protection (masque et visière) pourrait être secondairement envisagé ». 

*Laxminarayan R, Wahl B, Dudala SR, et al. Epidemiology and transmission dynamics of COVID-19 in two Indian states. Science Internet American Association for the Advancement of Science, 2020; Disponible sur : https://science.sciencemag.org/content/early/2020/09/29/science.abd7672 

Le masque dès 6 ans en France : une mesure indispensable dans un protocole sanitaire de lutte contre la propagation du coronavirus dans les écoles

Communiqué de pressepar Le collectif1 novembre 2020

L’objectif du présent article est de discuter l’intérêt du port du masque dès 6 ans sur le risque de transmission du SARS-CoV-2 par les enfants, à la lumière des dernières connaissances scientifiques internationales et des spécificités françaises (classes de 25 à 35 élèves, séparation des écoles maternelle et élémentaire, des collèges et lycées, etc.).

Les enfants peuvent-ils être contaminés ?

Cette question ne soulève aucun débat : il n’existe donc aucun doute scientifique sur le fait que les enfants puissent être contaminés par le SARS-CoV-2 et développer la COVID-19.

Les enfants sont-ils souvent contaminés ?  

Au 23 octobre, 41 570 883 cas de COVID-19 ont été confirmés à travers le monde 1. Ce nombre est largement sous-estimé par rapport à la réalité, en raison des limites d’accès aux tests, en particulier dans les premiers mois suivant le début de la pandémie. 

Sur les 1391 enfants testés pour le SARS-CoV-2 au Wuhan Children’s Hospital, 171 (12,3 %) étaient positifs, dont 3 en soins intensifs 2 . Aux Etats-Unis, l’AAP notait le 22 octobre que plus de 790 000 enfants avaient eu un test positif au COVID-19 parmi 7,2 millions de cas, soit 11,0 % de l’ensemble des cas et un taux d’incidence de 1 053 cas pour 100 000 enfants depuis le début de la pandémie 3. Dans la plus vaste étude de tracing à ce jour, menée en Inde, les enfants de moins de 17 ans représentaient 8 % des cas de COVID-19 4

Les auteurs de ces études signalent que le taux important d’asymptomatiques et paucisymptomatiques engendre une sous-estimation des cas plus importante chez les enfants que chez les adultes 2,3,5. D’autres hypothèses peuvent participer à cette sous-estimation : co-infections pouvant diminuer la charge virale 6, écouvillonnage nasal étant perçu comme traumatisant et limitant la répétition des actes, dépistage trop tardif d’enfants asymptomatiques réalisé suite au développement des symptômes chez leurs parents alors que les parents ont en fait été contaminés par leur enfant 7, études réalisées lors du confinement ou des vacances scolaires (les enfants n’étant alors pas exposés aux transports en commun, à la restauration commune, aux grandes surfaces, etc.) 

Dans une étude réalisée en Bavière, les anticorps ont été mesurés dans le sang capillaire de 15 771 enfants âgés de 1 à 18 ans : à partir d’avril 2020, le taux de prévalence des anticorps était 6 fois supérieur au taux de prévalence d’infections à COVID-19 signalé par les autorités 8

Une étude prospective (non publiée) réalisée en France entre le 14 avril et le 12 mai par des pédiatres ambulatoires chez 605 enfants de 0 à 15 ans aurait montré un test RT-PCR positif pour 11 enfants (1,8 %) et une sérologie positive pour 65 (10,7 %) 9.

La susceptibilité des enfants au virus pourrait être moitié moindre que celle des adultes. Par exemple, dans une étude islandaise sur 9199 personnes testées (à risque d’infection), les enfants de moins de 10 ans étaient moins susceptibles d’être positifs que les adultes (6.7% vs 13.3%) 10. Selon les auteurs d’une méta-analyse de 32 études, en particulier en dessous de 10-14 ans, l’importante hétérogénéité des études rend difficile une conclusion définitive 11. L’explication physiopathologique à la “demi-susceptibilité” des enfants à la COVID-19 serait l’expression membranaire plus faible du récepteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine de type 2 (ACE2-R) dans leur épithélium nasal, auquel se fixe le coronavirus par sa protéine Spike-S 12

Nous n’avons trouvé aucune étude publiée avec important brassage d’enfants (tel qu’en école française, avec 25 à 35 élèves par classe, brassés en cour de récréation ou en restauration collective), en période de circulation virale intense. A l’étranger, un rapport du ministère de la santé Israëlien rapporte que 55 288 tests étaient positifs sur 677 982 (8 %) réalisés chez des enfants entre le 27 janvier et le 24 septembre 2020, contre 157 229 sur 2 548 273 (6 %) réalisés chez les adultes sur la même période ; l’ouverture des écoles étaient associée à une augmentation du taux d’enfants positifs — sa fermeture à une diminution — et une supercontamination est rare mais possible (à l’extrême, un enfant aurait infecté 24 personnes) 13. Enfin, en Suède où la plupart des écoles sont restées ouvertes, un rapport du ministère de la santé rapporte que la séroprévalence des jeunes de 0 à 19 ans a augmenté d’avril à juin 2020 pour atteindre des valeurs semblables à celles des adultes de 20 à 64 ans mi-juin 2020 (6,8 % contre 6,4 %) 14.

Les enfants peuvent-ils faire des formes graves de COVID-19 ?

Il a été estimé qu’environ 20 % des enfants contaminés sont asymptomatiques 2 et 40 à 50 % des enfants asymptomatiques ou paucisymptomatiques, sans différence liée au sexe de l’enfant. 1516.

Néanmoins, des formes sévères nécessitant une hospitalisation existent. Par exemple, aux Etats-Unis entre mars et juillet (incluant une période de confinement), le taux d’hospitalisation des enfants était environ de 8,0/100 000   17. En France, à titre d’exemple, il y avait 30 et 29 hospitalisations respectivement chez les 0-9 ans et les 10-19 ans au 1er septembre 2020 (jour de la rentrée scolaire sans précaution avant 11 ans) ; il y en avait 80 et 56 dans les mêmes classes d’âge au 23 octobre 18.

La fréquence des formes sévères augmente avec l’âge. Si la maladie est généralement bénigne chez l’enfant, de rares formes graves existent, en particulier chez les enfants ayant des comorbidités et les nourrissons de moins d’un an 5,1719. Ces formes graves peuvent nécessiter une ventilation prolongée, en particulier en cas de très jeune âge (moins d’un mois), d’atteinte pulmonaire ou de comorbidités : ainsi, dans une cohorte multicentrique européenne sur 582 patients d’âge médian 5 ans (entre 6 mois et 12 ans), 48 enfants parmi 363 hospitalisés ont dû entrer en réanimation (13,2 %), 25 être ventilés en médiane pendant 7 jours et 4 sont décédés 20

Par ailleurs, des formes dites Kawasaki-like ont été signalées suite à une infection à SARS-CoV-2 chez les enfants 21 , ainsi que des myocardites, insuffisances cardiaques, arythmies 22 ou des pancréatites 23. Enfin, des témoignages de “COVID longs” chez des enfants ont été rapportés, nécessitant davantage de recherche 24.

Les enfants peuvent-ils être contaminants ?

Lorsqu’ils présentent des symptômes, les enfants répandent le virus en quantités similaires à celles des adultes, suggérant qu’il peuvent être contaminants. Ainsi, pour l’ECDC le 6 août 2020, la question restait débattue uniquement chez les enfants asymptomatiques  25.

Depuis, des études virologiques ont montré que les enfants asymptomatiques ont des charges virales similaires et peuvent transmettre le virus 26,27,28,29,30.

Bien que le niveau de la charge virale associée à la transmission du SARS-CoV-2 ne soit pas connue et que l’excrétion virale augmente avec l’augmentation de la gravité du COVID-19, il semble probable qu’au moins certaines personnes asymptomatiques de tout âge puissent transmettre l’infection et devenir des sources de nouveaux cas de COVID-1931

Des études épidémiologiques ont confirmé que les enfants étaient contaminants, y compris en étant paucisymptomatiques.


Quatre exemples sont notamment marquants. Le premier était dans une colonie de vacances en Géorgie, où les enfants de toute catégorie d’âge ont été touchés (à partir d’un cas index de plus de 14 ans, en particulier les 6-10 ans (51 enfants positifs sur 100, soit 51 %), plus encore que les 11-17 ans (44 %), 18-21 ans (33 %) et les 22-59 ans (29 %) 32. Parmi les 260 personnes positives lors de camp de vacances, 136 ont répondu à la question sur les symptômes : 36 (26 %) étaient asymptomatiques, et 100 ont rapporté de la fièvre (65 %), des céphalées (61 %) et maux de gorge (46 %).

Le deuxième était dans 3 garderies d’enfants de Salt Lake City (Utah) où des cas index adultes avaient transmis le SARS-CoV-2 à 12 enfants sur 110, ayant eux-mêmes contaminés 12 adultes (26 % de leurs contacts) 33. Le troisième exemple était similaire, avec un cluster dans une garderie en Pologne, concernant des enfants d’1 à 2 ans 34. Enfin, une étude menée auprès de 191 contacts familiaux (101 cas index) montrait des taux d’infection secondaire élevés chez les enfants : 9 des 17 contacts des cas index de moins de 12 ans étaient positifs (53 %, IC95% [31-74]), 11 des 29 contacts des cas index de 12 à 17 ans étaient positifs (38 %, IC95% [23-56]), 64 des 116 contacts des cas index de 18 à 49 ans étaient positifs (55 %, IC95% [46-64]) et 18 des 29 contacts des cas index de plus de 50 ans étaient positifs (62 %, IC95% [44-77]) 35.

Dans la plus vaste étude épidémiologique de “tracing” à ce jour, 5384 enfants de 0 à 4 ans et 29 122 enfants de 5 à 17 ans (1 % et 7 % de l’ensemble des cas) avaient parmi leurs contacts 460 et 3650 personnes secondairement testées positives (respectivement 1 % et 9 % de l’ensemble des infections secondaires) ; ainsi, même s’ils représentaient une faible proportion des cas index analysés (8 % des cas), les enfants de moins de 17 ans infectaient aussi fréquemment que les adultes (responsables de 10 % des cas positifs parmi l’ensemble des contacts) et dans toutes les classes d’âge 4. Cette étude a aussi confirmé que les enfants et les jeunes adultes étaient impliqués dans la transmission de la COVID-19 dans toutes les tranches d’âge : par exemple, lorsqu’ils ont testé tous les contacts d’enfants de 0 à 4 ans positifs au SARS-CoV-2, ils trouvaient 26 % de positifs parmi les cas contacts de 0-4 ans, 5 % parmi les 5-17 ans, 5 % des 18-29 ans, 7 % des 30-39 ans, 6 % des 40-49 ans, 7 % des 50-64 ans, 5 % des 65-74 ans et 8 % des 75-84 ans. Ces taux étaient similaires pour toutes tranches d’âge (par exemple, les trentenaires positifs avaient dans leurs contacts 6 à 8 % de taux de positivité pour toute décennie) 4

Les enfants sont-ils une voie fréquente dans la dynamique de propagation de la pandémie à COVID-19 ? 

Comme dit plus haut, les enfants sont contaminés et représentent au moins 11,0 % des cas (chiffres américains, probablement sous-estimés étant donné le taux plus élevé d’asymptomatiques chez les enfants) 3. Ils sont contaminants pour toutes les classes d’âge, dans les mêmes proportions que les adultes à nombre de contaminés identifiés équivalents 4. Dans une étude de modélisation dans 131 pays sur l’association temporelle de l’introduction et de la suppression d’interventions non pharmaceutiques, seules la réouverture des écoles était associée à une augmentation significative du taux de reproduction R (ratio R 1-24, 95 % IC 1-00-1-52) ainsi que la levée des interdictions de rassemblements publics de plus de dix personnes (1-25, 1-03-1-51) 36.

Aux Etats-Unis, l’AAP notait que les enfants représentaient 2,2 % de tous les cas déclarés de COVID-19 aux USA en avril (écoles fermées), puis 10,7 % le 8 octobre, puis 10,9 % le 15 octobre puis 11,0 % le 22 octobre : cette dynamique est en faveur d’une transmission de plus en plus importante entre enfants, suite aux rentrées scolaires 3. Au Royaume-Uni, les enfants scolarisés ont subi la plus forte augmentation de taux de positivité en octobre.  37 En Suède, où les écoles sont restées ouvertes, le  taux de positivité chez les enfants a commencé à monter dès avril 14.

Plusieurs auteurs ont estimé que le rôle des enfants dans la transmission du SARS-CoV-2 ne semblait pas majeur, tout en soulignant le faible niveau de preuve, ou le fait que les études épidémiologiques aient été réalisées pendant confinement ou avec des précautions déjà prises 5,16,25, 38. Par exemple, une étude largement relayée en France a été la suivante : un cas index revenant de Singapour a présenté des symptômes durant son séjour du 24 au 28 janvier 2020 dans un châlet de Contamines-Montjoie, contaminant 12 personnes sur 16, dont un enfant de 9 ans, ayant présenté des symptômes du 31 janvier au 7 février avant d’être hospitalisé sous surveillance. Cet enfant présentait une co-infection à picornavirus et influenza de type A et avait des taux d’excrétion virale faible. Il a eu 86 contacts potentiels dans 3 écoles, dont 55 ont été testés (64 %) et aucun n’est revenu positif. Les auteurs concluent à partir de cette unique personne que les enfants pourraient être faiblement impliqués dans la dynamique, ou qu’une interférence virale dans l’hôte peut avoir un impact sur la sensibilité individuelle à une autre infection respiratoire virale (comme dans le cas de la grippe et le VRS), ou que cette co-infection a pu entraîner une faible charge virale et une absence de transmission retrouvée 6

Les enfants peuvent-ils supporter le masque ? Existe- t-il des effets indésirables ? 

Il n’existe aucun argument en faveur d’une diminution de la saturation périphérique en oxygène liée au port du masque chez les adultes, y compris chez les personnes âgées. 39  40 Il n’existe aucune étude sur le risque psychologique à long terme du port du masque par les enfants en période pandémique. 

Certains auteurs ont fait des recommandations concernant le port du masque chez les enfants : en plus de la disponibilité de masques de différentes tailles capables de s’adapter parfaitement au visage, il est nécessaire que l’utilisation de masques chez les enfants soit précédée d’un travail parental fort dans le but principal d’obtenir leur coopération. Cela semble particulièrement important pour les sujets sains qui doivent porter le masque pour la première fois ; pour obtenir une conformité maximale, les raisons du port du masque sans tentative de l’enlever doivent être clairement expliquées. Enfin, la volonté de l’enfant ne doit pas être contrainte 31

Une étude canadienne de 2004 concluait en ce sens : une communication claire est indispensable, pour expliquer les raisons et la modalité du port du masque, afin de limiter l’impact psychologique de la diminution de la communication non verbale chez les enfants et adultes 41 .

Une étude réalisée en école primaire à Wuhan montrait que 51,60 % des élèves avaient un bon comportement en matière de port de masque ; le niveau d’études, le niveau d’éducation de la mère et le lieu de résidence étaient significativement associés à cela  42.

La problématique d’un masque pour l’apprentissage de la lecture, ou l’inclusion d’enfants ou d’adultes malentendants peut être posée ; il existe toutefois des masques dits inclusifs, permettant la visualisation des lèvres du porteur. 

Le masque doit faire partie d’une stratégie plus globale, telle que prévue par le plan de continuité pédagogique en cas de circulation active du virus. Par exemple, à Hong-Kong, plusieurs mesures ont été prises : contrôle quotidien de température, masques faciaux (changés toutes les demi-journées), décalage des heures d’arrivées et des départs des élèves, espacement des tables dans les salles de classe (voire cloisons transparentes entre tables — en particulier en cantines), limitation des travaux de groupe et sports de contact au strict minimum, annulation des réunions et activités extrascolaires, mesures immédiates dès la survenue d’un cas dans une école pouvant aller jusqu’à la fermeture 43.

L’objectif du masque, comme d’autres mesures (ventilation et contrôle de sa qualité, mixité présentiel-distanciel, mesures de distanciation lors des repas, tests salivaires rapides, etc.), est bel et bien de maintenir les écoles ouvertes autant que possible, afin d’éviter l’aggravation d’inégalité scolaire, les violences domestiques et la pauvreté résultant de l’incapacité des parents à travailler s’ils doivent garder leurs enfants à la maison 44. L’absence de masques et des autres mesures est à l’inverse une option à risque de fermeture ultérieure des écoles, d’aggravation de la situation sanitaire et de rupture scolaire. Le 26 octobre, le conseil scientifique COVID-19 rappelait enfin que “le masque est par ailleurs porté [en Espagne, Italie, Allemagne] et les enfants ont d’importantes capacités d’adaptation”45.

Conclusion

Les enfants peuvent être contaminés. Ils représentent au moins 11 % des cas de COVID-19 d’après les données américaines, et probablement davantage en raison du taux plus important d’asymptomatiques, de paucisymptomatiques, et de l’aversion à l’écouvillonnage naso-pharyngé qui pourrait minorer le nombre de tests et leur sensibilité.

Les enfants sont contaminants pour toutes les classes d’âge. Si les enfants étaient aussi souvent contaminés que les adultes, alors leur rôle dans la dynamique de propagation virale serait aussi importante. Même s’ils font peu de formes graves, et même si la contamination a été rare en valeur relative dans les premiers mois de la pandémie (pendant la période de confinement), le nombre élevé d’enfants dans les écoles rend cette transmission fréquente en valeur absolue. 

Il n’est pas pertinent en période de circulation active de virus telle que nous la vivons actuellement, de baser  une stratégie sur des études qui ont été réalisées lorsqu’il n’y avait pas de brassage important des enfants (confinement mondial, écoles fermées).

Il n’existe aucun risque identifié au port du masque par les enfants. La balance bénéfices-risques est donc largement en faveur du port généralisé du masque, dès que possible. Le port du masque obligatoire pour les enfants, quel que soit leur âge (à partir de 6 ans en milieu scolaire) sera toujours plus efficace qu’aucune mesure ; à défaut, en cas de port imparfait, un complément par double protection (masque et visière) pourrait être secondairement envisagé. 

Nous ne luttons pas contre un virus à transmission respiratoire avec du gel hydroalcoolique uniquement, y compris en France. 

Remerciements

MR remercie chaleureusement Virginie Courtier, d’Adiós Corona (https://www.adioscorona.org/) pour sa relecture et ses commentaires.

Références

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Covid-19 : les enfants et adolescents scolarisés risquent-ils de ramener le coronavirus à la maison ?

Les dernières données scientifiques suggèrent que, si le virus circule peu chez les plus jeunes, ceux-ci peuvent être une source de contamination plus marquée à partir de l’adolescence. 

Par Hervé Morin et Pascale Santi  Publié hier à 03h53, mis à jour hier à 18h05

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/06/covid-19-les-enfants-et-adolescents-scolarises-sont-ils-un-risque-pour-leur-entourage_6058693_3244.html

Temps de Lecture 6 min. 

Au collège Gustave Flaubert, dans le 13e arrondissement de Paris, le 2 novembre 2020.
Au collège Gustave Flaubert, dans le 13e arrondissement de Paris, le 2 novembre 2020. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Le rôle des enfants et des adolescents dans la dynamique de l’épidémie de Covid-19 est une question centrale. Quels sont les risques pour eux-mêmes de contracter la maladie, et de la transmettre à leurs proches ? La réponse importe d’autant plus que les écoles, collèges et lycées ont rouvert leurs portes le 2 novembre, un changement important par rapport au premier confinement.

Qu’en est-il de l’incidence de la maladie ? Au total, les cas pédiatriques représentent une faible part (de 1 % à 5 %) de l’ensemble des cas de Covid-19 dans le monde, indiquait, en août, l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF). Des constats partagés par un rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) – une instance de l’Union européenne –, publié en août. En France, depuis le 1er mars, environ 2 000 enfants de moins de 14 ans ont été hospitalisés, soit moins de 1 % de l’ensemble des hospitalisations. Au 3 novembre, 130 se trouvaient à l’hôpital pour cette infection, dont 21 en réanimation, selon le point épidémiologique de SPF. Trois décès sont à déplorer.

« Une guerre de mouvement »

« Il y a aujourd’hui un large consensus pour dire que les enfants sont moins susceptibles à l’infection, la transmettent moins une fois infectés, et sont peu à l’origine de chaînes de transmission », a expliqué, le 26 octobre, l’épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité des infections respiratoires à SPF, lors d’un point épidémiologique, se fondant sur les enseignements des études menées et des expériences provenant d’autres pays.

« Les chiffres fournis par SPF et par le ministère de l’éducation nationale permettent d’attester que la reprise scolaire ne s’est pas associée à un échappement épidémique concernant les enseignants ou les élèves », indique un document transmis aux ministères par la Société française de pédiatrie (SFP), que nous avons consulté. Selon ces données, seules 0,2 % des classes étaient fermées, tous niveaux confondus, mi-octobre.

Lire aussi  « La deuxième vague est là et elle est violente » : la mise en garde du gouvernement moins d’une semaine après le reconfinement

Autre élément, « le taux de positivité est inférieur à 10 % pour les moins de 15 ans, alors qu’il atteint près de 20 % dans la population générale », constate Robert Cohen, pédiatre infectiologue à l’hôpital intercommunal de Créteil, vice-président de la SFP. Auteur d’une étude rassurante cet été, il souhaite reconduire ces travaux au regard de la nouvelle vitesse de circulation du virus. « Il faut s’adapter, c’est une guerre de mouvement, ce n’est pas une guerre de tranchées », constate Robert Cohen.

« Si aucune étude n’est formelle à 100 %, nous avons beaucoup d’éléments qui vont tous dans le même sens, il n’y a eu aucun effet rentrée scolaire et il n’y a eu aucun gros cluster pédiatrique », constate le professeur Yves Gillet, du service d’urgences et de réanimation pédiatriques à l’hôpital Femme Mère Enfant, à Lyon. « Clairement, la plupart des hôpitaux pédiatriques ont été complètement épargnés et le sont encore actuellement », poursuit le pédiatre.

Transmission « silencieuse »

Diverses études suggèrent cependant que la majorité des cas passent sous le radar, 70 % des moins de 10 ans étant asymptomatiques, contre 50 % dans la tranche 10-20 ans – à comparer aux 30 % à 40 % chez les adultes. La question de la transmission « invisible » vers leur entourage est donc posée. « La situation a changé, la circulation du virus est beaucoup plus importante aujourd’hui, ce qui pourrait conduire à plus de contaminations d’enfants vers les adultes », souligne Elise Launay, pédiatre au CHU de Nantes.

Que disent les modélisations ? Celles de l’équipe de Vittoria Colizza (EPIcx lab, Inserm, Sorbonne Université) se fondent sur l’hypothèse que les enfants les plus jeunes transmettent deux fois moins le coronavirus que les adolescents, ceux-ci étant des vecteurs comparables aux adultes asymptomatiques : « L’ouverture des lycées et des collèges va ralentir la chute des contaminations lors du reconfinement, et, à la sortie de celui-ci, ils peuvent contribuer au rebond de l’épidémie, dans des conditions hivernales. » Si le reconfinement n’a pas l’effet escompté, le passage au distanciel intégral des lycées et des collèges sera un levier à envisager, note-t-elle.

« Plus les élèves sont jeunes et plus c’est difficile… » : petits désagréments du masque en école élémentaire

Le masque est désormais obligatoire pour les enfants de plus de 6 ans. Les établissements scolaires s’adaptent difficilement. 

Par Violaine Morin et Yassine Bnou Marzouk  Publié hier à 12h26, mis à jour hier à 18h07

C’est la nouveauté de la rentrée : depuis le 2 novembre, les élèves de 6 ans et plus portent un masque toute la journée. Une obligation « dans les espaces clos ainsi que dans les espaces extérieurs », en vertu du protocole sanitaire renforcé désormais en vigueur dans les établissements scolaires.

Les enseignants des écoles élémentaires expérimentent donc à leur tour les journées rythmées par les rappels réguliers, pour dire aux enfants de bien porter le masque sur le nez, ou de ne pas mettre leurs doigts dessus. « Plus les élèves sont jeunes et plus c’est difficile : le masque n’est pas forcément à leur taille et ils ne savent pas toujours comment le porter », souligne Julie Baux, membre du collectif syndical d’enseignants Les stylos rouges, et professeur des écoles à Andrésy (Yvelines).

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Le port du masque a aussi des conséquences pédagogiques, en particulier au CP, où les enseignants doivent désormais composer avec des élèves dont ils ne voient plus la bouche lorsqu’ils forment les sons. « Depuis septembre, de temps en temps, je me collais au tableau pour retirer mon masque, pour que les enfants puissent voir la prononciation de certains sons, témoigne Delphine Siard, enseignante de CP au Havre. Mais maintenant, je ne sais même plus s’ils font le bon geste ou pas. Le travail de phonologie devient complexe. »

« Prendre le temps » d’expliquer

Certains instituteurs rapportent aussi des problèmes de compréhension. « Le masque étouffe la voix des enfants qui n’ont pas l’habitude de parler fort », indiqueIris (le prénom a été modifié), qui enseigne à Troyes (Aube), en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) – une classe qui rassemble 12 élèves de 7 à 10 ans parlant une autre langue que le français.

« Les élèves font plus d’efforts dans la lecture, et parfois enlèvent instinctivement leurs masques, parce qu’il les gêne. » Sans compter les petits inconvénients qui s’accumulent : la buée sur les verres des lunettes, ou les enfants qui « se plaignent de maux de tête et de gorge », comme le rapporte Julie Baux. « A long terme, j’ai peur que cela affecte leur concentration et les rende plus vulnérable aux difficultés scolaires », s’inquiète l’enseignante.

Le port du masque à l’école élémentaire ayant été annoncé quelques jours avant la fin des congés, les parents ont dû à la fois s’équiper à temps et expliquer très vite ce changement à leurs enfants. « J’ai attendu d’être sûre que le masque devenait obligatoire à 6 ans pour en acheter, rapporte Emilie, mère d’un élève de CP scolarisé à Paris, qui a fait face à une pénurie dans les magasins. J’avais promis à mon fils qu’on choisirait des masques avec des motifs qui lui plaisent, mais je n’ai trouvé que des masques chirurgicaux assez moches ! » Delphine, au Havre, appréhendait cette rentrée – mais elle a finalement pu compter sur l’anticipation des parents. « Certains avaient déjà tout prévu, raconte-t-elle. Les enfants avaient des petites pochettes avec une gommette rouge pour le masque sale et une gommette verte pour le masque propre. »

Les enseignants ont cependant dû « prendre le temps » d’expliquer et de répondre aux interrogations de leurs petits élèves. Célia (le prénom a été modifié), qui enseigne en CE1 dans l’académie Nancy-Metz, a « utilisé des vidéos ludiques pour apprendre à bien porter le masque, et à le retirer ». Elle dit vouloir croire en la « capacité d’apprentissage des élèves » pour respecter les nouvelles règles. Les parents insistent, eux aussi, sur la faculté d’adaptation des enfants. « Mon fils était plutôt content de faire comme les grands, raconte Emilie. Je sens que ça le responsabilise, qu’il se dit qu’il aide à lutter contre le virus. Le petit frère de 4 ans et demi a même réclamé de pouvoir porter un masque aussi ! »

Disparités d’équipement

Le protocole sanitaire a beau indiquer que « les médecins et infirmiers de l’éducation nationale apportent leur appui à ces actions de formation », Thomas Metzinger, enseignant à Forbach (Moselle), assure n’avoir jamais croisé un médecin scolaire en dix ans d’expérience. Il ne peut pas non plus compter sur l’infirmière de son école, présente deux lundis par mois pour 300 élèves. Alors il a bricolé, avec ses collègues, un atelier de sensibilisation aux nouvelles mesures, où le port du masque était présenté « comme un moyen de faire leur part dans la lutte contre la propagation du coronavirus », raconte-t-il. « Mais même avec toute la bonne volonté du monde, ils reproduisent les erreurs des adultes. Le masque ne couvre pas toujours le nez, ou bien ils le passent sous le menton pendant le goûter. »

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Les écoles tentent aussi, tant bien que mal, de compenser les disparités d’équipement entre les élèves qui viennent avec « deux ou trois masques par jour » et ceux qui gardent le même « pendant deux jours consécutifs », comme le rapporte Annabelle, qui enseigne en CE1 dans une école REP + de l’académie d’Amiens. Elle l’explique par le manque de moyens des familles pour équiper convenablement leurs enfants.

Certaines municipalités ont ainsi décidé de distribuer des lots pour compenser les besoins. Des boîtes de 50 masques ont été fournies à Goussainville (Val-d’Oise), La Courneuve (Seine-Saint-Denis), ou encore Troyes. Mais ce n’est pas le cas partout : à Forbach, Thomas Metzinger doit puiser dans le mince stock fourni par l’éducation nationale pour compenser les oublis. « Sur les 300 élèves que compte l’école, une cinquantaine se sont vus distribuer un masque », précise le professeur.

L’école doit enfin composer avec les interrogations des parents, pas toujours rassurés. « Je trouve que c’est un lourd prix à payer pour les enfants, alors que sur leur contagiosité rien n’est vraiment clair, regrette ainsi Nadège, mère parisienne de deux élèves de CP et CE2. Je n’ai pas l’impression que les effets négatifs aient été pris en compte. On dit en substance aux enfants que de respirer peut les contaminer ou contaminer les autres, ce qui est très anxiogène. »

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Violaine Morin et  Yassine Bnou Marzou

« Pour que le masque soit bien accepté par son enfant, il faut mettre en place une routine »

Agnès Pargade, pédopsychiatre, estime que le port du masque sera bien accepté par les enfants dès l’âge de 6 ans si les adultes font preuve de pédagogie et choisissent le bon modèle. 

Propos recueillis par Julie Bienvenu  Publié le 03 novembre 2020 à 18h08, mis à jour hier à 10h33

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/03/pour-que-le-masque-soit-bien-accepte-par-son-enfant-il-faut-mettre-en-place-une-routine_6058351_3244.html

Dans une école primaire de Bischwiller (Bas-Rhin), le 2 novembre 2020.
Dans une école primaire de Bischwiller (Bas-Rhin), le 2 novembre 2020. PATRICK HERTZOG / AFP

Le port du masque obligatoire dès l’âge de 6 ans à l’école – contre 11 ans jusqu’à la rentrée du 2 novembre – questionne certains parents ou enseignants, notamment sur son éventuel impact psychologique. Agnès Pargade, pédopsychiatre dans les Pyrénées-Atlantiques et autrice de Pourquoi consulter un pédopsychiatre ? (De Boeck Supérieur, 2011), estime qu’à partir du CP les enfants sont capables de comprendre l’importance de se protéger contre le Covid-19 et de se sentir responsabilisés.

Quelles peuvent être les conséquences du port du masque sur les enfants ?

Le port du masque peut poser quelques difficultés pour s’exprimer, pour les enfants comme pour les adultes, car cela oblige à parler plus fort. Selon moi, cela ne pose, cependant, pas de souci pour le développement de l’enfant. Les muscles du visage sont importants, mais les émotions passent surtout par le regard, par la communication orale.

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Il faut donc que les parents et les enseignants soient plus attentifs au regard des enfants. Cela demande quelques efforts, mais tout le monde va très bien s’adapter. D’autant que les enfants ne portent pas le masque toute la journée, ils l’enlèvent pour manger et à la maison. Certaines pathologies demandent des masques spécifiques, et les orthophonistes, par exemple, ont commandé des masques translucides pour eux et pour leurs petits patients. Mais ce sont des cas exceptionnels.

Nous allons découvrir certaines conséquences dans les mois à venir, comme peut-être des dépressions chez les adultes, voire chez les enfants. Mais cela sera davantage lié à la morosité ambiante, à une perte du pouvoir d’achat, qu’au port du masque ou à la distanciation sociale, car nous disposons d’outils alternatifs pour communiquer (notamment les smartphones, pour les adolescents) et les rapports humains sont peu modifiés. Pour les petits, il faut continuer les interactions sociales, aller au parc, faire une course avec eux, etc.

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Ce n’est pas le masque qui posera problème. C’est un épiphénomène. En Asie, les enfants le portent depuis longtemps, et cela a aussi été testé dans d’autres pays. A mon sens, il n’y aura pas d’impact sur les enfants ; il serait même possible de le porter dès la maternelle.

Comment faire accepter le port du masque aux enfants ?

Les enfants sont déjà habitués au masque, c’est arrivé très progressivement depuis mars, ils ont vu leurs parents le porter, puis les enseignants, ça ne leur est pas brutalement imposé. Il faut que cela soit fait avec pédagogie. Un enfant, c’est un buvard, si la famille est coopérative, il n’y aura aucun problème.

Chez les petits, le masque est plutôt un amusement, un déguisement. Mais, à partir de 6 ans, ce n’est plus un jouet. C’est le CP, l’âge où « on devient un grand », il faut le présenter comme une responsabilité, un challenge, et les enfants vont investir ce rôle. Les adultes doivent leur expliquer les enjeux, sans dramatiser, leur dire que c’est un moyen pour que le virus s’en aille et éviter d’être malade.

Si, malgré tout, l’enfant est très angoissé et pleure, les parents peuvent, par exemple, prendre rendez-vous avec leur médecin, pour qu’il lui explique pourquoi c’est important de porter le masque. Ce doit être un élément protecteur et rassurant. Si on lui dit ça, il va l’accepter. On a beaucoup plus de difficultés à faire respecter cela par les personnes âgées…

Ce n’est pas le masque lui-même qui sera le plus contraignant, c’est tout le protocole sanitaire – lequel est indispensable. Il est donc important de mettre en place une routine. Il faut dire à l’enfant qu’il ne le portera pas toute la journée, qu’il l’enlèvera pour le repas, à midi, et le soir, à la maison. Il faut expliquer que, quand on l’enlève, on doit bien le plier pour coincer le virus dedans, puis on le met à la poubelle si c’est un masque jetable, et on se lave les mains. Cela va devenir une nouvelle habitude pour l’enfant.

Il faut aussi expliquer que le masque, c’est personnel, on ne doit pas l’échanger avec ses camarades. Et il faut faire en sorte que l’enfant n’y touche pas trop, ne tire pas dessus, ce qui passe par le choix d’un masque adapté.

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Comment bien choisir un masque pour son enfant ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il faut éviter les masques en tissu avec des super-héros ou des princesses, car ils sont plus épais et donc plus difficiles à porter. En plus, ce n’est pas un jeu, on est sur du médical.

La première chose que l’enfant va dire, c’est qu’il a du mal à respirer. Le masque doit donc être le plus fin possible, le mieux est d’utiliser des masques chirurgicaux. Il faut également un masque à la bonne taille, on ne doit donc pas opter pour des masques pour adultes. Si les élastiques des masques chirurgicaux pour enfant sont trop courts, n’hésitez pas à bricoler pour les rallonger. Car, quand c’est trop petit, ça tire derrière les oreilles, c’est très désagréable.

Ensuite, c’est un peu comme un bonnet ou une écharpe qu’on incite à mettre quand il fait froid, sauf que le masque, c’est beaucoup plus facile ! Ça va devenir la routine de cet hiver.

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Julie Bienvenu

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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