Devant la commission d’enquête sur la crise du Covid-19, Olivier Véran défend les efforts « sans précédent » du gouvernement et des hôpitaux
Le ministre de la santé a plaidé, mercredi devant les députés, en faveur de la stratégie de lutte contre l’épidémie, en soulignant que de nombreux pays rencontrent les mêmes difficultés.
Par Chloé Hecketsweiler Publié aujourd’hui à 10h35, mis à jour à 10h42
L’audition du ministre de la santé, Olivier Véran, était l’un des rendez-vous les plus attendus de la commission d’enquête sur la crise du Covid. Mais le moment ne pouvait pas plus mal tomber. En plein confinement, coincé entre deux votes sur la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, l’exercice avait quelque chose de décalé. Pendant deux heures et demie, mercredi 4 novembre, les députés ont navigué entre la première vague et la seconde vague, un peu hésitants sur le cap à suivre, alors que la France compte de nouveau ses lits de réanimation.
Interrogé sur le niveau de stock stratégique de masques, véritable fil rouge des auditions depuis le mois de juin, le ministre de la santé a indiqué qu’il ne disposait « pas de tous les éléments » pour répondre aux questions des députés. « Il appartient à chacun pour la période où il était en charge d’expliciter les choix et les décisions qui étaient les siens », a-t-il souligné, se refusant à questionner les options prises au cours des dix dernières années.
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Sur les tests, Olivier Véran a nié tout retard de déploiement au printemps, soulignant au contraire la rapidité avec laquelle la France s’est équipée. « Nous sommes désormais passés à 2 millions de tests par semaine. C’est un effort sans précédent », s’est-il félicité. Questionné sur sa stratégie de dépistage, le ministre de la santé a admis que tout ne s’était pas passé comme prévu. « Il y a une période, à la rentrée scolaire, où il y a eu un bouchon très clair sur l’accès aux tests (…) Tout allait très bien et d’un coup, bam ! Les délais se sont allongés », a-t-il reconnu, tout en indiquant que de nombreux pays avaient rencontré les mêmes difficultés au retour des vacances.
Il n’y a cependant, selon lui, aucun lien entre cet embouteillage et la reprise épidémique. « On n’a pas d’explication. Probablement qu’avec du recul, on en aura », a-t-il estimé devant les députés. « Est-ce qu’elles sont d’ordre stratégique ? Je ne le crois pas. Parce que quand on compare les stratégies, on a les mêmes stratégies que nos voisins », a poursuivi le ministre de la santé, soulignant que même en France il existe d’importantes différences d’un territoire à l’autre. « Pourquoi, au cours de la deuxième vague, on constate encore que l’épidémie est nettement moins importante (…) dans l’ouest du pays, la Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine, que dans le reste du pays ? (…) Personne ne sait répondre à cela », a-t-il lancé aux députés.
« Effort sans précédent »
Interrogé sur une possible sur- ou sous-estimation des décès liés au Covid, Olivier Véran a souligné la concordance entre le nombre de décès comptabilisés dans les hôpitaux et les Ehpad et la surmortalité observée par l’Insee lors de la première vague. Il en a profité pour alerter les députés sur les dangers des « fake news » qui circulent sur les réseaux sociaux. Prenant l’exemple de la prétendue prime de 5 000 euros qui serait versée aux hôpitaux pour chaque mort attribuée au virus, il s’est inquiété de voir le pays « pollué par des fausses informations (…) qui peuvent aller jusqu’à l’épidémie qui n’existe pas ». « En période de crise, que ce soit une crise épidémique ou d’autre nature, ce genre de diffusion de fausses informations, c’est presque de la haute trahison », a-t-il estimé.
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Le ministre de la santé, qui la veille s’était emporté dans l’Hémicycle face à des députés opposés à la prolongation de l’état d’urgence, a rappelé la situation critique dans les hôpitaux. Il a détaillé l’augmentation prévue du nombre de lits de réanimation : 6 400 lits la semaine dernière, 7 700 lits cette semaine puis 10 500 lits au pic, un chiffre comparable à celui du printemps, « un effort sans précédent dans l’histoire des hôpitaux ». « Les ressources humaines posent de grandes difficultés », a-t-il cependant reconnu, rappelant que les transferts de soignants d’une région à l’autre ne pourront être cette fois que limités. « Je n’ai pas la possibilité de trouver des réanimateurs qui seraient sur le marché mais sans travail », a-t-il ironisé.
Questionné sur un éventuel « tri » des patients lors de la première vague, Olivier Véran a appelé les députés à la prudence quant à l’interprétation des données d’hospitalisation. « Au moment du pic épidémique, le profil des patients hospitalisés en réanimation était totalement différent de l’année précédente », a-t-il expliqué, rappelant qu’une grande partie des interventions chirurgicales non urgente – qui concernent en majorité des personnes âgées – avaient été déprogrammées. « Pour rendre les comparaisons possibles, il faut compléter par une analyse des durées de séjour du parcours des patients en réanimation », a ajouté le ministre de la santé, indiquant que ce travail était en cours.Notre sélection d’articles sur le coronavirus
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