La relance des débats sur la Laïcité et l’islamophobie

Najat Vallaud-Belkacem : « Dans le combat pour la laïcité, ce n’est pas l’école qui a failli mais bien ce qui l’entoure »

TRIBUNE

Najat Vallaud-Belkacemancienne ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche

Symbole de l’anti-obscurantisme, l’école de la République est attaquée parce qu’elle est un rempart et non une faiblesse, souligne l’ancienne ministre de l’éducation nationale, appelant à cesser d’en faire un champ de bataille politique.

Publié le 02 novembre 2020 à 01h15 – Mis à jour le 02 novembre 2020 à 09h58    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/02/najat-vallaud-belkacem-dans-le-combat-pour-la-laicite-ce-n-est-pas-l-ecole-qui-a-failli-mais-bien-ce-qui-l-entoure_6058134_3232.html

Tribune. On le sait, le temps de l’école est long. Les réformes produisent leurs effets dans une durée guère compatible avec le rythme de la vie politique. Encore moins avec l’accélération foudroyante du temps de l’histoire, lorsque la tragédie frappe cette institution républicaine qui, selon les mots de Jean Zay (1904-1944), devrait pourtant rester « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». J’ai été ministre de l’éducation nationale alors que le terrorisme frappait notre pays. J’ai dû agir en temps d’intense émotion. J’en retiens quelques leçons indélébiles.

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Si l’école de la République est l’ennemie du terrorisme, c’est parce que, par définition, elle est l’anti-obscurantisme. Si elle est attaquée, c’est parce qu’elle est un rempart, et non pas une faiblesse. C’est bien parce qu’il portait la mission que la République lui a confiée que Samuel Paty a été assassiné : émanciper par la culture et l’esprit critique, cultiver la curiosité, l’ouverture, la tolérance, accepter la différence et la liberté d’expression.

Il le faisait dans le cadre de l’enseignement moral et civique, cette pédagogie qui transmet la morale républicaine de la laïcité donne à comprendre la complexité du monde, explicite les médias et le sens de l’information pour lutter contre les ravages de la désinformation et du complotisme.

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Oui, en dépit des ruptures, des discontinuités et des contradictions dans les politiques publiques d’éducation, notre école républicaine fait front. Les enseignants n’ont jamais abdiqué, malgré les années de déshérence au début des années 2000, quand les suppressions de postes se chiffraient en dizaines de milliers en plein boom démographique, quand la formation des enseignants était supprimée, quand le rapport Obin [sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires] restait lettre morte. Jamais l’école n’a cessé de mener le combat républicain et laïque : il ne faut pas cesser de rendre hommage à tous les enseignants qui emportent chaque jour ces milliers de petites victoires, dont on ne parle jamais, et qui sont le ciment de notre société.

Transmission des valeurs

C’est donc vers cette école que, au lendemain des attentats de janvier 2015, la nation s’est tournée. Et dans un élan républicain sans précédent, avec toute la communauté éducative, nous l’avons profondément renforcée dans son rôle de transmission des valeurs.

Replongez-vous dans les faits, ils ne sont pas si anciens, la fermeté et la reconquête républicaine sont là : instauration de remontées systématiques d’information sur les attaques contre la laïcité, détection des suspicions de radicalisation, signalement aux autorités judiciaires.

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L’accompagnement des personnels est là : développement des formations pour les enseignants, des supports pédagogiques, des référents laïcité sur le terrain… L’ouverture de l’école aux milliers de professionnels désireux de venir l’aider à parler aux élèves des valeurs de la République est là, avec la réserve citoyenne de l’éducation nationale.

L’explicitation des règles de la laïcité est là avec la diffusion dans tous les établissements de livrets « laïcité », avec l’instauration d’une journée nationale consacrée à cette valeur le 9 décembre et la demande faite aux parents d’élèves de signer la charte de la laïcité en début d’année scolaire. La prévention de la radicalisation est là, avec le renforcement drastique du contrôle des établissements hors contrat et de l’instruction à domicile ou une coopération inédite avec les cellules de suivi du ministère de l’intérieur…

Responsabilités respectives

Si je rappelle tout cela, c’est que rien ne paraît plus vain que de faire comme si nous étions au temps zéro de la laïcité à l’école : nous sommes toutes et tous les héritiers d’un long combat, avec ses défaites et ses victoires. Nous-mêmes, d’ailleurs, ne partions pas de zéro et avions conscience qu’il restait beaucoup à faire. Sachons regarder cet héritage avec lucidité plutôt que de prétendre en permanence réinventer la poudre. Sachons reconnaître nos responsabilités respectives plutôt que de nous lancer des anathèmes à la figure.

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Que ceux qui, à droite ou à l’extrême droite, pour des raisons tactiques, s’opposaient en 2016 au renforcement des contrôles sur les écoles hors contrat ou à la transformation des enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO) en enseignements de langues étrangères normaux, intégrés comme les autres langues et pareillement contrôlés dans les établissements, reconnaissent qu’ils ont fait perdre un temps précieux à notre pays. Que leur soudaine conversion à ces mêmes réformes, parce que portées par un autre gouvernement, n’y change rien.Lire l’entretien avec Najat Vallaud-Belkacem(2016) : Contrôle des écoles privées hors contrat : « L’Etat ne peut être ni aveugle ni naïf »

Que ceux qui continuent à prétendre, comme je l’ai si souvent entendu lorsque j’étais ministre, que la mixité sociale n’est qu’un sujet annexe de l’école sur lequel nous devrions cesser de nous focaliser – et c’est d’ailleurs exactement ce qui se passe depuis trois ans – nous épargnent leurs lamentations en découvrant les méfaits de cette homogénéité sociale dans des établissements où on ne croit tout simplement plus aux valeurs de la République.

« Profs bashing »

Enfin que ceux qui se sont précipités depuis ce tragique 16 octobre pour scruter une nouvelle fois les failles de l’école se rendent compte que ce n’est pas l’école qui a failli, mais bien ce qui l’entoure : parents, vous avez des droits mais aussi des devoirs, dont celui de respecter absolument le primat de l’institution sur le contenu pédagogique.

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Observateurs qui contribuez chaque jour avec tant de légèreté au « profs bashing », vous avez une responsabilité éminente dans la décrédibilisation de la parole des enseignants, aux yeux des élèves comme de leurs parents.

Polémistes professionnels des plateaux TV qui ne mesurez jamais vos outrances, sachez que chacune d’entre elles vient se planter comme une épine supplémentaire dans le pied des professeurs en charge ensuite de faire le récit d’une République qui fonctionne.A

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De grâce, à tous ces égards et plus encore : cessons de faire de l’école un champ de bataille. Assurons-y la continuité de l’action publique, déployons ce qui a fonctionné, améliorons ce qui mérite de l’être, innovons en toute honnêteté, à l’écoute de nos enseignants, moins obsédés par les effets de communication que par l’impact sur la vie de nos établissements. Sans esprit de tactique, sans mensonge, sans exagération. Bref, soyons dignes de la mémoire de Samuel Paty.

Najat Vallaud-Belkacem(ancienne ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche)

« La France ne doit pas tomber dans le piège tendu par les terroristes »

TRIBUNE

Collectif

Récusant les « anathèmes » prononcés même au sein du gouvernement, plus de cinquante personnalités appartenant à différents courants de la gauche française appellent à « reconnaître les manquements du passé » et à se mobiliser ensemble autour des principes laïques et républicains.

Publié le 29 octobre 2020 à 10h53 – Mis à jour le 29 octobre 2020 à 12h32    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/29/la-france-ne-doit-pas-tomber-dans-le-piege-tendu-par-les-terroristes_6057764_3232.html

Tribune. Le moment est grave, il ne quittera pas nos mémoires. Samuel Paty, professeur d’histoire et de géographie, a été assassiné par un terroriste islamiste. A Nice, un autre crime ignoble a été commis. Ces actes monstrueux ont pour but de semer la haine et la terreur.

Pourtant, cette fois, les appels à l’unité n’ont pas suffi à limiter les tensions au sein de la société française. En démocratie, le débat est souhaitable après de tels évènements. Mais depuis la tragédie du 16 octobre, certains, parfois même au sein du gouvernement, se sont engagés sur la voie des anathèmes et des accusations délirantes. Ils prennent la lourde responsabilité d’affaiblir le pays face aux terroristes en dressant les Français les uns contre les autres. Les assassins et ceux qui les ont encouragés auraient-ils déjà gagné ?

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Il est urgent de nous mobiliser ensemble autour des principes laïques et républicains. Si nous échouons, l’islamisme radical aura remporté, avec l’extrême droite, une victoire décisive en faisant de la question religieuse, et plus précisément de l’islam, le pivot de la politique française, au détriment des urgences sociales, écologiques et démocratiques. Pire, il aura installé des germes durables de guerre civile.

Pour avancer, il importe d’abord de reconnaître les manquements du passé. Combien d’atteintes à la laïcité et à la liberté d’expression et d’enseignement restées sans réponse ? Combien d’appels au secours ignorés, qu’ils viennent d’enseignants et d’autres agents des services publics devant la dégradation de leurs conditions de travail, ou d’habitants des quartiers populaires devant l’absence de l’Etat, notamment sur le terrain de la sécurité ? Combien de discriminations à l’égard de musulmans ou de ceux qui sont supposés l’être, laissées impunies ?

Une insuffisance de moyens

Manifestement, le gouvernement considère que l’on pourrait lutter efficacement contre l’islamisme radical sans combattre en même temps, à la racine, le racisme, les discriminations et les déchirures sociales et urbaines des territoires abandonnés. Il feint également d’ignorer qu’existent au sein de l’islam, en France et ailleurs, des forces prêtes à combattre les influences mortifères. Cette absence de vision globale donne toujours une victoire symbolique aux islamistes radicaux. Elle a depuis longtemps favorisé leur implantation.

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Oui, les manifestations agressives d’une idéologie totalitaire allant jusqu’au terrorisme doivent être combattues sans trêve ni repos dans le cadre de l’Etat de droit. Pour cela, de nombreux leviers juridiques existent déjà. Il faut résister à la tentation de réagir à chaque attentat par une loi supplémentaire ou des gesticulations spectaculaires. Les carences relèvent surtout d’une insuffisance de moyens de renseignement et de coordination, notamment dans le suivi des réseaux sociaux.

Le combat contre l’islamisme radical, les pressions qu’il exerce à l’école et ailleurs pour restreindre les libertés, notamment celles des femmes ou des personnes LGBTI +, appelle des actions construites, déterminées et proportionnées. Ces politiques doivent être conduites dans la durée et mises en œuvre sans faiblir dans un cadre légal défini et protecteur des libertés. Pour être efficace, il nous faut combattre l’intégrisme islamiste en priorité sur le terrain éducatif, social et politique. Là où les fondamentalismes tentent de faire primer le dogme religieux sur les lois de la République, la fermeté de l’action publique est indispensable.

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L’école doit être aux avant-postes de ce combat. Mais elle ne peut pas être laissée seule. Celles et ceux qui y enseignent doivent être reconnus, soutenus et protégés au quotidien, et pas seulement passagèrement au lendemain des drames, particulièrement par un accompagnement humain en cas de difficultés, des outils et une formation pédagogiques renforcés pour permettre à tous les acteurs de l’école de savoir réagir.

Assauts répétés des obscurantismes

La laïcité définie par la loi de 1905 n’est pas une option : elle est et doit rester la loi de la République. Elle a traversé le XXe siècle, faisons-la vivre en garantissant effectivement la liberté de croire, notamment pour les musulmans, ou de ne pas croire. Plus qu’à la multiplication de lois nouvelles, veillons à l’application effective de celles qui existent déjà.

La République, promesse inachevée, doit repenser sa présence dans tous les territoires pour faire exister l’égalité réelle par des politiques publiques offensives, avec des moyens humains et financiers substantiels, notamment dans le cadre de la mise en œuvre d’une transition écologique juste. Elle doit, conformément à sa devise, garantir l’absence de toute discrimination et chercher à réduire toutes les inégalités dans un esprit de fraternité.

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Pour nous, il n’y a pas de fatalité à ce que la France tombe dans le piège tendu par les terroristes. Nous ne cesserons jamais de vouloir tisser des liens entre tous les humains, malgré les assauts répétés des obscurantismes. Nous continuerons de lutter partout et toujours contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et d’intolérance.

Nous avons parfaitement conscience qu’il existe des désaccords entre nous sur ces sujets et que beaucoup reste à faire pour consolider ces réponses : ce texte se veut d’abord un appel à la gauche, aux écologistes et, au-delà, à tous les républicains, à engager ensemble ce travail à un moment où l’essentiel est en danger.

Parmi les premiers signataires : Arié Alimi, avocat ; Clémentine Autain, députée ; Manuel Bompard, député européen ; Laurence De Cock, historienne ; Cécile Duflot, ancienne ministre ; Guillaume Duval, ancien journaliste ; Aurore Lalucq, députée européenne ; Pierre Laurent, sénateur ; Philippe Martinez, syndicaliste ; Jean-Pierre Mignard, avocat ; Béligh Nabli, universitaire ; Matthieu Orphelin, député ; Christian Paul, ancien ministre ; Eric Piolle,maire ; Thomas Piketty, économiste ; Sandra Regol, militante écologiste ; Aïssata Seck, élue ; Sophie Taillé-Polian, sénatrice ; Benoit Teste, syndicaliste ; Aurélie Trouvé, responsable d’ONG.

La liste complète des signataires est accessible en cliquant sur ce lien.

Collectif

*Laïcité : « La priorité est de former les enseignants »

Jean-Louis Bianco, président contesté de l’Observatoire de la laïcité, défend son bilan à la tête de cet organisme indépendant. 

Par Cécile Chambraud  Publié le 31 octobre 2020 à 10h32 – Mis à jour le 31 octobre 2020 à 12h31

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/31/jean-louis-bianco-la-priorite-est-de-former-les-enseignants-sur-la-laicite_6058024_3224.html

Ils restent. Des voix réclamaient le départ de Jean-Louis Bianco et de Nicolas Cadène, respectivement président et rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. Depuis 2013, cet organisme indépendant, rattaché à Matignon, est chargé de conseiller le gouvernement. Périodiquement, il est accusé de mollesse face aux atteintes à la laïcité par les partisans d’une politique plus offensive. Le premier ministre, Jean Castex, a semblé donner raison à ces détracteurs, le 20 octobre, en annonçant qu’il allait « renouveler » l’Observatoire. Il a reçu Jean-Louis Bianco vendredi 30 octobre. L’Observatoire doit finalement être maintenu dans sa composition actuelle jusqu’au terme de son mandat, en avril 2021. « Il appartient au premier ministre de communiquer avant moi sur les décisions qu’il a prises », se contente d’indiquer M. Bianco.

Certains reprochent à l’Observatoire une approche trop juridique, qui l’aurait rendu aveugle à la montée du « séparatisme » islamiste. Y a-t-il eu défaillance dans le diagnostic ?

Cette accusation est scandaleuse. Elle provient de gens qui ne lisent pas ce que nous écrivons. D’abord, sur l’approche juridique, nous sommes dans un Etat de droit. Ne pas appliquer le droit serait choquant. Cela permettrait à la loi du plus fort de s’imposer. Ensuite, dans tous nos rapports, nous avons attiré l’attention sur la montée des tensions et des conflits autour de la gestion du fait religieux, dans toutes les structures. Dès 2013, j’alertais sur les pressions communautaristes. Si ça, c’est une mollesse de diagnostic, je ne sais pas ce qu’est un diagnostic ferme.

Qu’avez-vous alors fait ?

Nous avons obtenu des mesures de fermeté indispensables. Une instruction demande aux procureurs de porter plainte quand, dans un restaurant, une femme se voit refuser d’être servie, parce que c’est une femme. Dans certains quartiers, il est difficile pour elles de faire cette démarche. Cette mesure a l’avantage de s’appuyer sur des faits, et non sur un jugement idéologique, de rassurer les citoyens ordinaires qui voient que tout n’est pas permis, et de donner un signal à ceux qui veulent islamiser la société. Nous avons aussi obtenu que soit obligatoire une formation à la laïcité pour tous les imams détachés et les aumôniers de prison. Nous avons souhaité que l’Etat ait un meilleur contrôle sur les établissements scolaires hors contrat, ce qui a fini par être fait par la loi Gatel.

Certains ont tendance à dire que tout va mal tout le temps. C’est vrai que la situation actuelle est terriblement angoissante. Des crimes sont commis. On voit de plus en plus des formes de religion très archaïques, littéralistes, éloignées de l’égalité entre la femme et l’homme. Il y a effectivement une offensive, et un combat à mener. Mais il ne faut pas se tromper de diagnostic. Ce n’est pas tout le temps et partout. En beaucoup d’endroits, la laïcité fonctionne bien. Beaucoup de problèmes se résolvent par le dialogue. Pour nous, la priorité est de former les enseignants.

Le sont-ils assez ?

Pas assez : 81 % des enseignants n’ont jamais reçu de formation sur la laïcité. On demande beaucoup à l’école. Mais enseigner les valeurs de la République et la laïcité, c’est une priorité absolue. C’est à l’école que tout se joue et les professeurs ne demandent que cela. J’ai vu dans des quartiers extrêmement difficiles le travail formidable fait par certains avec leurs élèves. Il faut qu’on en parle, aussi. Au lieu de ça, on débat du voile dans les sorties scolaires.

Le régime fondé en 1905 correspondait à une époque où la question religieuse était liée au catholicisme. Cent quinze ans plus tard, l’enracinement de l’islam la pose en termes différents. N’est-il pas légitime d’en réactualiser le contenu ?

Ce serait une énorme erreur, non pas par rapport à l’islam, mais par rapport à la laïcité. La laïcité n’est pas tout à fait une valeur. Les valeurs, c’est la liberté, l’égalité, la fraternité. C’est un principe d’organisation de la société et c’est un principe politique. Il repose sur trois piliers. Le premier est la liberté, de croire ou pas, de changer de religion, de pratiquer son culte. Le deuxième pilier, c’est la neutralité de l’Etat et des services publics. C’est le fait que la religion n’est pas au-dessus des lois civiles. Le troisième pilier est la citoyenneté. Nous sommes tous différents, d’origine, de sentiment d’appartenance, d’engagements…

Dans la République laïque, c’est une source de richesse, à condition qu’on n’oublie pas que nous sommes d’abord des citoyens à égalité de droits et de devoirs. Et ça, c’est universel ! Cette notion de citoyen s’applique à toutes les époques. La liberté de conviction s’applique à toutes les croyances. C’est pour cela que la laïcité a une force extraordinaire. Elle résiste au temps. Elle n’a pas à s’adapter aux religions, ce sont les religions qui ont à la respecter.

La très grande majorité de nos compatriotes musulmans pratiquent leur foi sans que cela pose de problème. Mohammed Moussaoui [le président du Conseil français du culte musulman] a dit il y a quelques mois : « Nous, musulmans, nous devons nous habituer à ce que notre religion soit critiquée comme les autres, même si ça peut nous blesser. » Concernant le boycott, il les a appelés à « défendre les intérêts de la France. Les musulmans n’y sont pas persécutés ». On ne mentionne pas assez ces déclarations importantes. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des gens dangereux. Ne soyons pas dupes sur l’offensive qui existe. Mais ne disons pas que tout va mal parce qu’il y a des cas médiatisés.

Mais les gens ont le sentiment que la situation se dégrade…

C’est vrai, c’est pour cela que la situation est très difficile. Utilisons d’abord tous nos outils. Par exemple, il n’est pas besoin de changer la loi pour contrôler des associations, pour instaurer la transparence des financements, pour réprimer qui empêche quelqu’un de pratiquer une religion ou l’oblige à pratiquer. Et si c’est nécessaire, légiférons.

Surtout, il faut faire en sorte que l’Etat ne perde pas devant les tribunaux. Je me réjouis de voir qu’il n’a jamais perdu quand on a fermé des mosquées ou des associations. Rien ne serait pire que perdre. Il faut frapper à coup sûr.

Avez-vous été consulté sur le projet contre le séparatisme ?

Oui, par cinq ou six ministères. Si on doit légiférer, il ne faut pas mettre tout sur le dos de la loi de 1905. Car le risque, c’est d’hystériser le débat. C’est de s’étriper sur le burkini et le foulard. Est-ce que ce serait à la hauteur des attentats et de la laïcité ? Il y a déjà deux propositions de loi contre le port du voile pour les mamans accompagnatrices de sorties scolaires – interdiction qui serait une faute politique majeure. Dans le contexte actuel, émotivement, politiquement effrayant, ce sujet risque de revenir. L’étape suivante, ce sera l’interdiction des signes religieux quand on se rend dans un service public. Puis la neutralité complète dans les entreprises. Suivra la neutralité dans les centres sociaux, les crèches, etc. Et enfin, la neutralité dans la rue. C’est une proposition de Marine Le Pen. Certains veulent la neutralisation de l’espace public.

Est-ce une solution ?

Ce serait contre-productif. D’abord, ce serait réduire la laïcité à la neutralité. Ensuite, cela déclencherait des réactions dans chaque religion. Cela alimenterait la propagande victimaire. Des gens très tangents sur le plan idéologique diront : c’est une loi antimusulmane, on nous brime, vous ne pouvez pas croire à la laïcité qui vous tient à l’écart, qui tient à l’écart vos mamans. Pour rapporter quoi d’ailleurs ? Je ne vois pas le rapport entre le fait qu’on aille couvert d’un foulard à la préfecture et l’islamisme et le terrorisme. Comme l’a dit Emmanuel Macron, il y a une bataille idéologique au sein de l’islam, en France aussi. Et cette bataille-là, c’est aux musulmans de la mener, pas à l’Etat.

Certains vous reprochent une proximité avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ? Avez-vous, par exemple, auditionné cette association ?

Ils mentent, ils déforment les faits. C’est une référence à un texte de janvier 2016, après les attentats de novembre 2015, rédigé par des associations et intitulé « Nous sommes unis », que j’ai signé avec d’autres – dont le grand rabbin Haïm Korsia, l’ancien grand maître du Grand Orient Jean-Michel Quillardet, Laurent Berger… Puis un responsable du CCIF a signé. On n’allait pas retirer notre signature ! Dire que j’ai organisé cette pétition avec le CCIF, c’est plus que de la diffamation. C’est laisser entendre que nous sommes ses complices. Alors que j’ai dû les voir une ou deux fois en 2013-2014 et plus jamais depuis, et que je combats la thèse de l’islamophobie d’Etat, qui est scandaleuse et fausse.

Notre vraie récompense, c’est le nombre de gens qui nous remercient, qui, lors des réunions, nous disent : vous êtes de vraies barrières à l’islamisme. Là, on sait qu’on est utiles. Il faut parler de la laïcité de manière positive. Expliquer les droits qu’elle permet. Il faut toujours commencer par cela. Sinon, on n’est pas audible. La laïcité, c’est un bouclier qui nous protège, mais c’est aussi un outil pour construire la maison commune.

Cécile Chambraud

« Cible » de nombreuses critiques, Nicolas Cadène conserve son poste à l’Observatoire de la laïcité

Le bras droit de Jean-Louis Bianco est accusé d’être trop tolérant face à l’islamisme par ceux qui défendent une conception plus offensive de la laïcité. 

Par Vanessa Schneider  Publié le 31 octobre 2020 à 10h54 – Mis à jour le 02 novembre 2020 à 10h20

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/31/cible-de-nombreuses-critiques-nicolas-cadene-conserve-son-poste-a-l-observatoire-de-la-laicite_6058028_3224.html

Nicolas Cadène, 39 ans, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité depuis 2013 aux côtés de Jean-Louis Bianco, peut respirer en ce vendredi 30 octobre. Il restera à son poste jusqu’à la fin de son mandat en avril 2021, contre l’avis de ceux qui l’accusent plus ou moins ouvertement d’une trop grande tolérance vis-à-vis de l’islamisme radical et qui exigeaient son remplacement.

L’assassinat de Samuel Paty a déclenché une nouvelle charge contre lui. Dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche, le 24 octobre, 49 personnalités, dont les essayistes Caroline Fourest et Elisabeth Badinter en passant par l’avocat Richard Malka, l’architecte Roland Castro ou l’ancien ministre socialiste Jean Glavany, fustigeaient, sans citer l’Observatoire, « ceux qui se sont écartés de la défense de la laïcité allant jusqu’à prendre constamment parti de ses adversaires ». En réponse, une vingtaine de spécialistes de la laïcité, universitaires et responsables associatifs avaient apporté leur soutien à l’Observatoire et à son « travail salutaire ».

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La laïcité fait partie de l’ADN de Nicolas Cadène. Né à Nimes d’une mère orthophoniste et d’un père juriste et vigneron, il a été élevé avec ses deux frères dans une culture de gauche où ce mot revient régulièrement dans les discussions autour de la table familiale. Un de ses grands-oncles, Raoul Allier, a conseillé Aristide Briand lors des débats pour la rédaction de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. Ses grands-parents maternels, pasteurs tous les deux – « ça aussi on me le reproche, on laisse entendre que je serais protecteur des religions », soupire-t-il avec un léger accent du Sud –, sont engagés dans le social.

Lui-même, dès ses années étudiantes, s’investit dans de multiples associations, quatre ans de Samusocial à distribuer de la nourriture aux sans-abri, secourisme, adhérent à la Ligue des droits de l’homme et à Amnesty International. Il fait des études de droit, à Nîmes, à Montpellier puis à Paris avant de rejoindre l’Institut d’études politiques de Lille.

Polémique

Militant socialiste, il participe à la campagne présidentielle de Ségolène Royal et, après un stage au Sénat, devient, en 2008, collaborateur parlementaire de Jean-Louis Bianco, alors député des Alpes-de-Haute-Provence. Les deux hommes deviennent « amis ».

Nicolas Cadène participera ensuite à la campagne victorieuse de François Hollande en 2012. Ses tentatives personnelles d’être élu échouent, que ce soit aux élections européennes de 2009 ou aux municipales dans sa ville natale, où il se retrouve à chaque fois en position inéligible. « Des histoires d’appareil », évacue-t-il.

Quand, en 2013, François Hollande décide enfin d’activer l’Observatoire de la laïcité décidé par Jacques Chirac et décrété par Nicolas Sarkozy en 2007, le tandem Bianco-Cadène est validé par l’ensemble des ministres chargés du dossier. « Dès le début, je sens que le sujet est épidermique, extrêmement sensible », constate le rapporteur.

En 2015, au lendemain des attentats de Nice, les choses se gâtent. Avec Jean-Louis Bianco, il cosigne une tribune d’appel à l’union nationale aux côtés de 80 personnalités, dont le président du Conseil économique et social de l’époque Jean-Paul Delevoye, de responsables syndicaux et de représentants des différents cultes, dont le grand rabbin de France, Haïm Korsia. Figurent aussi parmi les signataires, des membres du très controversé Collectif contre l’islamophobie en France. « Je ne savais même pas qu’ils étaient signataires ! », se défend Nicolas Cadène : « A partir de là, je suis devenu une cible. »

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A l’occasion du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, le 18 janvier 2016, le premier ministre, Manuel Valls, s’en prend à l’Observatoire. La guerre est déclarée. Quelques jours plus tard, Nicolas Cadène se retrouve au centre d’une nouvelle polémique. Un de ses Tweet recadrant des propos tenus sur France Inter par Elisabeth Badinter, figure totémique d’une laïcité sans compromission, met le feu aux poudres. Il est attaqué de toutes parts sur les réseaux sociaux.

Deux visions de la laïcité

Au cours de l’été, la charge atteint son paroxysme quand il annonce – « un peu naïvement », reconnaît-il, la naissance de sa deuxième fille sur Twitter. Un déferlement de messages haineux s’ensuit. On lui reproche des accointances avec les frères musulmans et une supposée complaisance vis-à-vis des extrémistes, voire des terroristes. Un « torrent de boue » qui a duré dix jours et qui l’a, confie-t-il ému, « énormément affecté ». « C’est complètement dingue, on me fait des procès d’intention, proteste-t-il, qu’on m’apporte des preuves, il n’y en a pas ! A l’Observatoire on s’en tient au droit, on n’a jamais été pris en défaut, on n’est pas laxiste. »

Il précise à l’adresse de ceux qui l’accusent au contraire de ne jamais prononcer le terme d’« islamophobie » : « Je dénonce les actes de violence contre les musulmans, mais j’estime qu’on a le droit de critiquer l’islam. »

« C’est un fonctionnaire grassement payé par l’argent des contribuables, il est soumis au devoir de réserve, il n’a pas à s’exprimer comme ça sur les réseaux »,cingle Jean Glavany, qui, avec la journaliste Françoise Laborde (tous deux anciens membres de l’Observatoire), s’est écharpé avec lui dès le premier avis émis par l’Observatoire au sujet de la crèche Baby-Loup. Car, sur le fond, deux visions de la laïcité s’opposent : celle de l’Observatoire, qui veut s’en tenir à une simple application de la loi de 1905 et à sa jurisprudence, et celle des partisans d’une laïcité plus stricte, comme Manuel Valls, qui milite pour davantage d’intransigeance, notamment en ce qui concerne le port des signes religieux dans l’espace public.

Nicolas Cadène oppose à ces polémiques un travail rigoureux de terrain. « Avec un budget dérisoire de 59 000 euros par an, nous avons fait 900 déplacements et formé plus de 300 000 agents du service public à la laïcité. » Sans compter le matériel pédagogique édité, comme la charte de la laïcité à l’école et les contributions apportées aux nombreux débats, dont la préparation de la loi sur le séparatisme voulue par Emmanuel Macron. Il lui reste cinq mois pour convaincre l’exécutif d’avoir eu raison de lui garder sa confiance.

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Vanessa Schneider

Attentat de Conflans : pourquoi Matignon veut « renouveler » l’Observatoire de la laïcité

Depuis l’attentat de Conflans, l’organisme mis en place en 2013 est sous le feu des critiques, notamment de proches de Manuel Valls. 

Par Cécile Chambraud  Publié le 21 octobre 2020 à 11h39 – Mis à jour le 23 octobre 2020 à 17h31

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/21/attentat-de-conflans-matignon-veut-renouveler-l-observatoire-de-la-laicite_6056830_3224.html

Le président de l’Observatoire national de la laïcité, Jean-Louis Bianco, le 4 avril 2017, à Paris.
Le président de l’Observatoire national de la laïcité, Jean-Louis Bianco, le 4 avril 2017, à Paris. PATRICK KOVARIK / AFP

Le gouvernement est-il sur le point de changer de ligne sur la laïcité ? Et, pour symboliser ce renversement, veut-il transformer l’Observatoire de la laïcité et congédier ses responsables, son président Jean-Louis Bianco et son rapporteur général Nicolas Cadène ? L’entourage de Jean Castex a fait savoir, mardi 20 octobre, que cette question est aujourd’hui posée, après des années de tensions entre les tenants de différentes orientations sur le sujet.

« La volonté du premier ministre est de renouveler [cette] instance afin qu’elle soit davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes », a indiqué Matignon. Le premier ministre recevra Jean-Louis Bianco « dans les tout prochains jours » pour « lui faire part de la décision du gouvernement ». On sera alors fixé sur le sort de cet organisme public annoncé par Jacques Chirac en 2003, décrété par Nicolas Sarkozy en 2007, mis en place en 2013 seulement par François Hollande, et qui est rattaché à Matignon pour conseiller le gouvernement et lui faire des propositions.

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La bataille se joue en coulisses. L’assaut a été lancé par les partisans d’une laïcité de combat, qui voudraient étendre l’exigence de neutralité religieuse à l’espace public. Parmi eux figurent en bonne place des proches de l’ancien premier ministre Manuel Valls, qui ont fait un retour marqué, ces derniers mois, à des postes de responsabilité de l’appareil d’Etat. Ce courant n’a jamais supporté la conception de la laïcité portée par l’Observatoire, celle d’une laïcité considérée comme la juste application d’un cadre juridique libéral dont la loi de séparation des Eglises et de l’Etat a posé les fondements en 1905. A l’époque où Manuel Valls était premier ministre, il avait d’ailleurs vivement critiqué à plusieurs reprises l’Observatoire, son président et son rapporteur général, jugés trop laxistes, voire complaisants, face aux atteintes à la laïcité.

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L’alerte est partie d’un article du Point qui, dimanche soir, affirmait que le remplacement de Nicolas Cadène était « acté ». Dans cet écho, « un proche [non identifié] de Marlène Schiappa », ministre déléguée chargée de la citoyenneté, accusait le rapporteur général d’être « plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité » et de « s’affiche[r] et discute[r] » avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), que Gérald Darmanin veut dissoudre après la décapitation de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 16 octobre. La source souhaitait que la « laïcité d’apaisement » cède la place à « de vrais laïcs »« Il n’est plus crédible », tranchait ce censeur de l’ombre.

Soutiens d’horizons variés

Le coup était d’autant plus inattendu que, la semaine précédente, le rapporteur général avait eu plusieurs réunions de travail, en bonne intelligence, avec les cabinets de Marlène Schiappa et Gérald Darmanin, et que l’Observatoire avait participé à la rédaction du projet de loi sur les séparatismes. En outre, le mandat des dirigeants de l’Observatoire s’achèvera en avril 2021. Précipiter la relève juste après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine peut laisser entendre que l’on considère que la ligne de l’Observatoire de la laïcité y est pour quelque chose.

La menace sur l’Observatoire actuel a mobilisé des soutiens venus d’horizons variés. Un communiqué commun à la Ligue de l’enseignement, la Ligue des droits de l’homme et la Fédération nationale de la libre pensée a mis en avant « les actions pédagogiques » de l’Observatoire. De fait, à côté des guides pratiques rédigés pour des secteurs très variés, l’organisme public a déployé une activité constante de formation d’agents publics et parapublics à la laïcité, sur tout le territoire. Plus de 350 000 agents de terrain ont été « formés ou sensibilisés » ces dernières années.

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De leur côté, une vingtaine d’universitaires, spécialistes renommés de la laïcité ou du fait religieux, ont écrit à Emmanuel Macron pour apporter leur « total soutien » à Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène et à leur « travail salutaire ». Philippe Portier, Jean Baubérot, Valentine Zuber, Jean-Paul Willaime et d’autres représentent des « courants variés » de la recherche. Ils demandent que le travail de MM. Bianco et Cadène soit soutenu « contre les injustes attaques et les tentatives de déstabilisation » venant « entre autres de courants identitaires » qui font « de la laïcité un catalogue d’interdits, oubliant qu’elle est d’abord un système de libertés ».

« Nous ne sommes pas des pétitionnaires nés. Mais là, c’est un mauvais coup qui est fait à l’idée même de laïcité, s’insurge Franck Frégosi, l’un des signataires. La situation est suffisamment tendue et inflammable pour ne pas allumer un nouvel incendie. » « La laïcité des origines est libérale, elle articule des libertés, celles de croire et de ne pas croire, insiste Philippe Portier. Alors que ce qui se met en place ces dernières années, c’est une laïcité d’idéologie qui vise à neutraliser les espaces intermédiaires. Elle insiste sur le fait que le religieux, surtout musulman, doit disparaître de l’espace social, ce qui n’a jamais été voulu par les pères fondateurs. Bianco a fait son travail. »

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Cécile Chambraud

***La laïcité : un concept, deux interprétations

Une vision de la laïcité est attachée à la stricte neutralité religieuse dans l’espace public quand l’autre s’oppose à gommer tout signe d’appartenance religieuse. 

Par Elvire Camus et Samuel Laurent  Publié le 19 janvier 2016 à 19h41 – Mis à jour le 15 juin 2018 à 10h29

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/01/19/quel-debat-autour-de-la-laicite_4850049_4355770.html

Place de la République à Paris, le 9 décembre 2015.
Place de la République à Paris, le 9 décembre 2015. ALAIN JOCARD / AFP

A l’occasion de la remise du rapport annuel sur la laïcité à Emmanuel Macron, vendredi 15 juin, nous republions cet article initialement publié en janvier 2016.

Que renferme le concept de laïcité ? En janvier 2016, le premier ministre d’alors, Manuel Valls, avait sévèrement critiqué les responsables de l’Observatoire de la laïcité – organisme rattaché à Matignon –, estimant que cette instance « ne peut dénaturer » les principes qu’elle doit défendre. Le rapporteur général de cet observatoire, Nicolas Cadène, s’en était pris à la philosophe Elisabeth Badinter, qui avait affirmé sur France Inter début janvier qu’il ne fallait pas avoir peur de se faire taxer d’islamophobe pour défendre la laïcité :

« Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe. A partir du moment où les gens auront compris que c’est une arme contre la laïcité, peut-être [qu’] ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses. »

A cette intervention, Nicolas Cadène avait répondu par un tweet : « Quand un travail de pédagogie de trois ans sur la laïcité est détruit par une interview à France Inter d’une personne. A quand un vrai débat clair ? »

Quand 1 travail de pédagogie de 3 ans sur la #laïcité est détruit par 1 interview à @franceinter d’1 personne. À quand 1 vrai débat clair ?— ncadene (@Nicolas Cadène) 

Son message lui avait valu une vive riposte des opposants à la ligne qu’il défend avec le président de l’Observatoire, l’ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco, tous deux accusés par leurs détracteurs de « repli communautariste au détriment de l’esprit d’une véritable République laïque ». Mais comment expliquer qu’il existe une rivalité entre deux parties qui se réclament pourtant d’un même concept ? Quelle est cette « ligne » défendue par l’Observatoire de la laïcité et celle défendue, à l’inverse, par le gouvernement ? Enfin, existe-t-il une définition de la laïcité ?

  • Que dit la loi ?

Souvent associée à la seule loi de 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat, la laïcité s’est progressivement établie en France. Ainsi, le site vie-publique créé par La Documentation française rappelle que c’est la Révolution française qui a « posé les bases de la liberté religieuse et de la séparation entre l’Etat et l’Eglise ».

1789. Selon l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen :« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

1791La Constitution confère « la liberté à tout homme […] d’exercer le culte religieux auquel il est attaché ».

1881-1882. L’école « publique, gratuite, laïque et obligatoire » est créée par les lois Jules Ferry.

1905. La loi de séparation des Eglises et de l’Etat établit dans son article 1 que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […] dans l’intérêt de l’ordre public. » L’article 2 prévoit que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

  • Un concept aux règles variables

Depuis, d’autres textes sont venus préciser le terme, notamment son application à l’école et dans l’espace public. Ces lois émanent du débat public autour de la question des signes religieux dits « ostentatoires » que l’on est autorisé ou non à porter en fonction des lieux ou des cas.

L’école. Depuis la loi de 2004, le port de signes religieux « ostentatoires » est interdit à l’école publique (maternelle, primaire, collège, lycée). Plus précisément, « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». La jurisprudence de cette loi, conçue avant tout pour répondre au problème du port du voile islamique par des élèves, a quelque peu précisé la notion d’« ostensible » : un médaillon arborant une croix chrétienne, un croissant musulman ou une étoile juive est toléré, mais pas un voile, ni une kippa, ni une grande croix portée sur les vêtements. On parle évidemment ici de l’école publique, non des établissements privés, où ces règles peuvent varier.

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La fonction publique. Autre cas distinct, celui des agents et des bâtiments publics. Concernant les fonctionnaires, une charte de la laïcité mise en place en 2006 requiert de tout agent public un « devoir strict de neutralité religieuse ». Il leur est donc interdit non seulement toute forme de prosélytisme, mais aussi de manifester de façon ostensible une appartenance religieuse par le port d’un signe distinctif (là encore, crucifix, kippa ou voile, par exemple).

L’espace public (la rue, un musée, le métro, un supermarché…). Ici, c’est encore un autre texte qui s’applique : la loi de 2010 qui proscrit la dissimilation du visage. Prévu avant tout pour répondre au port du niqab (voile islamique recouvrant le visage à l’exception des yeux), ce texte interdit donc d’arborer tout vêtement dissimulant le visage, qu’il s’agisse d’un voile ou d’une cagoule de ski. Elle prévoit des exceptions pour certains cas (carnaval et autres manifestations culturelles, pratiques sportives impliquant un masque comme le ski…).

Le travail. La législation est plus complexe. L’affaire « Baby Loup », du nom d’une crèche, dont une employée avait été licenciée pour avoir porté le voile malgré un règlement intérieur le prohibant, a montré les fluctuations de la justice sur ces questions – il a fallu quatre années et de nombreux revirements avant que ce licenciement soit jugé légal –, et posé quelques principes. Plusieurs notions s’opposent : d’une part le principe de liberté de religion et de liberté vestimentaire ; ensuite le principe général de laïcité ; enfin le droit pour l’employeur d’imposer un règlement intérieur, et les limites de celui-ci.

Tout dépend donc de ce règlement et de ce qu’il autorise ou non ; mais aussi d’autres facteurs : l’entreprise est-elle gestionnaire d’un service public, et donc tenue au principe de neutralité ? Le salarié est-il en contact avec la clientèle ? Dans le privé, en effet, la nature de la tâche à accomplir par un salarié peut justifier une restriction de ses droits individuels (par exemple celui de porter un voile). Mais cette restriction peut être contestée. Et le droit n’a pas encore établi de principe général très clair à ce sujet.

  • Deux visions de la laïcité s’opposent

Et le débat sur les contours de la laïcité n’est pas clos. Aujourd’hui encore, une vision dite « fermée » du concept, c’est-à-dire attachée à la stricte neutralité religieuse dans l’espace public, s’oppose à une vision qualifiée d’« ouverte », au contraire opposée à gommer tout signe d’appartenance religieuse.

Manuel Valls a affirmé lundi soir quelle était la ligne du gouvernement. Le premier ministre juge qu’en s’opposant à l’interprétation combative, voire « islamophobe », d’Elisabeth Badinter, l’Observatoire de la laïcité « dénature » le concept :

« [Nicolas Cadène], un collaborateur d’une organisation de la République, ne peut pas s’en prendre à une philosophe comme Elisabeth Badinter ; pas parce qu’elle est philosophe ni parce qu’elle s’appelle Elisabeth Badinter, mais à partir de ses propos : c’est une défense intransigeante — que je partage d’ailleurs — de la laïcité dans bien des domaines. Et ça, ça doit être rappelé à chacun. »

Manuel Valls s’apprête d’ailleurs à rappeler les deux responsables de l’Observatoire à l’ordre sur ce point : « Je verrai bientôt Jean-Louis Bianco. L’Observatoire de la laïcité, placé d’ailleurs sous ma responsabilité – je lui rappellerai –, ça ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité », a-t-il dit lundi soir. Le premier ministre reproche notamment à l’instance d’avoir signé une tribune intitulée « Nous sommes unis » dans Libération, alors que celle-ci avait également reçu le soutien de plusieurs personnalités, dont des militants réputés proches des Frères musulmans. Mardi, les signataires du collectif ont demandé à rencontrer Manuel Valls pour une « explication ».

Les 90 signataires et les 30 organisations du collectif #NousSommesUnis demandent à rencontrer @manuelvalls pour une explication #Laicite— NousSommesUnis_ (@NousSommesUnis) 

Le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, a lui aussi réagi aux propos du premier ministre mardi, affirmant que le rapporteur général de l’instance, auteur du tweet au sujet d’Elisabeth Badinter, se « born[ait] à rappeler le droit existant ».

Mon communiqué suite aux propos tenus au #CRIF par le Premier ministre >> https://t.co/CeaFQyFLFd— jeanlouisbianco (@Jean-Louis Bianco) 

Dans un entretien accordé au Monde mardi, Jean-Louis Bianco précise sa vision de la laïcité, dictée, insiste-t-il, par la réalité du terrain :

« Nous défendons la laïcité en en faisant la promotion sur le terrain où nous sommes deux à trois fois par semaine. Nous sommes sollicités partout pour dire ce qu’est la laïcité, son histoire, son droit, son application concrète. Ce n’est pas un choix intuitif ou idéologique. Ceux qui dénaturent la laïcité, ce sont précisément ceux qui en font un outil antireligieux, antimusulman, qui prétendent, ce qui est une monumentale erreur sur le principe même de laïcité, que l’espace public est totalement neutre, comme si nous n’avions plus le droit d’avoir des opinions. »

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Jean-Louis Bianco : « Ceux qui dénaturent la laïcité sont ceux qui en font un outil antireligieux »

Le président de l’Observatoire de la laïcité réagit, dans un entretien au « Monde », aux propos du premier ministre, Manuel Valls, qui l’a accusé de « dénaturer la réalité de la laïcité ». 

Propos recueillis par Cécile Chambraud  Publié le 19 janvier 2016 à 19h39 – Mis à jour le 20 janvier 2016 à 11h30

https://www.lemonde.fr/religions/article/2016/01/19/jean-louis-bianco-ceux-qui-denaturent-la-laicite-sont-ceux-qui-en-font-un-outil-antireligieux_4850032_1653130.html

Le terme
Le terme « coexist » composé des symboles des trois grandes religions monothéistes. JOEL SAGET / AFP

Ce sont deux conceptions de la laïcité qui s’opposent. D’un côté, le premier ministre, Manuel Valls. De l’autre, Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité. Et cette opposition est en train de virer à l’affrontement. Lundi 18 janvier, au cours d’une conférence-débat des Amis du Conseil représentatif des institutions juives de France, à Paris, M. Valls a déclaré que « l’Observatoire de la laïcité, qui est placé sous [sa] responsabilité […] ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité ».

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Le chef du gouvernement reproche notamment à M. Bianco d’avoir signé une tribune intitulée « Nous sommes unis », parue dans Libération le 15 novembre 2015, « pour condamner le terrorisme », après les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. « On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme », aux côtés d’organisations qui participent à un « climat nauséabond », a fait valoir M. Valls. Cet appel avait été signé avec 80 personnalités de divers horizons, dont des militants réputés proches des Frères musulmans et du controversé Collectif contre l’islamophobie en France.

M. Valls est également revenu sur les propos tenus par le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène. Celui-ci avait réagi à une déclaration d’Elisabeth Badinter sur France Inter le 6 janvier, selon qui « il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe ». M. Cadène avait tweeté : « Quand un travail de pédagogie de 3 ans sur la #laïcité est détruit par une interview… »

« Un collaborateur d’un observatoire de la République ne peut pas s’en prendre à une philosophe comme Elisabeth Badinter pas parce qu’elle est philosophe ni parce qu’elle s’appelle Elisabeth Badinter, mais à partir de ses propos : c’est une défense intransigeante, que je partage d’ailleurs, de la laïcité dans bien des domaines. Et ça, ça doit être rappelé à chacun », a martelé M. Valls.

Jean-Louis Bianco, le 8 avril 2013.
Jean-Louis Bianco, le 8 avril 2013. BERTRAND LANGLOIS / AFP

Dans un entretien au MondeJean-Louis Bianco estime que « ce genre d’attitude ne peut qu’alimenter le radicalisme et le discours victimaire ».

Manuel Valls a accusé l’Observatoire de la laïcité de « dénaturer » la laïcité. Comment recevez-vous cette critique ?

Jean-Louis Bianco : Je rappelle que l’Observatoire a adopté une note d’orientation sur ce qu’est la laïcité à l’unanimité. Nous, nous défendons la laïcité en en faisant la promotion sur le terrain où nous sommes deux à trois fois par semaine. Nous sommes sollicités partout pour dire ce qu’est la laïcité, son histoire, son droit, son application. Ce n’est pas un choix intuitif ou idéologique. Ceux qui dénaturent la laïcité, ce sont ceux qui en font un outil antireligieux, antimusulman, qui prétendent, ce qui est une monumentale erreur sur le principe même de laïcité, que l’espace public est totalement neutre, comme si nous n’avions plus le droit d’avoir des opinions. Nous, nous souhaitons être efficaces en apportant des solutions aux problèmes qui se posent sur le terrain.

Est-ce l’opposition de deux conceptions de la laïcité qui s’exprime dans cet incident ?

En partie. Il est vrai qu’une réaction laïciste intégriste se développe depuis quelques années en France. Je suis convaincu qu’elle est très minoritaire. Sur le terrain, quand j’explique ce qu’est la laïcité, il m’arrive d’être ovationné, y compris dans des quartiers difficiles. D’ailleurs, le débat avait été tranché en 1905. Aristide Briand, Ferdinand Buisson, Jean Jaurès et, finalement, Georges Clemenceau, avaient rappelé que la loi de séparation des Eglises et de l’Etat était d’abord une « loi de liberté ». Certains veulent remettre en cause ce principe de base car, pour eux, au fond, ce qui touche à l’islam serait par nature antirépublicain.

Ne vous arrive-t-il pas d’être confronté à des publics partisans d’une laïcité plus offensive ?

Très peu. La laïcité est une arme solide. Elle est profondément ancrée chez tous nos concitoyens, croyants ou non, musulmans ou pas. Il est vrai qu’il y a une crispation sur le foulard. Beaucoup sont choqués par le fait de voir plus de femmes portant un foulard. Il faut réfléchir sérieusement aux raisons de ce changement. Mais qu’on aime ou pas, la question est : est-ce que ça porte atteinte à la liberté des autres ? Y a-t-il des pressions ? Du prosélytisme ? Ce sont les comportements qui s’opposent au cadre républicain qu’il faut sanctionner, et non la simple apparence.

L’Observatoire s’est à chaque fois prononcé contre des modifications de la loi dans les universités, les crèches, etc. N’est-ce pas une des raisons de ces attaques ?

Nous pensons qu’avant de faire de nouvelles lois, il faut déjà appliquer celles existantes. Cela étant, s’il fallait modifier la loi, il faudrait que ce soit dans un large rassemblement républicain, ce qui n’est pas l’esprit du temps. Toutes les propositions de loi évoquées sont restrictives. Elles veulent multiplier les interdits. Pour nous, c’est extrêmement dangereux et contre-productif. C’est ce qui conduira à de graves divisions en France.

Le premier ministre a mis en cause l’appel « Nous sommes unis » publié après les attentats de novembre 2015, en vous faisant grief de vous trouver sur la liste avec des proches des frères musulmans. Que lui répondez-vous ?

Cet appel est une chance extraordinaire pour la République. C’est formidable qu’on ait pu le faire après les attentats de novembre. On n’aurait pas pu le faire après ceux de janvier. Parmi les signataires, on trouve une diversité que je n’attendais pas. Je trouve extrêmement dommage que le premier ministre ne regarde pas la réalité de ce texte. Quand il y a un appel de ce genre-là, on ne va pas trier les bons et les méchants à partir du moment où tout le monde est d’accord sur le contenu, à savoir l’unité dans la République. Nous y retrouvons le grand rabbin de France, des responsables syndicaux, notamment de la FSU et de la CFDT, le président du Conseil français du culte musulman, celui de la Ligue de l’enseignement, un ancien grand maître du Grand Orient, etc. Sinon, cela signifie qu’il faudrait se contenter d’un appel cosigné par trois laïcistes intégristes qui ne fera pas avancer le débat.

Vous dites qu’il y a une campagne contre vous. Pourquoi ?

Sur Twitter, elle s’appelle #BiancoDegage ! L’Observatoire, Nicolas Cadène et moi nous faisons attaquer à peu près toutes les semaines par Marianne et quelques autres. A propos du tweet de Nicolas Cadène sur son compte personnel, certains ont parlé d’une « attaque d’une rare violence contre Elisabeth Badinter ». Il n’a même pas cité son nom ! On a bien le droit de ne pas être d’accord avec elle !

L’approche de la présidentielle a-t-elle à voir avec l’attaque de Manuel Valls ?

Je ne sais pas, mais cela laisse le doute s’installer.

Qu’allez-vous faire ?

Continuer à travailler !

Cécile Chambraud

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2020/11/03/la-gauche-francaise-et-lislam/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2020/10/29/tres-vive-critique-contre-une-gauche-trop-coulante-avec-les-islamises/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2020/10/27/la-vision-de-la-laicite-et-de-la-republique-fait-debat-a-gauche/

https://jscheffer81.wordpress.com/2016/07/31/reformer-lislam-ou-reformer-la-relation-avec-lislam/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi