Il est peu probable que le reconfinement suffise à reprendre le contrôle d’ici à Noël (Conseil scientifique)

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Covid-19 : la deuxième vague de la pandémie en France pourrait être plus haute que la première

Il est peu probable que le reconfinement suffise à reprendre le contrôle d’ici à Noël, selon le conseil scientifique, qui prévoit que la France vivra de nombreux mois « avec une situation extrêmement difficile ». 

« La société française est-elle prête à consacrer une partie importante des moyens de santé au Covid-19, éventuellement au détriment de la prise en charge d’autres pathologies, avec comme conséquences des pertes de chance pour des pathologies non Covid ? A l’inverse, la société française est-elle prête à affronter un nombre de décès très élevé dans sa population la plus fragile et la plus âgée ? »

Par Chloé Hecketsweiler  Publié le 02 novembre 2020 à 05h51 – Mis à jour le 02 novembre 2020 à 11h33

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/02/covid-19-en-france-une-deuxieme-vague-qui-pourrait-etre-plus-haute-que-la-premiere_6058143_3244.html

L’unité de soins intensifs où sont traités les patients atteints du Covid-19, au centre hospitalier de Melun-Sénart (Seine-et-Marne), le 30 octobre.
L’unité de soins intensifs où sont traités les patients atteints du Covid-19, au centre hospitalier de Melun-Sénart (Seine-et-Marne), le 30 octobre. BENOIT TESSIER/REUTERS

Le confinement mis en place vendredi 30 octobre suffira-t-il à reprendre le contrôle de l’épidémie de Covid-19 d’ici à Noël ? C’est peu probable, selon deux documents publiés par le conseil scientifique pendant le week-end. « Il y a (…)devant nous de nombreux mois avec une situation extrêmement difficile », prévient-il dans son dernier avis, rendu public vendredi soir. Les scientifiques font l’« hypothèse d’une sortie de vague en fin d’année ou en début d’année 2021 », mais craignent que plusieurs vagues se succèdent ensuite au cours de l’hiver et du printemps.

Leur analyse repose sur de nouvelles modélisations réalisées à partir des données d’hospitalisation jusqu’au 29 octobre. Une note de l’Institut Pasteur, communiquée au Monde samedi, révèle que dans le pire des scénarios, jusqu’à 9 000 malades atteints du Covid-19 pourraient être hospitalisés en réanimation au pic épidémique, autour de la mi-décembre – contre plus de 7 100 lors de la première vague, le 8 avril.

Dans leur « scénario de référence », les scientifiques estiment que le taux de reproduction du virus (le R0) pourrait tomber à 0,9 – contre 0,7 lors du premier confinement –, mais ils envisagent aussi un « scénario pessimiste », avec un Ro à 1,2, à peine inférieur à ce qu’il est aujourd’hui. « Il y a de grandes incertitudes sur l’efficacité des nouvelles mesures, moins contraignantes », met en garde Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur et membre du conseil scientifique.

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Dans le scénario de « référence », autour de 6 000 patients pourraient être hospitalisés en réanimation dès le 12 novembre, et jusqu’à 6 600 dans le scénario « pessimiste » – davantage, donc, que les 6 300 lits disponibles à date. Déclinées par région, ces modélisations font apparaître une situation très critique en Auvergne-Rhône-Alpes, avec plus de 1 300 patients contaminés par le SARS-CoV-2 attendus en réanimation pour seulement 795 lits disponibles, et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), avec 685 patients atteints du Covid-19 anticipés pour 610 lits. En Ile-de-France, la quasi-totalité des 1 425 lits pourraient être occupés.

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Infographie Le Monde

Eviter que les hôpitaux ne soient débordés

Toutes ces projections partent de l’hypothèse d’un impact « instantané » du reconfinement. Mais s’il faut plusieurs jours pour que les comportements se modifient, le nombre d’hospitalisations en réanimation pourrait être encore plus élevé. Et le parcours des patients à l’hôpital peut aussi jouer : la probabilité d’être transféré en réanimation lorsqu’on est hospitalisé et la durée du séjour dans le service ont un impact très important sur le nombre de lits occupés au pic, à la hausse comme à la baisse.

Jusqu’à trois semaines seront nécessaires pour pouvoir estimer la valeur du R0 et réduire ces incertitudes, ce qui signifie que le gouvernement risque de ne pas disposer de signaux clairs au moment où il devra réévaluer la situation dans deux semaines. « Tant qu’on ne sait pas dans quel scénario on se trouve, il est difficile de savoir combien de temps le confinement devra durer », souligne Simon Cauchemez, en rappelant que l’objectif premier est de plafonner le pic épidémique pour éviter que les hôpitaux ne soient débordés.

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Pour faire face à cette seconde vague, le ministère de la santé compte armer davantage de lits de réanimation, pour atteindre un total de 10 500, contre 6 300 aujourd’hui. Selon un tableau communiqué au Monde, jusqu’à 945 patients pourraient ainsi être pris en charge (+ 20 %) en Auvergne-Rhône-Alpes, près de 1 100 en PACA (+ 80 %) et 2 140 en Ile-de-France (+ 50 %). Pour y parvenir, une grande partie des opérations chirurgicales non urgentes seront déprogrammées, afin de libérer des soignants et des chambres – y compris les blocs opératoires et les salles de réveil.

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En Ile-de-France, « on anticipe une charge au moins égale à celle de la première vague. Avec une grosse différence : l’ensemble du territoire sera atteint et il ne sera pas possible de transférer des patients vers d’autres régions », indique Alexandre Demoule, chef de la réanimation à la Pitié-Salpétrière, à Paris. « On a l’impression d’être assis sur une Cocotte-Minute dont le couvercle va exploser », résume-t-il, inquiet de la transformation du profil des patients en quinze jours, plus gravement atteints, et plus jeunes.

Le retour à la « normale » n’est pas pour tout de suite

Seuls les patients les plus graves intubés et placés en coma artificiel –eront placés en réanimation, tandis que les autres pourront être hospitalisés dans des chambres conventionnelles équipées d’un système de surveillance « allégé ». « Cela requiert une grande vigilance car il faut identifier très vite les malades dont l’état de santé s’aggrave et qui doivent être transférés en réanimation », souligne Alexandre Demoule.

La prise en charge des patients non atteints du Covid-19 est une autre source d’inquiétude. « Nous avons parfois des difficultés à leur trouver un lit. Nous en refusons deux tous les jours », témoigne le réanimateur, en précisant qu’une solution a toujours pu être trouvée « ailleurs ».

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Le retour à la « normale » n’est pas pour tout de suite. Même dans le scénario le plus optimiste – avec un R0 de 0,7 – on se retrouverait au 1er décembre, fin prévue – pour l’instant – du confinement, avec environ 3 000 patients contaminés par le SARS-CoV-2 en réanimation, soit à peu près le même nombre qu’aujourd’hui. « Si le R0 diminue mais reste proche de 1, il faudra beaucoup de temps pour que le niveau des hospitalisations redescende », prévient Simon Cauchemez, en précisant que l’allure de la courbe épidémique diffère d’une région à l’autre car les paramètres structure d’âge de la population, niveau d’immunité acquis lors de la première vague ne sont pas les mêmes.

La stratégie pour la suite n’a rien d’évident. Soit on adopte une stratégie de stop and go « en laissant de nouveau filer l’épidémie avec un R à 1,5, avant d’instaurer un nouveau confinement », soit on trouve « une combinaison de mesures qui permettent de sortir du confinement sans avoir à y retourner deux mois plus tard », explique le scientifique.

Seule l’arrivée de vaccins changera la donne

Dès lors que le nombre de nouveaux cas quotidiens sera redescendu autour de 5 000 (contre 50 000 aujourd’hui), la stratégie « tester-tracer-isoler » pourra de nouveau être déployée. « C’est la seule, couplée aux mesures de distanciation physique, qui permet un contrôle possible de la circulation virale », souligne le conseil scientifique dans son avis, en soulignant qu’elle n’a pas vraiment marché jusque-là.

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Il estime « probable » que ces mesures « ne suffiront pas pour éviter d’autres vagues, après la deuxième vague », en rappelant que seule l’arrivée de vaccins et/ou de traitements changera la donne. « L’immunité en population va mettre de nombreux mois à monter de façon significative et commencer à ralentir la rapidité de la circulation du virus en population générale », insistent les scientifiques.

Dans ce contexte, le conseil scientifique souligne l’importance d’ouvrir la réflexion et la discussion sur les objectifs que les Français souhaitent se fixer au lendemain de la deuxième vague.

 « La société française est-elle prête à consacrer une partie importante des moyens de santé au Covid-19, éventuellement au détriment de la prise en charge d’autres pathologies, avec comme conséquences des pertes de chance pour des pathologies non Covid ? A l’inverse, la société française est-elle prête à affronter un nombre de décès très élevé dans sa population la plus fragile et la plus âgée ? »

, interrogent-ils. Le compte à rebours pour y répondre a déjà commencé.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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