Jean-Michel Blanquer, a qualifié les universités de lieux où sévirait « l’islamo-gauchisme »

Polémique après les propos de Jean-Michel Blanquer sur « l’islamo-gauchisme » à l’université

Le ministre de l’éducation nationale a dénoncé les « ravages » de cette idéologie et ciblé directement l’organisation étudiante UNEF.

Par Soazig Le Nevé Publié le 23 octobre 2020 à 18h13 – Mis à jour le 24 octobre 2020 à 07h07

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/23/polemique-apres-les-propos-de-jean-michel-blanquer-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite_6057164_3224.html

Les présidents d’université y ont vu une attaque en règle de la part d’un membre du gouvernement qui, de surcroît, n’est pas leur ministre de tutelle. Ces derniers jours, dans les médias et au Sénat, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a qualifié les universités de lieux où sévirait « l’islamo-gauchisme ».

« Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages », a déclaré le ministre sur Europe 1, jeudi 22 octobre. « Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF [Union nationale des étudiants de France] cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de La France insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui, ensuite, de loin en loin, mène au pire », a-t-il enchaîné.

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La Conférence des présidents d’université (CPU) a fait part de son « émotion » dans un communiqué, vendredi, alors que la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, ne s’est pour l’heure pas exprimée. « Non, les universités ne sont pas des lieux où se construirait une “idéologie” qui mène au pire. Non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme. Non, les universités ne sauraient être tenues pour complices du terrorisme », martèle l’instance présidée par Gilles Roussel, par ailleurs président de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée.

« Eviter amalgames et raccourcis »

Les universités sont « des espaces d’élaboration et de transmission du savoir »« des institutions de démocratisation de la connaissance scientifique, indispensable dans la cité, à l’heure des désordres de l’information et du succès du complotisme, terreaux des extrémismes », répond aussi la CPU. Quant à la recherche universitaire, elle n’est « pas responsable des maux de la société, elle les analyse », poursuit-elle, invitant « à éviter amalgames et raccourcis inutiles ».

Directement incriminé par Jean-Michel Blanquer, le syndicat étudiant UNEF a estimé ces accusations « inacceptables, insensées, indignes d’un ministre de l’éducation nationale ». « Sous-entendre que l’UNEF, par ses actions, répandrait une idéologie tenant de l’islam radical ou compatissante avec lui quand chacun·e sait que nous ne promouvons aucune religion » serait une preuve d’« ignorance », appuie le syndicat, dont une représentante avait été critiquée pour s’être présentée voilée lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 17 septembre, causant le départ de plusieurs députés de droite et de la majorité.

A son tour, le syndicat d’enseignants Snesup-FSU a condamné les propos jugés « irresponsables » de Jean-Michel Blanquer, et dénoncé « l’extrême violence de ces sous-entendus ». Il regrette « une intention polémique qui n’est pas de mise alors que nous devons toutes et tous faire preuve de discernement et de sang-froid et nous rassembler pour défendre les valeurs et les institutions de la République ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Dans l’académie de Versailles, la difficile gestion des pressions religieuses

Seule l’UNI, organisation des étudiants de droite, a apporté son soutien au ministre. « Il existe une complicité intellectuelle du terrorisme de la part de la gauche universitaire », affirme son président, Olivier Vial. Et d’interpeller le gouvernement sur Twitter : « Maintenant qu’on est d’accord sur l’islamo-gauchisme de l’UNEF et sa haine de tout ce qui fait la France, on peut parler des centaines de milliers d’euros de subventions publiques que l’UNEF touche depuis des dizaines d’années ? »

Soazig Le Nevé

*Scission à l’UNEF : l’aile gauche quitte le syndicat étudiant

86 représentants issus principalement de la TUAS, 2e force au sein du syndicat, proche des communistes, ont annoncé leur départ.

Par Camille Stromboni Publié le 19 mai 2019 à 17h20 – Mis à jour le 20 mai 2019 à 09h36

https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/05/19/scission-a-l-unef-l-aile-gauche-quitte-le-syndicat-etudiant_5464258_4401467.html

Un cortège de l’UNEF proteste contre l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers, à Paris, en décembre 2018.
Un cortège de l’UNEF proteste contre l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers, à Paris, en décembre 2018. AFP

Nouveau coup dur pour l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). Le syndicat proche de la gauche voit une partie de ses membres claquer la porte.

Dans une lettre datée du vendredi 17 mai, 86 représentants de l’organisation, issus principalement de la Tendance unité et action syndicale (TUAS), identifiée comme l’aile gauche du syndicat, proche des communistes, annoncent leur décision de partir pour fonder une autre structure. Une « nouvelle organisation nationale », écrivent-ils dans ce courrier, « qui soit un véritable outil de solidarité et de lutte pour les étudiant-e-s, permettant de réellement construire un rapport de force national pour gagner des droits ».

Le départ est de taille : dans une UNEF divisée en tendances, la TUAS représente, d’après les chiffres du dernier congrès d’avril 2017, 21 % des voix des délégués (25 % des votes exprimés par les militants), soit la deuxième force du syndicat.

La tendance majoritaire à la tête de l’organisation réunit 70 % des voix ; deux autres groupes portant des lignes proches du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et des réformistes pèsent respectivement 2 % et 7 % des voix.

« Choix historique »

Difficile de ne pas voir dans cette initiative le signe d’un clivage ancien, remarque Robi Morder, président du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants. « Il faut attendre de voir l’ampleur de la rupture, s’il s’agit bien de l’ensemble de la tendance, ou d’une partie seulement, qui quitte le syndicat, prévient-il. Mais ce serait un coup porté à la réunification historique du syndicat, intervenue en 2001. » L’UNEF-SE, proche des communistes, s’était alors alliée à l’UNEF-ID pour fusionner dans cette nouvelle UNEF.

Selon les auteurs de la scission, l’UNEF est « sclérosée et divisée par son système en tendances », dans un « état de paralysie et de verrouillage bureaucratique »« Nous faisons aujourd’hui ce choix historique, assumant de porter un coup très dur à l’organisation centenaire des étudiant-e-s », défendent-ils, estimant que celle-ci s’enfonce « dans ses contradictions » et continue « sa descente aux enfers ».

A six mois de son 86e congrès, le contexte est difficile pour l’UNEF, qui a perdu son leadership sur la scène du syndicalisme étudiant, il y a deux ans, au profit de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE).

Outre les affaires de harcèlement au sein du syndicat, révélées en 2017, son soutien au blocage de la pièce de théâtre d’Eschyle, Les Suppliantes, qui devait être jouée le 25 mars à la Sorbonne, et dont elle dénonçait une mise en scène raciste, a aussi fait polémique. La communauté universitaire et artistique a dénoncé un non-sens et une atteinte à la liberté d’expression. Pèsent aussi les échecs de la mobilisation contre Parcoursup et contre l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers.

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Affaire sensible

« Nous sommes dans un contexte inédit d’affaiblissement de l’UNEF, tranche Thibaud Moreau, responsable national de la TUAS, et premier signataire du courrier. On ne peut plus attendre une hypothétique réforme, il y a urgence à reconstruire des sections syndicales fortes. » L’étudiant espère convaincre d’autres militants de suivre le mouvement, tout en soulignant que, déjà, plusieurs membres de la majorité nationale sont signataires du courrier de départ, dont certains venant de Sciences Po.

Du côté de la direction nationale, on tempère cette vague de départ. « Ce n’est jamais positif de voir des gens partir, reconnaît la présidente du syndicat, Mélanie Luce. Il est dommage que certains préfèrent la division, alors que nous avons besoin d’unité face à la politique d’Emmanuel Macron, qui attaque les droits des étudiants. »

Mais dans le complexe jeu des rapports de forces au sein du syndicat, ce départ est « à relativiser », note l’étudiante de 22 ans. Ce n’est pas toute la TUAS qui s’en va, affirme-t-elle. Plusieurs sections locales, à Nice, à Angers ou encore à Amiens, qui en faisaient partie il y a deux ans, ont déjà quitté la tendance.

Sur le fond, la présidente ne manque pas de faire le lien avec un désaccord sur une affaire sensible : celle des tweets de certains membres de l’UNEF sur l’incendie de Notre-Dame de Paris, qui pourfendaient l’émotion suscitée par le sinistre, évoquant notamment un « délire de petits Blancs ». Les auteurs de ces messages sont tous signataires de la lettre du 17 mai. Le syndicat s’était désolidarisé de ces réactions.

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Camille Stromboni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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