Participation du directeur scientifique environnement de l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) aux côtés d’intervenants liés au secteur agro-industriel à l’occasion d’un colloque diffusé largement sur internet

« Chimie et agriculture durable » : un colloque qui passe mal

Plusieurs chercheurs ont dénoncé la participation du directeur scientifique environnement de l’Inrae aux côtés d’intervenants liés au secteur agro-industriel. 

Par Martine Valo  Publié aujourd’hui à 12h26

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Le logo du fabricant de pesticides Syngenta, à Geispitzen, dans le Haut-Rhin, en 2017.
Le logo du fabricant de pesticides Syngenta, à Geispitzen, dans le Haut-Rhin, en 2017. SEBASTIEN BOZON / AFP

C’est un colloque comme il y en a beaucoup, à l’intitulé suffisamment neutre pour ne rebuter personne, mais aux participants assez identifiables pour savoir quels discours vont y être tenus. La journée du mercredi 4 novembre, d’abord organisée par la Maison de la chimie dans ses locaux parisiens (pour cause de Covid-19, elle aura finalement lieu en ligne), a pour thème : « Chimie et agriculture durable : un partenariat en constante évolution scientifique ». Et ses intervenants sont en majorité liés au secteur agro-industriel.

Sur les seize noms au programme, un détonne : celui du directeur scientifique environnement de l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Thierry Caquet, qui prévoit d’y défendre la transition agroécologique comme moyen d’aboutir à un environnement plus résilient, mieux adapté aux attentes de la société. Il risque de se sentir bien seul à cette journée. Car y sont surtout annoncés aux côtés de Benoît Rabilloud, président de Bayer France, plusieurs chercheurs à la retraite, souvent présentés en tant que membres de l’Académie d’agriculture, venus défendre biologie de synthèse, biotechnologies et nouvelles molécules prometteuses. Leur rôle de consultant pour tel groupe de producteurs ou firmes de pesticides comme Syngenta n’est pas toujours mentionné.

En d’autres temps, la retransmission de ces conférences sur Internet à destination d’un large public « avec une attention particulière aux lycéens et à leurs enseignants », comme l’annonce le site de la Maison de la chimie, n’aurait guère suscité de remous. Mais dans un moment où les citoyens expriment de plus en plus fort leurs préoccupations sur les questions relatives à la santé environnementale, au changement climatique ou à l’effondrement de la biodiversité, des scientifiques dénoncent publiquement « un cas d’école de manipulation de la démarche scientifique à des fins d’influence ».

Les collectifs de chercheurs des Ateliers d’écologie politique de Toulouse (qui compte à lui seul 145 participants), Montpellier, Paris-Ile-de-France et Rennes ont envoyé une lettre ouverte à Philippe Mauguin, qui vient d’être reconduit à la présidence de l’Inrae. « Nous pensons ensemble que notre responsabilité est d’alerter en tant que scientifiques, explique un membre du collectif de Toulouse. En écrivant ce texte, nous avions en tête tous les débats qui traversent la société en ce moment : l’interdiction du glyphosate, les distances d’épandage par rapport aux habitations, les néonicotinoïdes… Nous avons aussi réagi à l’ambition de ses organisateurs qui prétendent vulgariser la science auprès des jeunes. Sur le site qui retransmet les colloques de la Maison de la chimie, on trouve encore les conférences climatosceptiques de Vincent Courtillot ! »

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Pour ces chercheurs, la participation de l’Inrae fournit une caution scientifique à l’événement qui, par le déséquilibre des intervenants, ne permettra pas un débat de fond. Ils soulignent notamment la présence d’une dirigeante des affaires institutionnelles de Philip Morris France dans le rôle d’animatrice de table ronde. Qui donc pourra remettre en cause l’objectif affiché des organisateurs : « Produire mieux et plus » ?

Martine Valo

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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