Face aux députés, Edouard Philippe assume sa gestion du Covid, y compris le cafouillage sur le port du masque
Par A.M. le 22-10-2020

Auditionné durant trois heures par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise sanitaire, l’ancien Premier ministre a défendu son action qui a « permis de sauver beaucoup de vies ».
« Je pense que la façon dont nous avons géré la crise a permis de sauver beaucoup de vies. Pas toutes. Mais ce serait bien qu’on se le dise un petit peu », a lancé l’ancien chef du Gouvernement devant les députés mercredi. Auditionné dans le cadre de la commission d’enquête de l’Assemblée sur la gestion de la crise du Covid, Edouard Philippe a répondu des décisions prises entre janvier 2020, date des premiers signaux d’alerte, et le déconfinement.
Critiqué pour son attentisme, l’ex Premier ministre a récusé tout retard à l’allumage : « Notre capacité de réaction m’a paru rapide », a-t-il répondu, insistant sur le caractère incertain, partiel et évolutif des informations dont il a disposé pour fonder ses décisions face à un virus jusque-là inconnu.
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Face aux députés qui l’interrogeaient sur des erreurs de communication, Edouard Philippe a consenti se trouver rétrospectivement « en porte-à-faux » sur le sujet des masques, après avoir dit « à un 13H de TF1 que le port du masque en population générale n’avait aucun sens ». « J’ai tendance à penser qu’en gestion de crise, on a plutôt intérêt à se concentrer sur la décision à prendre plutôt que sur ce qu’il risque de se passer pour moi trois mois après », a-t-il ajouté, disant assumer ses propos. Il considère également que la décision de maintenir les élections municipales était la bonne. Dans le scénario contraire, « je pense qu’à la crise sanitaire dure se serait ajoutée une crise politique très dure », a-t-il justifié.
En revanche, l’ancien chef du Gouvernement a reconnu que les « instruments de planification » (stocks de masque, de médicaments…) n’avaient pas été « totalement adaptés » à la crise et que le dialogue entre les échelons locaux et nationaux n’avait pas été optimal. Il a également regretté l’incapacité collective « à avoir un débat public ordonné autour des questions médicales et scientifiques ». « Je suis convaincu que l’invective permanente, la critique violente sur des questions complexes et incertaines, a considérablement nui à la façon dont nos concitoyens pouvaient appréhender la part du combat qui dépendait d’eux », a-t-il déploré.
L’ancien locataire de Matignon, qui fait l’objet avec d’autres décideurs d’une enquête de la Cour de justice de la République, a enfin assuré avoir nourri « des vraies angoisses pendant cette crise« . « Quand vous avez des directeurs d’hôpitaux qui vous disent ‘dans 36 heures, j’ai plus de curare et j’ai un service de réanimation plein’, vous n’êtes pas exactement détendu. »
[avec AFP]