Publié le 22/10/2020
Nos outils contre l’épidémie doivent encore s’affiner

Paris, le jeudi 22 octobre 2020
Alors que la première vague épidémique pouvait être considérée comme achevée, beaucoup redoutaient déjà, dès le début du mois de juin, une seconde vague. Pourtant, certains se voulaient rassurants (et cela leur est aujourd’hui fortement reproché) en mettant notamment en avant la multiplicité des outils à notre disposition pour repérer les situations à risque et les tendances inquiétantes. Aujourd’hui, cependant, on peut s’interroger sur la perfectibilité de ces différents indicateurs et de nos stratégies.
Ce n’est pas un échec, mais ça n’a pas marché
Ainsi, depuis la levée du confinement, Santé Publique France (SPF) propose régulièrement de faire le point sur l’investigation des clusters. Néanmoins, alors que les contaminations connaissent aujourd’hui une forte progression, quelle est la réelle valeur informative des données concernant les clusters ? La question a été notamment soulevée quand certains ont voulu les mettre en avant pour observer que les clusters les plus fréquents ne seraient pas identifiés dans les restaurants ou les bars, qui ont pourtant été les premiers visés par les nouvelles mesures de restriction. Or, Santé publique France (SPF) a tenu à apporter un éclairage indispensable en indiquant : « Le nombre de cas rattachés à des clusters (hors milieu familial restreint) représenterait moins de 10% des cas diagnostiqués, en raison d’une circulation virale intense ne permettant pas d’identifier l’ensemble des clusters ». Par cet aveu, SPF rappelle les limites du traçage. Ce dernier en effet n’est nullement un gage d’une identification (et encore moins interruption) parfaite des chaînes de contamination, d’autant plus que dans de nombreux cas la détermination de l’évènement ayant conduit à la transmission du virus est complexe (voire impossible). Aussi, aujourd’hui, alors que la multiplication des contaminations rend cette tâche encore plus délicate, certains considèrent que l’accent doit être mis sur l’isolement des personnes malades et un dépistage de plus en plus intensif, en s’appuyant notamment sur les nouveaux tests plus rapides (à condition cependant également de pouvoir mieux déterminer grâce à ces tests les personnes réellement contagieuses de celles ne l’étant probablement pas). C’est par exemple la position de l’épidémiologiste Catherine Hill (Gustave Roussy) : « La moitié des contaminés ne sont pas symptomatiques, certains ne le seront jamais. On s’évertue à trouver les cas contacts, cela a marché en Corée du Sud ou en Nouvelle-Zélande, mais ça a marché parce qu’ils n’avaient pas beaucoup de cas. Il faut changer de stratégie, tester massivement et surtout plus rapidement » martèle-t-elle à l’antenne de BFM-TV.
S’adapter à la cinétique de l’épidémie
Cependant, plutôt que d’abandonner totalement toute idée de traçage en vue d’isoler les cas contact (au-delà de l’isolement des personnes vivant avec la personne infectée et contagieuse), certains considèrent que l’objectif devrait être plutôt d’essayer de repérer les super contaminateurs et plus encore les situations ayant potentiellement conduit à des transmissions multiples, en vue de stopper la dissémination. Différentes observations et études convergent en effet pour constater que la dynamique de l’épidémie repose en grande partie sur certains sujets pouvant être considérés comme des « super contaminateurs », ainsi que certains évènements. Ainsi, des travaux ayant associé des épidémiologistes hongkongais, australiens et français publiés dans la revue Nature Medicine il y a un mois conduisent à estimer qu’à Hong Kong, entre 17 % et 19 % des infections par le SARS-CoV-2 ont été à l’origine de 80 % de toutes les transmissions identifiées dans l’archipel. Cette connaissance de la cinétique de l’épidémie doit guider les stratégies. Aussi, il semble que la volonté de repérage des clusters est pertinente, mais les outils utilisés en France jusqu’alors ont manqué de célérité. Dès lors, certains, comme nous l’avions déjà évoqué, préconisent un traçage rétrospectif (ne pas savoir qui la personne a contaminé mais par qui elle l’a été), permettant de retrouver les sujets et plus encore les évènements super propagateurs, alors que des travaux en cours de publication semblent confirmer la pertinence d’une telle approche. L’objectif est d’établir une « cartographie » de la dissémination du virus, selon l’expression du ministre japonais chargé de la lutte contre la Covid-19, Yasutoshi Nishimura. « En cartographiant les interactions du malade avant qu’il soit infecté et en les recoupant avec celles d’autres patients contaminées, les personnes en charge du traçage peuvent identifier les sources d’infection communes – les personnes et les lieux qui sont à l’origine du cluster » avait-il décrit cet été dans le Wall-Street Journal alors que le Japon a choisi de reposer son traçage sur cette méthode. Partout dans le monde, cette perspective différente intéresse. « Regarder en amont est plus important que regarder en aval », relève par exemple l’épidémiologiste Christian Drosten, qui a inspiré la politique de lutte contre l’épidémie allemande. Enfin, de manière plus pragmatique, alors que la multiplication des cas rend plus difficile le traçage, une volonté d’identification des « clusters » de transmission offrirait un répit aux équipes concernées.
Aurélie Haroche