Un EHPA de rêve à Maisons-Alfort sans conditions de revenus pour personnes âgées non ou peu dépendantes; un lieu de vie qui soit à la fois sécurisant et ouvert sur l’extérieur

Architecture : à Maisons-Alfort, une maison pour roucouler sa retraite

Une résidence pour personnes âgées a été conçue par l’agence Badia Berger comme un cocon niché dans la nature. 

Par Isabelle Regnier  Publié le 19 octobre 2020 à 08h30 – Mis à jour le 19 octobre 2020 à 09h03

https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/10/19/architecture-a-maisons-alfort-une-maison-pour-roucouler-sa-retraite_6056545_3246.html

L’établissement d’hébergement pour personnes âgées (EHPA), conçu par l’agence Badia Berger pour le bailleur Maison-Alfort Habitat, le 28 mai 2020, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne).
L’établissement d’hébergement pour personnes âgées (EHPA), conçu par l’agence Badia Berger pour le bailleur Maison-Alfort Habitat, le 28 mai 2020, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne). FLORENT MICHEL/11H45

Dans le quartier des Planètes, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), il y a la rue de la Lune, la rue de Mars, la rue de Vénus, la rue de Mercure : quatre artères parfaitement alignées qui découpent un joli tissu pavillonnaire dans lequel l’école Condorcet, splendide modèle d’architecture paquebot (Dubreuil et Hummel, 1934), fait figure de vaisseau amiral. Un peu plus loin, la rue du Soleil relie entre elles des tours de logements sociaux années 1950 derrière lesquelles se déploie une vaste pelouse arborée : le parc des Planètes.

Au numéro 2 de la rue, un nouveau bâtiment vient d’être construit (à la place d’un ancien foyer pour personnes âgées jugé vétuste) pour accueillir un établissement d’hébergement pour personnes âgées (EHPA). Son volume circulaire s’élève sur trois niveaux. Sa structure en béton est percée de grandes ouvertures formant balcons et terrasses, entre lesquelles s’insèrent d’épaisses cloisons en cuivre patiné vert-de-gris.

Rien de grandiose ni de particulièrement raffiné, nous sommes dans une architecture du quotidien. Mais c’est une architecture qui a la politesse de se fondre dans le paysage et d’offrir celui-ci en partage à ses habitants, ce qui n’est pas tout à fait rien.

Vie collective

La résidence est destinée à des personnes âgées de 60 ans et plus, autonomes ou faiblement dépendantes, vivant seules ou en couple, sans condition de revenu. Elle dispose de grands studios de 35 m2 et de deux-pièces de 46 m2, tous équipés de kitchenettes, d’une salle de bains individuelle, d’un vaste balcon doté d’un cellier, ainsi que d’une place de parking en sous-sol. Et de nombreux espaces collectifs : salle de gym, bibliothèque, salon, terrasses aménagées, laverie, terrain de pétanque, infirmerie

Les architectes ont eu à cœur de créer un lieu de vie capable de faire naître un sentiment de communauté tout en préservant la vie privée de chacun

Un EHPA n’est pas une résidence médicalisée mais un établissement qui propose une vie collective, des activités psychomotrices, des ateliers visant à prévenir le glissement dans la dépendance ou à partager les savoirs entre résidents.

Conçu par l’agence Badia Berger pour le bailleur Maisons-Alfort Habitat, celui-ci s’inscrit dans le cadre d’un programme social dont les premiers éléments (un ensemble de logements, un foyerd’accueil médicalisé et une pension de famille) sont sortis de terre aux abords du parc en 2019.

Les architectes ont eu à cœur de créer un lieu de vie qui soit à la fois sécurisant et ouvert sur l’extérieur, capable de faire naître un sentiment de communauté tout en préservant la vie privée de chacun. « On a tiré le projet le plus possible du côté de l’hôtel, d’un lieu où l’on a envie de vivre, explique Marie-Hélène Badia, l’architecte en chef du projet. Nous voulions le dissocier autant que faire se peut de la résidence médicalisée standard. »

Une fois à l’intérieur, de fait, on a l’impression d’être dans un cocon niché dans la nature. Les grandes baies vitrées qui bordent les espaces collectifs ouvrent d’un côté sur une première terrasse qui se prolonge en un jardin qui se fond lui-même dans le parc. De l’autre, elles donnent accès au grand patio végétalisé que surplombe une deuxième terrasse, tout en bois, accessible depuis le premier étage.

Spectacle de la nature

Selon ses envies, sa culture, on profitera du beau temps côté cour à l’abri des regards ou, côté jardin, en prise avec le monde extérieur. Mais le spectacle de la nature est partout, y compris entre les murs, où il se donne à voir à travers les vitres, s’insérant comme un décor inspirant dans une partition chaleureuse de matières et de couleurs. Escaliers en bois, panneaux de chêne plaqués au mur pour signaler les entrées des appartements, palette de couleur terracotta rehaussée ici et là de détails vert-de-gris, acoustique mate… Les éléments sont agencés de manière suffisamment souple pour que la vie prenne sa place.

Dilatés à l’extrême par leurs vitres panoramiques et leurs grands balcons, les appartements ont été conçus pour qu’on s’y sente bien et qu’on puisse y recevoir confortablement

A peine les premiers habitants se sont-ils installés que les rebords des fenêtres qui relient l’intérieur des appartements aux couloirs de la résidence se sont investis de petites expositions personnelles : un bestiaire d’animaux en plâtre ici, une collection de trophées de golf là, autant de vitrines-autoportraits qui donnent une âme à l’endroit.

Les habitants sont libres de cuisiner leurs repas ou de les commander à des prestataires, de venir avec leurs meubles ou d’en louer à l’association Coallia, gestionnaire de la résidence. Ils peuvent choisir d’investir les espaces communs ou de vivre en autarcie. Dilatés à l’extrême par leurs vitres panoramiques et leurs grands balcons, les appartements ont été conçus pour qu’on s’y sente bien et qu’on puisse y recevoir confortablement – y compris les studios, où un épais rideau permet d’isoler la partie jour de la partie nuit.

Rien de luxueux, sauf à considérer que le soin du détail et la qualité de l’espace sont devenus un luxe – éligibles aux aides personnalisées au logement, les studios se louent 788 euros par mois, et les deux-pièces 888 euros, charges comprises , mais une générosité sensible qui doit beaucoup à l’implication de la maîtrise d’ouvrage dans le processus. Maisons-Alfort Habitat a organisé un concours d’architectes pour la résidence alors que la loi Elan dispense les maîtres d’ouvrage de le faire depuis 2018 et a accompagné les architectes dans leurs choix tout au long du processus. Envisager les maisons de retraite comme ils l’ont fait ensemble, comme une source possible bien-être et, pourquoi pas, d’épanouissement, est une idée encore trop rare qu’il est urgent de populariser.

Isabelle Regnier

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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