Un bilan des connaissances a été effectué par deux grands experts du sujet, les Prs Daniel Lévy Bruhl (épidémiologiste à Santé Publique France) et Eric Caumes (Chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris)

Incubation, facteurs de risque, symptômes : des experts dressent le bilan des connaissances sur le SARS-CoV-2*   

Par Corinne Tutin le 20-10-2020 

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Incubation, excrétion virale, formes asymptomatiques, facteurs de risque, conséquences immunologiques …, sont désormais bien établies. Un bilan des connaissances a été effectué par deux grands experts du sujet, les Prs Daniel Lévy Bruhl (épidémiologiste à Santé Publique France) et Eric Caumes (Chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris), lors des récentes Journées Nationales de Médecine Générale (JNMG), qui se sont déroulées à Paris-La Défense les 1er et 2 octobre dernier.

*https://www.egora.fr/egoravox/live/pandemie-covid-19-ou-en-est-on

D’autres travaux ont montré que la charge virale est similaire entre sujets symptomatiques et asymptomatiques, adultes et enfants alors que la contagiosité diffère vraisemblablement. Une étude pédiatrique a réfuté l’existence d’une protection croisée après contact avec des coronavirus saisonniers. Pour autant, les enfants sont deux fois moins sensibles à l’infection, et lorsqu’ils sont touchés, moins symptomatiques. La transmission semble rare à partir des jeunes enfants, et limitée à partir des écoles, ainsi qu’il a été observé dans les pays d’Europe du Nord où elles sont restées ouvertes.

Les principaux facteurs de risque sont, outre l’âge, l’HTA, l’obésité et le diabète, dans une moindre mesure les antécédents de maladie cardiovasculaire ou d’AVC, alors que l’asthme, à la différence de ce que l’on observe pour la grippe, intervient peu. L’influence que pourrait avoir la grippe est mal appréciée. Dans l’hémisphère sud, elle a peu circulé durant l’hiver austral et il pourrait y avoir compétition entre les 2 virus, Mais, une publication a souligné que la sévérité de la Covid-19 augmenterait en cas de co-infection. « D’où l’importance d’avoir une bonne couverture vaccinale anti-grippale chez les sujets à risque », a rappelé le Dr Lévy-Bruhl.

Malheureusement, « le virus semble avoir de beaux jours devant lui, car le pourcentage de Français ayant des anticorps était de seulement 4,93 %, entre le 11 et le 17 mai 2020 ».

L’anosmie au premier plan dans les formes asymptomatiques

Le Pr Éric Caumes, qui dirige le service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, considère « qu’il y a toutes chances que le Sars-Cov-2 rejoigne la bande des quatre »(coronavirus circulant déjà en France et qui sont à l’origine de rhumes). L’étude chez les 1064 marins (d’âge médian 29 ans), infectés sur le « Charles de Gaulle » (taux d’attaque de 67,9 %), suggère que les signes cliniques dans les formes peu symptomatiques diffèrent des manifestations décrites chez les patients hospitalisés. Sur ce porte-avions, le premier signe d’infection était, en effet, non la fièvre (44,8 % des cas), mais l’anosmie (57,4 %), puis les céphalées (56,7 %), l’agueusie (46,4 %), l’asthénie (46,3 %), et les myalgies (45,2 %). De l’oxygène n’a dû être administré que dans 2,6 % des cas, (chez les sujets plus âgés ou avec une obésité), et aucun décès secondaire au Covid-19 n’a été déploré. « Sur le Diamond-Princess, où la moyenne d’âge était de 69 ans, le pourcentage de décès a été de 1,3 % », a rappelé le Pr Caumes.

**Covid : identification de facteurs génétiques et immunologiques de formes sévères

« La bascule vers une forme grave, avec orage cytokinique se produit vers J10, J12 et si tout va bien à ce moment on peut donc rassurer », a ajouté le Pr Caumes. La mortalité dans les formes sévères de Covid-19 est passée de 50 % au début à 25-30 % actuellement grâce à la corticothérapie, l’héparinothérapie, l’oxygénothérapie à haut débit, la CPAP. « Mais, le problème est que la durée de séjour en réanimation reste, en moyenne, de 14 jours, ce qui bloque le système de santé ».

Méfiance de la population vis-à-vis du vaccin

Comme le Dr Lévy-Brühl, le Pr Caumes a plaidé pour une vaccination renforcée des malades vulnérables contre grippe et pneumocoque. Un vaccin spécifique pourrait contribuer à limiter l’infection Covid-19. Mais, une étude internationale conduite par l’Ipsos sur 20 000 citoyens de 27 pays a montré que seulement 59 % des Français se feraient vacciner contre le Sars-CoV-2 et 74 % dans le monde, les premières raisons évoquées pour refuser le vaccin étant une peur des effets indésirables (60 % en France, et 56 % dans le monde), un doute sur l’efficacité (respectivement 33 % et 29 %), moins souvent une opposition aux vaccins (24 % en France, 17 % dans le monde). « Il serait important de savoir quelle est l’attitude sur ce point des personnes à risque de formes graves de Covid-19 », a souligné le Pr Caumes.Sources : D’après les communications de D. Lévy Bruhl (Paris) et É. Caumes (Paris), lors des Journées Nationales de Médecine Générale (JNMG, Paris-La Défense, 1er et 2 octobre 2020). 

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*https://www.egora.fr/egoravox/live/pandemie-covid-19-ou-en-est-on

**Covid : identification de facteurs génétiques et immunologiques de formes sévères    

Par Marielle Ammouche le 28-09-2020 

https://www.egora.fr/actus-medicales/infectiologie/61258-covid-identification-de-facteurs-genetiques-et-immunologiques-de

Une équipe de chercheurs franco-américaine, a identifié, pour la première fois, des causes génétiques et immunologiques impliquées dans les formes sévères d’infection Covid-19. Ces facteurs, qui touchent l’action des interférons de type 1, expliqueraient 15% de ces formes graves. Une étape importante dans la connaissance de la maladie, qui pourrait permettre d’identifier plus précisément les patients à risque, d’anticiper et d’améliorer leur prise en charge. 

Dès le début de pandémie de Covid-19, le chercheur Jean-Laurent Casanova et son équipe ont mis en place un consortium international, Covid human genetic effort, dont l’objectif était d’identifier les facteurs génétiques et immunologiques pouvant expliquer la survenue de formes graves de la maladie.

Grâce à l’analyse de plusieurs cohortes, ils ont tout d’abord montré,  dans une première étude qui vient d’être publiée dans Science, l’existence d’anomalies génétiques qui diminuent la production des interférons (IFN) de type I. Ces mutations seraient présentes dans 3-4% des formes graves de Covid. Elles concernent 13 gènes, dont l’implication a déjà été montrée au cours de la grippe. Ainsi, quel que soit leur âge, les personnes porteuses de mutations génétiques sont plus à risque de développer une forme potentiellement mortelle de grippe ou de Covid-19. Selon les auteurs, le dosage sérique des IFN de type I pourrait constituer un moyen simple et rapide de détecter certains de ces sujets à risque. Cette découverte a aussi un intérêt thérapeutique car on pourrait envisager un traitement précoce par IFN de type 1, ces médicaments étant déjà disponibles depuis plus de 30 ans.

Le coût humain de l’immunité collective contre le Covid

Dans une seconde étude publiée aussi dans Science, les chercheurs ont montré, chez des patients Covid sévères, la présence à taux élevé dans le sang d’autoanticorps neutralisants dirigés contre les IFN de type I, et qui empêchent l’action des IFN. Ces autoanticorps sont retrouvés chez 10-11 % des patients développant une pneumonie grave par infection au Sars-CoV2. En revanche, Ils sont absents chez les personnes qui développent une forme bénigne de la maladie et rares dans la population générale (0,33 % dans une étude sur une population contrôle). Ces anticorps sont apparus beaucoup plus fréquemment chez les hommes (95 sur 101) indiquant une implication du chromosome X ; et chez les sujet de plus de 65 ans suggérant leur augmentation avec l’âge. Selon les chercheurs, les personnes ayant ces autoanticorps, les auteurs pensent qu’elles pourraient bénéficier d’une plasmaphérèse, ou d’autres traitements pouvant réduire la production de ces anticorps. Pour les auteurs, ces résultats suggèrent qu’il faut donc dépister la population générale afin de détecter ces anticorps.

«Qu’il s’agisse de variants génétiques qui diminuent la production d’IFN de type I pendant l’infection ou d’anticorps qui les neutralisent, ces déficits précèdent l’infection par le virus et expliquent la maladie grave. Ces deux publications majeures mettent donc en évidence le rôle crucial des IFN de type I dans la réponse immunitaire contre le SARS-CoV2 », concluent Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel.Sources : D’après un communiqué de presse de l’APHP, Université de Paris, Inserm, Sorbonne Université, Institut Imagine. Et Science, 24 septembre 2020 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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