Surfréquentation de la montagne basque, les conséquences ?

La montagne basque malmenée par l’afflux de visiteurs

Les habitants s’interrogent sur les conséquences écologiques de la surfréquentation, après une saison marquée par un nombre inhabituel de touristes. 

Par Michel Garicoïx  Publié hier à 09h00

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/18/la-montagne-basque-malmenee-par-l-afflux-de-visiteurs_6056476_3244.html

A Saint-Jean-Pied-de-Port ( Pyrénées-Atlantiques), le 8 juin.
A Saint-Jean-Pied-de-Port ( Pyrénées-Atlantiques), le 8 juin. GAIZKA IROZ / AFP

« La folie ! » Dans Karrika Nagusia – la grand-rue –, « nous avons eu jusqu’à 10 000 passants certains jours de juillet et août », s’exclame Annie Etcheverry, une habitante d’Espelette (Pyrénées-Atlantiques). Au point de saturer une nouvelle fois la commune que certains qualifient de « Lourdes du piment ». Mais cette saison touristique, qui prend officiellement fin à la Toussaint, fut exceptionnelle. Car les visiteurs se sont aussi déversés en masse sur les Pyrénées alentour. Une bonne affaire pour les commerçants et restaurateurs, mais aussi une source de mécontentement dans la région, parfois malmenée par l’afflux de visiteurs.Lire aussi  Le marché immobilier se tend à Bayonne, étoile montante du Pays basque

A l’est d’Espelette, Saint-Jean-Pied-de-Port a confirmé sa renommée. « Nous avons eu beaucoup d’adeptes des randonnées, davantage encore qu’en 2019, avec nombre de Parisiens, de Bretons et de Bordelais, mais cette année peu d’étrangers, raconte Florence Steunou, conseillère à l’Office de tourisme de la ville. Dans le contexte de la crise sanitaire, la côte basque et Biarritz ont si bien fait le plein que de nombreuses familles ont délaissé les stations balnéaires surpeuplées pour les villages proches du littoral (Ascain, Sare, Saint-Pée-sur-Nivelle, Ainhoa). Destination : la montagne de La Rhune et ses 905 mètres, le site le plus visité du Pays basque avec près de 400 000 voyageurs par an sur son train à crémaillère.

Surfréquentation, déchets, flore endommagée ont été constatés en Haute-Soule, où les cimes approchent les 2 000 mètres

Durant tout l’été, les chemins n’ont pas désempli. « Nous avons organisé jusqu’à 200 % de randonnées en plus en juillet et août », estime l’association « Mendi Lagunak » d’Ascain. Cet engouement a un peu plus perturbé la faune et la flore locales. En août, les quatre bergers de Sare et d’Ascain ont dû descendre en avance leurs brebis des estives : « Les randonneurs piétinent les pâtures, amènent leurs chiens sans laisse et les brebis se dispersent loin des pistes », se plaint le berger Patxi Etxart. Les habitués du massif pointent également les papiers, les déjections ou des pottoks (chevaux sauvages) effrayés. Fin août, il a même fallu avoir recours à un hélicoptère pour sortir deux vacancières de ronces dans lesquelles elles étaient empêtrées.

Surfréquentation, déchets, flore endommagée ont également été constatés en Haute-Soule, où les cimes approchent les 2 000 mètres. Destination d’excursions du dimanche, les lieux ne sont nullement taillés pour des groupes plus ou moins bien préparés. Le maire de Larrau, Jean-Dominique Idiart, dénonce l’incivisme des visiteurs, pas toujours venus de l’extérieur. « L’agent municipal doit ramasser les détritus déposés çà et là sur la commune » qui, au fil de ses 12 680 hectares escarpés, ne compte plus que 197 habitants.

Conjuguer économie et protection de l’environnement

D’aucuns se réjouissent évidemment des records de l’année. La fréquentation des chalets en forêt d’Iraty a été en hausse de 30 % en juillet, « et nous sommes complets jusqu’à la Toussaint », se réjouit leur responsable, Josy Arrossagaray. Même satisfaction à « Etxola », une installation de bergers sur ce plateau qui détaille aux visiteurs l’écopastoralisme, la vie en estive, celle des troupeaux et la confection du fromage. Bilan identique chez le salaisonnier Oteiza : « Nous avons vraiment eu une très belle saison, avec beaucoup de monde. Des gens contents d’être là », affirme Pierre Oteiza, qui y voit « un retour aux choses simples qui fait le bonheur de nos vallées ».Lire aussi  La côte basque victime de son attractivité ?

Certaines maisons basques ont même trouvé des acheteurs. « Dès le déconfinement, nous avons eu un regain, observe Oihana Nazabal, de l’agence immobilière Donibane à Saint-Pée-sur-Nivelle. Des personnes souhaitant vivre à la campagne, y compris pour éviter une côte basque devenue inabordable pour les jeunes. » Jean-Pierre Indaburu et son agence Erlea ressentent à Saint-Jean-Pied-de-Port un effet « report » vers la montagne depuis un littoral « pris d’assaut par les Parisiens et les Bordelais »« Certains disent être tombés amoureux du Pays basque, beaucoup simplement se renseignent, explique-t-il. Nous avons eu un peu plus de ventes. »

Les acteurs du tourisme espèrent à l’avenir conjuguer économie et protection de l’environnement. « Une équation complexe, relève Nicolas Martin, directeur de l’Office de tourisme Pays basque. C’est un débat dont on ne pourra pas se passer. Nos actions vont dans ce sens : moins de promotion et davantage d’actions de pédagogie autour de la découverte du territoire. »

« Si nous voulons partager cet environnement et cette richesse, il nous faut tous apprendre la montagne, souligne Daniel Olçomendy, vice-président chargé du tourisme de la Communauté d’agglomération du Pays basque. Les incivilités sont autant le fait des autochtones que des touristes. Nous avons donc un intense effort à faire, douze mois sur douze. La signalétique ne suffit pas ; les chemins ne sont pas respectés, la flore non plus. A nous d’être pédagogues. » Les 111 communes basques de montagne s’attellent de leur côté à la création d’un Parc naturel régional de la montagne basque. Le principe en a été adopté en 2018-2019. Reste à écrire la charte.

Michel Garicoïx(Espelette, envoyé spécial)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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