Au CHU de Nantes, plus de 100 lits ont été fermés en pleine crise sanitaire
18 OCTOBRE 2020 PAR SOPHIE COUSIN (MEDIACITÉS)
L’exécutif se défend d’avoir été contraint au couvre-feu faute d’avoir prévu suffisamment de lits en réanimation. Mais au CHU de Nantes, par exemple, c’est bien une centaine de lits qui ont été fermés ces derniers mois. Au point que certains personnels sont entrés en grève illimitée.
«Nous y sommes ! Nous vivons dans les hôpitaux de province les difficultés vécues depuis plusieurs années dans les hôpitaux parisiens », constate Olivier Terrien, aide-soignant et secrétaire général CGT au CHU de Nantes. Début octobre, deux lits ont fermé en réanimation pédiatrique (sur les douze que compte la région entière), dix en neurochirurgie fin septembre, 24 à l’Ehpad de Pirmil (fermés entre fin 2019 et septembre 2020) et encore 66 autres à l’Ehpad de La Seilleraye en 2019, deux établissements gérés par le CHU. « Ces 66 chambres doubles y ont été transformées en chambres simples pour donner plus de confort aux personnes âgées hospitalisées. OK. Mais où met-on les autres ? », interroge Stéphane Naulleau, infirmier de bloc et secrétaire général FO.
Depuis l’annonce d’un « couvre-feu » en Île-de-France et dans huit métropoles par Emmanuel Macron, destiné à éviter un débordement des services de réanimation, l’exécutif se retrouve sous le feu de critiques dénonçant le manque de lits et les suppressions survenues ces dernières années à l’hôpital. Le 15 octobre, lors d’une conférence de presse, le premier ministre s’est montré sur la défensive : « J’entends dire que la bonne réponse aurait été de créer massivement des lits supplémentaires en réanimation plutôt que de prendre des mesures de freinage de l’épidémie. C’est doublement faux. Aucun système hospitalier ne serait capable de faire face aux conséquences d’une telle épidémie qui pourrait conduire à des dizaines de milliers d’hospitalisations graves si nous ne faisions rien en amont pour l’enrayer. Et surtout, surtout, pour créer des lits. Il ne suffit pas de s’équiper en matériel et en locaux. Il faut aussi former des médecins et des personnels soignants spécialisés. »
Au CHU de Nantes, de fait, le scénario est toujours le même : ces fermetures sont rendues inéluctables à cause de sous-effectifs importants en personnel, qu’il s’agisse d’infirmiers (IDE), d’aides-soignants (AS) ou d’agents de services hospitaliers (ASH) chargés de l’entretien. « Annoncer qu’on ferme des lits, c’est impopulaire, donc la direction organise les choses de façon à justifier ces fermetures par des problèmes de recrutement de personnels », lâche Olivier Terrien.
L’entrée de l’actuel CHU de Nantes. © David Picot
Cette pression constante rend les conditions de travail de ceux qui restent encore plus difficiles. Et conduit à un cercle vicieux. En 2019, l’absentéisme a atteint le record de 240 000 jours au CHU de Nantes, soit plus d’un mois d’arrêt par agent. « Globalement, il manque 1 400 postes d’IDE, AS et ASH sur l’ensemble du CHU », a calculé l’élu CGT. Aux arrêts de travail impondérables (maladie, maternité, Covid…), il faut ajouter les nombreux arrêts évitables pour burn-out et maladies professionnelles, impossibles à chiffrer.
Plannings refaits du jour au lendemain, rappel de personnels pendant leurs congés d’été, transferts inopinés entre services pour boucher les trous, « mutualisation des compétences » consistant, par exemple, à demander à des aides-soignantes de faire du ménage… Le cahier de doléances est épais. Sans compter le recours massif aux contractuels : une charge de travail supplémentaire pour les titulaires, qui doivent former au pied levé les recrues temporaires aux spécificités de leur service.
Et que dire de la réputation du CHU de Nantes sur le marché de l’emploi ? « Un certain nombre de professionnels paramédicaux des boîtes d’intérim ne veulent plus venir y travailler. Ils savent que les conditions de travail sont trop difficiles », ajoute Olivier Terrien. Quelques jours après l’annonce par la direction d’un bilan financier « excellent »– avec un excédent de 3,8 millions d’euros –, cette situation explosive dans les services a abouti au démarrage d’une grève illimitée, le lundi 12 octobre.
Le personnel des 13 services du pôle PHU1 (hématologie, urologie, néphrologie, dialyse, dermatologie…) n’a pas trouvé d’autre moyen pour tenter de négocier des renforts avec la direction : une grève sur un pôle entier, inédite par son ampleur. « Dans l’ensemble de ces services, en raison des arrêts de travail de longue durée non remplacés, il manque 50 à 70 personnels », estime Stéphane Naulleau. Un exemple parlant : le ménage des 1 500 m2 du pôle (avec 40 lits à refaire) n’est pas assuré tous les jours, faute de personnel suffisant. Une aberration en pleine épidémie de Covid-19 !
« La direction est déconnectée de la réalité. Ils nous demandent toujours plus d’efforts et de réorganisations pour pallier le sous-effectif permanent. Mais c’est intenable de travailler toujours à flux tendu », témoignaient les représentants du personnel réunis lors du point de presse d’annonce de la grève, le 12 octobre. Leurs revendications : cinq postes d’ASH et AS, le remplacement de tous les arrêts longs et la fin de la mutualisation. Ce à quoi la direction répond que des emplois avaient été créés en 2019 en oncologie médicale, insuffisance rénale et urologie, et que 70 % des arrêts étaient remplacés, ce qui est jugé suffisant.
Quant aux médecins du pôle, ils ne soutiennent pas ce mouvement. « La convergence médico-soignante est un gros mot. De nombreux médecins ont trop peur de freiner leur évolution de carrière s’ils soutiennent la grève. Pourtant, leur mobilisation est décisive pour obtenir des postes face à la direction. En septembre, le service de médecine interne a obtenu la création d’un poste d’infirmière en à peine une semaine de grève. Ce qui a fait la différence : les praticiens hospitaliers et les internes étaient aux côtés du personnel », relate Stéphane Naulleau. Quand ils n’en peuvent plus de subir ces désorganisations des soins en cascade, un certain nombre de médecins hospitaliers partent travailler dans le privé.
En neurochirurgie, quatre médecins titulaires ont quitté le service depuis 2015, dont certains chefs. Un fait semblant démentir l’affirmation de la direction selon laquelle « le CHU reste attractif sur ses postes permanents ». Fin novembre, le docteur Joseph Cristini, 35 ans, sera le cinquième à partir. Après des années à essayer de faire tourner le service malgré les sous-effectifs, il vient d’apprendre que son contrat de praticien hospitalier n’était pas renouvelé.
« Nous avons en permanence 16 à 20 patients lourds dans le service, alors qu’on devrait en avoir 10. En raison des arrêts non remplacés, le service tourne avec une douzaine d’aides-soignants et infirmiers par 24 heures, au lieu des 16 à 18 personnels nécessaires. On ne pouvait plus continuer comme ça. Dix lits viennent d’être fermés. Au moins dix de nos patients se retrouvent hospitalisés dans d’autres services, avec des critiques permanentes et justifiées de leur part puisqu’ils ne reçoivent pas les soins post-opératoires adaptés à leur chirurgie », explique le neurochirurgien.
Telle cette volleyeuse professionnelle américaine, victime d’une fracture du rachis cervical, opérée il y a quelques mois par le docteur Cristini. « L’opération s’est globalement bien passée. Mais les soins de suite ont été faits dans un autre service, dans des conditions pas optimales et la patiente est partie faire sa rééducation en clinique… », confie-t-il. De son côté, il a décidé de s’installer dans le privé, à Nîmes, où il a déjà fait des remplacements. « Tout y est fluide, il y a plus d’aide logistique, moins de contrariété. » Heureusement pour ceux qui continuent à travailler dans ce service, et pour les patients, cinq lits ont rapidement été rouverts, souligne la direction.
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Autre illustration des conséquences pour les patients : à la suite des fermetures de lits dans les deux Ehpad précités, de nombreuses personnes âgées se sont retrouvées hospitalisées… en psychiatrie. Seul endroit où il y avait de la place, à ce moment-là. « Il faut bien les mettre quelque part. Mais on n’a pas le matériel pour bien les prendre en charge. Il n’y a pas de sonnettes dans les chambres par exemple, c’est ingérable », témoigne une infirmière à l’hôpital Saint-Jacques. « Et, surtout, depuis le déconfinement, de nombreux patients de psychiatrie ont décompensé et ont besoin d’être hospitalisés. Où allons-nous les mettre, si les lits sont immobilisés ? », s’inquiète-t-elle.
En filigrane, tous les personnels interrogés s’inquiètent de la possible pérennité de ces fermetures de lits, pourtant annoncées à chaque fois comme « temporaires » par la direction. Une inquiétude légitime si l’on regarde de plus près les projections en lits pour le futur CHU. D’après le rapport de la chambre régionale des comptes, publié le 13 octobre, les capacités du futur CHU, sur l’île de Nantes, à horizon 2026, seront de 1 384 lits et places, contre 1 664 aujourd’hui. Soit une suppression de 280 lits.
Comment ces réorganisations seront-elles possibles ? Là encore, la « mutualisation » est le maître mot. « Nous avons travaillé un an à la création d’une unité Rachis regroupant la rhumatologie, l’orthopédie et la neurochirurgie, dans le but de se projeter sur l’île de Nantes. Ce fonctionnement en unités avec tant de lits et tant de personnel affecté va devenir l’une des nouvelles normes. En neurochirurgie, nous ne perdions pas de lits dans la future organisation. Mais les deux autres services perdaient chacun une dizaine de lits et ça les rendait fous », illustre le docteur Cristini. « Dans le projet de nouvel hôpital, les unités d’hospitalisation sont dimensionnées de 28 à 32 lits, avec des chambres dédoublables », précise la direction sur ce point. « Vu la surface très contrainte des locaux sur l’île de Nantes, ils mettront les patients dans des lits superposés ?! », ironisent des médecins qui connaissent bien le projet.
Extrait du rapport de la Chambre régionale des comptes, rendu public le 13 octobre.
Quant aux suppressions de lits en gériatrie, elles sont quasi entérinées, redoutent les responsables syndicaux, tandis que la direction affirme que « la réouverture de ces lits est toujours prévue dès que les recrutements le permettront ».
Lors du conseil de surveillance du CHU du 12 octobre, Johanna Rolland, la maire de Nantes, a fait adopter un vœu pour une augmentation de la capacité en lits d’hospitalisation dans le futur CHU. « Elle reconnaît déjà que l’offre de soins est sous-dimensionnée », dénonçait Olivier Terrien lors de la conférence de presse tenue le 13 octobre par les opposants au projet dans sa forme actuelle. Avant d’ajouter : « Des délais d’accès aux soins de plus en plus longs, des sorties prématurées de patients par manque de lits, une saturation continue des urgences et un mépris du personnel : c’est ça le CHU de demain. »
Coronavirus : Emmanuel Macron a-t-il supprimé plus de 4.000 lits dans les hôpitaux au début de son quinquennat ?
FAKE OFF
Alors que les hôpitaux tentent tant bien que mal de gérer l’épidémie de coronavirus avec des moyens limités, Emmanuel Macron est accusé, notamment sur les réseaux sociaux, d’avoir fait fermer plus de 4.000 lits entre 2017 et 2018
Publié le 18/03/20 à 13h22 — Mis à jour le 18/03/20 à 15h55

- « Au nom des « économies », Macron a supprimé 4.172 lits d’hôpital (2017-2018) », affirme un message viral sur Facebook.
- Le président de la République se voit reprocher son rôle indirect dans le manque de moyens hospitaliers pour faire face à l’épidémie de coronavirus.
- 4.172 lits d’hospitalisation complète ont bien été supprimés entre le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2018, tandis que le nombre de lits en hospitalisation partielle a augmenté dans le même temps.
Tandis que le gouvernement répète aux Français de rester chez eux pour éviter la propagation du coronavirus et de submerger le système de santé, certains internautes ne manquent pas de pointer du doigt la part de responsabilité indirecte d’Emmanuel Macron dans la crise sanitaire.
« Pour ne pas oublier, rappelons-nous ! Au nom des « économies », Macron a supprimé 4.172 lits d’hôpital (2017-2018) », clame ainsi par exemple un post Facebook devenu viral au sein d’un groupe de « gilets jaunes ». Sur Twitter, d’autres internautes avancent des chiffres similaires pour dénoncer le rôle joué par le chef de l’Etat dans la diminution des moyens de l’hôpital.
FAKE OFF
Selon les dernières statistiques en date, fournies par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé en octobre dernier, les hôpitaux ont connu une baisse importante de leur nombre de lits ces dernières années.
De 2013 à 2018, 17.500 lits d’hospitalisation complète ont ainsi été fermés, soit une baisse de « 4,2 % en cinq ans », selon ce rapport. Et entre le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2018, soit lors de la deuxième année du quinquennat d’Emmanuel Macron, 4.172 lits supplémentaires ont bien disparu, passant de 399.865 à 395.693 (-1 %, la Drees ayant arrondi le chiffre à 396.000).
Le document note cependant que, parallèlement à cette baisse du nombre de lits d’hospitalisation complète, le nombre de « places » (comptabilisant les lits pour des hospitalisations à temps partiel) a augmenté de 2,4 % en 2018, un « reflet du développement de l’hospitalisation partielle à l’œuvre depuis plusieurs années ».
Une contradiction dénoncée par rapport à ses promesses de campagne
En matière de moyens consacrés à l’hôpital, les premières décisions prises par le gouvernement d’Emmanuel Macron étaient dans la continuité de celles de son prédécesseur François Hollande. Le dernier budget de la Sécurité sociale du quinquennat Hollande (adopté en 2016 pour l’année 2017) visait ainsi en priorité le retour à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale. Un objectif également poursuivi par le premier budget de la Sécurité sociale du quinquennat d’Emmanuel Macron (adopté en 2017 pour 2018).
Il prévoyait ainsi 2,2 % de progression budgétaire pour les hôpitaux, soit 1,7 milliard supplémentaire, déjà dénoncé à l’époque comme une contradiction avec les promesses du candidat Macron de donner de vrais moyens supplémentaires à l’hôpital après des années de rigueur.
Le gouvernement continue de supprimer des lits d’hospitalisation : la carte des hôpitaux concernés
PAR RÉDACTION 29 OCTOBRE 2020
https://www.bastamag.net/carte-des-suppressions-de-lits-hopital-covid-reanimation-ARS-CHU

Gouvernement et autorités sanitaires continuent de fermer des centaines de lits dans les hôpitaux, malgré la pandémie. Voici la carte des suppressions de lits à venir que nous publions en exclusivité.
On aurait pu penser qu’avec la première vague du Covid qui a déferlé au printemps, les autorités sanitaires, les Agences régionales de santé (ARS), les directions des hôpitaux auraient remis en question la politique de suppression de lits d’hôpitaux qui prime depuis des années. Il n’en est rien. Au moins treize hôpitaux vont continuer de perdre des places d’hospitalisation.
En septembre 2020, la direction du CHU de Besançon a annoncé la suppression d’un service entier de soins de suite et de réadaptation, soit 28 places d’hospitalisation en moins [1]. À l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, il a été annoncé début octobre qu’au moins 80 lits seraient supprimés d’ici à 2022 « soit 20 % de la capacité d’hospitalisation », relève l’Union syndicale de la psychiatrie. C’est là, au Rouvray, que des soignants avaient fait une grève de la faim de deux semaines en 2018 pour demander des moyens afin de prendre en charge les patients. Ils avaient obtenu la promesse de créations de postes et de deux nouvelles unités. Ces engagements n’ont pas été tenus (lire notre article).
À l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Lyon, 75 places d’hospitalisation auront fermé en 2020 d’ici fin décembre, nous indique la CGT de l’hôpital. Pendant la première vague du Covid, trois unités hospitalisation pour adulte avaient été fermées, officiellement pour libérer du personnel, certains services en manquaient à cause de l’épidémie. Cela devait à l’origine être provisoire. Mais il est déjà clair que l’une de ces unités ne rouvrira jamais. Une autre doit rouvrir en décembre, la troisième est en suspens. En plus du Covid, le Vinatier fait les frais d’un plan d’économies décidé en 2018. Celui-ci prévoit la fermeture des unités d’hospitalisation de longue durée. 75 fermetures de lits sont planifiées dans ce cadre, dont 25 dès décembre. Les patients qui vivaient dans cette unité doivent partir dans des foyers médico-sociaux ou en Ehpad, si des places sont disponibles.
Au CHU de Clemont-Ferrand aussi, les fermetures de lits opérées pour répondre à la première vague du Covid font craindre aux soignants des suppressions à plus long terme. Au printemps, « des chambres du service de cardiologie ont été transformées en chambres pour les malades du Covid, des chambres de deux lits sont devenues alors des chambres d’un seul lit. Nous ne sommes pas encore repassés à deux lits. Nous avons aussi perdu des lits dans le service d’endocrinologie, 28 lits d’hospitalisation complète ont été transformés en hospitalisation de jour », témoigne un aide-soignant du CHU et délégué CGT.
Cliquer sur une étiquette pour lire les détails. Les données récoltées se basent essentiellement sur des informations publiées dans la presse, nationale et locale. Les sources précises sont indiquées dans les notes en bas d’article.
Au CHU de Nancy, comme Basta ! vous le racontait en avril, le Covid n’a pas non plus remis en cause le plan de suppression de 174 lits d’ici à 2024. Au CHU de Nantes, ce sont environ 100 lits qui ont été fermés depuis le début de la crise sanitaire, a comptabilisé Mediapart. En mai, des parlementaires alsaciens alertaient aussi sur un projet de leur agence régionale de santé de supprimer 20 lits de réanimation, surtout à Strasbourg, alors même que la région Grand Est sortait d’une phase très dure de Covid… [2] Partout, depuis des années, les hôpitaux français suppriment des places d’hospitalisations. Cette tendance se poursuit depuis mars 2020 comme en atteste la carte que nous publions ci-dessous.
Ce comité interministériel qui décide des suppressions de lits
3400 lits avaient déjà été supprimés en 2019, 4000 en 2018. Entre 2003 et 2017, plus de 69 000 places d’hospitalisation à temps complet ont disparu [3]. Ces dernières années, ces suppressions de lits passent par des décisions du Copermo, pour « Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins », une instance interministérielle créée en 2012 [4]. C’est le Copermo qui a décidé de supprimer 174 lits et des centaines de postes au CHU de Nancy. C’est aussi le Copermo qui veut transformer le CHU de Reims, en y supprimant des lits : 184 lits en moins d’ici à 2027, selon les chiffres annoncés par le maire (LR) de Reims, 210 lits selon la CGT de l’hôpital. Le résultat en tout cas est clair : la capacité d’accueil des patients sera réduite [5]. Au CHU de Tours, le plan Copermo en cours avant la crise du Covid prévoyait de fermer 350 lits [6].
Des considérations strictement financières
À Caen, c’est le projet de reconstruction de l’hôpital qui aboutira à supprimer 200 lits à l’horizon 2026 [7]. À Limoges, un projet de transformation du CHU adopté en 2018 devrait avoir pour conséquence la fermeture d’une centaine de lits [8]. À Nice, un « contrat de retour à l’équilibre financier » proposé par la direction du CHU en 2017 prévoit la disparition d’environ 200 lits [9].
Même chose à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille où le projet de 2019 qui vise à fermer 230 lits est basé sur des considérations strictement financières : il s’agit de sortir les comptes du rouge [10]. Début octobre, en pleine deuxième vague du Covid, la chambre régionale des comptes d’Occitanie a publié un rapport préconisant, là encore, des suppressions de lits au CHU de Toulouse [11].
Il faut « sortir du dogme de la fermeture des lits » affirmait le ministre de la Santé en mai 2020
En région parisienne, les regroupements en cours de sites hospitaliers auront aussi pour conséquence de réduire les capacités d’hospitalisation. Les hôpitaux de Longjumeau, Juvisy et Orsay doivent par exemple fermer pour en ouvrir un nouveau à Saclay (notre reportage). Résultat : des centaines de lits en moins [12]. À Paris, ce sont les hôpitaux Bichat et Beaujon qui doivent disparaître au profit d’un nouvel hôpital à Saint-Ouen. Le nouveau site devrait abriter plusieurs centaines de lits d’hospitalisation en moins que les deux qu’il est censé remplacer [13]. À Poitiers, la fusion prévue pour 2021 du CHU avec un groupement hospitalier « Nord Vienne » fait également craindre une diminution des places d’hospitalisation [14].
En mai, le ministre de la Santé Olivier Véran affirmait qu’il fallait « sortir du dogme de la fermeture des lits ». Cela fait cinq mois et rien n’a été fait en ce sens. La deuxième vague changera-t-elle la donne ? Les ARS, le gouvernement, les directions d’hôpitaux, écouteront-elles enfin ce que disent les soignants depuis plusieurs années : il faut arrêter de s’attaquer aux hôpitaux, on en a besoin pour soigner.
Rachel Knaebel
| Cette carte, nourrie des informations publiées ces derniers mois et années dans la presse locale et nationale sur les suppressions de lits dans les hôpitaux, n’est évidemment pas exhaustive. Nous la compléterons en fonction des données qui nous parviendront à la suite de cette publication. Pour nous informer à ce sujet, vous pouvez nous écrire à basta@bastamag.net Ou via ce formulaire : [https://framaforms.org/suppression-de-lits-dans-les-hopitaux-publics-francais-aidez-basta-a-les-recenser-1603889009] |
Notes
[1] Voir sur France Bleu.
[2] Voir sur France Bleu.
[3] Source : Drees, Les établissements de santé, édition 2019
[4] Le Copermo est composé du secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales, du directeur général de l’offre de soins, du directeur de la Sécurité sociale, du directeur général des finances publiques, du directeur du budget, du directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie.
[6] Voir sur France Bleu.
[7] Voir sur France Bleu.
[8] Voir cet article du Populaire.
[9] Voir cet article du site d’informations sur la santé APM.
[10] Voir cet article du Quotidien du médecin.
[12] Voir sur France Bleu.