Comment une théorie aussi alambiquée et incohérente que QAnon a-t-elle pu gagner autant d’adeptes ?

QAnon : aux racines de la théorie conspirationniste qui contamine l’Amérique

Par  Damien Leloup et  Grégor Brandy

Publié le 14 octobre 2020 à 05h51 – Mis à jour le 14 octobre 2020 à 07h52

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/10/14/qanon-aux-racines-de-la-theorie-conspirationniste-qui-contamine-l-amerique_6055921_4408996.html

La théorie délirante et virale mêlant pédophilie, satanisme et Hillary Clinton a connu un puissant regain à la faveur de la pandémie, jusqu’à convaincre des candidats républicains au Congrès américain.

Des centaines de pages, comptes ou groupes supprimés en vingt-quatre heures : le 6 octobre, Facebook a totalement banni toute référence à QAnon de ses plates-formes. Une mesure rarissime, prise en catastrophe à un mois de l’élection présidentielle américaine, et qui trahit une certaine panique devant la progression aux Etats-Unis, très nette en 2020, de cette théorie alambiquée mêlant pédophilie, satanisme et Hillary Clinton.

Plusieurs candidats républicains à la Chambre ou au Sénat sont associés à cette mouvance complotiste, née il y a moins de trois ans, le 28 octobre 2017, sur « 4chan », un gigantesque forum anglophone, très peu modéré, au centre de la culture Web des années 2000.Lire aussi Sur Facebook, la théorie complotiste QAnon rassemble des centaines de milliers d’adeptes

Sur le sous-forum le plus controversé, «/pol/» (pour « politiquement incorrect »), un certain « Q » publie son premier message (drop). Le début d’une longue série : près de 5 000 ont depuis été publiés, au cours desquels le compte de « Q », tenu par une personne, ou plusieurs, dont l’identité reste inconnue (d’où le nom QAnon, contraction de Q et Anonyme), dessine l’image d’une Amérique contrôlée secrètement par une cabale, composée d’agents du « deep state » (« l’Etat profond »), de pédophiles, voire de satanistes.

« QAnon c’est, en résumé, une guerre civile secrète, menée par des dissidents des services de renseignement », résume, sur YouTube, le complotiste Jordan Sather, très impliqué dans le mouvement. « Les messages de “Q” nous aident à nous réveiller, à voir la vérité. » « Toutes les théories du complot ont l’air folles, jusqu’à ce qu’elles soient prouvées », renchérissait fin 2019 Erin Cruz, candidate républicaine au Congrès en Californie et soutien de QAnon.

« Risque de terrorisme »

« “Q” assure être un cadre haut placé du renseignement militaire, proche de Donald Trump », explique Travis View, chercheur sur les théories conspirationnistes et coanimateur du podcast spécialisé « QAnon Anonymous ». L’un des éléments-clés de la théorie, alimentée à grand renfort de photographies, de liens vers des articles de presse ou de documents : la « cabale maléfique va bientôt subir une grande vague d’arrestations, “the Storm”, ce qui nous amènera à des jours plus paisibles et joyeux ».

Des figures connues sont accusées, à commencer par Hillary Clinton. Face à elles, explique « Q », seuls Donald Trump et quelques alliés peuvent encore sauver l’Amérique.

Parmi les partisans de « Q », tout le monde ne veut pas attendre. En trois ans, certains ont choisi de prendre les choses en main: un partisan armé s’est confronté à la police en Arizona en 2018 ; d’autres ont été impliqués dans plusieurs enlèvements d’enfants qu’ils prétendaient sauver, ou dans l’assassinat d’un parrain de la pègre new-yorkaise. Au point que le FBI a classé la mouvance comme « un potentiel risque de terrorisme domestique ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi « L’émotion qui fonde QAnon, c’est la méfiance contre les institutions et les élites »

Mais, au-delà de ces manifestations physiques, et en dehors des militants qui arborent la lettre « Q » ou des slogans spécifiques dans les rassemblements pro-Trump, c’est surtout en ligne que QAnon vit et prospère, grâce à un aspect unique par rapport à d’autres mouvements conspirationnistes : son côté ludique. Dans les forums où il poste ses messages, « Q » n’assène pas de vérités : il pose des questions et à charge pour ses adeptes d’y apporter leurs propres réponses.

Dans son premier message, il avait assuré qu’Hillary Clinton était sur le point d’être arrêtée. Cette prédiction ne s’est jamais réalisée, et « Q » a ensuite abandonné son ton affirmatif pour multiplier les questions rhétoriques ou les références cryptiques, laissant à ses lecteurs en ligne le soin d’interpréter ses messages. « Q » le dit lui-même dans sonquatrième drop : « Certains d’entre nous viennent ici pour déposer des miettes, juste des miettes. »

Absorbé par le « complot »

Ces « miettes » alimentent un écosystème très actif. Sur des forums, de nombreux témoignages d’Américains désemparés évoquent une perte de contact avec un proche absorbé par le « complot ». Sans forcément le faire exprès, « Q » a donné naissance à une théorie parfaitement adaptée aux réseaux sociaux, à la fois participative et horizontale, où chacun peut se faire sa propre interprétation d’un message – l’un des mantras de QAnon : « Do your research. » Le mouvement se renouvelle sans cesse au gré des drops et des événements d’actualité, qui fournissent sans cesse de nouveaux signesà interpréter.

« QAnon ne serait pas si gros aujourd’hui sans l’aide des réseaux sociaux », Travis View, chercheur

Pour aider, des sites ont été créés, qui agrègent la parole de « Q » : ils permettent d’éviter au grand public de devoir fréquenter les forums anonymes où sont initialement postés les drops,habituellement remplis d’images pornographiques. Sur YouTube, les « bakers » (« boulangers », en référence aux miettes) essaient de reconstituer le puzzle des prédictions de « Q », avec d’importants succès d’audience. « Quand les premiers promoteurs de “Q” ont vu le succès des posts et qu’ils les ont exportés sur YouTube, ça a explosé », se souvient Mike Rothschild, auteur d’un livre à paraître en 2021 sur QAnon.

Le mouvement mélange volontiers des références culturelles variées - ici la figure de Freddy Mercury, le chanteur du groupe Queen.
Le mouvement mélange volontiers des références culturelles variées – ici la figure de Freddy Mercury, le chanteur du groupe Queen. STEPHANIE KEITH / AFP

Les algorithmes de recommandation de telles plates-formes, qui promeuvent sans cesse des messages viraux en fonction de leur fraîcheur et de leur succès chez les autres utilisateurs, l’ont bien senti. « Pendant trois ans, Facebook vous recommandait des groupes QAnon si vous rejoigniez des groupes antivaccins, par exemple », explique Travis View, qui affirme : « QAnon ne serait pas si gros aujourd’hui sans l’aide des réseaux sociaux. »

Sans compter les médias, qui ont aussi donné une forte visibilité à la théorie : l’évolution des recherches sur Google montre que la plupart des pics correspondent à des séries d’articles consacrés au mouvement (l’apparition d’adeptes de « Q » dans un meeting de Donald Trump, la rétrogradation d’un membre du SWAT pro-QAnon, le succès d’un livre pro-QAnon boosté par les algorithmes de recommandation d’Amazon…).

« Chez les gens qui croient en des choses comme QAnon ou le deep state, si les médias de masse disent à quel point cette théorie est fausse et folle, ça ne va pas les convaincre. Au contraire, ça va les renforcer dans leurs convictions », explique Whitney Phillips, professeure à l’université de Syracuse (Etats-Unis) et coautrice de The Ambivalent Internet (non traduit). Les fermetures massives de comptes par Facebook ou autres ont aussi renforcé les militants dans l’idée qu’ils étaient sur la bonne voie.

Un essor lié au confinement

Pour échapper à la censure, le mouvement QAnon a souvent eu recours à de petites dissimulations, se renommant par exemple « 17Anon » – Q est la 17e lettre de l’alphabet. Le 17 septembre, un message de « Q » recommandait à ses partisans : « Déployez camouflage. Abandonnez toutes les références cf : “Q” “QAnon”, etc. pour éviter ban/fermeture_installation censure. »

De tels conseils sont survenus après plusieurs mois de succès fulgurants : de l’avis de tous les observateurs, comme des partisans de QAnon interrogés par Le Monde, la crise sanitaire liée au Covid-19 a réellement propulsé la théorie. Avant cela, jusqu’en février, l’intérêt pour QAnon restait plutôt stable depuis octobre 2017 : il était même plutôt faible, tant sur Google que sur Facebook ou Instagram, selon plusieurs outils statistiques permettant de jauger le succès d’un sujet.Lire aussi Etats-Unis : des partisans de la théorie complotiste QAnon candidats au Congrès

Puis est survenu le confinement d’une grande partie des Etats-Unis. De multiples théories du complot sur l’origine du Covid-19, l’hypothétique rôle de Bill Gates, de la 5G ou d’un « gouvernement mondial » dans la crise sanitaire apparaissent : elles sont très rapidement absorbées par les partisans de « Q ». Métathéorie très malléable, QAnon est particulièrement adapté à ce type d’événements planétaires, puisque son but est de trouver le « sens caché » de l’actualité.

A la faveur de la pandémie, les idées liées à QAnon ont fortement été diffusées dans les cercles qui doutaient des conseils des autorités sanitaires – dont ceux des adeptes des médecines alternatives. « Ce que les partisans de QAnon ont en commun, ce n’est pas l’âge ou la religion », note Travis View. Mais « tous ont un fort taux de méfiance » :

« Ce que QAnon vous offre, c’est la possibilité de ne pas avoir besoin des médias pour comprendre ce qu’il se passe. Il suffit de suivre “Q”, qui se dit connecté à des renseignements militaires haut placés, qui peut ensuite vous dire ce qu’il se passe vraiment en coulisse. Cette quête, cette envie de savoir ésotérique, est le facteur commun à tous ces gens. »

Résultat, selon un sondage réalisé début septembre : 47 % des Américains interrogés avaient déjà entendu parler de QAnon, alors qu’ils n’étaient que 23 % en mars. En quelques mois, les chiffres de fréquentation des espaces de discussion consacrés à « Q » sur Facebook et Instagram ont explosé.Article réservé à nos abonnés Lire aussi « L’adhésion aux différentes théories du complot est un trait caractéristique des “antimasque’’ »

En août, une enquête interne de Facebook, à laquelle la chaîne NBC a eu accès, évoquait des milliers de groupes qui rassemblaient, au total, plus de 3 millions de membres. « Avec le confinement, beaucoup de gens se sont retrouvés avec énormément de temps libre, travaillaient de chez eux, étaient en ligne tout le temps, note Mike Rothschild. Et beaucoup étaient en colère et voulaient pouvoir blâmer quelqu’un pour tout ça. »

Le mouvement a pu, dans ce contexte, prendre son essor en s’agrégeant au succès d’autres théories du complot, estime-t-il :

« “Q” n’est pas la première théorie conspirationniste de la plupart de ses adeptes. (Mais) avec la pandémie, tout se mélange, tout devient la même chose. Si vous allez dans un groupe antivaccins, vous allez tomber sur des gens antimasque, et si vous allez dans un groupe antimasque, vous allez tomber sur des anti-Bill Gates, qui sont à fond dans QAnon. Vous finissez par tout croire et vous devenez fou. »

De nombreux convertis trouvent en QAnon un message d’espoir, avec la purge annoncée du système politique. « Ce monde est un endroit plus intéressant avec “Q”, écrit, parmi des centaines d’autres commentaires laudateurs, Daniel, acheteur du best-seller Amazon pro-QAnon, An Invitation to the Great Awakening (non traduit). C’est un message d’espoir merveilleux. Profitez du spectacle ! »

Cabale pédophile

Parmi toutes les tendances liées à « Q », la lutte contre la pédophilie a été un puissant vecteur de recrutement. Une dimension qui rappelle le « pizzagate », une autre théorie complotiste née en octobre 2016, un mois avant l’élection de Donald Trump. Se basant sur des e-mails piratés au Comité national démocrate, elle affirmait que plusieurs pontes du parti violaient des enfants dans la cave d’une pizzeria de Washington. « On peut présenter QAnon comme le “pizzagate” sous stéroïdes », résume le chercheur Mike Rothschild.

Lors d’une manifestation « Save the Children » à Los Angles, le 22 août, un homme agite un drapeau « Q » avec le slogan « WWG1WGA » du mouvement.
Lors d’une manifestation « Save the Children » à Los Angles, le 22 août, un homme agite un drapeau « Q » avec le slogan « WWG1WGA » du mouvement. KYLE GRILLOT / AFP

La protection des enfants est une cause de nature à mobiliser des gens d’horizons très différents. Dénonçant un complot d’élites pédophiles, des groupes QAnon ont, en juin, lancé une campagne et un mot-clé, « Save the Children », générant des millions de publications ou d’interactions. En s’appuyant sur une lecture erronée de statistiques d’enlèvement et de trafic d’enfants, des militants ont affirmé que des centaines de milliers de mineurs étaient enlevés chaque année aux Etats-Unis pour servir d’esclaves sexuels à une « élite ». Les prédateurs seraient, eux, protégés par une vaste conspiration sataniste.

« Save the Children » a pris une force particulière à l’été 2020, au point de perturber le fonctionnement des lignes téléphoniques d’urgence de la protection de l’enfance aux Etats-Unis, et d’être impliquée dans plusieurs enlèvements ou tentatives d’enlèvement d’enfants « à sauver ». En août, des manifestants sont sortis dans les rues de plusieurs grandes villes américaines, arborant pour certains des tee-shirts QAnon.

Panique sataniste

Pour la journaliste Brandy Zadrozny, ce mouvement a servi à du « blanchiment d’information » pour des partisans QAnon, qui ont essayé « de faire passer le gros de leur message pour le rendre attractif auprès de personnes n’appartenant pas à leur groupe ». Les idées liées à « Q » se sont de la sorte frayé un chemin dans les messages Instagram de coachs sportifs, les publications sur Pinterest, les vidéos en direct d’influenceurs et les comptes Facebook de mères de famille.

Le mouvement, surnommé « QAmoms » par la presse américaine, a constitué un point de bascule : dans les groupes Facebook consacrés à « Q », jusqu’alors très majoritairement masculins, une majorité des « nouveaux convertis » ont été des femmes.https://trends.google.com/trends/embed/explore/TIMESERIES?req=%7B%22comparisonItem%22%3A%5B%7B%22keyword%22%3A%22save%20the%20children%22%2C%22geo%22%3A%22US%22%2C%22time%22%3A%22today%2012-m%22%7D%2C%7B%22keyword%22%3A%22QAnon%22%2C%22geo%22%3A%22US%22%2C%22time%22%3A%22today%2012-m%22%7D%5D%2C%22category%22%3A0%2C%22property%22%3A%22%22%7D&tz=-120&eq=geo%3DUS%26q%3Dsave%2520the%2520children%2CQAnon%26date%3Dtoday%2012-m%2Ctoday%2012-m

Pour certains observateurs, une telle propagation d’idées liées à la peur d’un complot pédosataniste rappelle celle de la « grande panique satanique » qui s’est emparée des Etats-Unis dans les années 1980. Après des accusations d’agression sexuelle visant une garderie californienne, l’Amérique s’était embrasée autour d’une théorie du complot affirmant que des enfants étaient enlevés, partout dans le pays, pour servir à des rites sataniques et sexuels. Certains accusés ont passé plus de quinze années en prison, avant d’être définitivement blanchis.

« Les points communs [avec QAnon] sont trop importants pour que ça soit une simple coïncidence, note Richard Beck, auteur d’un livre de référence sur le sujet (We Believe the Children, PublicAffairs, non traduit). Dans les deux cas, l’histoire tourne autour d’enfants brutalisés par un groupe secret d’adultes tout-puissants et intouchables. » Cela dans un pays où des courants évangélistes font une lecture littérale de la menace satanique, note Richard Beck. Cette dimension mystique liée au diable « permet de donner du sens à des événements qui semblent incompréhensibles autrement », selon lui.

Dans ce contexte, des faits réels peuvent venir alimenter les craintes d’un« complot pédophile sataniste planétaire ». En juillet 2019, l’arrestation de l’homme d’affaires Jeffrey Epstein pour de multiples suspicions de viols sur mineures, avant sa mort en prison, le 10 août, a, par exemple, fourni un formidable « carburant pour rallumer la flamme de “Q” », analyse le chercheur Ethan Zuckerman.

« Méfiance contre les élites »

Tous ces éléments ne suffisent pas à expliquer toute la dimension du succès et des origines de QAnon. La chercheuse Whitney Phillips évoque, pour cela, le concept d’effet Fujiwhara, un phénomène météorologique qui se produit lorsqu’un cyclone se nourrit d’un autre pour devenir plus puissant. « On ne peut pas penser QAnon comme un cyclone à part, selon elle. Il se nourrit de l’énergie de beaucoup d’autres cyclones qui frappent depuis plusieurs années. »

« Il faut se pencher sur des choses qui remontent à des décennies, voire à des siècles », explique le chercheur Mike Rothschild. « Les clichés antisémites, ou les pistons classiques des théories complotistes comme les Illuminatis, qui ne sont au fond que l’ancienne version du deep state, tout se recycle », estime-t-il. « L’émotion qui fonde QAnon, c’est la méfiance contre les institutions et les élites, quelles qu’elles soient », renchérit Ethan Zuckerman.Article réservé à nos abonnés Lire aussi D’une forêt de Bavière aux romans de Dan Brown : comment les Illuminati ont conquis la culture populaire

Le succès très rapide de QAnon interpelle tout de même certains des meilleurs chercheurs sur le complotisme. En 2018, à ses débuts, la théorie faisait aussi l’objet d’un débat au sein de la droite de la droite américaine : elle était jugée tellement alambiquée qu’il était difficile de savoir si ses partisans étaient sarcastiques ou sérieux.

« Beaucoup d’éléments de QAnon à ses débuts étaient à moitié ironiques, des sortes de clins d’œil », détaille Whitney Phillips. Cette ironie constante est l’un des fondements de 4chan et de la culture Internet : on appelle cela la loi de Poe, selon laquelle il est impossible de savoir l’intention de l’auteur d’un message si ce dernier ne l’indique pas explicitement.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Jim Watkins, le dino du porno à la tête du forum extrémiste 8chan

Une fois sortis de 4chan, l’ironie de certains messages de « Q », que certains initiés du forum pouvaient détecter, a pu être gommée, par exemple dans des groupes Facebook où des textes ont pu gagner un sens très littéral. Une grille de lecture qui peut faire ressembler QAnon à une farce qui aurait mal tourné – et ne se serait pas éteinte, comme d’autres avant elle.

Une femme porte un panneau Qanon en marge d’un meeting pro-Trump, le 11 octobre à Ronkonkoma, dans l’état de New York.
Une femme porte un panneau Qanon en marge d’un meeting pro-Trump, le 11 octobre à Ronkonkoma, dans l’état de New York. STEPHANIE KEITH / AFP

Actuellement, alors que les messages postés par « Q » perdurent, des indices laissent à penser que les propriétaires du forum anonyme « 8chan » (devenu « 8kun ») peuvent en être les auteurs. Une enquête d’un journaliste indépendant a démontré une possible responsabilité des sulfureux Jim et Ron Watkins dans les premiers messages postés : ces figures du Web des années 2000 ont toujours tenu une ligne floue entre humour anonyme et extrême droite américaine.

Un avenir incertain

Toutefois, selon Travis View, la levée du mystère sur l’identité de « Q » « n’aurait aucune importance » pour ses partisans : « Ce sont des croyants. Ça n’arrêterait pas le mouvement », estime-t-il. Plus qu’une telle révélation, un autre danger menace plus directement QAnon : le schisme. Dans une communauté très variée, où chacun peut se faire sa propre interprétation des textes, le « canon » commun posté par un compte sous pseudonyme est très fragile.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Complot pédophile et menace gauchiste : une semaine dans le Facebook pro-Trump

Un débat parfois très violent existe, par exemple, autour de la figure de John Fitzgerald Kennedy Jr., mort dans un accident d’avion en 1999. Selon certains adeptes, suivant un message de « Q », JFK junior aurait été en réalité assassiné par Hillary Clinton, pour qu’elle devienne sénatrice de New York. Pour d’autres, il aurait feint sa mort, en attendant de ressurgir en tant que colistier de Donald Trump. « On a de vrais fanatiques de cette théorie sur Twitter. Et certains autres disciples de Q pensent qu’ils sont fous », indique Mike Rothschild.

Reste aussi une incertitude de taille : le résultat de l’élection du 3 novembre. Une victoire de Donald Trump galvaniserait une majorité des adeptes de « Q », qui lui sont favorables – le président américain se gardant bien de critiquer un mouvement qui l’érige en héros. Mais, à l’inverse, une défaite de Trump « ne fera pas disparaître QAnon », estime Travis View. « Quand vous avez investi des années de votre vie dans un mouvement, ce n’est pas facile de le quitter. Ce qui va probablement se produire, si j’ose spéculer, c’est que la communauté QAnon va conserver la même taille, mais se radicalisera encore plus. »Le glossaire de « QAnon »

« La cabale » : le terme qui englobe toutes les prétendues forces cachées œuvrant dans l’ombre, dont Hillary Clinton et Barack Obama, certains hauts responsables américains, ou des milliardaires tels que George Soros.

« Q » : principal messager de QAnon, se présente comme un homme haut placé dans l’appareil de sécurité américain. Il publie sous l’anonymat, d’où la contraction QAnon.

« Deep state » : littéralement « Etat profond », désigne un « état dans l’état » qui serait contrôlé par la cabale au sein du gouvernement américain.

« Drop » ou « Q-drop » : court message publié par « Q » sur un forum anonyme, prenant le plus souvent la forme de questions, parfois de photographies – dont les détails sont censés révéler un message caché.

« Great Awakening » : le « grand réveil », moment où les élites corrompues seront stoppées ; proche du « Storm » (la « tempête »), opération censée aboutir à l’arrestation simultanée de centaines de hauts responsables américains, dont Hillary Clinton.

« Save our children » : mouvement proche de QAnon, qui postule que des centaines de milliers d’enfants sont enlevés chaque année aux Etats-Unis pour servir d’esclaves sexuels aux « élites ».

« WWG1WGA » : acronyme de « Where We Go One We Go All », qu’on pourrait traduire par « un pour tous et tous pour un », slogan très couramment utilisé par les partisans de QAnon.Damien LeloupGrégor Brandy

« L’émotion qui fonde QAnon, c’est la méfiance contre les institutions et les élites »

Cette théorie complotiste, qui a fortement gagné en popularité ces dernières années, est étudiée par le professeur américain Ethan Zuckerman, spécialiste des réseaux sociaux. 

Propos recueillis par Damien Leloup  Publié hier à 11h00

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/10/17/l-emotion-qui-fonde-qanon-c-est-la-mefiance-contre-les-institutions-et-les-elites_6056401_4408996.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20201018-%5Bzone_edito_2_titre_8%5D

Ethan Zuckerman est professeur à l’université du Massachusetts, à Amherst, et ancien directeur du MIT Center for Civic Media. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes américains des réseaux sociaux. Il a notamment travaillé sur le développement, aux Etats-Unis, de la théorie conspirationniste QAnon – fondée sur des messages anonymes publiés par un certain « Q », qui dénonce un complot d’élites corrompues et pédophiles contre lesquelles lutterait Donald Trump. 

Vu d’Europe, on s’interroge : comment une théorie aussi alambiquée et incohérente que QAnon a-t-elle pu gagner autant d’adeptes ?

Ethan Zuckerman : Ce n’est pas simplement une question que se posent les Européens ; aux Etats-Unis, ce succès a interrogé les médias de la même manière. Les premières réactions ont consisté à se moquer de cette théorie : personne n’a pris au sérieux ce mouvement complètement fou, qui suivait d’autres mouvements similaires qui n’ont jamais réussi à prendre pied durablement. L’erreur a été de se concentrer sur les détails de la théorie du complot, et de négliger les émotions fondamentales sur lesquelles elle se base.

L’émotion qui fonde QAnon, c’est la méfiance envers les institutions et les élites, quelles qu’elles soient. C’est un sentiment qui est très puissant, aux Etats-Unis comme en France et dans d’autres pays occidentaux. Mon prochain livre, qui sort en janvier, s’appelle Mistrust (« Méfiance »), parce que je pense que cette méfiance envers les institutions est la plus puissante force politique de ces vingt dernières années.

En 1964, 77 % des Américains faisaient confiance à leur gouvernement pour prendre les bonnes décisions. Lorsque Barack Obama est devenu président, ils n’étaient plus que 30 %. C’est l’idéologie dominante, et QAnon dit précisément cela : vous ne pouvez pas faire confiance au gouvernement. Il y a un « Etat profond », les Obama et les Clinton sont des « satanistes pédophiles »… C’est cette même absence de confiance qui a fait élire Donald Trump, et conduit le Royaume-Uni à quitter l’Union européenne.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  QAnon : aux racines de la théorie conspirationniste qui contamine l’Amérique

Pourtant, après des débuts fracassants, QAnon était comme endormi, avant de connaître en 2020 un impressionnant regain d’intérêt, à tel point que des candidats républicains au Sénat s’en réclament aujourd’hui…

Début 2019, le mouvement était très faible, en perte de vitesse. Les prédictions de « Q » s’étaient avérées fausses, et les militants du mouvement avaient du mal à comprendre pourquoi. La première phase de QAnon était centrée sur la théorie selon laquelle [le procureur spécial chargé de l’enquête sur l’ingérence russe] Robert Mueller n’enquêtait pas sur Donald Trump, mais qu’il travaillait avec lui main dans la main pour lutter contre le « grand complot ». Tout devait être révélé à la publication du rapport Mueller, mais le rapport a été publié, et la « tempête » promise n’est jamais venue.

« L’affaire Epstein a fourni le carburant pour rallumer la flamme de “Q” »

Et puis Q a eu un incroyable coup de chance : l’arrestation de Jeffrey Epstein. Un homme arrêté pour de multiples suspicions de viol sur mineures, qui était en plus un homme puissant, photographié avec les Clinton, avec Trump, qui semblait avoir des connexions avec Bill Gates, et qui en plus meurt en prison dans des circonstances troubles ! L’affaire Epstein a fourni le carburant pour rallumer la flamme de Q. Et dans les mois qui ont suivi, avec la pandémie, Q a trouvé une nouvelle source d’adeptes dans les communautés des médecines alternatives. Ces personnes étaient déjà très antivaccins, très méfiantes des grandes entreprises pharmaceutiques. Cette méfiance est loin de ne concerner que les gens de droite ; d’un coup, on a vu des influenceurs yoga parler de complot 5G, de vaccination forcée…

C’est une communauté gigantesque qui s’est d’un seul coup ouverte à QAnon. D’autres sont tombés dedans par le biais de slogans anodins, comme la campagne « Sauvez nos enfants » [« Save our children », mouvement se présentant comme luttant contre le trafic d’enfants et branche de la galaxie QAnon]. Vous voyez un slogan qui semble défendre une cause parfaitement raisonnable, et vous êtes très rapidement confronté aux raisonnements de QAnon.

Vous avez écrit un long texte qui explique que la caractéristique principale de QAnon est qu’il étend les frontières de « l’irréel », cette zone où démocrates et républicains ne sont plus d’accord non seulement sur les idées, mais même sur les faits…

« La vérité n’est d’aucune aide »

Ce qui est le plus fascinant, c’est que Q a démarré comme une plaisanterie ! C’est à l’origine une blague sur le forum 4chan. Tous les éléments suggèrent que le premier Q est soit un théoricien du complot bien connu qui vit en Afrique du Sud, soit le propriétaire du forum non modéré 8kun. Il n’y a pas de grand mystère : on sait que tout commence par cette manipulation. Et pourtant le mouvement a une énergie incroyable ! Les gens de gauche, dont je fais partie, ont longtemps pensé qu’il suffisait de démontrer que tout était faux et que cette folie s’arrêterait d’elle-même. C’était une erreur : la vérité n’est d’aucune aide.

C’est un comportement typique des sectes. Les sectes, comme les théories du complot, font appel à une épistémologie fermée : seules les sources d’information qui sont en cohérence avec leur vision du monde sont admises. Les médias institutionnels, comme peut l’être Le Monde, ne font pas partie des sources qu’ils peuvent reconnaître comme légitimes.

Ethan Zuckermann, lors d’une conférence en 2015.
Ethan Zuckermann, lors d’une conférence en 2015. re:publica/Jan Zappner/Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0

Les sources de QAnon elles-mêmes, les « Q drops », sont des messages cryptiques et souvent totalement incompréhensibles.

C’est un autre aspect qui rend QAnon unique : les textes de référence sont éclatés, il n’y a pas de manifeste ou de manuel unique. Il faut les interpréter. Et donc la mouvance a donné naissance à un écosystème entier d’interprètes qui cherchent à leur donner du sens. Vous pouvez vous établir comme interprète sur YouTube : vous faites vos propres recherches et analyses, vous cherchez à déchiffrer le sens caché de l’actualité du jour, et des gens vous prendront au sérieux. Vous pouvez défendre vos positions : est-ce que ce drop (« largage ») en particulier fait référence au satanisme ou à un complot sur la 5G ? C’est ludique, c’est une sorte de fanfiction appliquée au monde réel. Vous écrivez votre propre histoire : à vous de trouver comment justifier les révélations du New York Times sur les impôts de Donald Trump. Peut-être qu’il n’avait plus d’argent parce qu’il a une caisse secrète qui sert à financer la lutte contre « l’Etat profond » ! Tout le challenge consiste à faire en sorte que les événements du monde réel s’alignent avec votre vision.Lire aussi  Les astuces fiscales de la famille Trump

Cela reste une théorie très compliquée, dont il est difficile de comprendre les tenants et les aboutissants. Pourquoi s’avère-t-elle si séduisante ? 

Nous croyons souvent, de manière erronée, que les théoriciens du complot sont des esprits dérangés. C’est tout le contraire : ce sont des esprits qui sont trop rangés. Ils créent de l’ordre là où il n’y a que du chaos. Dans cette période particulière de notre histoire, où règnent le chaos et l’étrangeté, ces personnes créent de l’ordre à partir de rien.

« Nous croyons souvent que les théoriciens du complot sont des esprits dérangés. C’est tout le contraire : ce sont des esprits qui sont trop rangés »

Il y a quelques années, le gouvernement indien a offert une statue de Shiva aux chercheurs du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire). Il y a une théorie du complot qui y voit la preuve que le CERN sert de quartier général à une secte hindoue qui vénère la mort ! La plupart des gens qui y sont confrontés rejettent immédiatement cette idée d’une secte hindoue au CERN.

Mais dans QAnon, on utilise la technique du « terrier du lapin ». On vous dit : « Ecoute, regarde par toi-même sur Internet, fais tes recherches. » Et si vous cherchez sur Google, vous allez trouver des dizaines de pages qui parlent de choses dont vous n’avez jamais entendu parler. Beaucoup de ces choses ont l’apparence de faits scientifiques, et petit à petit, vous entrez dans un univers de complots. C’est assez fascinant, dans le sens où personne ne vous promet de vous révéler toute la vérité, c’est à vous de tirer sur les fils qui dépassent. Et c’est bien plus efficace : vous vous convainquez vous-même que vos recherches démontrent l’existence de secrets, vous avez l’impression que vous rejoignez le mouvement de votre propre chef.

Les réseaux sociaux, et en particulier les groupes Facebook, sont accusés de jouer un rôle majeur dans cette « radicalisation ».

Beaucoup de gens voudraient pouvoir dire que QAnon, c’est la faute d’Internet. Mais les racines sont bien plus profondes. En 1964, l’historien Richard Hofstadter publiait Le Style paranoïaque en politique, un bref essai qui montrait déjà à quel point les théories du complot racistes étaient profondément incrustées dans la psyché américaine, avec des organisations comme la John Birch Society. Bien sûr, il y a des aspects de QAnon qui sont intrinsèquement liés à Internet, mais l’envie de chercher la main cachée qui travaille dans l’ombre à l’affaiblissement du projet américain est très ancienne.Lire aussi  Mouvance QAnon : les réseaux sociaux modèrent à tâtons

Vous avez évoqué les mécanismes des sectes, et de nombreux observateurs comparent QAnon à une religion : il y a une vérité révélée, la promesse d’un Armageddon, du châtiment des mauvais et de l’élévation des justes…

On entend souvent dire que QAnon peut devenir la nouvelle branche du christianisme évangélique aux Etats-Unis. Cette idée n’est pas absurde : nous avons une histoire riche en matière de création de religions, dont certaines étaient tout aussi folles que QAnon. Le fondateur de l’Eglise des saints des derniers jours, Joseph Smith, affirmait avoir trouvé des tablettes en or dans un champ, mais refusait de les montrer à quiconque. Son mouvement a démarré comme une secte et est devenu une foi.

Mais dans QAnon, personne n’est désigné comme leader spirituel. D’une certaine manière, c’est un mouvement très démocratique : Donald Trump y joue un rôle à part, Q est chargé de transmettre les révélations, mais le prêtre, c’est vous ! C’est l’opposé d’un mouvement comme l’Eglise de scientologie. D’une certaine manière, c’est un mouvement méritocratique. QAnon est un jeu ; si votre interprétation des prédictions est « meilleure » que celle des autres, vous êtes récompensé par de l’attention, et même de l’argent. C’est une secte à la mode 2020 : vous pouvez être en même temps influenceur Instagram et coauteur de la théorie du complot.

Si la clé est la confiance dans les institutions, comment la restaurer ?

Il y a plusieurs raisons à cette perte de confiance aux Etats-Unis, qui vont des attaques de Ronald Reagan sur l’Etat à la persistance du racisme systémique. Mais la raison principale est que les institutions sont en plein échec ! Je vis aux Etats-Unis, et cet échec est permanent. C’est le pays où, durant l’ouragan Katrina, on a laissé des milliers d’Américains, la plupart noirs ou latinos, mourir. Nous faisons actuellement face à une pandémie où l’Etat n’a même pas été en mesure de fournir des masques aux soignants.

« Il est facile de se moquer des partisans de QAnon, mais je compatis profondément avec eux, parce que je partage la plupart de leurs frustrations »

La rhétorique de nos gouvernants est que nous sommes la première puissance mondiale. Mais la vérité, ce que constatent les gens dans leur vie quotidienne, c’est que nous sommes en plein échec. Cela crée une puissante dissonance cognitive. Aux Etats-Unis, ce n’est pas la confiance qu’il faut restaurer, ce sont les institutions elles-mêmes. C’est un travail long, et nous sommes épuisés – ce que souhaitent la plupart des Américains, c’est une forme de retour à la normale. Mais ma crainte est que c’est justement ce « normal » qui nous a conduits où nous sommes aujourd’hui. Peut-être que si Joe Biden est élu, nous aurons une pause, mais nous aurons toujours une police structurellement raciste, et un système de santé qui met quotidiennement des gens sur la paille. Rien ne laisse entendre qu’il y aurait des changements profonds.

Il est facile de se moquer des partisans de QAnon, mais je compatis profondément avec eux, parce que je partage la plupart de leurs frustrations. Je ne pense pas que nos problèmes s’expliquent parce que Hillary Clinton serait une sataniste, ou parce que Joe Biden boirait du sang d’enfants. Nos problèmes viennent du fait que les Etats-Unis ont construit, après la seconde guerre mondiale, une société qui cherchait à redistribuer la richesse, à agir pour le bien commun, et à soutenir les populations marginalisées, et que, dans les années 1970, nous avons commencé à marcher dans la direction inverse.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  En France, la mouvance conspirationniste QAnon gagne des adeptesLe glossaire de « QAnon »

« La cabale » : le terme qui englobe toutes les prétendues forces cachées œuvrant dans l’ombre, dont Hillary Clinton et Barack Obama, certains hauts responsables américains, ou des milliardaires tels que George Soros.

« Q » : principal messager de QAnon, se présente comme un homme haut placé dans l’appareil de sécurité américain. Il publie sous l’anonymat, d’où la contraction QAnon.

« Deep state » : littéralement « Etat profond », désigne un « état dans l’état » qui serait contrôlé par la cabale au sein du gouvernement américain.

« Drop » ou « Q-drop » : court message publié par « Q » sur un forum anonyme, prenant le plus souvent la forme de questions, parfois de photographies – dont les détails sont censés révéler un message caché.

« Great Awakening » : le « grand réveil », moment où les élites corrompues seront stoppées ; proche du « Storm » (la « tempête »), opération censée aboutir à l’arrestation simultanée de centaines de hauts responsables américains, dont Hillary Clinton.

« Save our children » : mouvement proche de QAnon, qui postule que des centaines de milliers d’enfants sont enlevés chaque année aux Etats-Unis pour servir d’esclaves sexuels aux « élites ».

« WWG1WGA » : acronyme de « Where We Go One We Go All », qu’on pourrait traduire par « un pour tous et tous pour un », slogan très couramment utilisé par les partisans de QAnon.

Damien Leloup

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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