La mission sur l’évaluation de la gestion de la crise sanitaire « Il faut faire monter à bord tous les Français car on ne peut pas gérer une telle crise par le haut »

Covid-19 : la France jugée en « position intermédiaire » dans sa gestion de la crise sanitaire

Une mission indépendante chargée d’évaluer l’exécutif sur la gestion de la crise sanitaire rend ce mardi son rapport d’étape avant le rendu final de décembre. 

Par Delphine Roucaute et Béatrice Madeline  Publié hier à 11h53, mis à jour à 06h17

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/13/la-france-en-position-intermediaire-face-a-la-pandemie-de-covid-19_6055842_3244.html

Des passants dans une rue lyonnaise, le 10 octobre.
Des passants dans une rue lyonnaise, le 10 octobre. LAURENT CIPRIANI / AP

Tirer des enseignements de la première vague pour pouvoir rectifier le tir à l’automne. C’est l’objectif que se donne le rapport d’étape présenté mardi 13 octobre par la mission sur l’évaluation de la gestion de la crise sanitaire due au Covid-19.

Confiée il y a plus de trois mois par Emmanuel Macron à l’infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet, cette mission est chargée de fournir une analyse indépendante sur la manière dont l’exécutif français a fait face à l’épidémie. Ces premières préconisations arrivent au moment où la France commence à affronter la deuxième vague de l’épidémie, alors que les mesures de restrictions se multiplient sur le territoire national pour tenter d’enrayer la propagation du virus. « On n’imaginait pas que les choses seraient si compliquées au moment du rapport d’étape, confie au Monde l’un des cinq membres de la mission, Raoul Briet, président de la première chambre de la Cour des comptes.C’est une matière inflammable. »

Lire le portrait : L’infectiologue Didier Pittet, « docteur Mains propres »

Alors que la France fait figure de mauvaise élève européenne depuis la rentrée en étant l’un des premiers pays où le virus a recommencé à circuler intensivement, « en matière d’excès de mortalité, la France occuperait une position intermédiaire par rapport à ses voisins européens », note le rapport. Cette comparaison des excès de mortalité prend en compte les variations saisonnières au cours des années précédentes (comme les morts causées par la grippe), ainsi que la structure démographique des différents pays.

Satisfecit global

Autre indicateur intéressant, créé par le groupe de recherche de la mission : le nombre de jours passés au-dessus du seuil d’un décès de patient atteint de Covid-19 par million d’habitants. Cet indice « permet d’approcher à la fois la sévérité de la crise dans le pays donné et l’efficacité des politiques mises en place pour diminuer son impact », soulignent les auteurs. Quand les Etats-Unis s’enfoncent dans la crise et témoignent de leur manque de réactivité et d’efficacité dans la gestion de la vague épidémique, la France se place, là encore, en position intermédiaire, avec soixante-huit jours enregistrant plus de 66 morts causées par le Covid-19, contre trente-quatre jours avec plus de 8 morts pour l’Autriche ou quarante-quatre jours à plus de 83 morts pour l’Allemagne.

Au chapitre économique et social, les travaux conduits par Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE, décernent un satisfecit global à la gestion de la crise en France : ni le soutien budgétaire apporté aux entreprises, ni les dispositifs d’activité partielle, qui ont permis de préserver l’emploi, n’ont à souffrir de la comparaison internationale. Certes, l’activité économique en France a chuté de manière plus importante au premier semestre (– 13,8 %) qu’en Allemagne, par exemple, alors que la surmortalité a été plus élevée. Mais cette moindre performance n’est pas liée, selon les experts, à la qualité de la réponse en matière de politique économique, mais bien à « l’intensité » – durée, périmètre et ampleur – du confinement. Avec huit semaines de confinement total, étendu à tout le territoire, la France a donc donné un coup de frein plus puissant à son économie que certains de ses voisins, tels que la Belgique ou l’Allemagne.

Assurer les conditions d’une reprise durable et dynamique suppose aujourd’hui de « rassurer » les salariés

Quelques facteurs supplémentaires sont toutefois venus aggraver l’impact du confinement sur l’activité : l’inquiétude des ménages, qui a pesé sur la consommation, l’arrêt de certaines activités même « sans injonction juridique »… Ce phénomène n’est pas propre à la France : l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni sont également concernés. Autre point négatif : la chute de l’activité dans les administrations publiques et dans certaines activités de service aurait pu être moindre si le télétravail avait pu « pallier l’absence de travail en présentiel », soulignent les auteurs du rapport, dans une critique à mots couverts. De même, l’insuffisance des équipements sanitaires, suivie d’une « mise au point laborieuse des protocoles », a entravé au début de la crise l’activité dans les secteurs de la construction et des travaux publics. La tenue du premier tour des élections municipales a également pu jouer un rôle perturbateur.

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Assurer les conditions d’une reprise durable et dynamique suppose aujourd’hui de « rassurer » les salariés et de permettre ainsi leur retour sur leur lieu de travail. Pour cela, la mission formule quelques recommandations à destination des ministres, en particulier ceux chargés du travail et des transports : donner plus de flexibilité aux salariés pour « répondre aux craintes engendrées par l’utilisation des transports en commun aux heures de pointe ». Elle suggère également que les entreprises puissent proposer – et non imposer – des tests de dépistage du SARS-CoV-2 à leurs salariés. « Les données macroéconomiques ne reflètent pas toute la réalité. Dans une seconde étape, d’ici au mois de décembre, il faudra éclaircir les conséquences de la crise pour les populations les plus fragiles », estime Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe, membre de la mission. Pour y parvenir, elle compte conduire une enquête de terrain, et s’appuyer sur les récents travaux d’une équipe de l’Inserm sur les inégalités sociales face au virus.

Pistes d’amélioration

Les auteurs du rapport notent dans la gestion globale de l’épidémie certains ratés, notamment des « défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion »« Le discours sur les masques [jugés d’abord inutiles pour les non-soignants puis imposés de manière généralisée en septembre] a été un mauvais départ, qui a créé une perte de confiance. Le citoyen français a beaucoup moins confiance dans son gouvernement que les Italiens ou les Allemands », admet le président de la mission, Didier Pittet, ajoutant que « la manière dont a été appliqué le confinement a créé une déresponsabilisation de la population qui n’a pas été opportune », notamment par les attestations à remplir avant de sortir de chez soi. La communication mise en place par le gouvernement, elle, est jugée « perfectible », ayant provoqué « un sentiment d’infantilisation et de défiance »dans la population française.

« Ce qui manque le plus, ce sont des analyses plus fines des clusters » – Pierre Parneix, médecin et membre de la mission

Par ailleurs, l’effort de dépistage n’a pas tenu ses promesses, selon le rapport, notamment en raison d’une sorte de retard à l’allumage. Aujourd’hui, la stratégie « tester, tracer, isoler » portée par le gouvernement doit amener à s’interroger sur la gestion « de la priorisation, les délais de restitution des résultats et surtout leur utilisation opérationnelle en vue du contrôle de l’épidémie (traçage, isolement) »« Ce qui manque le plus, ce sont des analyses plus fines des clusters », souligne Pierre Parneix, médecin de santé publique au CHU de Bordeaux et membre de la mission. « Il faut faire des enquêtes de terrain, renchérit Didier Pittet. De l’épidémiologie d’intervention pour casser les chaînes de transmission. » Et comprendre au plus près comment les contaminations se multiplient dans certaines situations.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Reconfinement, couvre-feu… Face à la deuxième vague, quelles sont les options du gouvernement ?

Plusieurs préconisations sont ainsi données pour la gestion de la crise actuelle, comme accroître la couverture vaccinale contre la grippe et préparer la mise en œuvre d’un éventuel vaccin contre le Covid-19, ce qui impliquerait de réfléchir dès aujourd’hui à l’éventuelle mise en place d’un « passeport immunitaire » pour attester l’immunité des personnes. Ou engager dès maintenant une étude approfondie sur la question des reports de soins (opérations reportées ou diagnostics différés), qui risquent de compliquer la crise sanitaire dans les mois qui viennent. Enfin, travailler sur la concertation pour permettre une adhésion de la population sur le long terme. « On était dans une phase d’urgence et il faut entrer dans une phase associant davantage les parties prenantes. Il faut faire monter à bord tous les Français car on ne peut pas gérer une telle crise par le haut », conclut Raoul Briet. La mission rendra son rapport définitif en décembre.

L’infectiologue Didier Pittet, « docteur Mains propres »

Le médecin suisse, co-inventeur du gel hydroalcoolique, remet ce mardi 13 octobre un premier rapport d’étape à l’Elysée sur la réponse française à la crise sanitaire. 

Par Simon Roger  Publié hier à 10h32

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/13/l-infectiologue-didier-pittet-docteur-mains-propres_6055821_3244.html

Le médecin Didier Pittet, chef du service de prévention et contrôle de l’infection aux Hôpitaux universitaires de Genève, à Genève, le 4 septembre.
Le médecin Didier Pittet, chef du service de prévention et contrôle de l’infection aux Hôpitaux universitaires de Genève, à Genève, le 4 septembre. FRED MERZ / LUNDI13 POUR « LE MONDE »

Attablé dans un restaurant proche de l’hôtel de Marigny, l’annexe de l’Elysée où une salle de travail est allouée à la mission d’évaluation de la gestion de la crise due au Covid-19 qu’il préside, Didier Pittet commente ses « petits exercices statistiques » de la journée. Samedi 10 octobre, alors que la capitale achève sa première semaine en « zone d’alerte maximale », en raison de la forte propagation du virus à Paris et dans sa périphérie, deux questions le taraudent : quelle proportion de citadins porte-t-elle le masque, et combien d’entre eux usent-ils de gel hydroalcoolique lorsqu’ils pénètrent dans un bar-restaurant ?Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : la France jugée en « position intermédiaire » dans sa gestion de la crise sanitaire

« J’ai marché un long moment aujourd’hui en observant les gens qui croisaient mon chemin et en enchaînant les passages devant les bars-restaurants, raconte l’épidémiologiste de 63 ans, dont l’accent genevois semble résister aux incessants séjours parisiens que sa nouvelle fonction lui impose. J’arrive au résultat suivant : plus de 80 % des passants portent correctement leur masque. En revanche, seulement 15 % des clients se nettoient les mains au gel hydroalcoolique avant de gagner l’intérieur d’un bar-restaurant. » 

Cette seconde constatation le préoccupe. « Chaque table devrait avoir un flacon, surtout ici, en France, le seul pays à avoir imposé un prix plafond aux fabricants de gel hydroalcoolique, insiste-t-il. Ce n’est pas le gel ou le masque, une bonne hygiène des mains est indispensable. » Le médecin en sait quelque chose. Il est, avec William Griffiths, ancien pharmacien des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), l’inventeur de cette solution désinfectante composée d’alcool, d’eau, d’eau oxygénée et de glycérine.

Notoriété plutôt que fortune

Mise au point en 1995, la formule est aussitôt testée dans les HUG où Didier Pittet dirige le service de prévention et de contrôle des infections : l’usage du gel permet de faire baisser de 50 % les infections nosocomiales en quatre ans. En 2006, le duo Pittet-Griffiths finalise une recette simplifiée, libre de brevet, qu’il donne à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour convertir la planète à ce geste salutaire. A la fortune qu’aurait pu lui apporter la commercialisation de cette solution hydroalcoolique, le médecin, issu d’une famille modeste, tenté un moment par la prêtrise, préfère le contact avec les patients… et la notoriété.

Son bureau, niché dans une aile labyrinthique des HUG, a des allures muséales, avec ses murs tapissés de titres honorifiques soigneusement encadrés et son impressionnante collection de formules hydroalcooliques. « Il a fallu sept ans, par exemple, pour passer du gel à une solution liquide », détaille l’infectiologue, qui brandit un flacon, puis un autre, confectionné celui-là pour son soixantième anniversaire. Dans les sous-sols de l’hôpital genevois, qu’il connaît par cœur pour y avoir fait toute sa carrière, trônent des bouteilles géantes de la formule développée pour l’OMS. Il a « d’énormes qualités humaines, assure un membre de son équipe, mais il exige aussi une grande disponibilité de ceux qui l’entourent ». 

« Avant l’épidémie de Covid-19, il était déjà un visage familier des Suisses pour cette invention et ses missions à l’étranger avec l’OMS. La crise sanitaire l’a mis au centre des débats, reconnaît l’ex-présentateur vedette de la Radio-télévision suisse (RTS), Darius Rochebin, qui a rejoint, fin août, la chaîne française LCI. Il fait partie de ces médecins qui, quand vous êtes souffrant, vous disent que ça va aller ! » Rassurant et pédagogue, le « docteur Mains propres » a multiplié les interventions à la télévision romande, prêtant le flanc à ceux qui voient en lui un commentateur approximatif de la pandémie.

« Véran avait l’air bluffé »

Il n’en reste pas moins un expert de renommée internationale dans la prévention des infections, un collaborateur de l’OMS – il est, depuis 2005, ambassadeur de l’Organisation pour l’hygiène des mains – et une personnalité étrangère et francophone. Autant de qualités qui ont convaincu le président français de faire appel à lui pour la mission indépendante d’évaluation de la crise qu’il souhaitait mettre en place.

« Je ne sais pas qui a soufflé mon nom à l’oreille d’Emmanuel Macron », reconnaît l’intéressé. Au terme d’une première discussion avec l’Elysée, une lettre de mission lui est adressée le 25 juin. Il en accepte le contenu : « L’analyse approfondie de la crise et des réponses apportées permettra à notre pays d’en tirer les leçons et ainsi d’en sortir renforcé et mieux préparé à l’avenir », argumente le courrier que Le Monde a pu consulter.

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Ce jour-là, Didier Pittet croise à Genève le ministre de la santé, Olivier Véran, venu à la rencontre de son homologue suisse. « Véran avait l’air bluffé par la personnalité de Pittet, beaucoup plus proche de celle du médecin de terrain que de l’image classique du mandarin », confie un témoin de la scène. Les deux hommes prendront dans la journée le même vol pour Paris. L’épidémiologiste a rendez-vous avec le chef de l’Etat, qui lui demande un premier rapport d’étape, en octobre, « consacré à l’analyse de la gestion de la crise et la préparation d’une éventuelle seconde vague de Covid-19 », qui devait être remis mardi 13 octobre à la mi-journée, puis un second rapport à la fin de 2020, sur « l’anticipation du risque pandémique dans une réflexion prospective ».

« On avance au galop », admet le professeur, qui a confié la direction de son service à son adjoint, pour retrouver chaque jeudi et vendredi les membres de la mission, et s’habitue à l’anonymat qui entoure sa présence à Paris.

Reconfinement, couvre-feu… Face à la deuxième vague, quelles sont les options du gouvernement ?

Un conseil de défense doit se tenir mardi pour déterminer quelles décisions prendre concernant la progression de l’épidémie. Pour les scientifiques, si la première vague a pris tout le monde par surprise, les connaissances acquises depuis permettent d’envisager des réponses plus nuancées. 

Par Chloé HecketsweilerAlexandre Lemarié et Olivier Faye Publié hier à 02h55, mis à jour hier à 14h53

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/13/reconfinement-couvre-feu-face-a-la-deuxieme-vague-quelles-sont-les-options-du-gouvernement_6055782_3244.html

Les autorités ont exigé la fermeture des bars après avoir plaçé la capitale en alerte maximale, comme ici, à Paris, le 6 octobre.
Les autorités ont exigé la fermeture des bars après avoir plaçé la capitale en alerte maximale, comme ici, à Paris, le 6 octobre. LEWIS JOLY / AP

Après avoir mis le pays à l’arrêt au printemps, un mot d’ordre s’est imposé au sommet de l’Etat : il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement généralisé. Ce serait « le pire de tout », à en croire les propos tenus par Jean Castex, lors de la rentrée, le 26 août. « Les mesures de restriction, on en connaît l’efficacité, mais aussi les effets secondaires. Le président et le premier ministre veulent à tout prix éviter ce scénario. Car il n’y a pas que le virus qui tue. La pauvreté aussi ! Fermer les Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], et l’isolement qui en découle, ça peut tuer aussi les anciens », soulignait l’entourage du premier ministre à la mi-septembre.

Un mois plus tard, alors qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer, mercredi 14 octobre, sur TF1 et France 2, l’exécutif se réserve pourtant la possibilité « d’aller plus loin »« Rien ne doit être exclu quand on voit la situation dans nos hôpitaux », a assuré M. Castex, lundi, à propos de possibles confinements localisés. « Il préparait le terrain pour le président », souligne un conseiller, même si, selon une source gouvernementale, l’hypothèse d’un reconfinement, qu’il soit national ou local, n’a jamais été abordée depuis la rentrée dans le cadre du conseil de défense ou du conseil des ministres.

« Quand le président parle, c’est signe d’un durcissement », prévient un conseiller de l’exécutif, qui a en mémoire les allocutions prononcées par le chef de l’Etat, au printemps, pour annoncer le confinement du pays, puis la prolongation de cette mesure exceptionnelle. « Il y a une volonté de serrer les boulons, car les chiffres ne sont pas bons et que nous approchons des vacances de la Toussaint », assure-t-on au sein du gouvernement.

Un conseil de défense devait se tenir mardi matin, pour déterminer quelles décisions prendre. Dans la gamme des mesures possibles avant d’avoir recours au confinement, un conseiller liste la possibilité de mettre en place, par exemple, un couvre-feu, ou bien d’annoncer la fermeture des commerces. En cas de confinement localisé, ce dernier pourrait être décrété à l’échelle des zones d’alerte aujourd’hui retenues par le gouvernement. En clair, celle des métropoles.

« Réduire le taux de reproduction du virus »

Pour les scientifiques, si la première vague a pris tout le monde par surprise, les connaissances acquises depuis permettent d’envisager des réponses plus nuancées. Pour ralentir la circulation du virus, plusieurs options se présentent : on peut agir sur la probabilité de transmission (en portant un masque, en gardant ses distances, par les gestes d’hygiène), sur le nombre de contacts par personne (en limitant les interactions sociales) ou sur la durée de la période de contagiosité (avec des médicaments). « Pour réduire les contacts, il n’y a pas beaucoup d’autres choix que le confinement, mais celui-ci peut se décliner de différentes façons », explique l’épidémiologiste suisse Antoine Flahault.

Pour contraindre, ou inciter les gens à rester chez eux, les politiques disposent d’un « catalogue » de mesures pouvant être combinées afin de construire un confinement « à la carte ». Le télétravail peut être encouragé, mais les écoles rester ouvertes. Les déplacements pour le travail peuvent être autorisés, mais un couvre-feu instauré le soir pour limiter les interactions dans la sphère privée.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Télétravail, StopCovid, masques : il faut « installer les mesures de lutte contre l’épidémie dans la durée »

« Dans tous les cas, l’objectif est de séparer au maximum la population bien portante de la population contagieuse, pour réduire le taux de reproduction du virus, le fameux [taux de reproduction] R », explique Antoine Flahault, ajoutant qu’une politique efficace de « tester-tracer-isoler » peut permettre d’atteindre le même objectif sans passer par des mesures « moyenâgeuses »« Certains pays comme Singapour et la Corée du Sud estiment qu’il est moins liberticide de tracer les individus informatiquement plutôt que de les assigner à résidence », souligne le scientifique.

Alors que le traçage de contacts perd du terrain, le confinement apparaît comme un dernier recours de moins en moins lointain. Mais sa mise en œuvre différenciée s’avérerait un casse-tête. Le fait, par exemple, de cibler des villes ou quartiers défavorisés, où les conditions de vie facilitent la circulation du virus, risque d’accroître les inégalités. Et en cas de « cordon sanitaire » autour d’une grande métropole, il semble difficile de contrôler les allées et venues de chacun.

« Les semaines qui viennent sont déterminantes »

Evoqué dans le dernier avis du conseil scientifique, le couvre-feu apparaît comme une alternative moins « coûteuse » économiquement et socialement. Il a été mis en œuvre avec succès en Guyane, en juin et juillet. En semaine, il a d’abord été interdit aux habitants de circuler à partir de 23 heures, puis cette limite a été abaissée à 21 heures, avant de passer à 19 heures, puis 17 heures. Le week-end, chacun devait rester chez soi à partir de 13 heures le samedi. « Combiné avec d’autres mesures, comme la fermeture des frontières et des limitations de déplacement, cela a permis d’abaisser le R de 1,7 à 1,1 », détaille Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur, auteur d’une étude sur le sujet, prépubliée en ligne.

Cette intervention doit avoir lieu suffisamment tôt, car si le nombre de cas est déjà trop élevé, la vague risque malgré tout de submerger les hôpitaux. « Les jours et les semaines qui viennent sont déterminants pour voir ce qui va se passer », estime le chercheur, membre du conseil scientifique.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : confronté à « une vraie grande deuxième vague », l’exécutif cherche sa boussole

A l’hôpital, certains estiment que la ligne rouge n’est pas loin d’être franchie. « Nous sommes déjà obligés de refuser des patients contaminés par le Covid-19, car nous avons atteint notre quota », dit Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine), soulignant qu’il n’y a aucune marge de manœuvre si on souhaite accueillir aussi les patients non-atteints du Covid.

« Le confinement, à un moment donné, on pourrait être obligé d’y recourir », estime-t-il, en rappelant que plus tôt il est mis en place, plus vite il peut être levé. Un cran en dessous, le couvre-feu lui paraît aussi « encore jouable à ce stade ». « Ce qui est sûr c’est que, si on ne fait rien, dans un mois, c’est la catastrophe »,ajoute le médecin, selon qui l’hôpital pourrait ne plus être en mesure de prendre en charge tous les patients.

Coronavirus : un rapport pointe les succès et les ratés de la France pendant la première vague de l’épidémie

Le système hospitalier a su faire face et les conséquences économiques de la crise du Covid 19 ont été atténuées, souligne le rapport d’étape de la mission menée par Didier Pittet publié ce mardi. Mais il pointe aussi un défaut d’anticipation, que l’absence de masques a montré, et une politique brouillonne sur les tests.

Infectiologue et épidémiologiste suisse, Didier Pittet a été chargé par Emmanuel Macron de tirer les leçons de la première vague du coronavirus
Infectiologue et épidémiologiste suisse, Didier Pittet a été chargé par Emmanuel Macron de tirer les leçons de la première vague du coronavirus (Retmen/Sipa)

Par Grégoire PoussielguePublié le 13 oct. 2020 à 16:56

La France a su faire face à la première vague de l’épidémie de coronavirus, mais elle a n’a pas non plus été exempte de ratés. C’est ce que constate la mission dirigée par l’infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet sur la gestion de l’épidémie, m ise en place en juin dernier par Emmanuel Macron, dans son rapport d’étape publié ce mardi. Le rapport définitif est attendu à la fin de l’année. Cette commission vient en plus du travail effectué par l’Assemblée nationale, qui a lancé une commission d’enquête.

Pour le prérapport Pittet, il y a d’abord les points positifs, à commencer par la résistance du système hospitalier, ce qui a permis de prendre en charge tous les malades. Mais, alors que la deuxième vague touche la France et l’Europe de plein fouet et qu’ Emmanuel Macron devrait annoncer mercredi soir de nouvelles mesures de restrictions, le rapport prévient que cette mobilisation « ne sera pas automatiquement ou aisément renouvelable ».

Autres points positifs mis en avant par le rapport, la création d’un conseil scientifique pour appuyer la décision publique et la gestion des conséquences économiques et sociales, avec, entre autres, le recours de grande ampleur au chômage partiel.

Défaut d’anticipation

Mais il y a aussi les points négatifs. Le prérapport Pittet pointe essentiellement le défaut d’anticipation. « La sensibilisation au risque pandémique et la densité des efforts de préparation se sont réduites au cours des dernières années, probablement sous le double effet des critiques portées à la gestion de la grippe H1N1 et de la priorité donnée au risque terroriste qui s’est dramatiquement concrétisé lors des attentats de 2015 et 2016 », note-t-il. Ministre de la Santé au moment de la crise du H1N1 à la fin des années 2000, Roselyne Bachelot avait été vertement critiquée pour sa trop grande prudence et le coût de celle-ci.

La question des masques, dont l’absence a fait polémique au printemps, symbolise à elle seule ce défaut d’anticipation. Sur ce point, le rapport est sévère puisqu’il pointe d’une part « des hésitations sur leur doctrine d’emploi » et d’autre part les « insuffisances graves de gestion ». Il est aussi très critique sur la politique des tests, dont la généralisation a été lente et laborieuse. Par rapport à l’Allemagne, la France a été beaucoup moins efficace.

Le rapport dénonce également les faiblesses structurelles du système de santé français : organisation complexe, fragilités, articulations difficiles entre les différentes branches de l’Etat comme les préfectures ou les agences régionales de santé. Ces faiblesses étaient connues, mais la crise les a fait ressortir au grand jour.

Enfin, la communication de l’exécutif a été brouillonne, donnant l’impression de propos contradictoires, voire de mensonges. Sur cette question, l’omniprésence de l’épidémie sur les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux, avec la prolifération d’experts parfois autoproclamés, n’a pas facilité la tâche du gouvernement.

Le rapport d’étape fait des recommandations. Il préconise d’abord une communication plus efficace, ce qui passe par une plus grande transparence et des messages plus segmentés en fonction des populations visées. Le rapport recommande également une « task force » pour renforcer l’efficacité de la politique de tests.

Grégoire Poussielgue

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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