Covid-19 : avant le discours d’Emmanuel Macron, des critiques sur la gestion de la crise sanitaire en France – Mesures possibles: reconfinement, couvre-feu…
A la veille de l’intervention du chef de l’Etat, et de possibles nouvelles restrictions, une mission d’évaluation a noté des « défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion » des pouvoirs publics.
Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 11h00, mis à jour à 21h39
Nouvelles restrictions ciblées, voire couvre-feu local : le chef de l’Etat doit encore choisir entre les différentes options qui ont été examinées mardi matin au cours d’un conseil de défense sanitaire à l’Elysée. Rien ne devrait être annoncé avant qu’Emmanuel Macron ne soit interrogé mercredi à 19 h 55 sur TF1 et France 2, sa première longue intervention sur le nouveau coronavirus depuis son interview du 14 juillet.
Le nombre de malades placés en réanimation – l’un des indicateurs les plus surveillés – s’élève mardi à 1 633, soit 94 de plus que la veille, selon Santé Publique France. L’institut indique que 87 personnes sont mortes dans les hôpitaux en 24 heures suite à des complications liées à une infection au Covid-19 (contre 96 la veille), portant le bilan total des morts depuis le début de l’épidémie à au moins 32 933.
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- La gestion du Covid-19 critiquée
La mission d’évaluation de la gestion de la crise du coronavirus, mandatée en juin par Emmanuel Macron, a dénoncé mardi dans un rapport d’étape des « défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion » dans les aspects sanitaires.
Disponibilité des masques, déploiement des tests, coordination entre les différents acteurs et déclin de la priorité accordée à la prévention constituent autant de points faibles dans les décisions prises ces derniers mois, pour le groupe de cinq experts présidé par l’infectiologue suisse Didier Pittet, qui remettra son rapport final au mois de décembre.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : la France jugée en « position intermédiaire » dans sa gestion de la crise sanitaire
Comparée à ses voisins européens, la France occupe « une position intermédiaire »en matière d’excès de mortalité, mais « présente une chute de PIB particulièrement forte », liée « pour l’essentiel à l’intensité des mesures de confinement », constate la mission.
Pour apprécier la sévérité de l’épidémie, le rapport calcule notamment que la France est restée pendant 68 jours au-dessus du seuil d’un décès lié au Covid-19 par million d’habitants, contre 44 jours en Allemagne, mais 97 en Italie, 100 en Espagne et 183 aux Etats-Unis.Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’infectiologue Didier Pittet, « docteur Mains propres »

- Déjà 25 000 volontaires pour tester des vaccins en France
En moins de dix jours, 25 000 personnes de tous âges se sont déclarées volontaires pour tester de potentiels vaccins contre le Covid-19, déclare mardi l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Le recrutement continue, soulignent les responsables du projet, qui avaient lancé l’appel à participer le 1er octobre. Un appel d’une telle ampleur, avec la création d’une plateforme dédiée (intitulée « Covireivac »), est sans précédent en France.
Les volontaires, qui doivent être majeurs, sont invités à remplir un questionnaire de santé sur le site www.covireivac.fr, qui permettra ensuite aux chercheurs de les sélectionner selon les besoins des essais envisagés. Chaque volontaire contacté pourra alors confirmer son accord pour participer à l’essai pour lequel il aura été appelé, ou bien choisir d’y renoncer. Il est également possible qu’il ne soit jamais appelé.
- L’édition 2021 du Salon de l’agriculture à Paris est annulée
L’édition 2021 du Salon de l’agriculture, qui devait se tenir à Paris du 27 février au 7 mars, est annulée dans sa forme actuelle en raison de l’épidémie, mais le concours général des produits agricoles sera maintenu, ont annoncé mercredi les organisateurs.
« Il est de notre responsabilité (…) de dire le plus en amont possible notre décision qui est de reporter à l’année suivante le Salon de l’agriculture, tout en maintenant à Paris et dans différentes villes des événements dont les agriculteurs ont besoin », a déclaré Jean-Luc Poullain, le directeur du Centre national des concours et expositions agricoles, propriétaire du Salon.
- Les restaurateurs dans l’événementiel demandent un « plan de sauvetage massif »
L’appel à manifester de l’Organisation du personnel de la restauration dans l’événementiel (OPRE) a été entendu. Maîtres d’hôtel, cuisiniers, hôtes d’accueil ont répondu présent, mardi, pour manifester leur colère. Selon France Bleu Ile-de-France, ils étaient plusieurs dizaines à bloquer le périphérique extérieur, de la porte de Saint-Cloud à la porte d’Issy. « Venus de toute l’Ile-de-France, les manifestants se sont retrouvés à 6 h 30 ce mardi matin à Paris. Ils ont envahi à pied le périphérique entre la porte de Saint-Cloud et la porte d’Issy. Ils occupent les deux voies de droite avec pancartes et banderoles. Ils pensent rester sur place jusqu’à midi », a rapporté le site d’informations locales.
PARIS – Blocage du périphérique par les extras, les maîtres d’hôtels et cuisiniers de la restauration. Ils dénon… https://t.co/cIWaKZrH0W— ClementLanot (@Clément Lanot)
Clément Lanot est journaliste.Article réservé à nos abonnés Lire aussi La reprise de l’épidémie de Covid-19 freine celle de l’événementiel
Après une abyssale perte de chiffre d’affaires en 2020 (− 80 % jusqu’ici), le secteur de l’événementiel anticipe une activité encore réduite de moitié en 2021, qui mettrait au chômage la moitié de ses 455 000 employés. Sept organisations du secteur – dont Coésio, Crealians, France Congrès et Evénements, L’Evénement et Traiteurs de France – ont écrit au premier ministre le 23 septembre pour lui demander un « plan de sauvegarde massif spécifique à l’événementiel », sans lequel les entreprises ne « passeront pas l’hiver ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi Face à la fermeture des clubs, la fête se réinvente en extérieur… et sans autorisation
Les représentants du secteur ont été reçus par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le 30 septembre. Outre la prolongation, jusqu’au 31 décembre, de la prise en charge à 100 % du chômage partiel et un relèvement des seuils d’octroi de certaines aides, ils estimaient alors avoir obtenu « l’écoute » qu’ils escomptaient, dans l’attente de mesures complémentaires.
Le Monde avec AFP
Reconfinement, couvre-feu… Face à la deuxième vague, quelles sont les options du gouvernement ?
Un conseil de défense doit se tenir mardi pour déterminer quelles décisions prendre concernant la progression de l’épidémie. Pour les scientifiques, si la première vague a pris tout le monde par surprise, les connaissances acquises depuis permettent d’envisager des réponses plus nuancées.
Par Chloé Hecketsweiler, Alexandre Lemarié et Olivier Faye Publié aujourd’hui à 02h55, mis à jour à 14h53

Après avoir mis le pays à l’arrêt au printemps, un mot d’ordre s’est imposé au sommet de l’Etat : il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement généralisé. Ce serait « le pire de tout », à en croire les propos tenus par Jean Castex, lors de la rentrée, le 26 août. « Les mesures de restriction, on en connaît l’efficacité, mais aussi les effets secondaires. Le président et le premier ministre veulent à tout prix éviter ce scénario. Car il n’y a pas que le virus qui tue. La pauvreté aussi ! Fermer les Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], et l’isolement qui en découle, ça peut tuer aussi les anciens », soulignait l’entourage du premier ministre à la mi-septembre.
Un mois plus tard, alors qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer, mercredi 14 octobre, sur TF1 et France 2, l’exécutif se réserve pourtant la possibilité « d’aller plus loin ». « Rien ne doit être exclu quand on voit la situation dans nos hôpitaux », a assuré M. Castex, lundi, à propos de possibles confinements localisés. « Il préparait le terrain pour le président », souligne un conseiller, même si, selon une source gouvernementale, l’hypothèse d’un reconfinement, qu’il soit national ou local, n’a jamais été abordée depuis la rentrée dans le cadre du conseil de défense ou du conseil des ministres.
« Quand le président parle, c’est signe d’un durcissement », prévient un conseiller de l’exécutif, qui a en mémoire les allocutions prononcées par le chef de l’Etat, au printemps, pour annoncer le confinement du pays, puis la prolongation de cette mesure exceptionnelle. « Il y a une volonté de serrer les boulons, car les chiffres ne sont pas bons et que nous approchons des vacances de la Toussaint », assure-t-on au sein du gouvernement.
Un conseil de défense devait se tenir mardi matin, pour déterminer quelles décisions prendre. Dans la gamme des mesures possibles avant d’avoir recours au confinement, un conseiller liste la possibilité de mettre en place, par exemple, un couvre-feu, ou bien d’annoncer la fermeture des commerces. En cas de confinement localisé, ce dernier pourrait être décrété à l’échelle des zones d’alerte aujourd’hui retenues par le gouvernement. En clair, celle des métropoles.
« Réduire le taux de reproduction du virus »
Pour les scientifiques, si la première vague a pris tout le monde par surprise, les connaissances acquises depuis permettent d’envisager des réponses plus nuancées. Pour ralentir la circulation du virus, plusieurs options se présentent : on peut agir sur la probabilité de transmission (en portant un masque, en gardant ses distances, par les gestes d’hygiène), sur le nombre de contacts par personne (en limitant les interactions sociales) ou sur la durée de la période de contagiosité (avec des médicaments). « Pour réduire les contacts, il n’y a pas beaucoup d’autres choix que le confinement, mais celui-ci peut se décliner de différentes façons », explique l’épidémiologiste suisse Antoine Flahault.
Pour contraindre, ou inciter les gens à rester chez eux, les politiques disposent d’un « catalogue » de mesures pouvant être combinées afin de construire un confinement « à la carte ». Le télétravail peut être encouragé, mais les écoles rester ouvertes. Les déplacements pour le travail peuvent être autorisés, mais un couvre-feu instauré le soir pour limiter les interactions dans la sphère privée.
« Dans tous les cas, l’objectif est de séparer au maximum la population bien portante de la population contagieuse, pour réduire le taux de reproduction du virus, le fameux [taux de reproduction] R », explique Antoine Flahault, ajoutant qu’une politique efficace de « tester-tracer-isoler » peut permettre d’atteindre le même objectif sans passer par des mesures « moyenâgeuses ». « Certains pays comme Singapour et la Corée du Sud estiment qu’il est moins liberticide de tracer les individus informatiquement plutôt que de les assigner à résidence », souligne le scientifique.
Alors que le traçage de contacts perd du terrain, le confinement apparaît comme un dernier recours de moins en moins lointain. Mais sa mise en œuvre différenciée s’avérerait un casse-tête. Le fait, par exemple, de cibler des villes ou quartiers défavorisés, où les conditions de vie facilitent la circulation du virus, risque d’accroître les inégalités. Et en cas de « cordon sanitaire » autour d’une grande métropole, il semble difficile de contrôler les allées et venues de chacun.
« Les semaines qui viennent sont déterminantes »
Evoqué dans le dernier avis du conseil scientifique, le couvre-feu apparaît comme une alternative moins « coûteuse » économiquement et socialement. Il a été mis en œuvre avec succès en Guyane, en juin et juillet. En semaine, il a d’abord été interdit aux habitants de circuler à partir de 23 heures, puis cette limite a été abaissée à 21 heures, avant de passer à 19 heures, puis 17 heures. Le week-end, chacun devait rester chez soi à partir de 13 heures le samedi. « Combiné avec d’autres mesures, comme la fermeture des frontières et des limitations de déplacement, cela a permis d’abaisser le R de 1,7 à 1,1 », détaille Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur, auteur d’une étude sur le sujet, prépubliée en ligne.*
Cette intervention doit avoir lieu suffisamment tôt, car si le nombre de cas est déjà trop élevé, la vague risque malgré tout de submerger les hôpitaux. « Les jours et les semaines qui viennent sont déterminants pour voir ce qui va se passer », estime le chercheur, membre du conseil scientifique.
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A l’hôpital, certains estiment que la ligne rouge n’est pas loin d’être franchie. « Nous sommes déjà obligés de refuser des patients contaminés par le Covid-19, car nous avons atteint notre quota », dit Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine), soulignant qu’il n’y a aucune marge de manœuvre si on souhaite accueillir aussi les patients non-atteints du Covid.
« Le confinement, à un moment donné, on pourrait être obligé d’y recourir », estime-t-il, en rappelant que plus tôt il est mis en place, plus vite il peut être levé. Un cran en dessous, le couvre-feu lui paraît aussi « encore jouable à ce stade ». « Ce qui est sûr c’est que, si on ne fait rien, dans un mois, c’est la catastrophe »,ajoute le médecin, selon qui l’hôpital pourrait ne plus être en mesure de prendre en charge tous les patients.
*Evaluating the impact of curfews and other measures on SARS-CoV-2 transmission in French Guiana
Alessio Andronico, Cecile Tran Kiem, Juliette Paireau, Tiphanie Succo, Paolo Bosetti, Noemie Lefrancq, Mathieu Nacher, Felix Djossou, Alice Sanna, Claude Flamand, Henrik Salje, Cyril Rousseau, Simon Cauchemezdoi:
https://doi.org/10.1101/2020.10.07.20208314
https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.10.07.20208314v1
Abstract
While general lockdowns have proven effective to control SARS-CoV-2 epidemics, they come with enormous costs for society. It is therefore essential to identify control strategies with lower social and economic impact. Here, we report and evaluate the control strategy implemented during a large SARS-CoV-2 epidemic in June-July 2020 in French Guiana that relied on curfews, targeted lockdowns and other measures. We find that the combination of these interventions reduced the basic reproduction number of SARS-CoV-2 from 1.7 to 1.1, which was sufficient to avoid saturation of hospitals. We estimate that thanks to the young demographics across the territory, the risk of hospitalisation following infection was 0.3 times that of metropolitan France and that about 20% of the population was infected by July. Our model projections are consistent with a recent seroprevalence study. The study showcases how mathematical modeling can be used to support healthcare planning and decision making in a context of high uncertainty.
Competing Interest Statement
The authors have declared no competing interest.
Funding Statement
We acknowledge financial support from the Investissement d’Avenir program, the Laboratoire d’Excellence Integrative Biology of Emerging Infectious Diseases program (Grant ANR-10-LABX-62-IBEID), Sante Publique France, the INCEPTION project (PIA/ANR-16-CONV-0005) and European Union V.E.O and RECOVER projects.
Author Declarations
I confirm all relevant ethical guidelines have been followed, and any necessary IRB and/or ethics committee approvals have been obtained.
Yes
The details of the IRB/oversight body that provided approval or exemption for the research described are given below:
All relevant ethical guidelines have been followed, and any necessary IRB and/or ethics committee approvals have been obtained.
All necessary patient/participant consent has been obtained and the appropriate institutional forms have been archived.
Yes
I understand that all clinical trials and any other prospective interventional studies must be registered with an ICMJE-approved registry, such as ClinicalTrials.gov. I confirm that any such study reported in the manuscript has been registered and the trial registration ID is provided (note: if posting a prospective study registered retrospectively, please provide a statement in the trial ID field explaining why the study was not registered in advance).
Yes
I have followed all appropriate research reporting guidelines and uploaded the relevant EQUATOR Network research reporting checklist(s) and other pertinent material as supplementary files, if applicable.
Yes
Paper in collection COVID-19 SARS-CoV-2 preprints from medRxiv and bioRxiv