« Nous avons tous levé notre garde, et moi aussi » : l’alerte du président du Conseil scientifique
Par Jonathan Herchkovitch le 09-10-2020

Invité de la rentrée du CNPS, jeudi 8 octobre, le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a fait un point de situation sanitaire à destination des représentants des professionnels de santé libéraux, en visioconférence mais tout de même masqué.
« L’épidémie est repartie », alerte-t-il. « Nous avons tous levé notre garde au niveau personnel, et je dis cela sans donner de leçon car moi-aussi. Un effort énorme avait été consenti et l’idée selon laquelle c’était presque fini était une erreur », explique-t-il, notant cependant que les projections montraient une complexification de la situation à la mi-octobre.
Mais alors que 15 à 20 000 contaminations sont détectées par jour, le triptyque « tester-tracer-isoler » est encore dysfonctionnel, estime l’immunologue. « La position des médecins généralistes n’est pas claire sur la phase tracer-isoler dans la stratégie de la Cnam », souligne-t-il. « Il y a un problème d’organisation sur la place que doivent tenir les libéraux. »
Quelques motifs d’espoir néanmoins : les mesures prises à Bordeaux et Marseille semblent montrer que la circulation du virus peut être ralentie par des mesures ciblées. Cette stratégie on-off devrait permettre de contenir l’épidémie jusqu’au printemps, qui devrait voir arriver des innovations thérapeutiques. En attendant, les tests salivaires pourraient apporter une aide, mais le Pr Delfraissy s’interroge sur le traçage des personnes contaminées, dans le cadre de tests extra-laboratoire.
Il résume la situation : « Nous ne sommes pas au début de la fin ».
Une trentaine de médecins et chercheurs, dont Patrick Pelloux, appellent à « dissoudre » le Conseil scientifique 29
Par S. B. le 11-09-2020

35 chercheurs, universitaires et médecins, ainsi que le très médiatique urgentiste Patrick Pelloux, appellent à la suppression du Conseil scientifique, chargé d’éclairer le Gouvernement dans la lutte contre le Covid-19. Ils critiquent la communication sur la crise du Covid, qu’ils jugent trop anxiogène.
Dans une tribune publiée par Le Parisien, 35 chercheurs, universitaires et médecins, critiquent la politique et la communication du Gouvernement. Elles relèvent, selon eux, davantage d’un affichage d’une « posture protectrice » que d’une stratégie sanitaire précise.
« Nous, scientifiques et universitaires de toutes disciplines, et professionnels de santé, exerçant notre libre arbitre et notre liberté d’expression, disons que nous ne voulons plus être gouvernés par et dans la peur. La société française est actuellement en tension, beaucoup de citoyens s’affolent ou au contraire se moquent des consignes, et nombre de décideurs paniquent. Il est urgent de changer de cap », écrivent les scientifiques. Covid : les recos du Conseil scientifique sur l’isolement des personnes positives et des cas contacts
« Nous ne sommes pas en guerre mais confrontés à une épidémie qui a causé 30 décès le 9 septembre, contre 1438 le 14 avril. La situation n’est donc plus du tout la même qu’il y a 5 mois. (…) C’est pourquoi nous appelons les autorités politiques et sanitaires françaises à cesser d’insuffler la peur à travers une communication anxiogène qui exagère systématiquement les dangers sans en expliquer les causes et les mécanismes. Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l’éducation citoyenne avec l’infantilisation », ajoutent-ils jugeant irresponsable de « laisser planer la menace » d’un reconfinement.
« Nous appelons également le Gouvernement à ne pas instrumentaliser la science. La science a pour condition sine qua non la transparence, le pluralisme, le débat contradictoire, la connaissance précise des données et l’absence de conflits d’intérêts. Le Conseil scientifique du Covid-19 ne respectant pas l’ensemble de ces critères, il devrait être refondé ou supprimé », tranchent les auteurs de la tribune, qui rappellent « que les premiers à soigner les malades sont les médecins généralistes ».
« Les écarter de la lutte contre le Covid, en ne leur fournissant ni tests ni masques et en suspendant leur liberté de prescrire les médicaments autorisés de leur choix a constitué…
une erreur qui ne doit pas se reproduire », estiment-ils. Le conseil scientifique favorable à une réduction de la quatorzaine Covid, confirme Véran
Sur France Info, ce vendredi matin, le médecin urgentiste Patrick Pelloux a également appelé à « dissoudre » le Conseil scientifique, l’accusant de brouiller « la communication du ministère de la Santé. Ils ne servent plus à grand-chose, ils parasitent l’information ». Les premiers signataires
Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université de Paris ; Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS ; Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’Université de Bordeaux ; Gilles Bœuf, professeur de biologie à Paris-Sorbonne Université ; Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean Roudier, professeur de rhumatologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Louis Fouché, médecin, anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital de la Conception ; Olivier de Soyres, médecin, réanimateur à la clinique des Cèdres ; Christophe Lançon, professeur de psychiatrie à l’Université d’Aix-Marseille ; Laurent Toubiana, épidémiologiste à l’Inserm ; Mylène Weill, biologiste, directrice de recherche au CNRS ; Anne Atlan, généticienne des populations et sociologue, directrice de recherche au CNRS ; Bernard Swynghedauw, biologiste, directeur de recherche émérite à l’Inserm ; Marc-André Selosse, professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean-Louis Thillier, médecin, immunopathologiste ; Jean-François Lesgards, biochimiste, chercheur au CNRS ; Alexandra Menant, biologiste, chercheuse au CNRS ; André Comte-Sponville, philosophe ; François Gastaud, chirurgien orthopédiste à Strasbourg ; Éric Desmons, professeur de droit public à l’Université Sorbonne Paris Nord ; Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté ; Charalambos Apostolidis, professeur de droit public à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté ; Nicolas Sembel, professeur de sociologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Dominique Crozat, professeur de géographie à l’Université de Montpellier ; Marnix Dressen-Vagne, professeur de sociologie à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ; Thomas Hippler, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Caen-Normandie ; Nicolas Leblond, maître de conférences en droit à l’Université Polytechnique Hauts-de-France ; Dominique Labbé, politiste, enseignant émérite à l’Université de Grenoble-Alpes ; Arnaud Rey, chercheur en psychologie au CNRS ; Mathias Delori, politiste, chercheur au CNRS ; Jacques Tassin, écologue, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ; Sylvie Gourlet-Fleury, écologue, chercheuse au Cirad ; Emmanuelle Sultan, docteur en océanographie physique, ingénieure de recherche au Muséum national d’histoire naturelle ; Christophe Leroy, biologiste, docteur en biologie moléculaire et cellulaire ; Bernard Dugué, docteur en pharmacologie, docteur en philosophie.
[Avec leparisien.fr et ouest-France.fr]