En Allemagne, les mesures de restriction prises au niveau fédéral et régional se contredisent

Covid-19 : en Allemagne, cacophonie et inquiétude face à la hausse rapide du nombre de contaminations

Les mesures de restriction prises au niveau fédéral et régional se contredisent, alors que le ministre de la santé Jens Spahn s’est dit « extrêmement préoccupé » par l’enregistrement de plus de 4 000 nouveaux cas de Covid-19 en vingt-quatre heures. 

Par Thomas Wieder  Publié aujourd’hui à 02h51, mis à jour à 10h38

La dernière fois que l’Allemagne avait enregistré plus de 4 000 nouveaux cas de Covid-19 en vingt-quatre heures, c’était le 9 avril, pendant le confinement. Le seuil a de nouveau été franchi, jeudi 8 octobre, et les autorités craignent qu’il ne soit bientôt largement dépassé. « Il est possible que nous ayons plus de 10 000 cas par jour et que le virus se propage de façon incontrôlée », a prévenu Lothar Wieler, le président de l’institut de santé Robert-Koch, jeudi, lors d’une conférence de presse.

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A la gare centrale de Francfort, en Allemagne, le 8 octobre.
A la gare centrale de Francfort, en Allemagne, le 8 octobre. MICHAEL PROBST / AP

Présent à ses côtés, le ministre de la santé, Jens Spahn, s’est dit lui aussi « extrêmement préoccupé » par ces chiffres. « Jusqu’à présent, pratiquement aucun pays en Europe n’a réussi à traverser cette crise aussi bien que le nôtre. Il dépend de chacun de nous de ne pas gâcher ce qui a été accompli », a-t-il déclaré.

Depuis le début de l’épidémie, un peu plus de 9 500 personnes sont mortes du Covid-19 en Allemagne, soit 115 pour un million d’habitants (contre environ 500 en France, 600 en Italie, 700 en Espagne et 870 en Belgique). Quant aux malades du Covid-19 actuellement en réanimation, ils sont environ 240 outre-Rhin (contre un peu plus de 1 400 dans l’Hexagone).

De moins en moins lisible

Dans un tel contexte, caractérisé, d’un côté, par une forte hausse des contaminations mais, de l’autre, par un nombre toujours relativement bas de cas graves et de décès, la stratégie allemande de lutte contre le Covid-19 est de moins en moins lisible.

Les derniers jours l’ont montré, avec une succession d’annonces contradictoires entre le gouvernement fédéral et les Länder, donnant le sentiment d’un manque criant de coordination, le tout sur fond de rivalités politiques grandissantes à un an du départ attendu d’Angela Merkel de la chancellerie.

En début de semaine, les choses paraissaient pourtant claires. « Je ne crois pas qu’il faille sans cesse parler de nouvelles mesures de restriction. J’aimerais déjà que les règles actuellement en vigueur soient respectées », déclarait ainsi M. Spahn, lundi. Cela n’a pas empêché le Land de Berlin d’annoncer, le lendemain, que les bars, les restaurants et les magasins seraient fermés de 23 heures à 6 heures du matin à partir de samedi, et ce au moins jusqu’au 31 octobre.

Le ministre de la santé allemand Jens Spahn, à Berlin, le 8 octobre.
Le ministre de la santé allemand Jens Spahn, à Berlin, le 8 octobre. TOBIAS SCHWARZ / AFP

Parallèlement, plusieurs Länder ont également décidé d’interdire les séjours à l’hôtel et dans les résidences touristiques aux voyageurs venant de « zones à risque », autrement dit là où le nombre de contaminations pour 100 000 habitants dépasse 50 pendant sept jours d’affilée. Mais cela s’est vite transformé en cacophonie totale, chaque région profitant des prérogatives considérables que lui confère la structure fédérale de l’Allemagne pour fixer ses propres règles.

En l’espace de quelques heures, on apprenait ainsi que certains Länder souhaitaient interdire de séjour tous les voyageurs venant de Berlin, tandis que d’autres étaient prêts à accueillir ceux habitant un arrondissement de la capitale où le taux d’incidence est inférieur à 50. Autre exemple : alors que le gouvernement régional de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, au bord de la Baltique, décidait d’imposer une quarantaine incompressible de cinq jours à l’ensemble des voyageurs venant d’une « zone à risque », le Land voisin du Schleswig-Holstein annonçait, de son côté, qu’il accepterait toute personne munie d’un test négatif réalisé dans les quarante-huit heures.

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Sans la moindre coordination

Dans un souci de cohérence, une visioconférence a été organisée, mercredi après-midi, entre les responsables des Länder et le chef de la chancellerie fédérale, Helge Braun. Mais le résultat a été mitigé. Si plusieurs régions se sont mises d’accord sur des règles plus ou moins communes, d’autres refusaient toujours, jeudi, le principe même de restrictions de circulation à l’intérieur du territoire allemand, à l’instar de Berlin ou de la Thuringe…

« Interdire les séjours à l’hôtel aurait du sens si on avait la preuve qu’il s’agit d’un facteur de contamination » Karl Lauterbach, député et épidémiologiste

Inédites depuis le confinement du printemps, ces entraves à la liberté de mouvement ont déclenché de vives critiques. D’abord, parce qu’elles ont été annoncées sans la moindre coordination, prenant tout le monde de court, et ce à quelques jours des vacances d’automne, rendant celles-ci difficiles à prévoir pour beaucoup de familles.

Ensuite, parce que leur efficacité sanitaire est très discutée. « Interdire les séjours à l’hôtel aurait du sens si on avait la preuve qu’il s’agit d’un facteur de contamination. Mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui le virus se propage principalement lors de fêtes privées, de mariages, de grands rassemblements dans des endroits fermés. C’est typiquement le genre de mesure bureaucratique qui n’aura aucun effet », déclarait ainsi le député social-démocrate (SPD) Karl Lauterbach, lui-même épidémiologiste, jeudi, dans un entretien au site d’information T-Online.

Vertus et les limites du fédéralisme

Sans surprise, ces dissonances ont enfin ravivé le débat, toujours prêt à enflammer l’Allemagne, sur les vertus et les limites du fédéralisme.

Avec parfois des prises de position intéressantes à observer d’un point de vue politique à un an des élections législatives. Par exemple de la part du conservateur Markus Söder (CSU), le ministre-président de Bavière, qui se fait désormais le chantre de règles « uniformes » sur l’ensemble du territoire, alors que son Land est traditionnellement l’avocat le plus résolu des autonomies régionales. Une conversion aux atouts du centralisme analysée par certains comme la preuve que le chef de la CSU se prépare à être candidat à la succession de Mme Merkel à la chancellerie fédérale.

« La situation à Berlin m’inquiète particulièrement. J’ai peur qu’elle ne soit plus contrôlable » Markus Soder, ministre-président de Bavière

A un an des législatives, les vieilles rivalités politico-régionales sont en tout cas de retour. En témoigne l’avalanche de critiques proférées ces derniers jours par de nombreux responsables conservateurs contre la majorité de gauche à la tête du Land de Berlin, celui où le taux d’incidence est le plus élevé (50,2 pour 100 000 habitants). « La situation à Berlin m’inquiète particulièrement. J’ai peur qu’elle ne soit plus contrôlable », déclarait ainsi M. Söder, mardi, depuis la capitale bavaroise, jouant à plein l’opposition traditionnelle entre Munich la disciplinée et Berlin la libertaire.

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A gauche, la riposte n’a pas tardé. « Personne n’a instrumentalisé politiquement le nombre très élevé de contaminations en Bavière et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie », Land dirigé par un autre conservateur, Armin Laschet, lui aussi potentiel candidat à la chancellerie, a ainsi réagi Lars Klingbeil, le secrétaire général du SPD. Avant d’ajouter : « Markus Söder joue ici les mini-Trump à vouloir diviser le pays. C’est indécent. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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