La pénurie de personnel dans les Ehpad

Covid-19 : les ARS et Pôle emploi tentent de pallier la pénurie de personnel dans les Ehpad

Les maisons de retraite peinent à recruter des soignants alors que les besoins en personnels augmentent avec la mise en place de mesures plus strictes pour faire face à la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19. 

Par Béatrice Jérôme  Publié aujourd’hui à 13h00, mis à jour à 13h05

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/08/covid-19-les-ars-et-pole-emploi-tentent-de-pallier-la-penurie-de-personnel-dans-les-ehpad_6055275_3224.html

Une résidente reçoit des soins à l’Ehpad Vilanova de Corbas (Rhône), le 1er septembre.
Une résidente reçoit des soins à l’Ehpad Vilanova de Corbas (Rhône), le 1er septembre. JEFF PACHOUD / AFP

« Nous avons besoin de renfort », a lancé Olivier Véran, le 27 septembre, appelant les soignants à venir combler les « postes ouverts, les postes financés, qui ne sont pas pourvus » dans les maisons de retraite. La pénurie chronique de personnels devient de plus en plus critique avec le rebond de l’épidémie de Covid-19. Le ministère des solidarités et de la santé cherche de nouveaux « leviers » pour pallier les manques d’effectifs. « Le recrutement de 20 000 personnes dès 2021 permettrait de soulager les effectifs sous-tensions et très éprouvés par la première vague du printemps mais aussi d’améliorer l’accompagnement des résidents », estime Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France.

« La première vague de l’épidémie a laissé des séquelles psychologiques et somatiques. Les équipes vivent un stress post-traumatique », explique Pascal Meyvaert, vice-président de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendarntes (Ehpad).Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « On est naufragés, si la deuxième vague arrive, elle va être dangereuse » : dans les Ehpad, la crainte du retour du Covid-19

Le mauvais moral des personnels se traduit par des arrêts de travail, des congés maladie, voire des démissions : « C’est inquiétant, reconnaît Romain Gizolme, directeur de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (ADPA). On a des salariés qui commencent à nous dire qu’il va falloir faire sans eux si une seconde vague épidémique arrive. » « Le sujet qui nous mobilise le plus est celui du renfort en ressources humaines », confirme Pierre Ricordeau, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie.

Volontaires peu nombreux

La situation est aussi tendue en raison des possibilités de renfort moindres qu’au printemps. Les nombreuses déprogrammations d’actes médicaux dans les hôpitaux avaient alors permis que des soignants disponibles viennent prêter main-forte aux Ehpad. Cette fois, les volontaires sont peu nombreux. Les bénévoles ne se manifestent guère.

Le besoin de recrutements est d’autant plus grand que les campagnes de tests de dépistage du Covid-19, les précautions d’hygiène liées au virus et les visites sur rendez-vous des familles sont chronophages dans les Ehpad. « Une dizaine de visites par jour impliquent que les équipes consacrent une heure cumulée pour prendre la température des familles, leur faire remplir la charte de bonne conduite, désinfecter les locaux après leur départ », calcule Gaëlle Guillerme, directrice d’un Ehpad appartenant au groupe Korian au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne). Une charge supplémentaire pour le personnel, sans qu’il soit « possible de recruter », dit-elle.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Les visites encadrées dans les Ehpad génèrent des tensions entre familles et direction

Outre la « réserve sanitaire » composée de professionnels volontaires mobilisables par le ministère de la santé, le gouvernement a créé au printemps une « plateforme d’intermédiation » baptisée « renfortrh » sur laquelle peuvent se connecter hôpitaux, Ehpad et professionnels de santé. Elle recense environ 4 000 personnes. Un chiffre encore insuffisant pour répondre à la demande.

Les besoins sont immenses mais les candidats ne se précipitent pas. Le ministère de la santé fait donc feu de tout bois. Le « plan de lutte contre l’épidémie » de Covid-19, diffusé jeudi 1er octobre, liste les « viviers à mobiliser au-delà des viviers habituels ». Parmi ceux-ci, figure le gisement des demandeurs d’emploi.

Directrice générale de la cohésion sociale au ministère, Virginie Lasserre a lancé un appel le 28 septembre, aux directeurs régionaux de Pôle emploi pour qu’ils travaillent en lien avec les ARS.

Image du métier abîmée

« Les métiers de la santé et du grand âge n’ont jamais été aussi prioritaires pour nous », affirme Aurélien Leroy, directeur de la stratégie à l’antenne Pôle emploi de Nouvelle-Aquitaine. Dans cette région, les offres d’emplois pour des postes d’infirmier, de « soins » ou « d’assistance auprès d’adultes » ont augmenté de 10 % par rapport à 2019.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : le conseil scientifique craint des hôpitaux débordés « d’ici à quelques semaines »

Pour tenter de répondre à la demande, les services de Pôle emploi de Nouvelle-Aquitaine prévoient une cinquantaine de rencontres entre recruteurs et demandeurs d’emploi susceptibles d’être intéressés par les métiers du grand âge. En parallèle, les 300 aides-soignants inscrits à Pôle emploi qui ont indiqué vouloir changer de métier vont être reçus individuellement par les services de Pôle Emploi et encouragés à continuer d’exercer leur métier d’origine. L’agence régionale mise aussi sur une application en ligne, La Bonne Compétence Pro, commune à toutes les régions qui permet aux employeurs de recruter, avant la fin de leurs études, les élèves en écoles d’infirmières ou en institut de formation d’aides-soignants.

Mais le temps presse. « Nous avons des demandes du jour pour le lendemain de la part d’Ehpad touchés par le Covid », indique M. Leroy. Olivier Véran a beau vanter les hausses de salaires « historiques » promises au terme du Ségur de la santé aux salariés des Ehpad, le premier frein à l’embauche reste l’image du métier, encore abîmée par la crise sanitaire, responsable de plus de 14 800 morts en Ehpad depuis mars.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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