Consultation citoyenne en Occitanie

L’Occitanie, première région à mettre en place une convention citoyenne pour décider de son avenir

Une centaine de citoyens occitans tirés au sort se sont réunis, du 10 septembre au 3 octobre, pour esquisser les actions prioritaires à mettre en œuvre pour l’avenir de la région. 

Par Audrey Garric  Publié aujourd’hui à 17h13, mis à jour à 17h37

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/08/l-occitanie-premiere-region-a-mettre-en-place-une-convention-citoyenne-pour-decider-de-son-avenir_6055297_3244.html

Première session de la convention citoyenne pour l’Occitanie qui s’est tenue à Toulouse les 10, 11 et 12 septembre.
Première session de la convention citoyenne pour l’Occitanie qui s’est tenue à Toulouse les 10, 11 et 12 septembre. SOFIANE BENSIZERARA/Région Occitanie

Dessiner un avenir plus durable et plus résilient, et le faire à l’aide des populations locales. Voilà le pari de la région Occitanie, qui a mené une convention citoyenne pour son avenir, sur le modèle de la convention citoyenne pour le climat, une première à l’échelle régionale. Elle a livré ses conclusions mercredi 7 octobre, en remettant près de 300 propositions, dont 52 considérées comme prioritaires, à la présidente de région Carole Delga (PS). Une majorité d’entre elles devraient être intégrées au « Green New Deal » régional, un plan de développement et de relance « verte » qui sera voté mi-novembre.

Imaginée avant la pandémie de Covid-19, la convention citoyenne pour l’Occitanie a vu son calendrier chamboulé et resserré en raison du confinement. Elle a réuni 103 habitants de la région tirés au sort – 52 femmes et 51 hommes, âgés de 19 à 75 ans et appartenant à toutes les catégories socioprofessionnelles, urbains comme ruraux – au cours de sept journées de travail entre le 10 septembre et le 3 octobre à Toulouse, Montpellier et Carcassonne. Leur mandat : préconiser des mesures pour « améliorer la vie des habitants de l’Occitanie et pour préparer l’avenir », dans le cadre des compétences de la région.

« Nous avons discuté de la mise en œuvre de nouvelles politiques publiques plus vertes, du développement plus équilibré entre grandes villes et ruralité, de la transition numérique, d’une alimentation saine ou encore des transports, résume Clarisse Pintat, l’une des participantes de la convention, qui habite en Haute-Garonne. Cela manifeste aussi notre désir de résilience dans la crise sanitaire que nous traversons. » 

Stopper l’extension des villes

Parmi leurs propositions prioritaires, les citoyens proposent d’aider les agriculteurs à commercialiser leurs produits en circuit court, de réduire les traitements chimiques jusqu’à leur interdiction, de stopper l’extension des villes en revitalisant les centres-bourgs, d’inciter les entreprises à embaucher les jeunes diplômés, de remettre en circulation les petites lignes de chemin de fer, de favoriser le covoiturage au sein des entreprises, de développer le tourisme en milieu rural ou encore de lutter contre les déserts médicaux.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Convention citoyenne pour le climat : « On avance sur un fil car on n’est ni un parti, ni une entreprise »

« J’ai été étonnée du consensus qui s’est dégagé sur l’urgence écologique, alors que nous venons d’horizons très différents », témoigne Marie-Christine Aimé-Gasc, une autre des tirés au sort, qui vit à Balma (Haute-Garonne). Même si elle aurait parfois « voulu des mesures plus drastiques et plus rapides », notamment sur l’interdiction des pesticides – la majorité des 52 propositions relève plutôt de l’incitation que de la contrainte –, cette retraitée comprend qu’il faille « y aller en douceur » pour « rendre les gens acteurs » du changement.

Un processus qui essaime

S’ils saluent une « expérience positive » et la « force de l’intelligence collective », les 103 citoyens restent vigilants sur le devenir de leurs propositions. Carole Delga s’est engagée à faire examiner toutes les mesures par les élus régionaux, afin d’enrichir le « Green New Deal ». « Aucune n’est en opposition complète avec la politique de la majorité, note-t-elle. Certaines pourront être appliquées dès le budget 2021, voté à la fin de l’année, tandis que d’autres vont demander de plus grandes adaptations. » Leur mise en œuvre dépendra donc aussi de l’issue des élections régionales de mars 2021.

Trois thèmes définis par les membres de la convention (« améliorer le bien-être de tous », « renforcer les solidarités territoriales » et « développer de nouvelles pratiques de la citoyenneté ») feront également l’objet d’une votation citoyenne qui sera organisée du 16 octobre au 6 novembre, et sera ouverte aux 4,5 millions d’habitants de la région âgés de plus de 15 ans – un processus déjà utilisé pour définir le nom de la région en 2016. Le résultat sera lui aussi pris en compte dans l’élaboration du « Green New Deal ». Enfin, un comité de suivi, composé de citoyens tirés au sort parmi les membres de la convention, surveillera la mise en œuvre des préconisations.

« Avec plus de temps, les citoyens auraient pu aller plus loin sur le fond des mesures, mais c’est intéressant de voir que les régions s’inspirent de la convention citoyenne pour le climat pour renouveler leurs pratiques démocratiques, en utilisant la démocratie délibérative, mais aussi la démocratie directe, via la votation, pour faire leurs choix politiques », juge Armel Le Coz, coordinateur du collectif Démocratie ouverte, qui accompagne l’Occitanie pour tester de nouveaux dispositifs démocratiques.

Le processus de démocratie délibérative, basé sur le tirage au sort, essaime désormais à l’échelle des collectivités. La ville de Nantes a annoncé le lancement d’une convention citoyenne entre novembre et février 2021 pour établir un diagnostic de la crise sanitaire et esquisser des pistes d’action. Nancy et Poitiers souhaitent également lancer une assemblée citoyenne respectivement en janvier et septembre 2021, tandis que Marseille envisage la création d’un « Parlement du futur » rassemblant habitants, élus politiques et experts. Parmi les thèmes retenus figure toujours l’écologie. La preuve que des collectivités s’investissent de plus en plus dans la transition.

Audrey Garric

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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