Covid-19 : un tiers des clusters concerne l’école et l’université
Avec 285 foyers de contamination en cours d’investigation, le milieu scolaire et universitaire devient la première « collectivité » de circulation du virus, devant les entreprises, selon le dernier bulletin hebdomadaire de Santé publique France.
Par Mattea Battaglia et Camille Stromboni Publié le 26 septembre 2020 à 19h41 – Mis à jour le 28 septembre 2020 à 07h31
Les établissements scolaires et les universités sont-ils en passe de devenir les principaux foyers de contamination de cette nouvelle vague épidémique du Covid-19 ? Le dernier bulletin hebdomadaire de l’agence Santé publique France (SPF), publié jeudi 24 septembre, peut le laisser penser : 32 % des 899 clusters en cours d’investigation concernent le milieu scolaire et universitaire (chiffre arrêté au 21 septembre).
Avec 285 clusters, le monde éducatif passe, pour la première fois, devant celui de l’entreprise, qui en compte 195. Viennent ensuite les établissements de santé (97) et les « événements publics ou privés : rassemblements temporaires de personnes »(77), écrit SPF. Dans son précédent bulletin, daté du 17 septembre, le milieu scolaire et universitaire comptabilisait 160 clusters en cours d’investigation (soit 22 % du total), et 26 seulement au 10 septembre. Ces chiffres, établis « par type de collectivités », excluent les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et le « milieu familial restreint », précise l’institution.Lire aussi Peut-on interdire une fête privée à son domicile au nom de la lutte contre le Covid-19 ?
A noter, toutefois : si l’on prend en compte l’ensemble des clusters identifiés (y compris ceux maîtrisés ou clôturés), et pas seulement ceux en cours d’investigation, les entreprises restent le premier type de collectivités touchées, avec 26 % du total des 2 442 foyers de transmission ; le milieu scolaire et universitaire en réunit 383, soit 16 % d’entre eux.
« Bon respect des règles sanitaires »
Il n’empêche : la montée en puissance des cas groupés identifiés dans la jeunesse intervient alors que l’éducation nationale a communiqué, vendredi 25 septembre, un point de situation plutôt rassurant des établissements touchés. A cette date, 19 structures scolaires et 1 152 classes sont fermées, contre 90 établissements et 2 000 classes une semaine plus tôt. « C’est le signal d’un bon respect des règles sanitaires », s’est réjoui le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, vendredi sur Franceinfo. « Sur le terrain, il n’y a pas tant de contaminations que cela », a-t-il assuré.
Faut-il en déduire que les foyers de contamination se trouvent surtout dans le monde universitaire ? Plus d’une dizaine de clusters étaient identifiés dans des établissements de ce type, au 13 septembre, d’après le ministère de l’enseignement supérieur, qui n’a pas, depuis, publié de nouveaux chiffres. Mais chaque jour voit s’allonger la liste des facs et grandes écoles touchées par des contaminations dans les rangs étudiants, et qui, pour certaines, ferment leurs portes en basculant dans un enseignement à distance – Centrale Lyon, Sciences Po, Polytechnique…
A ce stade, Santé publique France ne distingue pas la part des clusters relevant des universités et ceux localisés dans les écoles, collèges ou lycées, tout en assurant que ce « distingo » sera fait prochainement. L’agence nationale n’indique pas non plus la taille des foyers, qui peut aller d’une poignée de cas à plusieurs centaines. Un cluster est défini par « la survenue d’au moins 3 cas confirmés ou probables dans une période de sept jours et qui appartiennent à une même communauté ou ont participé à un même rassemblement de personnes ».
« Nuage de Tchernobyl »
Ce qui est sûr, c’est que l’augmentation des clusters intervient à un moment où, dans le corps enseignant, de nombreuses voix s’élèvent pour questionner l’assouplissement du protocole sanitaire en milieu scolaire. Les syndicats dénoncent un « deux poids, deux mesures », alors qu’Olivier Véran a annoncé, le 23 septembre, un durcissement des restrictions (bars, restaurants, salles de sport, rassemblements, etc.) avec 69 départements placés en zone rouge. Or, depuis le 22 septembre, la définition des cas contacts chez les élèves comme parmi les enseignants du primaire a évolué, pour éviter au maximum les fermetures de classe.
« Comme avec le nuage de Tchernobyl, on aurait un virus qui circule partout mais s’arrêterait aux portes de l’école, s’énerve Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire au primaire. Les enseignants ont l’impression d’une navigation à vue dans un but uniquement économique : faire en sorte que les parents puissent continuer de travailler. »
Chez les médecins, on fait bien la différence entre publics scolaire et universitaire.« On sait que les enfants sont très peu contaminants, quand les étudiants sont des vecteurs de contamination comme n’importe quels adultes », souligne Patrick Goldstein, patron des urgences du CHU de Lille et du SAMU du Nord.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les méthodes de détection de l’infection par le SARS-CoV-2
Pour lui, la rentrée universitaire, tout au long du mois de septembre, est un facteur majeur du rebond épidémique. « On voit bien que ça repart dans les grandes métropoles, précisément dans les grandes villes universitaires », dit l’urgentiste, qui enchaîne les interventions dans les grandes écoles pour sensibiliser les étudiants aux gestes barrières. Les premières chaînes de contamination établies par plusieurs agences régionales de santé concernent les soirées festives. « Encore quinze jours, et la rentrée universitaire sera vraiment finie, reprend M. Goldstein. On aura donc à la fin octobre une vision plus claire de la vague épidémique et de la suite. »