«La dernière bataille pour le Haut-Karabagh a commencé »

Nouvelles frappes, tirs de roquette: la guerre s’installe dans le Haut-Karabagh

4 OCTOBRE 2020 PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART

L’offensive militaire de l’Azerbaïdjan contre la république sécessionniste à majorité arménienne a redoublé d’intensité samedi et dimanche. Des centaines de miliciens syriens ont été acheminés par Ankara pour prêter main-forte à l’armée du président Ilham Aliev.

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«La dernière bataille pour le Haut-Karabagh a commencé », a déclaré, samedi, Arayik Harutyunian, président de cette région d’Azerbaïdjan et République autoproclamée, en tenue militaire, devant des journalistes, en annonçant qu’il rejoignait le front.

Dimanche matin, la capitale séparatiste de Stepanakert (55 000 habitants) a été la cible d’intenses tirs d’artillerie lourde de l’armée azerbaïdjanaise, vers 9 h 30. Bakou a indiqué avoir procédé à ces tirs en riposte à des tirs de roquettes des forces arméniennes depuis la ville. Les frappes sur la ville de Stepanakert ont débuté vendredi, forçant la population à trouver rejuge dans les caves et les abris. Et la ville est désormais privée d’électricité.

« Les sirènes retentissent de manière quasi incessante, ont rapporté les journalistes de l’AFP, dimanche. Le centre et la périphérie ont été touchés, et au nord-est de la fumée noire s’élevait dans le ciel. Les habitants se réfugient dans les abris existants, comme la crypte d’une église, où plusieurs familles se sont terrées dans une atmosphère résignée. » 

« Les hôtels qui servent de relais à l’évacuation vers l’Arménie sont pris d’assaut par les volontaires au départ, ceux qui avaient hésité jusqu’à présent »relève Veronika Dorman, envoyée spéciale de Libération à Stepanakert.Un bâtiment brûle après des bombardements sur la ville de Stepanakert, le 4 octobre. © Armenian Government/AFPUn bâtiment brûle après des bombardements sur la ville de Stepanakert, le 4 octobre. © Armenian Government/AFP

« Les autorités arméniennes, qui publient quotidiennement des bilans fantaisistes sur les pertes de l’ennemi, communiquent peu et mal sur les détails balistiques, mais les frappes semblent de plus en plus ciblées, plus fréquentes et de plus gros calibre. Stepanakert est dans le viseur », alerte la journaliste. 

Deux journalistes du Monde, Allan Kaval et Rafael Yaghobzadeh, blessés lors d’un bombardement, jeudi, dans le village de Martouni, dans le Haut-Karabagh, ont été rapatriés en France.

La deuxième ville d’Azerbaïdjan, Gandja, a été de son côté « sous le feu » des forces arméniennes, a par ailleurs annoncé, dimanche, le ministère azerbaïdjanais de la défense. Les autorités du Haut-Karabagh ont revendiqué y avoir détruit un aéroport militaire. « Ces attaques [sur Gandja] aujourd’hui constituent un nouvel indicateur de la position arménienne, qui ne reconnaît pas la loi. Nous condamnons ces attaques », a indiqué le ministère turc des affaires étrangères. 

Les autorités d’Azerbaïdjan ne cachent plus qu’elles s’engagent dans une guerre de reconquête de cette région à majorité arménienne, qui s’est déclarée indépendante en 1991 et s’est maintenue sur ses frontières depuis 1994, date d’un cessez-le-feu imposé par la Russie. 

« Nous allons reprendre nos territoires, c’est notre droit légitime et notre objectif historique, a déclaré le président azerbaïdjanais Ilham Aliev à la chaîne de télévision Al Jazeera. Nous ne pouvons pas attendre 30 ans de plus. Le conflit du Karabagh doit se résoudre maintenant. » Au pouvoir depuis 16 ans, l’inamovible président Aliev a indiqué que le retrait des forces arméniennes des « territoires occupés » était un préalable à un cessez-le-feu. « Le monde entier reconnaît l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, et aucun pays au monde ne reconnaît la soi-disant République du Haut-Karabagh », a-t-il martelé. 

L’Azerbaïdjan a annoncé avoir reconquis le village stratégique de Madaguiz, qui permet de contrôler la route reliant l’Arménie au Karabagh.  « Aujourd’hui [samedi] l’armée azerbaïdjanaise a libéré les villages de Talis, à Terter, de Mehdili, Cakirli, Asagi Maralyan, Seybey et Kuycak à Jabrail et d’Asagi Abdurrahmanli à Fuzuli », a annoncé le président Aliev sur Twitter.

De leur côté, les forces de la République du Haut-Karabagh ont affirmé avoir repoussé une « attaque massive » de Bakou. Les combattants ont « détruit un gros regroupement militaire », a annoncé une porte-parole militaire arménienne, Chouchan Stepanian.

Le ministère des affaires étrangères de la petite république séparatiste a lancé un appel à la communauté internationale en faveur de sa reconnaissance, dénonçant « la triple alliance », contre elle, « de l’Azerbaïdjan, de la Turquie et d’organisations terroristes du Moyen-Orient »

En effet, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), au moins 64 miliciens syriens ont été tués dans ce territoire depuis le début des combats. L’ONG affirme que 1 200 Syriens ont été envoyés par la Turquie se battre aux côtés des forces azerbaïdjanaises contre les séparatistes du Haut-Karabagh. 

Emmanuel Macron a dénoncé, jeudi soir, ce déploiement par Bakou de « combattants djihadistes » venus de Syrie, jugeant qu’une « ligne rouge » avait été franchie. 

« Selon nos propres renseignements, 300 combattants ont quitté la Syrie pour rejoindre Bakou en passant par Gaziantep (Turquie). Ils sont connus, tracés, identifiés, ils viennent de groupes djihadistes qui opèrent dans la région d’Alep, avait précisé le président français. D’autres contingents se préparent, à peu près de la même taille […], c’est inacceptable. »

Emmanuel Macron avait ajouté qu’il demanderait « des explications » au président turc Recep Tayyip Erdogan « dans les tout prochains jours », en tant que coprésident du groupe de Minsk chargé d’une médiation dans ce conflit avec la Russie et les États-Unis.

Jeudi, le groupe de Minsk avait condamné « dans les termes les plus forts l’escalade de la violence récente sur la ligne de contact dans la zone de conflit du Haut-Karabagh ».

Des témoignages de djihadistes syriens partis combattre ou sur le point de le faire ont été recueillis par la BBCet Le Monde. Abdallah a expliqué à la BBC être arrivé le 23 septembre à Bakou, via Istanbul, pour y « patrouiller sur des positions militaires ». Contraint d’abandonner tous ses effets personnels et de revêtir l’uniforme azerbaïdjanais, il a été déposé sur une ligne de front sans aucune préparation. Le Mondes’est entretenu avec deux mercenaires syriens sur le départ.

« On est deux cents à partir pour l’Azerbaïdjan, affirme l’un d’eux. Nos chefs nous ont proposé une paye oscillant entre 1 300 et 1 800 dollars. La situation à Idlib est très difficile et j’ai une famille à entretenir. Quel que soit l’endroit où les Turcs me demanderont d’aller, j’irai. Ce sont nos alliés. » « Notre mission consistera à garder la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, mais nous pourrons aussi participer à des attaques, déclare un deuxième milicien. Nous avons des intérêts croisés avec la Turquie. C’est le dernier pays à soutenir encore la révolution, donc c’est normal de coopérer avec elle. »

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Depuis le 27 septembre, les hostilités auraient fait 242 morts : 209 soldats du Haut-Karabagh, 14 civils arméniens et 19 civils azerbaïdjanais, Bakou ne communiquant pas ses pertes militaires. Les pertes militaires restent aléatoires et les chiffres difficiles à confirmer. En effet, de source arménienne, 3 000 soldats azerbaïdjanais auraient déjà péri, tandis que Bakou estime les pertes adverses à 2 300 militaires arméniens.

Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a jugé samedi soir que l’Arménie fait face dans ce conflit « au moment peut-être le plus décisif de son histoire ». Une « prière nationale pour le Nagorny Karabagh et ses défenseurs » a eu lieu samedi soir, dans toutes les églises d’Arménie et de sa diaspora.

Selon les journalistes présents sur place, sur la route menant d’Erevan à Goris, une localité limitrophe du Haut-Karabagh, de nombreux volontaires se rendaient en voiture en direction de la zone des combats pour évacuer vers la capitale arménienne des familles chassées par les bombardements.

(Avec AFP)

*Le Caucase s’embrase

29 SEPTEMBRE 2020 PAR JEAN-PIERRE PERRIN

https://www.mediapart.fr/journal/international/290920/le-caucase-s-embrase

Bakou et Erevan s’affrontent à nouveau pour le Nagorno-Karabagh, une province d’Azerbaïdjan très majoritairement peuplée d’Arméniens. L’absence de perspectives de négociations pourrait avoir poussé l’Azerbaïdjan à passer à l’offensive. Avec le soutien de la Turquie.

C’est déjà ce qu’un expert du Caucase appelle « une petite guerre » et non plus une succession d’escarmouches entre l’armée de l’Azerbaïdjan et celle de l’Arménie, comme il s’en produit très régulièrement depuis la dernière grande escalade militaire en date, dite « la guerre des quatre jours », en avril 2016. De la demi-douzaine de conflits territoriaux qui sont nés de l’éclatement de l’URSS, celui du Nagorno-Karabagh, plus connu sous le nom de Haut-Karabagh, est en effet celui qui a le plus fort potentiel explosif.

Parce que s’y mêlent la violence ethnique, des contentieux historiques et territoriaux vieux d’au moins un siècle, les ingérences de certaines puissances, en particulier la Turquie et la Russie, et le douloureux souvenir pour les Arméniens du génocide de 1915 perpétré par l’Empire ottoman – même si l’actuel conflit ne s’inscrit pas dans le cadre de cette histoire terrible.

A Erevan (Arménie), le 28 septembre 2010, un homme embarque en direction de la province du Nagorno-Karabagh (Azerbaïdjan), après que le gouvernement arménien a décidé la mobilisation. © Stepan Poghosyan / PHOTOLURE / AFP

A Erevan (Arménie), le 28 septembre 2010, un homme embarque en direction de la province du Nagorno-Karabagh (Azerbaïdjan), après que le gouvernement arménien a décidé la mobilisation. © Stepan Poghosyan / PHOTOLURE / AFP

Sur les images de propagande fournies par les deux pays, on voit des chars et des véhicules blindés en feu qui témoignent que les affrontements autour de l’enclave arménienne sont intenses, laissant craindre que le front du Nagorno-Karabagh ne redevienne, selon les mots du premier ministre arménien, Nikol Pachinian, une « guerre d’envergure aux conséquences imprévisibles ». Si l’Azerbaïdjan cache ses pertes militaires, celles du côté arménien s’élèvent déjà à plus de 60 soldats tués et des dizaines de blessés, selon le ministère de la défense de la République séparatiste. Par ailleurs, au moins onze civils ont trouvé la mort.

D’ores et déjà, Erevan a décrété « la mobilisation générale » et instauré « la loi martiale », ce qui n’était pas arrivé depuis 1990. Même tonalité guerrière du côté de l’Azerbaïdjan, dont le président Ilham Aliev a lui aussi décrété la loi martiale, ainsi qu’un couvre-feu à Bakou, dans d’autres grandes villes et près de la ligne de front.  

Pour le moment, si l’on en croit une carte diffusée par l’armée turque qui montre l’avancée des troupes azerbaïdjanaises sur toute « la ligne de contact », c’est l’armée de Bakou qui semble avoir pris l’initiative de l’offensive. Elle a ainsi repris le contrôle de plusieurs villages. Araïk Haroutiounian, le président de la République séparatiste autoproclamée, a d’ailleurs reconnu que« des positions ont été perdues ».

Précédées par de terribles violences interethniques entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, notamment des pogroms anti-Arméniens à Soumgaït (30 civils tués) et Bakou (au moins 90 tués et 700 blessés), respectivement en février 1988 et en janvier 1990, soit avant même la dissolution de l’URSS, la guerre entre les deux ex-Républiques a vraiment commencé avec le départ de la région de l’armée soviétique. Principal enjeu du conflit : la possession du Nagorno-Karabagh, une province d’Azerbaïdjan peuplée majoritairement d’Arméniens, qui va se déclarer, après un vote de sa population, indépendante en 1991. Avec le soutien d’Erevan.

Le conflit durera jusqu’en 1994, avec deux grandes offensives arméniennes en 1992 et 1993, et, finalement, un cessez-le-feu. Il fera quelque 30 000 morts, 400 000 réfugiés arméniens d’Azerbaïdjan et 800 000 réfugiés azéris d’Arménie et du Karabagh. Les forces arméniennes ne font pas que s’emparer de l’enclave mais annexent en plus l’ensemble des terres situées entre celle-ci et l’Arménie.

Depuis, la petite République séparatiste, qui ne compte que 150 000 habitants sur 4 400 km2, qui n’a jamais été reconnue par la communauté internationale, pas même par l’Arménie, et dépend totalement pour sa survie de l’aide financière et militaire d’Erevan, vit sous ce régime de cessez-le-feu. Mais Bakou n’a jamais renoncé à reprendre le Nagorno-Karabagh et, d’abord, des terres limitrophes qui séparent l’enclave séparatiste de l’Arménie. La frontière entre les deux pays reste dès lors l’un des espaces les plus militarisés en Eurasie. Dans l’enclave arménienne, la population masculine est ainsi mobilisable à la minute et en permanence. Quant aux pourparlers de paix, ils n’ont jamais abouti.

Pour tenter de mettre fin au conflit, l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) a pourtant créé dès 1992 une structure, appelée Groupe de Minsk, composée de 11 États. « Mais ce groupe, résume l’écrivain et spécialiste du Caucase Jean-Louis Gouraud, a fait, depuis lors, la preuve éclatante de sa totale inefficacité. Étant coprésidé par les États-Unis, la France et la Russie, les chances d’aboutir à une solution étaient faibles, les États-Unis étant totalement indifférents au sujet, la France impuissante et les Russes peu désireux de dégeler un conflit dont, à intervalles réguliers, ils se sont servis : tantôt pour convaincre l’Arménie d’adhérer à l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective, dont l’Arménie est membre fondateur, en 2002, avec la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan), une structure politico-militaire dirigée par Moscou censée contrebalancer l’OTAN, tantôt pour rappeler à l’Azerbaïdjan son état de dépendance lorsque cet dernier cherche à prendre ses distances avec l’ancienne puissance tutélaire et à rééquilibrer ses relations au profit des deux autres encombrantes puissances qui l’entourent, l’Iran et la Turquie.»

« Le Nagorny-Karabagh fait donc partie de ces fameux conflits gelés dont la persistance ne s’explique que parce qu’elle arrange, au fond, ceux-là même qui auraient les moyens de les régler, ajoute Jean-Louis Gouraud. Car Moscou a les moyens d’imposer des négociations de paix aux deux parties. Mais, pour servir ses propres intérêts, il a préféré garder cette plaie ouverte sur son flanc. Quel gâchis ! Les ressources considérables de l’Azerbaïdjan et l’habileté à commercer des Arméniens auraient pu transformer la région en un havre de prospérité économique. »

Si la position de la Russie a pu être favorable dans le passé à Bakou, si elle a même livré quantité d’armes aux deux belligérants pour le plus grand profit de son complexe militaro-industriel, elle penche aujourd’hui plutôt du côté d’Erevan, avec la présence d’une base et de gardes-frontière russes sur son territoire et un accord militaire liant les deux pays. D’où une relation de plus en plus asymétrique entre Erevan et Moscou, le gouvernement de Bakou voyant dans le parrain russe son assurance sur la vie. Mais le Kremlin ne joue jamais ouvertement franc-jeu quand il s’agit du Caucase. Et l’on sait qu’il a mal pris l’emprisonnement de l’ancien président (pro-russe) Robert Kotcharian et, d’une façon générale, le succès de la « révolution de velours » du printemps 2018.

Cette asymétrie existe beaucoup moins entre l’Azerbaïdjan, qui a établi une première République dès 1918, et la Turquie, même si les deux pays ont aussi des accords militaires et ont mené ensemble d’importantes manœuvres militaires en août, les plus grandes jamais organisées entre les deux pays.

Dès dimanche, Ankara s’est d’ailleurs engagé ouvertement aux côtés de Bakou : le ministre de la défense turc a affirmé qu’Ankara allait soutenir l’Azerbaïdjan « avec tous ses moyens » et le président Recep Tayyip Erdogan a promis d’aider ses « frères azerbaïdjanais ». « On ne peut pas dire que cette nouvelle escalade a été provoquée par la Turquie mais, les pourparlers étant bloqués, celle-ci a indéniablement contribué à ce que l’Azerbaïdjan prenne une position plus dure », analyse l’expert Sergei Markedonov dans une contribution à l’institut de recherche Carnegie Moscow Center.

Mais l’Azerbaïdjan n’est pas pour autant sous la coupe d’Ankara. Il a ainsi noué d’excellentes relations avec la Géorgie – l’oléoduc qui lui permet d’exporter le pétrole extrait de la mer Caspienne jusqu’au port turc de Ceyhan sur la Méditerranée passe par le territoire géorgien – et les États-Unis. Il a même diversifié ces dernières années ses approvisionnements en armes en devenant un allié d’Israël, qu’il fournit en pétrole et dont il reçoit notamment des systèmes de défense sophistiqués, dont des drones et des missiles – en 2016, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a affirmé que son pays avait signé un contrat de 5 milliards de dollars avec Tel Aviv, ce qui a suscité l’indignation du président arménien.

De son côté, Erevan a les meilleures relations qui soient avec Téhéran, qui a offert sa médiation – laquelle devrait être refusée par Bakou.

Déjà, en juillet, de violents accrochages avaient opposé les deux pays. Ils n’avaient pas pour autant débouché sur une reprise sérieuse des discussions, à la grande déception de Bakou, d’autant plus que la population du pays se manifeste pour exiger la récupération des terres perdues. Auparavant, souligne le Carnegie Moscow Center, « la “révolution de velours” de 2018, qui a porté au pouvoir Nikol Pachinian, avait aussi nourri les espoirs des dirigeants azerbaïdjanais du fait que le nouveau premier ministre n’avait aucun lien avec le Nagorno-Karabagh et, au contraire, avait déclaré la guerre au “clan dit du Karabagh” » et qu’une « ouverture était donc possible » pour résoudre le conflit. C’est le contraire qui s’est produit : Pachinian est devenu très pro-Karabagh, encore plus que son prédécesseur.

L’offensive actuelle serait donc la conséquence de la désillusion de Bakou, laquelle aurait renforcé le clan des faucons. « Il s’agit probablement d’une bataille pour s’emparer de petites parcelles de territoires, sans grande importance, qui permettront une déclaration symbolique de “victoire” et une victoire plus réelle sur le plan intérieur », précise encore Sergei Markedonov, du Carnegie Moscow Center. « Cette stratégie peut sembler infaillible en théorie, poursuit-il, mais, en pratique, placer la barre plus haut dans un conflit peut faire qu’il devienne très difficile d’y mettre fin. L’absence de discussions devient critique. Si le pendule du Karabagh n’est pas réparé très vite et si son balancier ne passe pas des généraux aux diplomates, il peut devenir irréparable. Et alors les perspectives d’une autre guerre régionale ne seront plus un simple scénario envisagé par les experts. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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