Covid-19 : « L’hydroxychloroquine n’a pas d’effet significatif »

Libération
publie une interview du Pr Bernard Bégaud, pharmacologue et ancien président de l’université de Bordeaux-II, qui « fait le point sur l’hydroxychloroquine, alors que sont publiées des études sur cette molécule, dont l’efficacité contre le Covid-19 est contestée. Il regrette qu’elles viennent toutes de l’étranger ».
Le Pr Bégaud souligne qu’« on ne peut pas dire que les études ont définitivement tranché, dans le sens qu’aucune n’apporte de certitude, mais avec le temps et les données qui s’accumulent, tout cela nous amène à constater que l’hydroxychloroquine n’a pas d’effet significatif, ni sur une diminution du risque de développer une forme grave liée au Covid-19 ni sur le fait de prévenir la contamination ou le passage à la maladie ».
Il ajoute : « Si l’on ne retient que les études cliniques sérieuses menées à un stade précoce de la maladie, l’essai anglais Recovery, les éléments pertinents de la méta-analyse parue en août dans Clinical Microbiology and Infection, mais aussi une étude menée en prévention aux Etats-Unis et non encore publiée, on arrive à la conclusion qu’aujourd’hui, le rapport bénéfice-risque de ce médicament dans cette indication n’apparaît pas favorable ».
Le pharmacologue remarque en outre : « Il est exact que beaucoup d’études négatives pour l’hydroxychloroquine ont été conduites à des stades trop tardifs de l’infection, quand le virus n’est plus le problème, et de ce fait on ne peut pas les considérer comme des preuves de l’inefficacité de l’hydroxychloroquine. De plus, peu ont étudié l’association qu’il préconise avec l’azithromycine. Reste qu’il y a quelques études bien conduites ».
« De plus, des dizaines de milliers de patients prennent de l’hydroxychloroquine, par exemple pour traiter un lupus. Et l’on n’a pas vu dans cette population une diminution des formes graves du Covid, ni de la mortalité. Les effets de ce médicament sont donc probablement marginaux. Je le constate avec regret », note le Pr Bégaud.
Libération observe par ailleurs : « Pourquoi ces études ont-elles été effectuées hors de France ? ».
Le spécialiste répond que « ce constat pointe un échec considérable de la recherche clinique française. Nous avons un chercheur de renom, français [le Pr Didier Raoult], qui propose dès février un traitement. Nous sommes face à une vague épidémique considérable, avec des gens infectés et des milliers de personnes qui en meurent. Or, rien ne se passe. Dans un monde normal, on aurait aussitôt constitué un groupe de travail pour étudier les données disponibles, puis le cas échéant monté une étude pour vérifier. C’était facile à réaliser, des experts étaient disponibles et motivés. En quelques jours, on aurait pu monter un protocole, et avoir une réponse au plus tard fin mars ».
Le Pr Bégaud constate que « rien n’a été suscité. On a laissé les gens dans l’inconnue. Des centres, des services de soins ont monté leur essai dans leur coin, sans la moindre coordination. Il y en a eu une trentaine. Des initiatives isolées, non coordonnées, souvent vouées à l’échec. C’était vraiment lamentable : on s’est même félicité de ce grand nombre d’études. Et le plus grave est que cette anarchie d’essais intervient dans un pays qui a, pourtant, un potentiel énorme dans la recherche clinique. […] C’est une humiliation profonde pour la recherche française. Cela laissera des traces ».