« Covid-19 : comment les scientifiques jugent la stratégie sanitaire française »

Le Monde annonce avoir « interrogé plusieurs dizaines de spécialistes hospitaliers, de l’Inserm ou de l’OMS, pour faire le point sur ce qui fait consensus et ce qui divise encore la communauté scientifique, six mois après la première vague de Covid-19 ».
Le journal souligne en effet qu’« alors que la lassitude et l’incompréhension accompagnaient la généralisation du port du masque dans les grandes métropoles, mi-septembre, Le Monde s’est interrogé sur les fondements scientifiques de cette décision. Ce questionnement en a appelé d’autres : quel est l’avis des spécialistes sur la politique de dépistage massif mise en place à la rentrée ? Sur les autres mesures de prévention ? Sur une éventuelle stratégie de l’immunité collective naturelle ? Qu’est-ce qui devrait, selon eux, être amélioré ? ».
Le quotidien explique avoir « envoyé, à la mi-septembre, à près de 200 scientifiques, une vingtaine de questions identiques sur la politique sanitaire liée au Covid-19. Au total, 54 ont répondu : des médecins infectiologues, virologues en centre hospitalier universitaire (CHU), épidémiologistes à l’Inserm, ou à l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). N’ont notamment pas répondu plusieurs scientifiques qui travaillent pour l’agence gouvernementale Santé publique France, l’institution verrouillant sa communication à double tour ».
Le Monde note que « les réponses donnent un aperçu du consensus scientifique, 6 mois après la première vague de Covid-19 : tous estiment que la maladie est désormais plutôt bien connue, et que la propagation peut être freinée avec certaines mesures simples, peu coûteuses et à l’efficacité prouvée ».
« Ils sont, en revanche, divisés sur l’efficacité du port du masque en extérieur, mais estiment que cette obligation peut relever d’un principe de précaution justifiable. De nombreux chercheurs se montrent aussi très critiques à l’égard de la politique de tests massifs, et déplorent une communication gouvernementale brouillonne », continue le journal.
Le Monde détaille ainsi plusieurs points, dont « les masques en extérieur, une question qui divise » : « Il n’existe aucune certitude sur l’utilité des masques à l’air libre, mais, par prudence, dans un contexte de communications gouvernementales contradictoires, il faut continuer à les porter. Tel est le consensus général, en apparence paradoxal, qui se dégage de notre consultation.
Une écrasante majorité des scientifiques que nous avons interrogés approuvent leur port dans les lieux clos, en citant les nombreuses études concluantes sur leur efficacité ».
« Mais dès que l’on aborde l’utilité du masque en extérieur, le consensus se brise. La faute, en premier lieu, à une littérature académique plus chiche sur le sujet, regrettent à l’unanimité les scientifiques sondés. En dehors des configurations où la foule est groupée (marchés, centres-villes, manifestations), ils sont nombreux à penser que son utilité reste à démontrer », indique le quotidien.
Le Monde évoque en outre un « consensus autour du principe de précaution », ou encore « la stratégie d’immunité collective en question » : « Les scientifiques sont très sceptiques sur la stratégie de l’immunité collective naturelle, qui consiste à ne pas ou peu lutter contre l’épidémie dans la population, de sorte qu’une grande partie de celle-ci (60%-70%) développe une immunité contre le virus, et freine durablement sa circulation. Si certains chercheurs estiment que «l’immunité collective sera probablement le facteur principal qui permettra de contrôler cette épidémie», cette analyse reste minoritaire parmi celles et ceux que nous avons interrogés ».
Le journal aborde en outre « la stratégie de dépistage en France, un «gaspillage inutile» » : « Un élément revient souvent parmi les réponses : la stratégie de dépistage actuelle par tests PCR n’est pas adaptée. Elle est jugée majoritairement peu efficace pour casser les chaînes de transmission et contenir l’épidémie, à cause des délais bien trop longs ».
Le quotidien note par ailleurs que « la communication du gouvernement [est] sévèrement jugée » : « Les mesures actuelles de lutte contre le coronavirus divisent, bien qu’elles ne soient que très rarement jugées disproportionnées par les scientifiques que nous avons interrogés. Une courte majorité estime que les décisions prises par le gouvernement sont «adaptées». A l’inverse, une vingtaine d’entre eux qualifie les mesures de «plutôt insuffisantes» ».
« C’est un constat partagé par une grande majorité des répondants : la communication des pouvoirs publics n’a pas été à la hauteur. Elle a même été «le plus souvent en retard sur l’épidémie», tranche une épidémiologiste de l’Inserm », poursuit Le Monde.Date de publication : 1er octobre 2020
Covid-19 : comment les scientifiques jugent la stratégie sanitaire française
Par William Audureau , Gary Dagorn et Assma Maad
Publié hier à 16h04, mis à jour hier à 17h16
DÉCRYPTAGES
« Le Monde » a interrogé plusieurs dizaines de spécialistes hospitaliers, de l’Inserm ou de l’OMS, pour faire le point sur ce qui fait consensus et ce qui divise encore la communauté scientifique, six mois après la première vague de Covid-19.
Alors que la lassitude et l’incompréhension accompagnaient la généralisation du port du masque dans les grandes métropoles, mi-septembre, Le Monde s’est interrogé sur les fondements scientifiques de cette décision. Ce questionnement en a appelé d’autres : quel est l’avis des spécialistes sur la politique de dépistage massif mise en place à la rentrée ? Sur les autres mesures de prévention ? Sur une éventuelle stratégie de l’immunité collective naturelle ? Qu’est-ce qui devrait, selon eux, être amélioré ?
Nous avons envoyé, à la mi-septembre, à près de 200 scientifiques, une vingtaine de questions identiques sur la politique sanitaire liée au Covid-19. Au total, 54 ont répondu : des médecins infectiologues, virologues en centre hospitalier universitaire (CHU), épidémiologistes à l’Inserm, ou à l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). N’ont notamment pas répondu plusieurs scientifiques qui travaillent pour l’agence gouvernementale Santé publique France, l’institution verrouillant sa communication à double tour.
Les réponses donnent un aperçu du consensus scientifique, six mois après la première vague de Covid-19 : tous estiment que la maladie est désormais plutôt bien connue, et que la propagation peut être freinée avec certaines mesures simples, peu coûteuses et à l’efficacité prouvée. Ils sont, en revanche, divisés sur l’efficacité du port du masque en extérieur, mais estiment que cette obligation peut relever d’un principe de précaution justifiable. De nombreux chercheurs se montrent aussi très critiques à l’égard de la politique de tests massifs, et déplorent une communication gouvernementale brouillonne.
- Les masques en extérieur, une question qui divise
- Un consensus autour du principe de précaution
- Porter un masque en permanence est-il socialement acceptable ?
- La stratégie d’immunité collective en question
- La stratégie de dépistage en France, un « gaspillage inutile »
- La communication du gouvernement sévèrement jugée
- La nécessité d’avoir des indicateurs et des médias fiables
- Des pistes pour lutter contre l’épidémie
1. Les masques en extérieur, une question qui divise
Il n’existe aucune certitude sur l’utilité des masques à l’air libre, mais, par prudence, dans un contexte de communications gouvernementales contradictoires, il faut continuer à les porter. Tel est le consensus général, en apparence paradoxal, qui se dégage de notre consultation. Une écrasante majorité des scientifiques que nous avons interrogés approuvent leur port dans les lieux clos, en citant les nombreuses études concluantes sur leur efficacité.
Mais dès que l’on aborde l’utilité du masque en extérieur, le consensus se brise. La faute, en premier lieu, à une littérature académique plus chiche sur le sujet, regrettent à l’unanimité les scientifiques sondés. En dehors des configurations où la foule est groupée (marchés, centres-villes, manifestations), ils sont nombreux à penser que son utilité reste à démontrer.
Plusieurs arguments reviennent. « Il n’y a pas de cluster décrit né d’une réunion en extérieur », note le Pr Yves Le Tulzo, chef du service infectiologie et réanimation au CHU de Rennes. L’immense majorité des cas de supercontaminations documentés ont eu lieu en intérieur. A l’air libre, la charge virale se dilue très vite dans l’atmosphère. Et dans la plupart des cas, la distanciation physique suffit. Le risque de contamination est « proche de zéro à l’extérieur en l’absence de densité de population », estime Mahmoud Zureik, professeur de santé publique à l’université de Versailles.
Lire aussi Coronavirus : pourquoi le port obligatoire du masque se généralise en France
A ces arguments, les tenants de l’utilité du masque en extérieur opposent son efficacité tout-terrain. La qualité de filtration d’un masque est similaire dehors et dedans, donc pourquoi s’en priver ? Une contamination en extérieur est possible, par exemple lors d’une discussion en face à face ou dans les lieux très denses en population, même en peu de temps. « Dans des circonstances particulières (typiquement le bruit, qui pousse à élever la voix, ou bien le chant), la transmission peut avoir lieu à l’extérieur même si le contact est de courte durée », souligne Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l’université de Montpellier.

2. Un consensus autour du principe de précaution
Même si son utilité réelle en extérieur fait débat, une majorité des experts interrogés par Le Monde jugent que l’obligation du masque dans certaines villes relève « d’un principe de précaution défendable ». Ils sont plusieurs à souligner que la mesure est simple à mettre en œuvre et peu coûteuse. « C’est une procédure d’efficacité établie depuis longtemps dans le domaine des maladies infectieuses », rappelle l’épidémiologiste et directrice de recherches à l’Inserm Anne-Marie Bouvier, qui propose même de l’étendre à la lutte contre la grippe.
« L’association du port du masque, de la distanciation sociale et du lavage des mains reste le triptyque à privilégier », précise Lucie Bosméan, interne en médecine générale au CHU de Grenoble et secrétaire de l’association de veille scientifique sur le Covid-19 Bibliovid.
Pour Daniel Camus, professeur d’épidémiologie à l’Institut Pasteur de Lille, ce principe de précaution se justifie par le caractère imprévisible des situations de contamination. Ainsi, des randonneurs qui jugent le port du masque inutile pourraient se contaminer lors des pauses en groupe.
Le port du masque a aussi des effets de bord vertueux, pratiques ou psychologiques. « Voir le masque porté partout en ville est un rappel du risque de contamination », estime Vittoria Colizza, épidémiologiste à l’Inserm, et un encouragement à le porter en intérieur.
Enfin, mieux vaut vivre avec le masque que de revenir au confinement, jugé largement efficace d’un point de vue sanitaire mais « très destructeur socialement et économiquement », rappelle Pierrick Tranouez, ingénieur de recherche à l’université de Rouen-Normandie et contributeur au site CoVprehension.
Ils sont quelques-uns à défendre le caractère purement scientifique de cette mesure. Arnaud Tarantola, médecin épidémiologiste à l’Institut Pasteur, rappelle que la circulation du virus est « faible, voire nulle » en Asie, où « le port du masque est habituel ». Une seconde catégorie, la plus minoritaire, juge en revanche la généralisation du masque « non pertinente », et y voit surtout un choix politique sans preuves scientifiques suffisantes.
3. Porter un masque en permanence est-il socialement acceptable ?
Comment convaincre les citoyens d’adhérer au port du masque quand une majorité de scientifiques reconnaissent qu’il s’agit davantage d’un principe de précaution que d’une certitude scientifique ? C’est le point sur lequel les experts interrogés par Le Monde sont le plus divisés.
D’un côté, on trouve les partisans du masque obligatoire partout sur un territoire donné. Une mesure radicale, jugée simple, facilement compréhensible, et donc plus facile à faire appliquer. Pour l’épidémiologiste Catherine Hill, il faudrait même l’étendre au niveau national, car « sa réduction à certaines villes ouvre la porte à des discussions stériles ».
D’un autre côté, il y a ceux pour qui une obligation trop large du port du masque est contre-productive et risque de braquer la population. En réponse, estiment-ils, le masque ne doit être imposé que dans des zones bondées, où son obligation sera ressentie comme légitime.Previous Le masque en extérieur n’a aucune base scientifique. Le décréter, c’est juste de l’affichage politique. Après, dire à tout le monde de le mettre, cela a au moins l’avantage de pousser les gens à le porter tout le temps, et donc au moins en intérieur où c’est important. Mais le pendant de cette mesure, c’est l’augmentation de la défiance. Yonathan Freund, urgentiste à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris L’obligation du masque en extérieur est un principe de précaution, et une décision de politique sanitaire qui s’appuie sur une décision scientifique raisonnée.Anne-Marie Bouvier, épidémiologiste, directrice de recherche à l’Inserm Si l’éloignement est suffisant, le masque n’a pas grande utilité en extérieur. Jean-Paul Brion, chef du service infectiologie au CHU de Grenoble Un faisceau d’arguments confirme l’efficacité du masque contre la transmission en face à face. Le risque de contagion est important en intérieur, probable en extérieur quand les distances ne peuvent être maintenues, même s’il n’y a pas de seuil définissable.Thomas Hanslik, spécialiste en médecine interne à l’hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt L’efficacité n’est pas différente en extérieur et en intérieur, c’est le risque qui est plus grand en intérieur qu’en extérieur. Une directrice de recherche à l’INSERM Les données sur l’absence de contamination des soignants prenant en charge un cas de Covid-19 grâce au port du masque sont importantes et rassurantes. Le masque est un outil très efficace qui se heurte à une limite un peu irréductible : le fait qu’il est malaisé de le porter lorsqu’on se retrouve pour boire ou manger. Ce qui est problématique au bar, et dans les évènements privés.Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble Le port du masque est nécessaire quand il y a foule et que les mesures barrières ne peuvent être respectées, quand nous sommes exposés aux goutelettes salivaires de nos voisins.Laurence Maulin, infectiologue au Centre Hospitalier du Pays d’Aix Le masque en extérieur n’a aucune base scientifique. Le décréter, c’est juste de l’affichage politique. Après, dire à tout le monde de le mettre, cela a au moins l’avantage de pousser les gens à le porter tout le temps, et donc au moins en intérieur où c’est important. Mais le pendant de cette mesure, c’est l’augmentation de la défiance. Yonathan Freund, urgentiste à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris L’obligation du masque en extérieur est un principe de précaution, et une décision de politique sanitaire qui s’appuie sur une décision scientifique raisonnée.Anne-Marie Bouvier, épidémiologiste, directrice de recherche à l’Inserm Si l’éloignement est suffisant, le masque n’a pas grande utilité en extérieur. Jean-Paul Brion, chef du service infectiologie au CHU de Grenoble Un faisceau d’arguments confirme l’efficacité du masque contre la transmission en face à face. Le risque de contagion est important en intérieur, probable en extérieur quand les distances ne peuvent être maintenues, même s’il n’y a pas de seuil définissable.Thomas Hanslik, spécialiste en médecine interne à l’hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt L’efficacité n’est pas différente en extérieur et en intérieur, c’est le risque qui est plus grand en intérieur qu’en extérieur. Une directrice de recherche à l’INSERM Les données sur l’absence de contamination des soignants prenant en charge un cas de Covid-19 grâce au port du masque sont importantes et rassurantes. Le masque est un outil très efficace qui se heurte à une limite un peu irréductible : le fait qu’il est malaisé de le porter lorsqu’on se retrouve pour boire ou manger. Ce qui est problématique au bar, et dans les évènements privés.Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble Le port du masque est nécessaire quand il y a foule et que les mesures barrières ne peuvent être respectées, quand nous sommes exposés aux goutelettes salivaires de nos voisins.Laurence Maulin, infectiologue au Centre Hospitalier du Pays d’Aix Le masque en extérieur n’a aucune base scientifique. Le décréter, c’est juste de l’affichage politique. Après, dire à tout le monde de le mettre, cela a au moins l’avantage de pousser les gens à le porter tout le temps, et donc au moins en intérieur où c’est important. Mais le pendant de cette mesure, c’est l’augmentation de la défiance. Yonathan Freund, urgentiste à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à ParisNext
4. La stratégie d’immunité collective en question
Les scientifiques sont très sceptiques sur la stratégie de l’immunité collective naturelle, qui consiste à ne pas ou peu lutter contre l’épidémie dans la population, de sorte qu’une grande partie de celle-ci (60 %-70 %) développe une immunité contre le virus, et freine durablement sa circulation. Si certains chercheurs estiment que « l’immunité collective sera probablement le facteur principal qui permettra de contrôler cette épidémie », cette analyse reste minoritaire parmi celles et ceux que nous avons interrogés.
Réponses des 54 scientifiques contactés par Le Monde

Au-delà du bilan humain extrêmement élevé que cette stratégie implique d’assumer, de nombreux chercheurs font valoir les incertitudes, notamment en ce qui concerne la possibilité d’une immunité collective à court terme et la durée de la protection.
Sur l’immunité collective, il faudrait que la population soit largement exposée au virus. Or, « les premiers éléments sur les donneurs de sang indiquent une prévalence faible », relève Maxime Desmarets, épidémiologiste au CHU de Besançon. La France est donc encore loin de pouvoir l’atteindre.
« Nous ne savons pas encore si la réponse immunitaire contre le Covid-19 donne lieu à une mémoire immunitaire durable », résume Signe Hässler, épidémiologiste à l’Inserm et Sorbonne Université. « Si des mutations du virus devaient déborder l’immunité chèrement acquise collectivement au prix de centaines de milliers de morts et la rendre caduque, la punition serait double », prévient Arnaud Tarantola.Previous La stratégie de l’immunité collective peut être difficilement évaluée car très peu mise en pratique, à l’exception de la Suède. Son efficacité est théoriquement assez douteuse, l’infection naturelle (non vaccinale) n’entraînant une réponse immune protectrice que de relativement courte durée. Philippe Vande Perre, directeur du service bactériologie-virologie du CHU de Montpellier En l’absence d’un vaccin efficace, l’épidémie ne s’arrêtera que lorsque qu’une certaine proportion de la population sera immune. Les mesures barrières n’ont pour effet que de réduire le nombre quotidien de nouveaux cas et le nombre de cas en réanimation à un moment donné, sans pour autant réduire significativement le nombre total cumulé de cas sur une longue période (plus de deux ans). Un épidémiologiste de l’OMS Nous ne savons pas encore si la réponse immunitaire contre la Covid-19 donne lieu à une mémoire immunitaire durable. Il est donc difficile de juger si la stratégie d’immunité collective est efficace.Signe Hässler, épidémiologiste et immunologue à Paris Sorbonne Le coût humain deviendra insupportable avant de pouvoir atteindre une immunité collective suffisante pour interrompre la pandémie. En Suède, qui aurait eu une stratégie visant l’immunité collective qui ne voulait pas dire son nom, l’économie suédoise aura moins souffert mais le nombre de morts par habitant est très élevé et le coût sociétal et politique sera lourd. Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne En l’absence de vaccin, l’immunité collective sera probablement le facteur principal qui permettra de contrôler cette épidémie. Le confinement généralisé, le port du masque, la distanciation physique, et autres mesures, permettent certes de freiner l’incidence et ainsi de mieux maîtriser la prise en charge des cas graves, mais ces mesures ne peuvent empêcher la circulation du virus. Xavier de Radiguès, épidémiologiste à l’OMS Les données sur l’interêt d’une stratégie d’immunité collective sont très peu fiables car extrapolées de modèles d’autres pandémies virales très différentes du Covid-19. Raphael Lepeule, infectiologue au CHU Henri-Mondor (Créteil) Il n’y a pour le moment pas assez de recul sur l’efficacité de la mémoire immunitaire, particulièrement chez les personnes ayant développé des formes mineures, sur le long terme. Une immunité collective disparaissant au bout d’un ou deux ans exposerait à des épidémies cycliques incompatibles avec une vie socio-économique normale. Mircea Sofonea, professeur d’épidémiologie à l’université de Montpellier C’est en acquérant une immunité dans la population – immunité naturelle suite au contact avec le virus, ou immunité conférée par un futur vaccin – que les mesures de précaution pourront être levées dans le futur. Une circulation maîtrisée dans la population jeune, en protégeant les personnes les plus vulnérables, sera un avantage lors des rebonds successifs que l’on risque d’observer dans les mois à venir.Jean Ruelle, professeur de virologie à l’Université catholique de Louvain L’acquisition d’une immunité collective est longue, il faut qu’une grande part de la population soit exposée au virus. Le prix à payer est énorme : accepter qu’une part plus ou moins importante de la population soit hospitalisée, que certains iront en réanimation et que certains mourront de l’infection ou des complications de la réanimation… Anne Goffard, virologue au CHU de Lille La stratégie de l’immunité collective peut être difficilement évaluée car très peu mise en pratique, à l’exception de la Suède. Son efficacité est théoriquement assez douteuse, l’infection naturelle (non vaccinale) n’entraînant une réponse immune protectrice que de relativement courte durée. Philippe Vande Perre, directeur du service bactériologie-virologie du CHU de Montpellier En l’absence d’un vaccin efficace, l’épidémie ne s’arrêtera que lorsque qu’une certaine proportion de la population sera immune. Les mesures barrières n’ont pour effet que de réduire le nombre quotidien de nouveaux cas et le nombre de cas en réanimation à un moment donné, sans pour autant réduire significativement le nombre total cumulé de cas sur une longue période (plus de deux ans). Un épidémiologiste de l’OMS Nous ne savons pas encore si la réponse immunitaire contre la Covid-19 donne lieu à une mémoire immunitaire durable. Il est donc difficile de juger si la stratégie d’immunité collective est efficace.Signe Hässler, épidémiologiste et immunologue à Paris Sorbonne Le coût humain deviendra insupportable avant de pouvoir atteindre une immunité collective suffisante pour interrompre la pandémie. En Suède, qui aurait eu une stratégie visant l’immunité collective qui ne voulait pas dire son nom, l’économie suédoise aura moins souffert mais le nombre de morts par habitant est très élevé et le coût sociétal et politique sera lourd. Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne En l’absence de vaccin, l’immunité collective sera probablement le facteur principal qui permettra de contrôler cette épidémie. Le confinement généralisé, le port du masque, la distanciation physique, et autres mesures, permettent certes de freiner l’incidence et ainsi de mieux maîtriser la prise en charge des cas graves, mais ces mesures ne peuvent empêcher la circulation du virus. Xavier de Radiguès, épidémiologiste à l’OMS Les données sur l’interêt d’une stratégie d’immunité collective sont très peu fiables car extrapolées de modèles d’autres pandémies virales très différentes du Covid-19. Raphael Lepeule, infectiologue au CHU Henri-Mondor (Créteil) Il n’y a pour le moment pas assez de recul sur l’efficacité de la mémoire immunitaire, particulièrement chez les personnes ayant développé des formes mineures, sur le long terme. Une immunité collective disparaissant au bout d’un ou deux ans exposerait à des épidémies cycliques incompatibles avec une vie socio-économique normale. Mircea Sofonea, professeur d’épidémiologie à l’université de Montpellier C’est en acquérant une immunité dans la population – immunité naturelle suite au contact avec le virus, ou immunité conférée par un futur vaccin – que les mesures de précaution pourront être levées dans le futur. Une circulation maîtrisée dans la population jeune, en protégeant les personnes les plus vulnérables, sera un avantage lors des rebonds successifs que l’on risque d’observer dans les mois à venir.Jean Ruelle, professeur de virologie à l’Université catholique de Louvain L’acquisition d’une immunité collective est longue, il faut qu’une grande part de la population soit exposée au virus. Le prix à payer est énorme : accepter qu’une part plus ou moins importante de la population soit hospitalisée, que certains iront en réanimation et que certains mourront de l’infection ou des complications de la réanimation… Anne Goffard, virologue au CHU de Lille La stratégie de l’immunité collective peut être difficilement évaluée car très peu mise en pratique, à l’exception de la Suède. Son efficacité est théoriquement assez douteuse, l’infection naturelle (non vaccinale) n’entraînant une réponse immune protectrice que de relativement courte durée. Philippe Vande Perre, directeur du service bactériologie-virologie du CHU de MontpellierNext
5. La stratégie de dépistage en France, un« gaspillage inutile »
Un élément revient souvent parmi les réponses : la stratégie de dépistage actuelle par tests PCR n’est pas adaptée. Elle est jugée majoritairement peu efficace pour casser les chaînes de transmission et contenir l’épidémie, à cause des délais bien trop longs.
- Engorgement des laboratoires contre détection des asymptomatiques
La France procède actuellement à plus d’un million de tests PCR par semaine, mais les difficultés se multiplient : il faut souvent plusieurs jours d’attente pour se faire tester, jusqu’à deux semaines pour avoir des résultats, des laborantins saturent, etc.
« La stratégie de dépistage est à mon sens trop large au regard des moyens disponibles et affecte son efficacité », observe Anne-Marie Bouvier. Jonathan Roux, de l’Ecole des hautes études de santé publique de Rennes, regrette « un engorgement » et « des délais » qui « ne permettent pas d’avoir un véritable effet sur la dynamique de l’épidémie ».
L’encombrement provient majoritairement de la demande de personnes asymptomatiques, ce qui représente un problème, selon une partie des chercheurs. « Beaucoup de personnes testées sont asymptomatiques et ont des résultats négatifs. Cela constitue un gaspillage inutile des ressources », proteste Xavier de Radiguès, épidémiologiste à l’OMS, qui invite à se recentrer sur les cas suspects ou les personnels médicaux.
Tester les asymptomatiques a pourtant son utilité, rappelle une partie des chercheurs. « Cela permet de les isoler et d’éviter des événements de “superspreading” », soit la super-contamination, fait valoir Thibault Fiolet, épidémiologiste à l’Inserm. « C’est un bon moyen de connaître l’épidémiologie de l’infection dans les populations qui ne font pas ou peu de formes graves », poursuit Olivier Epaulard, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble.

- Un test sur ordonnance ?
Ces difficultés dans les laboratoires posent la question de la prescription médicale, qui n’est plus obligatoire pour faire un test PCR depuis le 25 juillet, à la suite d’un arrêté pris par le ministre de la santé, Olivier Véran, et qui divise les scientifiques que Le Monde a interrogés.
Certains sont défavorables à une prescription médicale obligatoire, qui « augmente les délais », alors que ceux-ci devraient être « les plus courts possible (…) pour prévenir un maximum de chaînes de transmission », selon Pascal Crépey, épidémiologiste à l’Ecole des hautes études de santé publique de Rennes. « Au mois de mai-juin, moins d’un tiers des cas symptomatiques suspects de Covid-19 sont allés consulter quand la prescription était obligatoire », abonde Vittoria Colizza, pour qui l’étape du médecin est un frein au dépistage de masse.
D’autres sont favorables à une prescription obligatoire, le désengorgement des laboratoires étant, selon eux, prioritaire sur le dépistage des personnes asymptomatiques. A fortiori dans un contexte « d’augmentation de symptômes de la sphère ORL dus à d’autres maladies hivernales classiques qui vont commencer à se développer » et accroître la difficulté de dépistage, souligne Jonathan Roux.
- Les tests salivaires, une panacée ?
« Un dépistage de masse devrait être favorisé, mais tant que les capacités de tests sont limitées, un dépistage ciblé semble pertinent pour obtenir un résultat dans un délai court », estime Maxime Desmarets. Le mieux reste encore de « séparer les tests à visée diagnostique (personnes symptomatiques et leurs contacts) et ceux à visée de dépistage (population générale) », suggère l’épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill, pour qui « les premiers peuvent être avec prescription, les seconds sans prescription, mais avec une stratégie géographique définie ». Une « clarification demandée dès fin juillet par le conseil scientifique. Et qui n’a pas été mise en place… », regrette Anne Goffard, virologue au CHU de Lille.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : sur le dépistage du Covid-19, le gouvernement corrige sa stratégie à la marge
Quelques scientifiques appellent à utiliser les tests salivaires car « ce prélèvement est beaucoup plus facile », ainsi que les tests antigéniques « car on obtient le résultat en quinze minutes », affirme Catherine Hill. Les questions ont été soumises avant que la Haute Autorité de santé n’autorise le 25 septembre ces tests antigéniques un peu moins fiables mais plus rapides que les tests PCR.
« Les tests antigéniques pourraient changer cette situation en permettant de faire beaucoup plus de tests, confirme Vittoria Colizza. Même s’ils ont une sensibilité plus faible par rapport aux tests PCR, un plus grand nombre de personnes pourraient être testées par jour, avec des résultats immédiats et des coûts beaucoup plus faibles », ajoute-t-elle.Previous Le recours facile au test est un bon moyen de connaître l’épidémiologie de l’infection dans les populations qui ne font pas ou peu de formes graves (sujets de moins de 45 ans). Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble Une prescription obligatoire avec un passage chez le médecin pourrait rapidement mener à un engorgement du système de soins de premier recours. A l’opposé, le dépistage sans prescription pose des questions sur l’utilité des tests pour certaines personnes, mais également sur l’augmentation de symptômes de la sphère ORL dus à d’autres maladies hivernales classiques qui vont commencer à se développer au dernier trimestre 2020 et donc conduire à des suspicions de contamination.Jonathan Roux, épidémiologiste et biostatisticien à l’EHESP de Rennes La prescription obligatoire augmente les délais, or pour que le système de dépistage puisse prévenir un maximum de chaînes de transmission, les délais doivent être les plus courts possibles. Néanmoins, il faut des messages clairs sur les raisons qui doivent pousser les gens à se faire dépister afin de ne pas saturer le système.Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistique à l’EHESP à Rennes Il faut pouvoir donner accès au dépistage sans prescription pour permettre au plus grand nombre d’être testé et d’avoir une idée de la dynamique de l’épidémie. Cela permet d’isoler les cas asymptomatiques et d’éviter des événements de super-contamination. (…) Mais il reste la limite des moyens humains des laboratoires pour faire les PCR et les interpréter.Thibault Fiolet, épidémiologiste, doctorant en Santé publique à l’Inserm Si aujourd’hui on veut revenir vers une bonne stratégie d’utilisation des tests, il est nécessaire de remettre le médecin dans le circuit du diagnostic et de protection des personnes fragiles.Un épidémiologiste de Santé publique France Il est totalement inutile et très coûteux de voir des personnes non ciblées venir se faire dépister régulièrement, avec des résultats tardifs, simplement parce que l’on distille une peur non fondée.Gilles Dixsaut, médecin de santé publique, cadre à la Fondation du souffle A priori, il ne sert à rien de tester des personnes qui n’ont pas de symptômes ou qui n’ont pas été en contact (au moins à deux niveaux) d’une personne infectée. Donc il faut discuter de la notion de « prescription » mais oui, clairement, un afflux de personnes qui se feraient dépister sans raison est aberrant.Une infectiologue au CNRS Le recours facile au test est un bon moyen de connaître l’épidémiologie de l’infection dans les populations qui ne font pas ou peu de formes graves (sujets de moins de 45 ans). Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble Une prescription obligatoire avec un passage chez le médecin pourrait rapidement mener à un engorgement du système de soins de premier recours. A l’opposé, le dépistage sans prescription pose des questions sur l’utilité des tests pour certaines personnes, mais également sur l’augmentation de symptômes de la sphère ORL dus à d’autres maladies hivernales classiques qui vont commencer à se développer au dernier trimestre 2020 et donc conduire à des suspicions de contamination.Jonathan Roux, épidémiologiste et biostatisticien à l’EHESP de Rennes La prescription obligatoire augmente les délais, or pour que le système de dépistage puisse prévenir un maximum de chaînes de transmission, les délais doivent être les plus courts possibles. Néanmoins, il faut des messages clairs sur les raisons qui doivent pousser les gens à se faire dépister afin de ne pas saturer le système.Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistique à l’EHESP à Rennes Il faut pouvoir donner accès au dépistage sans prescription pour permettre au plus grand nombre d’être testé et d’avoir une idée de la dynamique de l’épidémie. Cela permet d’isoler les cas asymptomatiques et d’éviter des événements de super-contamination. (…) Mais il reste la limite des moyens humains des laboratoires pour faire les PCR et les interpréter.Thibault Fiolet, épidémiologiste, doctorant en Santé publique à l’Inserm Si aujourd’hui on veut revenir vers une bonne stratégie d’utilisation des tests, il est nécessaire de remettre le médecin dans le circuit du diagnostic et de protection des personnes fragiles.Un épidémiologiste de Santé publique France Il est totalement inutile et très coûteux de voir des personnes non ciblées venir se faire dépister régulièrement, avec des résultats tardifs, simplement parce que l’on distille une peur non fondée.Gilles Dixsaut, médecin de santé publique, cadre à la Fondation du souffle A priori, il ne sert à rien de tester des personnes qui n’ont pas de symptômes ou qui n’ont pas été en contact (au moins à deux niveaux) d’une personne infectée. Donc il faut discuter de la notion de « prescription » mais oui, clairement, un afflux de personnes qui se feraient dépister sans raison est aberrant.Une infectiologue au CNRS Le recours facile au test est un bon moyen de connaître l’épidémiologie de l’infection dans les populations qui ne font pas ou peu de formes graves (sujets de moins de 45 ans). Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de GrenobleNext
6. La communication du gouvernement sévèrement jugée
Les mesures actuelles de lutte contre le coronavirus divisent, bien qu’elles ne soient que très rarement jugées disproportionnées par les scientifiques que nous avons interrogés. Une courte majorité estime que les décisions prises par le gouvernement sont « adaptées ». A l’inverse, une vingtaine d’entre eux qualifie les mesures de « plutôt insuffisantes ».
C’est un constat partagé par une grande majorité des répondants : la communication des pouvoirs publics n’a pas été à la hauteur. Elle a même été « le plus souvent en retard sur l’épidémie », tranche une épidémiologiste de l’Inserm. Aux prémices de la pandémie de Covid-19, le gouvernement a été très vite pointé du doigt sur sa gestion de la crise sanitaire, avec en ligne de mire le message brouillé autour des masques, ou les revirements portant sur la réouverture des écoles au printemps. Cette crise requiert pourtant une « stratégie lisible », selon un haut cadre de la santé publique, voire une feuille de route « claire, transparente et partagée », estime le professeur Mahmoud Zureik.
Mais l’absence d’un « pilote avec une vraie stratégie » fait toujours défaut. En cause, le flou instillé par l’exécutif qui, au sein des ministères, multiplie les communications contradictoires : « Aujourd’hui chaque ministère sort son plan d’action, avec des discordances et des retours en arrière après avis d’expert », constate un scientifique de Santé publique France qui a requis l’anonymat. Signe de ces contradictions : sur le terrain, les maires et préfets « n’agissent pas tous pareils » face à une même situation, comme par exemple les fermetures d’écoles. « Nous sommes là encore dans de la communication et de la politique, et non de la santé publique », déplore-t-il.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : des médecins et des chercheurs critiquent la « gestion par la peur » du gouvernement et son conseil scientifique
La communication des autorités publiques, jugée peu claire, plonge le public dans une incompréhension de la politique gouvernementale et de l’évolution de l’épidémie en elle-même, selon un grand nombre des répondants. « Beaucoup de personnes sont confuses, perplexes ou carrément dans le déni, et le revirement des responsables politiques y est pour quelque chose », juge Xavier de Radiguès. Cette gestion de l’épidémie longtemps basée sur l’annonce du nombre de victimes et de malades tous les soirs n’a « jamais été productive », analyse un autre expert.
Pire encore, cela engendre de la « peur » et une attente de mesures « qui n’arrivent que trop tard ». Pour le spécialiste de médecine interne à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) Thomas Hanslik, le décompte des cas est « devenu parfaitement illisible et peut contribuer à la perte de confiance de la population ».
Quelques scientifiques s’accordent à dire que pour communiquer de manière efficace, les autorités publiques doivent apporter de la « sérénité » dans les débats afin d’éviter « la polarisation des positions » au sein de la population. Selon Jean Ruelle, virologue à l’Université belge de Louvain, l’adhésion du public ne doit surtout pas se baser sur une « stigmatisation ou répression accrue envers les personnes ou communautés les moins conciliantes ».Previous Il faut une responsabilité accrue du public, notamment des plus jeunes, qui doivent comprendre qu’ils protègent « leurs » anciens. Il faut également améliorer la remontée d’informations et d’expérience, notamment en milieu scolaire, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail, pour partager rapidement des solutions qui pourraient avoir été développées sur le terrain. Une épidémiologiste de l’OMS Vouloir « plus » de tests, de masques, de lits d’hôpitaux, d’aide aux entreprises, de personnels dans les Ehpad, de protection des enfants… est irréaliste. Les moyens ne sont pas infinis. Par contre, une amélioration sensible pourrait être obtenue si les médias pouvaient faire preuve d’un peu plus de mesure.Daniel Camus, professeur d’épidémiologie à l’Institut Pasteur de Lille Il faudrait une meilleure communication scientifique. Beaucoup de personnes sont confuses, perplexes ou carrément dans le déni, et le revirement des responsables politiques y est pour quelque chose. Une communication claire, une bonne vulgarisation basée sur des faits, utilisant tous les médias me semble indispensable.Xavier de Radiguès, épidémiologiste à l’OMS Une meilleure communication des pouvoirs publics sur la recherche actuelle sur les vaccins et sur les perspectives de vaccination à venir est souhaitée, ainsi que les masques obligatoires dans les bars, la mise à disposition plus aisée de masques en tissu. Les protocoles portant sur la désinfection des surfaces peuvent être allégés, car la transmission par les fomites [vecteur passif de transmission des maladies] est très peu documentée et ces mesures empêchent de se concentrer sur le vrai pilier de la protection en milieu fermé : le masque.Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble Il faut un pilote avec une vraie stratégie. Or, aujourd’hui, chaque ministère sort son plan d’action avec des discordances, des retours en arrière après avis d’experts. Ces plans d’actions ne sont pas appliqués sur le terrain, car chaque décideur pense savoir que faire, et nous sommes là encore dans de la communication. La santé publique doit être discutée par des professionnels qui exposent des faits, pas des personnes avec un ego démesuré. Un épidémiologiste à Santé publique France Eviter les communications contradictoires dans les ministères. Il faut surtout communiquer sur les indications prioritaires des tests PCR, à savoir les personnes symptomatiques et les personnes contacts, non pas un chiffre de tests à afficher par les ARS [agence régionales de santé] sous pression politique.Raymond Césaire, responsable du service virologie et immunologie au CHU de la Martinique Une meilleure communication pour que les citoyens aient un comportement plus responsable. Il y a peu d’utilité à porter le masque s’il est mal porté par exemple.Thibault Fiolet, épidémiologiste, doctorant en santé publique à l’Inserm La communication est à retravailler pour gagner la confiance de la population pour le maintien des gestes barrières et éviter les événements à foule.Yves Coppieters, professeur de santé publique à l’Université libre de Bruxelles (Belgique) Il faut une responsabilité accrue du public, notamment des plus jeunes, qui doivent comprendre qu’ils protègent « leurs » anciens. Il faut également améliorer la remontée d’informations et d’expérience, notamment en milieu scolaire, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail, pour partager rapidement des solutions qui pourraient avoir été développées sur le terrain. Une épidémiologiste de l’OMS Vouloir « plus » de tests, de masques, de lits d’hôpitaux, d’aide aux entreprises, de personnels dans les Ehpad, de protection des enfants… est irréaliste. Les moyens ne sont pas infinis. Par contre, une amélioration sensible pourrait être obtenue si les médias pouvaient faire preuve d’un peu plus de mesure.Daniel Camus, professeur d’épidémiologie à l’Institut Pasteur de Lille Il faudrait une meilleure communication scientifique. Beaucoup de personnes sont confuses, perplexes ou carrément dans le déni, et le revirement des responsables politiques y est pour quelque chose. Une communication claire, une bonne vulgarisation basée sur des faits, utilisant tous les médias me semble indispensable.Xavier de Radiguès, épidémiologiste à l’OMS Une meilleure communication des pouvoirs publics sur la recherche actuelle sur les vaccins et sur les perspectives de vaccination à venir est souhaitée, ainsi que les masques obligatoires dans les bars, la mise à disposition plus aisée de masques en tissu. Les protocoles portant sur la désinfection des surfaces peuvent être allégés, car la transmission par les fomites [vecteur passif de transmission des maladies] est très peu documentée et ces mesures empêchent de se concentrer sur le vrai pilier de la protection en milieu fermé : le masque.Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble Il faut un pilote avec une vraie stratégie. Or, aujourd’hui, chaque ministère sort son plan d’action avec des discordances, des retours en arrière après avis d’experts. Ces plans d’actions ne sont pas appliqués sur le terrain, car chaque décideur pense savoir que faire, et nous sommes là encore dans de la communication. La santé publique doit être discutée par des professionnels qui exposent des faits, pas des personnes avec un ego démesuré. Un épidémiologiste à Santé publique France Eviter les communications contradictoires dans les ministères. Il faut surtout communiquer sur les indications prioritaires des tests PCR, à savoir les personnes symptomatiques et les personnes contacts, non pas un chiffre de tests à afficher par les ARS [agence régionales de santé] sous pression politique.Raymond Césaire, responsable du service virologie et immunologie au CHU de la Martinique Une meilleure communication pour que les citoyens aient un comportement plus responsable. Il y a peu d’utilité à porter le masque s’il est mal porté par exemple.Thibault Fiolet, épidémiologiste, doctorant en santé publique à l’Inserm La communication est à retravailler pour gagner la confiance de la population pour le maintien des gestes barrières et éviter les événements à foule.Yves Coppieters, professeur de santé publique à l’Université libre de Bruxelles (Belgique) Il faut une responsabilité accrue du public, notamment des plus jeunes, qui doivent comprendre qu’ils protègent « leurs » anciens. Il faut également améliorer la remontée d’informations et d’expérience, notamment en milieu scolaire, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail, pour partager rapidement des solutions qui pourraient avoir été développées sur le terrain. Une épidémiologiste de l’OMSNext
7. La nécessité d’avoir des indicateurs et des médias fiables
L‘épidémiologiste Catherine Hill préconise de communiquer sur l’extension de l’épidémie d’une façon plus claire, en insistant sur les indicateurs les plus fiables, « en oubliant le taux d’incidence, le R, et de façon générale tous ceux qui reposent sur les résultats des tests alors que personne ne peut décrire la population dépistée ».
Pour Raymond Césaire, du laboratoire de virologie-immunologie de l’université des Antilles, à Fort-de-France, il faut surtout communiquer les chiffres des tests des symptomatiques et personnes contacts, « non pas un chiffre de tests à afficher par les ARS [agences régionales de santé]sous pression politique ». Enfin, l’infectiologue Olivier Epaulard appelle les pouvoirs publics à communiquer de façon plus claire sur la question des vaccins, l’état de la recherche et les perspectives.
Un épidémiologiste de Santé publique France qui a souhaité rester anonyme pointe également le manque de responsabilité des médias quant aux chiffres rapportés quotidiennement, en suggérant d’éviter d’utiliser constamment le nombre quotidien de nouveaux cas dépistés comme mesure de l’évolution de l’épidémie.
« Cette statistique est très difficile à interpréter car elle dépend évidemment du volume quotidien de tests pratiqués, explique le scientifique. Il faut rapporter le nombre de cas en réanimation comme indicateur principal pour déterminer la charge de la maladie à un moment donné et faire des comparaisons temporelles ou régionales. » Le chercheur appelle à « éduquer le public » plutôt que de renforcer « le doute et l’angoisse par des annonces difficilement interprétables ».Lire aussi Coronavirus : visualisez l’évolution de l’épidémie en France et dans le monde
Outre son utilisation des statistiques, c’est la couverture médiatique dans son ensemble qui est questionnée. Quelques chercheurs appellent à une plus grande responsabilité des médias, qui se doivent de « mieux partager les informations scientifiques dès qu’elles sont connues », tranche Philippe Glaziou, épidémiologiste à l’OMS. Selon lui, il y a une responsabilité des médias dans « la mauvaise éducation » du public, « à l’origine par exemple du curieux culte de Didier Raoult affectant de nombreux Français », estime-t-il. Contacté par Le Monde, l’infectiologue marseillais n’a pas souhaité participer à cette consultation.
Arnaud Tarantola, met aussi en avant le rôle de la presse qui doit permettre à la population d’avoir connaissance de « la pensée de santé publique ». En santé publique, « il s’agit d’abaisser collectivement le risque, de penser le grand nombre et le fardeau de l’infection au niveau d’un groupe et non d’un individu », explique l’épidémiologiste de l’Institut Pasteur. Selon lui, les Français n’ont pas suffisamment conscience de l’impact majeur des mesures de santé publique et du rôle que chacun doit jouer, même à petite échelle.
8. Des pistes pour lutter contre l’épidémie
Pour conclure, nous avons demandé à nos spécialistes ce qui devrait ou pourrait être amélioré pour lutter plus efficacement contre le Covid-19. Seul un tiers des répondants ont souhaité apporter leur éclairage. Plusieurs pistes sont évoquées : le resserrage de certaines mesures, comme la révision à la baisse de la jauge des rassemblements autorisés (déjà ramenée à 1 000 personnes dans plusieurs grandes villes de France). Ou des recommandations plus « fortes et claires » sur le télétravail pour éviter d’autres mesures plus contraignantes « d’un point de vue de libertés personnelles et d’impact socio-économique ».
L’imposition d’un avis favorable d’un comité d’éthique avant toute mesure restreignant les libertés individuelles « pour éviter les mesures sans preuve d’efficacité parfois imposées à l’échelle locale », ainsi qu’une harmonisation des recommandations au niveau européen ont également été suggérées.
Voici quelques-unes de ces propositions condensées ci-dessous :Previous Il faut une responsabilité accrue du public, notamment des plus jeunes, qui doivent comprendre qu’ils protègent « leurs » anciens. Il faut également améliorer la remontée d’informations et d’expérience, notamment en milieu scolaire, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail, pour partager rapidement des solutions qui pourraient avoir été développées sur le terrain.Arnaud Tarantola, épidémiologiste à l’Institut Pasteur Il faudrait envisager de revoir la politique de dépistage afin de réduire les durées d’accès et d’analyse des tests, pour que l’isolement qui découle d’un test positif soit réellement efficace. Il va également falloir adapter ce dépistage (ainsi que le système de santé) en prévision des épidémies hivernales classiques (comme la grippe) qui conduisent à des symptômes similaires à ceux du Covid-19.Jonathan Roux, épidémiologiste et biostatisticien à l’EHESP de Rennes L’équilibre entre les dispositions pouvant être mises en place dans la population générale et permettant la poursuite de l’activité économique et sociale est plutôt adapté, compte tenu des connaissances actuelles. Mais la stratégie de dépistage est à mon sens trop large, au regard des moyens disponibles, et affecte son efficacité. L’accès aux tests devrait être davantage encadré.Anne-Marie Bouvier, épidémiologiste, directrice de recherche à l’Inserm Pour une harmonisation des recommandations au niveau européen, et de la sérénité dans les débats afin d’éviter la polarisation des positions. L’adhésion du public à des règles, si possible simples, et basées sur des preuves d’efficacité, est plus important qu’une stigmatisation ou une répression accrue envers les personnes ou les communautés les moins conciliantes.Jean Ruelle, professeur de virologie à l’Université catholique libre de Louvain (Belgique) On ne peut pas contrôler cette épidémie seulement avec les mesures barrières, il faut un dépistage, un traçage, et un isolement efficace et rapide. Il faut aussi des recommandations fortes et claires pour le télétravail, une interdiction des rassemblements de moins de 10 personnes pour éviter d’autres mesures plus contraignantes d’un point de vue des libertés personnelles et d’impact socio-économique. C’est la combinaison de toutes ces interventions qui nous permettra de vivre avec le virus.Vittoria Colizza, épidémiologiste à l’Inserm En l’absence de vaccin ou traitement, les interventions non pharmaceutiques demeurent la clé. Celles-ci sont relativement limitées : port du masque, distanciation physique, limitation des rassemblements. Pour le port du masque, a priori difficile d’aller plus loin. Pour la distanciation physique également. Le seul levier qui semble pouvoir encore être actionné est la limitation des densités de population, mais c’est celui qui a les conséquences les plus fortes sur l’activité économique.Une infectiologue au CNRS Il faut une responsabilité accrue du public, notamment des plus jeunes, qui doivent comprendre qu’ils protègent « leurs » anciens. Il faut également améliorer la remontée d’informations et d’expérience, notamment en milieu scolaire, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail, pour partager rapidement des solutions qui pourraient avoir été développées sur le terrain.Arnaud Tarantola, épidémiologiste à l’Institut Pasteur Il faudrait envisager de revoir la politique de dépistage afin de réduire les durées d’accès et d’analyse des tests, pour que l’isolement qui découle d’un test positif soit réellement efficace. Il va également falloir adapter ce dépistage (ainsi que le système de santé) en prévision des épidémies hivernales classiques (comme la grippe) qui conduisent à des symptômes similaires à ceux du Covid-19.Jonathan Roux, épidémiologiste et biostatisticien à l’EHESP de Rennes L’équilibre entre les dispositions pouvant être mises en place dans la population générale et permettant la poursuite de l’activité économique et sociale est plutôt adapté, compte tenu des connaissances actuelles. Mais la stratégie de dépistage est à mon sens trop large, au regard des moyens disponibles, et affecte son efficacité. L’accès aux tests devrait être davantage encadré.Anne-Marie Bouvier, épidémiologiste, directrice de recherche à l’Inserm Pour une harmonisation des recommandations au niveau européen, et de la sérénité dans les débats afin d’éviter la polarisation des positions. L’adhésion du public à des règles, si possible simples, et basées sur des preuves d’efficacité, est plus important qu’une stigmatisation ou une répression accrue envers les personnes ou les communautés les moins conciliantes.Jean Ruelle, professeur de virologie à l’Université catholique libre de Louvain (Belgique) On ne peut pas contrôler cette épidémie seulement avec les mesures barrières, il faut un dépistage, un traçage, et un isolement efficace et rapide. Il faut aussi des recommandations fortes et claires pour le télétravail, une interdiction des rassemblements de moins de 10 personnes pour éviter d’autres mesures plus contraignantes d’un point de vue des libertés personnelles et d’impact socio-économique. C’est la combinaison de toutes ces interventions qui nous permettra de vivre avec le virus.Vittoria Colizza, épidémiologiste à l’Inserm En l’absence de vaccin ou traitement, les interventions non pharmaceutiques demeurent la clé. Celles-ci sont relativement limitées : port du masque, distanciation physique, limitation des rassemblements. Pour le port du masque, a priori difficile d’aller plus loin. Pour la distanciation physique également. Le seul levier qui semble pouvoir encore être actionné est la limitation des densités de population, mais c’est celui qui a les conséquences les plus fortes sur l’activité économique.Une infectiologue au CNRS Il faut une responsabilité accrue du public, notamment des plus jeunes, qui doivent comprendre qu’ils protègent « leurs » anciens. Il faut également améliorer la remontée d’informations et d’expérience, notamment en milieu scolaire, à l’hôpital, ou sur le lieu de travail, pour partager rapidement des solutions qui pourraient avoir été développées sur le terrain.Arnaud Tarantola, épidémiologiste à l’Institut PasteurNext