Jeanne Barseghian, l’inconnue de l’Est
Elue le 28 juin, la maire Europe Ecologie-Les Verts de Strasbourg a un parcours atypique. Dès l’installation de son conseil municipal, début juillet, elle a déclaré la ville en « situation d’urgence climatique ».
Par Sylvia Zappi Publié hier à 17h01, mis à jour à 08h23

Son nom est encore inconnu au-delà de l’Ill, le confluent du Rhin qui sillonne Strasbourg. Il est tout aussi peu familier dans les rangs de sa famille politique. C’est même peu dire que ses amis d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ignorent tout de la nouvelle maire de la ville alsacienne. « Elle est un peu comme Grégory Doucet [le maire EELV de Lyon] : elle n’était pas connue dans notre sphère avant d’être élue », glisse un proche de l’eurodéputé Vert Yannick Jadot.
Il n’y a guère qu’Eric Piolle, l’édile écologiste de Grenoble, qui veut bien en parler :« C’est une femme remarquable qui est partie en campagne avec confiance en elle et en son collectif, et ça a marché. » Depuis sa qualification au second tour des municipales, et surtout depuis sa victoire, le 28 juin, Jeanne Barseghian intrigue et déroute.Lire aussi Municipales 2020 : Strasbourg passe sous la bannière verte
Ses adversaires n’en sont toujours pas revenus. Comment une novice en politique, âgée de 39 ans, tout juste élue municipale d’opposition depuis 2014, a-t-elle pu ravir l’hôtel de Hanau, siège de la mairie, au successeur de Roland Ries, l’ancien socialiste soutenu par La République en marche Alain Fontanel, donné grand favori ?
« Pas facile à cerner », « raide », « dans l’ombre », les termes employés pour qualifier cette ancienne conseillère sur les enjeux environnementaux auprès d’entreprises ou de collectivités ne sont pas toujours flatteurs et ses premiers pas ont été scrutés avec attention.
Marquer la rupture
Dès l’installation de son conseil municipal, le 4 juillet, Jeanne Barseghian a déclaré Strasbourg en « situation d’urgence climatique ». Dans la foulée, elle a décidé de baisser son indemnité et de changer de bureau : pas question de rester au 9e étage, « tout en haut, comme si on était inaccessible », explique-t-elle. Elle s’est installée au premier, dans une ancienne salle de réunion. Deux arrêtés pris par la précédente majorité – contre la mendicité et pour la gratuité du stationnement en centre-ville – ont été abrogés. Des arbres en pot ont été déployés sur huit places. Rien de grandiose, mais la jeune élue, très nature, a compris que la politique est faite de symboles et veut marquer la rupture.
Pour l’opposition, ce n’est que du « show ». « La nouvelle équipe s’est d’abord occupée de sa propre installation au lieu de voir ce qu’elle pouvait faire pour faire face aux répercussions économiques de l’annulation des sessions du Parlement européen », critique Catherine Trautmann, la présidente du groupe socialiste (PS) à la mairie.

La droite lui reproche l’absence d’aide aux commerçants durement touchés par les conséquences économiques de la crise sanitaire. « J’ai maintenu, malgré l’épidémie, la Foire européenne et le marché de Noël », répond-elle avec son sourire inamovible. Les polémiques semblent ne pas l’atteindre. Elle qui a longtemps douté sur son envie d’y aller sait maintenant pourquoi elle est là.
La maire sait aussi qu’elle peut s’appuyer sur une culture écologiste ancrée sur ces terres alsaciennes. Les Verts y ont toujours fait de beaux scores, le tissu associatif environnementaliste y est implanté et influent. Et les élus de tout bord ont compris depuis longtemps qu’il leur fallait intégrer une dimension environnementale à leurs politiques.
Alors elle décline ses engagements de campagne sans rien édulcorer, avec l’annonce, fin juillet, d’un emprunt de 350 millions d’euros pour financer le plan climat qui prévoit, notamment, une ceinture verte, un réseau express métropolitain, trois nouvelles lignes de tram ou une aide universelle pour rénovation thermique des logements privés. « On pose des marqueurs pour que cela soit visible et que tout le monde comprenne qu’on prépare des changements structurels », explique Jeanne Barseghian.
C’est « la marque EELV » qui a été élue
Difficile pour ses anciens challengers de jouer sur les craintes d’une population qui suit plutôt les débuts du mandat de la maire écologiste avec bienveillance. Alors ils tentent de cibler son caractère novice, voire son inexpérience. Elle aurait été intronisée par défaut, susurrent-ils. Jeanne Barseghian serait même« coachée », selon eux, par l’écologiste historique Alain Jund, qui avait mené, en vain, par trois fois la bataille municipale pour EELV, et Syamak Agha Babaei, ex-militant du PS formé au Mouvement des jeunes socialistes, qui avait monté son Labo citoyen pour « peser » sur les municipales.
« Ça arrangeait la vieille garde comme les plus raides que cela soit Barseghian qui aille à la bataille », souligne Alain Fontanel. Le macroniste assure que c’est « la marque EELV » qui a été élue, pas la personnalité de la candidate.
Pour preuve de cette tutelle politique, la place qu’aurait prise M. Agha Babaei, le « commissaire politique », comme l’appellent ses détracteurs : de numéro deux sur la liste menant toutes les négociations d’entre-deux-tours, il est devenu premier adjoint, chargé des finances tant à la ville qu’à la métropole.
La maire balaie l’accusation : « Syamak est mon binôme et on a fait la campagne en s’appuyant sur nos compétences différentes. » Lui abonde : « C’est un procès infantilisant et machiste comme on l’a connu durant la campagne. La réalité, c’est que c’est elle qui a tenu tête quand les socialistes voulaient la faire céder entre les deux tours. » Même éloge côté du Parti communiste français (PCF) : « Jeanne fait partie de ces femmes qui s’investissent sur des convictions fortes sans se laisser aller aux petites piques stériles », renchérit Hülliya Turan, adjointe à l’enfance.

Méfiance vis-à-vis des socialistes
C’est vrai que le parcours de la jeune maire sort de l’ordinaire des partis politiques. Née à Suresnes (Hautes-de-Seine), élevée entre Paris et la Normandie, et diplômée d’un DESS d’environnement franco-allemand, Jeanne Barseghian débute au conseil régional en 2002 avec une mission d’écotourisme sur le Rhin. Elle part ensuite deux ans en coopération associative en Arménie pour y chercher ses racines, celle de sa grand-mère qui fut une des trois premières députées de la première république. Puis revient à Strasbourg pour suivre une formation d’écoconseillère et devient collaboratrice des élus écologistes.
On est en 2010, l’époque des pionniers alsaciens Antoine Waechter, Andrée Buchmann et Jacques Fernique, auprès de qui elle se découvre une fibre politique. Elue aux côtés d’Alain Jund, elle fait ses premières armes face au PS, adhère dans la foulée à EELV.
Sa prise de conscience qu’elle n’est pas forcément dans le même camp que les socialistes se fait sur le dossier du « grand contournement ouest », projet routier enclenché par le maire avec le soutien des élus PS, fin 2018. La jeune élue se retrouve un matin au milieu des champs aspergés de gaz lacrymogènes, pour défendre les terres agricoles contre l’arrivée des camions traversant l’Alsace.

Vingt ans d’opposition autour du grand contournement ouest de Strasbourg
« Ce fut un moment douloureux où j’ai douté de mon utilité d’élue », confie-t-elle. Ce fut surtout le déclic d’une rupture politique entraînant la sortie des écologistes de la majorité municipale, convaincus que désormais il leur fallait faire route seuls. La méfiance de la candidate EELV vis-à-vis des socialistes n’a pas fléchi depuis.
Le refus de laisser la présidence de la métropole à Catherine Trautmann malgré les aimables pressions nationales en atteste. Elle veut de la « cohérence » entre l’agglomération et la ville sur une feuille de route écologiste. Pour la présidence, elle pousse Pia Imbs, maire sans étiquette d’Holtzheim, aux convictions environnementalistes ancrées. Elle devient sa vice-présidente en binôme avec Danielle Dambach, maire de Schiltigheim, elle aussi écologiste.
Mi-septembre, les trois femmes ont fait leur première conférence de presse commune, annonçant un projet de panneaux photovoltaïques déployés dans les écoles de la métropole. Aux côtés des deux anciennes, c’était à Mme Barseghian que les journalistes s’adressaient. Comme si la novice avait déjà pris la main. Catherine Trautmann l’a compris : elle vient de rallier la majorité municipale
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Par Frédéric Potet
Publié le 23 septembre 2020 à 02h19 – Mis à jour le 23 septembre 2020 à 10h21
Elue en juin, la jeune édile EELV de Poitiers, ancienne scoute, place les idéaux de concertation, de bienveillance et d’exemplarité au cœur de sa gouvernance.
Comment faut-il appeler Léonore Moncond’huy ? Madame le maire, madame la maire, madame la mairesse ? Inévitable question dès lors qu’une femme prend les commandes d’une commune. La première intéressée l’a posée directement aux habitants de Poitiers. C’était une semaine avant le premier tour des municipales, le 8 mars, date de la Journée internationale des droits des femmes. Sondées par son équipe de campagne sur un marché du centre-ville et dans un quartier populaire, 430 personnes ont placé en tête « madame la maire ». « C’était aussi ma préférence. Mais si une autre appellation avait été choisie, je l’aurais tout aussi bien adoptée », confie la nouvelle élue.
L’anecdote paraîtrait anodine si elle ne témoignait pas de l’importance qu’accorde Léonore Moncond’huy à la démocratie locale, l’un des trois « piliers » de sa campagne victorieuse, avec l’écologie et la justice sociale. En battant le maire sortant Alain Claeys (Parti socialiste, PS), le 28 juin, la tête de liste Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du projet Poitiers collectif a défié tous les pronostics, au sein même de sa famille politique. Le PS détenait la ville depuis 1977. Jamais Poitiers (88 000 habitants) n’avait été dirigé par une femme. Et jamais par quelqu’un d’aussi jeune : 30 ans.
Son score flatteur – 42,83 % contre 35,60 % pour Alain Claeys et 21,56 % pour le candidat La République en marche (LRM), Anthony Brottier – a jeté une lumière vive sur cette inconnue, simple conseillère régionale de la Nouvelle-Aquitaine. L’une de ses toutes premières mesures n’a fait qu’accentuer la curiosité à son égard : en décidant de baisser d’un tiers son indemnité de maire, ramenée à 3 500 euros net par mois – cela afin de réduire l’écart avec les conseillers municipaux –, Léonore Moncond’huy a vu son nom faire le tour du Web.
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« Cela me plaisait d’envoyer un message de sobriété », raconte-t-elle ce matin-là, derrière la façade Second Empire de l’hôtel de ville. Un vitrail représentant Aliénor d’Aquitaine illumine le salon d’honneur, situé au même étage que son bureau. Dans un coin, un éventail de photos personnelles : n’y figurent ni parent, ni enfant, ni même de selfie avec une personnalité politique. Mais uniquement des clichés de l’équipe de campagne.
« Biberonnée à l’éducation populaire »
Sacrée campagne, au demeurant. Sa victoire, Léonore Moncond’huy la doit autant à un phénomène de dégagisme, qui a mis fin au règne d’Alain Claeys, en place depuis 2008, qu’à une stratégie électorale innovante, dont la matrice est l’éducation populaire. Scoute depuis l’âge de 11 ans chez les Eclaireuses et Eclaireurs unionistes de France, elle a gravi tous les échelons au sein de cette association protestante centenaire, de « louvette » à membre du conseil d’administration – poste dont elle démissionnera d’ailleurs prochainement, tout comme de son mandat régional, afin de se consacrer pleinement à Poitiers.
« J’ai été biberonnée à l’éducation populaire, qui a davantage nourri mon parcours politique que ne l’a fait mon parcours académique », confie cette multidiplômée – deux licences, deux masters – qui travaillait jusqu’ici comme coordinatrice de projets dans un bureau d’études œuvrant dans l’aide au développement. Créé par un petit groupe d’amis non encartés, à l’exception d’elle, Poitiers collectif s’est donné des airs de laboratoire politique, deux ans durant. Son credo : transposer à une campagne électorale des techniques empruntées aux mouvements de jeunesse.
Ont ainsi été mis en œuvre toute une gamme d’« outils d’intelligence partagée » – appelés « gestion par consentement », « élection sans candidat », « communication bienveillante », « cercles de médiation » –, bien connus des responsables de MJC et de centres socioculturels. « L’idée était de casser les codes du passé afin de redonner confiance aux électeurs dans la politique », explique l’ex-directeur de campagne, Charles Reverchon-Billot, salarié d’une association d’éducation populaire et compagnon de Léonore Moncond’huy à la ville.
Esprit « sociocul »
Déclinée à travers moult tables rondes, manifs à vélo et autres happenings, la méthode a bousculé les habitudes politiciennes, Poitiers collectif refusant par exemple de dénigrer les listes concurrentes, pour mieux communiquer sur son programme. « On nous a taxés de Bisounours », s’en désole encore Léonore Moncond’huy, elle-même nommée tête de liste à l’issue d’un processus très emblématique de cette nouvelle façon de faire.
Fin 2019, une réunion « houleuse » de cinq heures, passée notamment à remplir des fiches types sur le profil du candidat idéal, était alors arrivée à ses fins : coopter un(e) postulant(e) qui n’avait pas eu le droit de s’autodéclarer préalablement. Une voix s’était levée, dans la nuit, pour proposer le nom de Léonore Moncond’huy, malgré son « double handicap » d’être adhérente à un parti (sacrilège !) et de posséder une expérience d’élue (bis). « Ce qui a plaidé, c’est ce que je sois jeune et femme, et très impliquée dans le mouvement », se rappelle l’impétrante malgré elle, pas mécontente cependant d’avoir été désignée.
L’esprit « sociocul » de la campagne plane aujourd’hui sur l’hôtel de ville, comme en témoignent les appellations des nouvelles délégations municipales. Charles Reverchon-Billot est ainsi devenu maire adjoint aux « droits culturels », terme englobant l’ensemble des droits humains universels. Un élu a hérité d’un portefeuille tout aussi abstrait, baptisé « ville accueillante », un autre est assigné au « patrimoine à énergie positive », celui-ci à la « commande publique responsable »…
Le « zéro déchet », la « bientraitance animale » et l’« éducation nature » sont aussi, désormais, des délégations en tant que telles. Tout comme l’« innovation démocratique », attribuée à la première adjointe. Celle-ci porte un projet majeur de la nouvelle équipe, dont la moyenne d’âge tourne autour de 40 ans : créer, d’ici un an, une « assemblée citoyenne » de 150 habitants, qui aura son mot à dire au conseil municipal.
« Beaucoup d’horizontalité est nécessaire à la vie démocratique mais il faut aussi de la verticalité, ne serait-ce que pour décider », assène Alain Claeys
L’idée fait sourire amèrement l’ancien maire Alain Claeys, 72 ans, initiateur de diverses structures participatives durant sa mandature. « Beaucoup d’horizontalité est nécessaire à la vie démocratique mais il faut aussi de la verticalité, ne serait-ce que pour décider », formule-t-il, façon de dire qu’il doute de la capacité de sa remplaçante à diriger une majorité plurielle mêlant militants de gauche (EELV, Génération Ecologie, PCF, Génération.s, Nouvelle Donne, A nous la démocratie !) et société civile.
« Radicale sur le fond, et non sur la forme »
Férue de langues étrangères et de théâtre contemporain, Léonore Moncond’huy le sait : son inexpérience et sa jeunesse lui seront rappelées au moindre faux pas. A ceux qui la trouveraient trop lisse, elle explique être « radicale sur le fond, et non sur la forme », persuadée « que le meilleur moyen d’avancer n’est pas la confrontation, mais de mettre tout le monde autour d’une table ». La concertation, la bienveillance, l’exemplarité : autant d’idéaux façonnés, foulard autour du cou, au sein des Eclaireurs.
Une véritable profession de foi, le scoutisme. Des étoiles brillent dans ses yeux pour évoquer la rosée du matin qui scintille devant la tente et les Chamallows qui caramélisent sur le feu de camp : « Je ne connais rien de mieux pour souder un groupe et redonner confiance en l’humanité. »Léonore Moncond’huy ne croirait pas aux vertus de la vie au grand air, jamais elle n’aurait affecté sa première enveloppe de maire (200 000 euros) à l’envoi en vacances, cet été, de 1 500 enfants et adultes n’ayant pas les moyens de partir.

La même année que ses début chez les scouts, la collégienne remporte sa toute première élection en accédant au conseil communal des jeunes (CCJ) de Poitiers, version junior du conseil municipal. Elle poursuivra avec le bureau des jeunes, réservé aux plus de 15 ans. L’organisation de voyages en Europe de l’Est et un sondage auprès des ados d’un quartier promis à la réhabilitation figurent parmi ses réalisations. « C’est par la pratique qu’elle a forgé ses convictions », se souvient Karine Trouvat, l’animatrice du CCJ.
Sa mère, professeure documentaliste ayant connu un mandat de conseillère municipale (Verts) entre 2004 et 2007, a aussi joué un rôle, en l’emmenant manifester avec elle, enfant, contre la mise en service de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne). Son père, professeur de littérature française du XVIIe siècle à l’université de Poitiers, lui a appris « à ne pas compter [ses] heures » et à donner « du sens aux projets ». En 2014, la liste Verte de Christiane Fraysse cherche une petite main pour les municipales.La fille d’Elisabeth et Dominique est embauchée. « Elle a été une secrétaire hors pair, se souvient Robert Rochaud, militant écolo de la première heure, aujourd’hui adjoint aux finances. Je la trouvais alors plus brillante que Cécile Duflot quand elle a pris la tête des Verts à 31 ans. »
« Elle sait où elle va »
Tout ira ensuite très vite. Elle adhère à EELV dans la foulée des municipales, se fait élire aux régionales de fin 2015 puis est propulsée, deux ans plus tard, à la coprésidence du groupe écologiste du conseil régional, partie prenante de la majorité. Elle s’y distinguera par ses prises de parole musclées, réclamant au président socialiste Alain Rousset de verdir sa politique. « Ce qui frappe, chez elle, c’est une intelligence au cordeau qui lui permet d’allier radicalité et responsabilité. Elle sait où elle va », loue aujourd’hui Nicolas Thierry, future tête de liste EELV aux régionales de mars 2021.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Pour les élections régionales, les écolos privilégient l’autonomie
Pour sa ville, « Léonore du Poitou » – qui a refusé de cumuler avec la présidence de l’agglo Grand Poitiers, confiée à la maire divers gauche de Migné-Auxances, Florence Jardin – voit grand. Et vert. Elle compte planter 200 000 arbres, créer un « centre éducation nature », freiner le développement des zones commerciales, fermer l’aéroport… « La transition écologique ne peut pas être douce et gentille, nous sommes dans l’urgence. J’appartiens à la première génération politique qui va devoir gérer un héritage dont elle n’est pas responsable », martèle celle que rien n’indigne plus, actuellement, que la mode des SUV. Une autre de ses initiatives, sitôt maire, fut de suspendre le permis de construire d’un projet immobilier, jugé insuffisamment vertueux sur le plan environnemental.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Dix-neuf maires et présidents de métropoles écologistes : « Nous pouvons encore inverser la courbe de la destruction de nos écosystèmes »
Mais l’euphorie des premiers jours a aussi entraîné une légère cacophonie au sein de sa majorité. Une adjointe s’est ainsi demandé, sur Twitter, s’il n’était pas temps de modifier le terme d’« école maternelle », trop « genré » selon elle – tollé sur les réseaux sociaux. Une autre, dans La Nouvelle République, s’est aventurée à évoquer l’introduction de temps de « non-mixité » dans les équipements sportifs – sujet brûlant s’il en est… Et quand Le Monde a rencontré Robert Rochaud, celui-ci a certifié que la ville annulerait la commande d’une œuvre d’art d’un montant de 200 000 euros, passée par l’équipe précédente. Rétropédalage deux jours plus tard : « Rien n’est encore décidé… »Article réservé à nos abonnés Lire aussi Premiers pas et premières polémiques dans les nouvelles mairies écologistes
Léonore Moncond’huy sait aussi que la communication jouera un rôle primordial tout au long de son mandat. Ne l’a-t-elle pas démontré en promettant, il y a deux mois, de participer à un tournoi de basket si l’un de ses Tweet atteignait plus de 1 000 « like », et un Retweet du joueur NBA et ex-Poitevin Evan Fournier – ce qui fut fait en quelques heures ? Le tournoi s’est déroulé début septembre, au Jardin des plantes. Avant d’entrer sur le terrain (et subir deux défaites sans appel), madame la maire s’est plu à citer Kobe Bryant, légende des parquets disparue en janvier dans un accident d’hélicoptère : « On n’abandonne pas, on ne bat pas en retraite, on ne fuit pas. On résiste et on conquiert. » Parole de scout.