Une tribune dans la presse, une première pour des chefs de services de l’AP-HM: « Nous ne voulons pas avoir à choisir les malades »

https://www.laprovence.com/actu/en-direct/6125414/coronavirus-les-medecins-de-lap-hm-ne-veulent-pas-avoir-a-choisir-les-malades.html

  • DIMANCHE 27/09/2020 à 19H00 – Mis à jour à 19H13

Coronavirus : « Nous ne voulons pas avoir à choisir les malades », la tribune des médecins de l’AP-HM 

Par S.Ma. 

Publier une tribune dans la presse : c’est une première pour des chefs de services de l’AP-HM, et cette initiative inédite témoigne de la gravité de la situation sanitaire dans la région marseillaise. Dix-neuf d’entre eux, parmi lesquels les membres de la commission médicale d’établissement, les chefs de services de réanimation et des unités Covid du CHU, mais aussi le Pr Jean-Luc Jouve, porte-parole à Marseille du collectif inter-hôpitaux y réexpliquent, chiffres détaillés à l’appui, les difficultés présentes et à venir de leurs équipes, pour continuer à assurer la prise en charge de tous les patients, alors qu’une nouvelle vague de malades du Covid-19 afflue dans les hôpitaux.

Cette tribune est aussi une mise au point face au scepticisme exprimé par certains, et surtout une réponse cinglante aux critiques du Pr Didier Raoult, qui a accusé le président de la CME Dominique Rossi de « porter une responsabilité dans les mesures déraisonnables prises, contre la ville, par le ministre de la santé« , en raison de messages jugés trop « alarmistes« . L’IHU de Didier Raoult (qui dépend de l’AP-HM), « sans aucune structure de réanimation ne traite qu’une partie des malades dont l’état ne nécessite pas des prises en charge plus lourdes. En outre il a été, comme lors de la première vague, rapidement dépassé dans ses capacités d’hospitalisation conventionnelle« , soulignent les signataires.

Se défendant de tout parti pris politique, ces chefs de service se disent « conscient des conséquences terribles » que cette crise fait peser sur l’économie, « mais nous restons dans notre rôle de médecins : les politiques décident et nous prenons en charge les patients« . 

La tribune

L’AP-HM est proche de la saturation : les déprogrammations ont débuté

La deuxième vague de l’épidémie de COVID 19 que nous affrontons est responsable depuis début août, d’une augmentation lente mais continue des hospitalisations conventionnelles et des admissions en réanimation au sein des Hôpitaux Universitaires de Marseille*. Un tiers des malades graves ont entre 40 et 65 ans.

Le rôle d’un Centre Hospitalier Universitaire, établissement de référence du Département et de la Région, n’est pas d’être « alarmiste » ni de commenter, mais de soigner des patients, de prévoir sereinement une réponse adaptée aux besoins de santé de la population du Département et de la Région face à cette deuxième vague.

Les fluctuations au quotidien des chiffres et des courbes de l’épidémie sont largement commentées ici et là, mais nous qui sommes au quotidien, 24 heures sur 24 sur le terrain, au contact des malades, ne pouvons relâcher notre vigilance, quand la courbe d’occupation des lits est ascendante depuis plus de 5 semaines.

Le Pôle des Maladies Infectieuses de l’APHM qui compte 75 lits à l’IHU, sans aucune structure de réanimation ne traite qu’une partie des malades dont l’état ne nécessite pas les prises en charge les plus lourdes. En outre il a été, comme lors de la première vague, rapidement dépassé dans ses capacités d’hospitalisation conventionnelle. A ce jour, nous accueillons 180 malades COVID, d’autres services de l’AP-HM ont donc logiquement dû transformer certaines de leurs unités d’hospitalisation en unités dédiées pour prendre en charge des patients atteints de la COVID-19.

Ce sont ainsi plus de 90 lits qui accueillent, en plus de l’IHU, des patients COVID au détriment d’autres patients.

Les cas les plus graves ont été hospitalisés dans les différents services de réanimation de l’AP-HM dont le niveau d’occupation dépasse la côte d’alerte.

Pour exemple aujourd’hui, malgré l’excellente coordination des services de réanimation et notamment malgré des transferts vers les réanimations des établissements privés et publics de notre territoire, plus de 40% des lits de réanimation de l’APHM sont occupés par des patients COVID.

Ils ne sont donc plus disponibles pour accueillir des patients atteints d’autres affections graves telles que des polytraumatismes, des cancers ou des greffes.  Ces malades méritent pourtant, eux aussi, toute notre attention

La tension sur les lits de réanimation nous a déjà contraints à des reports d’interventions chirurgicales et de nouvelles déprogrammations de patients non-COVID sont déjà prévues la semaine prochaine.
 
Chaque jour, malgré le stress et l’épuisement, c’est avec une cohésion extraordinaire que les équipes soignantes font face. Les médecins et tous les soignants prennent en charge les malades en totale coordination entre sites et au sein de chaque site.

Malgré tous nos efforts et nos demandes, nous ne trouvons pas les effectifs médicaux et paramédicaux à embaucher pour augmenter notre capacité globale d’hospitalisation. Il faut donc impérativement que le flux des hospitalisations COVID du département ralentisse très rapidement afin que nous puissions prodiguer des soins de qualité à tous les malades.

Nous sommes parfaitement conscients des conséquences terribles de cette crise sanitaire sur de nombreux secteurs de notre économie mais nous restons dans notre rôle de médecin : les Politiques décident et nous prenons en charge les patients.

Personne n’a su prédire l’évolution de cette épidémie. Nous devons donc anticiper car demain les équipes soignantes ne veulent pas avoir à choisir quel malade ira ou non en réanimation.

Nous espérons tous que cette vague soit la plus courte et la moins meurtrière possible. Comptant sur la solidarité de tous, les médecins de l’APHM unis contre cette épidémie mettront tout en œuvre pour que chacun reçoive les soins qui lui sont ou lui seront nécessaires.

La liste des signataires

Pr Dominique Rossi
Président de la CME

Dr Anne Donnet
Vice-Présidente de la CME

Pr Hervé Chambost
Secrétaire Général de la CME

Pr Richard Nicollas
Directeur Médical de crise

Pr Jacques Albanese
Président de la CMEL – Hôpital de la Conception 

Pr Stéphane Berdah
Président de la CMEL – Hôpital Nord

Pr Nicolas Bruder
Chef du Pôle Réa.Urgences-Samu-Hyperbarie

Pr Pierre Champsaur
Président de la CMEL – Hôpitaux Sud

Pr Pascal Chanez
Chef du Service de Pneumo-Allergologie
Responsable d’unités COVID – Hôpital Nord

Dr Jean-Marie Forel
Vice-Président de la CMEL
Chef du Service de Médecine Intensive et Réanimation – Hôpital Nord

Pr Marc Gainnier
Chef du Service de Réanimation des Urgences – Hôpital Timone Adultes

Pr Jean-Luc Jouve
Président de la CMEL – Hôpital Timone Enfants

Pr Gilles Kaplansky
Chef du Service d’Immunologie Clinique
Responsable d’unités COVID – Hôpital de la Conception

Dr Catherine Guidon
Chef du Service d’Anesthésie, Chirurgie Cardiaque et Vasculaire – Hôpital Timone

Pr Marc Leone
Chef du Département d’Anesthésie-Réanimation – Hôpital Nord

Pr Pierre-Édouard Magnan
Président de la CMEL – Hôpital Timone Adultes

Pr Laurent Papazian
Chef de Pôle Médecine d’Urgence-Soins Critiques-Anesthésie

Dr Véronique Veit
Chef d’UF – Unité Médicale Aigue Polyvalente
Responsable d’unités COVID – Hôpital Timone Adultes

Pr Lionel Velly
Anesthésiste Réanimateur – Président du CLIN Timone

« Les équipes ne veulent pas avoir à choisir quel malade ira en réanimation » : les chefs de service de l’AP-HM répondent aux critiques du Pr Raoult   

Par A.M. le 29-09-2020 

https://www.egora.fr/actus-pro/hopitaux-cliniques/61335-les-equipes-ne-veulent-pas-avoir-a-choisir-quel-malade-ira-en?nopaging=1

Accusés par leur confrère de l’IHU Méditerranée d’être en partie responsables des mesures restrictives prises à Marseille contre le Covid du fait de leurs « messages alarmistes », ces médecins mettent en avant les chiffres qui montrent que le CHU est proche de la saturation.

Alors que les propriétaires de bars et de restaurants de la cité phocéenne, fermés depuis lundi et jusqu’à nouvel ordre, crient à la « dictature sanitaire », plusieurs chefs de service de l’AP-HM sont sortis de leur réserve afin d’expliquer pourquoi il était impératif prendre des mesures drastiques face à l’épidémie de Covid.

« La courbe d’occupation des lits est ascendante depuis plus de cinq semaines », rappellent-ils dans une tribune publiée par La Provence lundi. « Aujourd’hui, malgré l’excellente coordination des services de réanimation et notamment malgré des transferts vers les réanimations des établissements privés et publics de notre territoire, plus de 40% des lits de réanimation de l’AP-HM sont occupés par des patients Covid. » Des lits qui ne sont donc « plus disponibles pour accueillir des patients atteints d’autres affections graves telles que des polytraumatismes, des cancers ou des greffes », soulignent le président de la CME, le Pr Dominique Rossi, et les chefs de service de réanimation, des urgences, de pneumologie ou encore d’immunologie

.Le Pr Raoult accuse ses confrères marseillais de lancer « des messages alarmistes »

« La tension sur les lits de réanimation nous a déjà contraints à des reports d’interventions chirurgicales et de nouvelles déprogrammations de patients non-COVID sont déjà prévues la semaine prochaine », ajoutent-ils. « Malgré tous nos efforts et nos demandes, nous ne trouvons pas les effectifs médicaux et paramédicaux à embaucher pour augmenter notre capacité globale d’hospitalisation. Il faut donc impérativement que le flux des hospitalisations COVID du département ralentisse très rapidement afin que nous puissions prodiguer des soins de qualité à tous les malades », insistent-ils. Pour ces médecins, le pire serait d’avoir « à choisir quel malade ira ou non en réanimation ».

Un dilemme qui ne risque pas de se poser au Pr Raoult puisque…

l’IHU Méditerranée ne dispose d' »aucune structure de réanimation » et ne traite qu’une « partie des malades du Covid », ceux « dont l’état ne nécessite pas les prises en charge les plus lourdes », tiennent à rappeler ces médecins. L’IHU, partie intégrante du pôle maladies infectieuses de l’AH-HM, aurait d’ailleurs été « rapidement dépassé dans ses capacités d’hospitalisation conventionnelle » (75 lits), comme lors de la première vague, soulignent-ils.

Comment les médecins libéraux des Bouches-du-Rhône ont été marginalisés par l’Institut du Pr Raoult

« Parfaitement conscients des conséquences terribles de cette crise sanitaire sur de nombreux secteurs de notre économie », les chefs de service affirment rester dans leur « rôle de médecin », qui n’est pas d’être « alarmiste » :  » les Politiques décident et nous prenons en charge les patients ».

[avec LaProvence.com]

Le professeur Raoult accuse les Hôpitaux de Marseille de lancer des « messages alarmistes »

Dans un courrier au président de la commission médicale de l’AP-HM, le patron de l’IHU Méditerranée Infection pointe la « responsabilité » de ses collègues médecins. 

Par Gilles Rof  Publié le 24 septembre 2020 à 20h36 – Mis à jour le 25 septembre 2020 à 11h27

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/09/24/le-professeur-raoult-accuse-les-hopitaux-de-marseille-de-lancer-des-messages-alarmistes_6053509_3244.html

« Vous portez une responsabilité dans les mesures déraisonnables prises contre la ville, par le ministre de la santé. » Dans un courrier très sec daté de jeudi 24 septembre, le professeur Didier Raoult accuse ses collègues de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) de diffuser des « messages alarmistes qui ne reflètent absolument pas la réalité » et d’avoir déclenché en partie les nouvelles contraintes sanitaires annoncées par Olivier Veran et qui ont provoqué de violentes réactions à Marseille dans les milieux politiques et économiques.Article réservé à nos abonnés 

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Cette lettre adressée au président de la commission médicale de l’AP-HM, le professeur Dominique Rossi, que Le Monde a pu consulter, fait un point chiffré sur l’évolution de l’épidémie à Marseille. Didier Raoult y note, concernant les détections, « une stabilisation du nombre de cas diagnostiqués depuis le 6 septembre, avec une diminution régulière du nombre de cas (…) des résidents de Marseille ».

A l’IHU Méditerranée Infection, dirigé par Didier Raoult, l’incidence serait passée, durant la même période, de 20 % à 5 % des personnes testées. Le nombre de passages en réanimation sur les sites de l’AP-HM, lui, aurait augmenté de « 34 à 38 » en une semaine, ce qui, écrit le professeur, « ne témoigne pas d’un flux particulier ».

« Un effort partagé »

Les nouveaux patients Covid positifs pris en charge quotidiennement par l’hôpital de jour à l’IHU sont tombés de « 120 au 1er septembre » à « autour de 70 par jour » actuellement. Quant aux 75 lits d’hospitalisation de l’institut, « 12 étaient libres hier soir », précise le professeur Raoult. Un chiffre qui est monté à 15, ce jeudi 24 septembre. « Dans ces conditions, poursuit Didier Raoult, véhiculer des messages de cette nature ne rend service à personne et ne reflète en aucun cas la réalité. »

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Ce courrier, également adressé au directeur de l’agence régionale de santé, Philippe de Mester, et au directeur de l’AP-HM, Jean-Olivier Arnaud, est une réponse à un message interne envoyé la veille par le président de la commission médicale à l’ensemble des médecins de l’AP-HM. Dominique Rossi y décrète la mobilisation générale des services contre le coronavirus et annonce que « le nombre de malades Covid admis à l’AP-HM croît régulièrement sans véritable pause » et que Marseille est « pour les semaines à venir sur une dynamique de croissance en termes d’hospitalisations ».

« Je suggère que vous sortiez de vos bureaux pour voir un peu ce qui se passe ici, ce qui vous permettra d’avoir une vision un peu plus réaliste et de ne pas devenir de purs technocrates » Didier Raoult

Il appelle « tous les services » de l’Assistance publique de Marseille à « un effort partagé (…) pour aider à la montée en charge des unités Covid »« Je vous demande expressément de répondre positivement aux demandes ponctuelles qui pourraient vous être faites », poursuit le professeur Rossi, qui annonce qu’une « réduction de l’activité programmée chirurgicale et médicale proportionnée(…) doit être envisagée », pour absorber le flux des patients Covid.

« Cette deuxième vague, probablement bien plus longue que la première, est très complexe à gérer, tant la lassitude est présente et les moyens humains rares », conclut Dominique Rossi. 
Des demandes auxquelles le directeur de l’IHU répond vertement : « Je suggère que vous sortiez de vos bureaux pour voir un peu ce qui se passe ici, ce qui vous permettra d’avoir une vision un peu plus réaliste et de ne pas devenir de purs technocrates », cingle Didier Raoult.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Fermeture des bars et des salles de sport, baisse de la jauge des rassemblements : avalanche de nouvelles restrictions contre le Covid-19

Joint par Le Monde, le président de la commission médicale de l’AP-HM ne remet pas en cause les chiffres avancés par Didier Raoult, mais se défend d’être « alarmiste ». Il se dit « très surpris » de la réaction du professeur à ce qu’il définit comme « une note interne »« Cette note n’a pas été adressée au ministère de la santé, mais aux médecins de l’AP-HM, s’étonne-t-il. J’y demande que l’on se soutienne les uns, les autres. Mon travail est d’envisager toutes les situations possibles auxquelles nous pourrions être confrontés dans les prochaines semaines et je vais continuer à le faire. »

Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Rappels:

Comment les médecins libéraux des Bouches-du-Rhône ont été marginalisés par l’Institut du Pr Raoult   62 

Par Aveline Marques le 30-07-2020 

https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-d-exercice/60282-comment-les-medecins-liberaux-des-bouches-du-rhone-ont-ete?nopaging=1

Dans un livre blanc, l’URPS médecins de Paca critique « sans retenue » la gestion de la crise du Covid. Dans le collimateur : le Gouvernement, l’ARS, les CHU… mais aussi l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée, qui a mis en difficulté les médecins libéraux en captant leurs patients.

Dans cette crise, « il y a eu des oubliés et la médecine libérale fait partie de ceux-là », estime l’union régionale des professionnels de santé libéraux – médecins de Paca, dans un livre blanc qui critique « sans retenue » la gestion de l’épidémie. Objectif : restituer « la réalité de ce que nous, soignants de terrain en ville, avons vécu et ce que nous ne voulons plus vivre ».

Tout y passe : les dotations trop tardives en masques (« Certains n’ont jamais eu de dotation en FFP2″), la lourdeur administrative opposée à la mobilisation opérationnelle des centres Covid, l’hospitalo-centrisme de l’ARS, la centralisation des appels par le 15, l »ostracisme à l’égard du privé » ou encore l’inexistence des retours d’information vers les médecins traitants de la part des CHU.

Centres Covid : « On n’a toujours pas reçu un seul rond de l’ARS », déplorent des médecins franciliens

A ces problématiques, communes à bon nombre de médecins français, s’ajoutent pour les libéraux des Bouches-du-Rhône le cas particulier de l’IHU de Marseille « avec sa pratique de tests massifs » hors recommandations. « Les patients se rendaient spontanément à l’IHU, parfois au mépris des mesures de confinement (files d’attente sur le boulevard Jean Moulin de plusieurs centaines de mètres), et bien sûr sans aucun retour de prise en charge vers le médecin traitant », malgré les sollicitations de l’URPS, fustige le livre blanc.

« Au mépris des professionnels de terrain »

« L’IHU a par la suite étendu son influence en testant « hors les murs » dans des Ehpad, des foyers logements, etc… au mépris des professionnels de terrain qui étaient impliqués : pas de concertation avec les laboratoires locaux, pas de retour au médecin traitant des résultats ni de la prise en charge, et évidemment, pas de lettre de liaison. » Tandis que les médecins libéraux eux, se sont retrouvés démunis face aux patients à qui ils ne pouvaient proposer ni test, ni traitement.

Seule l’Assurance maladie et sa réactivité trouvent grâce aux yeux des libéraux.« Graves lacunes », « conclusions trompeuses » : un éminent chercheur demande le retrait de la première étude du Pr Raoult sur l’hydroxychloroquine

Pour tirer les leçons de la crise, l’URPS émet plusieurs propositions : confier le pilotage du parcours de soin (incluant le séjour à l’hôpital) au médecin traitant « au sein et avec les fonctionnalités de sa CPTS et/ou MSP », mettre en place une régulation libérale dédiée, autonome et indépendante du 15 pour la permanence des soins ambulatoires, développer les moyens des CPTS, financer des outils des systèmes d’information de la ville, mettre en place une « vraie » décentralisation des ARS, constituer un plan blanc de la médecine de ville.

L’URPS demande, enfin, à ce que les revenus de cette période de crise soient exonérés de charges sociales et d’impôts et ce afin de « compenser l’absence d’aide logistique pour la coordination des centres Covid ».

« Tout le monde veut récupérer son aura » : Didier Raoult, infectiologue courtisé et héraut des antisystèmes

Au fil de la crise sanitaire, l’infectiologue marseillais, qui a mis au point un traitement controversé contre le Covid-19, semble être devenu une figure de l’antimacronisme et le porte-parole de « ceux d’en bas ». 

Par Lucie SoullierAbel Mestre et Gilles Rof  Publié le 24 mai 2020 à 01h36 – Mis à jour le 25 mai 2020 à 12h51

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/05/24/raoult-heraut-des-antisysteme_6040567_823448.html

Didier Raoult dans son bureau de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille (IHU), le 26 février.
Didier Raoult dans son bureau de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille (IHU), le 26 février. GERARD JULIEN / AFP

C’est devenu une icône. Le professeur Didier Raoult est plus qu’un médecin : il est désormais vu par une partie des Français, notamment hors de Paris, comme l’arme antisystème par excellence. Le symbole d’une colère qui a gagné le pays pendant les deux mois de confinement dus à la pandémie de Covid-19. Un peu comme si le directeur de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille (IHU) – qui n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde – était devenu le porte-parole de « ceux d’en bas », alors même que ses relations avec le chef de l’Etat semblent au beau fixe et que les deux hommes se sont rencontrés en avril. Son traitement – controversé – à base d’hydroxychloroquine est encore vu comme un espoir de guérison, et ce malgré plusieurs études montrant sa faible efficacité.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Covid-19 : une étude internationale suggère un risque accru de mortalité sous hydroxychloroquine

La France du professeur Raoult a une capitale : Marseille. Lundi 11 mai, lors du premier jour de déconfinement, un camion publicitaire sillonne la ville. Il déverse une musique tonitruante qui fait se retourner les rares passants. Sur ses deux écrans vidéo apparaît soudain le portrait géant de Didier Raoult, cheveux, barbe et blouse blanche, air pénétré du chercheur. Une légende en lettres capitales accompagne la photo : « Marseille et le reste du monde vous aiment et vous soutiennent Professeur Raoult. »

« Aura de thaumaturge »

L’initiative, due au propriétaire d’une agence de publicité locale, soigné il y a un an à l’IHU après avoir contracté la fièvre Q, n’est pas qu’un coup de buzz. « Didier est le seul à avoir donné l’espoir d’un soin dans un moment où l’on conseillait aux malades de rentrer chez eux avec du paracétamol. Que son traitement fonctionne ou pas, il s’est construit sur ça une aura de thaumaturge », analyse un de ceux qui ont suivi tout son parcours au sein d’Aix-Marseille Université.

Tout à leur antimacronisme, le RN et LFI ont perçu l’intérêt de mettre en avant Didier Raoult comme le pendant du président de la République

En politique, notamment dans l’opposition, peu importe la rigueur scientifique, du moment que l’on peut attaquer le pouvoir. Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ne s’y sont pas trompés. Les deux formations, bien qu’à l’opposé de l’échiquier politique, ont très vite soutenu le professeur Raoult. Tout à leur antimacronisme, elles ont perçu l’intérêt de le mettre en avant comme le pendant du président de la République, en s’appuyant sur sa légitimité scientifique. L’avantage de Didier Raoult est aussi qu’il ne s’exprime pas, ou très rarement, sur le fond de ses idées. Et quand il le fait, chacun peut piocher ce qui l’arrange. Ainsi, le médecin a pu aussi bien mettre en doute le réchauffement climatique que démonter l’idée de l’existence de « Français de souche ».Lire aussi  Coronavirus : comment le professeur Didier Raoult est devenu une figure centrale des théories complotistes

Jean-Luc Mélenchon, député LFI des Bouches-du-Rhône, a bien saisi l’intérêt de prendre la défense du médecin, jouant sur l’opposition aux « élites ». « Je peux dire que le tableau fait de ce professeur Didier Raoult, présenté comme un sauvage malpoli et provocateur, m’a évidemment tapé dans le nez. En effet, je connais trop bien l’odeur de la peinture dont dispose la bonne société, ses médias et ses plumes à gage. Moi-même ne suis-je pas un animal agressif, demi-dément qui se croit “sacré” et se prend pour la République ? On me permettra de ne pas adhérer à ma caricature », écrivait-il le 26 mars.

Côté RN, Marine Le Pen est restée plus prudente et a préféré laissé faire ses lieutenants. Mais elle n’a tout de même pas manqué d’utiliser Didier Raoult comme gage scientifique antisystème, et affirmé plusieurs fois que, « elle présidente », elle aurait ouvert le traitement à la chloroquine.

Figure antimacroniste

« L’adhésion des politiques, tous bords confondus, au discours de Raoult relève en partie du flair politique : mieux vaut être du côté du peuple que de celui des élites. On joue la carte de la proximité et de la déconnexion avec le pouvoir », note le sociologue Ludovic Lestrelin. Le philosophe Michel Onfray, qui a recruté Didier Raoult comme auteur dans sa revue Front populaire, résume l’intérêt pour ceux qui se proclament « antisystème » d’utiliser l’image du professeur : « C’est un homme libre. Il est, comme tous les hommes libres, un objet de détestation pour les gens de pouvoir et un objet d’admiration pour tous ceux qui subissent ce pouvoir. » 

Pas question donc pour l’exécutif de laisser se créer un abcès de fixation d’une figure incarnant l’antimacronisme sans réagir. D’où la visite d’Emmanuel Macronà l’IHU, début avril, même si officiellement il n’y avait aucune « dimension politique à ce déplacement ». Reste que l’aura de « rebelle » de M. Raoult en avait pris un coup.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Didier Raoult, le pari risqué d’Emmanuel Macron

Beaucoup voient, malgré tout, dans l’engouement autour de Didier Raoult une sorte de continuité de ce qui se joue en France depuis plus d’un an avec le mouvement des « gilets jaunes » et le creusement d’un fossé entre deux parties du pays. « On est passés d’une démocratie critiquée car ne fonctionnant pas à la critique de sa légitimité, rappelle Thomas Branthôme, historien du droit et des idées politiques. Didier Raoult se coule bien dans ce moment de lutte contre “l’oligarchie”. Les politiques comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ont un pied dans le système, ils ne peuvent pas incarner seuls l’opposition à la caste. »

Particularisme phocéen

D’une même manière, Ludovic Lestrelin a fait le lien, dans un long entretien au site Marsactuentre l’adhésion au leadership de Didier Raoult et la séduction générée dans les années 1990 par Bernard Tapie, alors tumultueux président de l’Olympique de Marseille. Chercheur à l’université de Caen-Normandie et spécialiste des phénomènes de supportérisme – notamment des fans de l’OM –, il note que M. Tapie et M. Raoult sont « source de fierté locale dans une ville à la mauvaise réputation », apparaissent comme des « défenseurs (…) des “petites gens” », en mettant en avant le particularisme phocéen face aux élites parisiennes.

A Marseille, l’explosion médiatique de Didier Raoult génère ainsi plus qu’ailleurs des appétits politiques. Les principaux candidats Les Républicains (LR) aux municipales affichent un soutien enthousiaste au patron de l’IHU depuis qu’ils ont été, pour la plupart, testés positifs au lendemain du premier tour et traités dans ses services. Martine Vassal, la présidente LR de la métropole et du département des Bouches-du-Rhône ; le président du groupe majoritaire au conseil municipal, Yves Moraine, ou encore la députée Valérie Boyer… tous ont fait le service après-vente d’un traitement qu’ils estiment efficace.

Didier Raoult a également été l’interne de l’ancien ministre de la santé (2002-2004) et élu marseillais Jean-François Mattei, qui, en 2003, lui a commandé un rapport sur le bioterrorisme. Si M. Mattei juge que le professeur Raoult est quelqu’un « d’intelligent, compétent, parfois visionnaire », il émet quelques doutes sur ses méthodes, dans La Provence du jeudi 21 mai. « Vous ne pouvez pas, sans preuve scientifique de son efficacité, vouloir étendre [un traitement] à la population en général », grince le généticien, regrettant que son ancien collaborateur s’en soit tenu « à l’intuition empirique ». Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « Le professeur Raoult ne laisse jamais passer l’occasion de nous rappeler son imperméabilité au doute »

« Nous avons toujours soutenu ses projets. Parmi les grands chantiers de Nicolas Sarkozy, il y a aussi l’IHU », rappelle, de son côté, le sénateur LR des Bouches-du-Rhône Bruno Gilles. « Didier Raoult est un ami et un partenaire. On se connaît depuis près de quarante ans, je l’ai rencontré alors que j’étais étudiant et lui assistant enseignant. Il est porteur de cette idée de la grandeur de la France, de la liberté d’expression et de la liberté de penser, qui est très gaulliste », assure Renaud Muselier. Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, médecin urgentiste de formation et directeur de clinique, apporte, depuis le début de la crise, un soutien sans faille au professeur Raoult, mais tente d’éviter de choisir un camp. « Raoult a raison de donner son traitement : il sait que cela ne coûte rien et ne pourra pas faire de mal. (…) Le ministre a raison de demander des tests d’ampleur et de vérifier l’effet du traitement. Chacun est dans son rôle. »

Soutien d’élus LRM

Localement, Didier Raoult bénéficie également du soutien de certains élus La République en marche (LRM). Le député Saïd Ahamada est venu à l’IHU lui demander d’ouvrir un centre de tests dans les quartiers nord de la ville. « Il m’a dit oui sans hésiter », raconte-t-il. Le candidat LRM aux municipales de Marseille, Yvon Berland, néphrologue réputé, est un vieux camarade. Le chargé de communication de l’institut, Yanis Roussel, n’est autre que le suppléant de la députée Cathy Racon-Bouzon. Ancien responsable local des Jeunes avec Macron, il occupait la cinquième place des listes En marche ! dans le 4e secteur de Marseille.  Coronavirus : Estrosi, Boyer, Vassal… La droite prend fait et cause pour le professeur Didier Raoult

« Tout le monde veut récupérer l’aura de Raoult et c’est bien normal, note un élu marseillais. Lui veut-il s’investir là-dedans ? J’en doute. Il a des idées de droite, mais il a toujours su manœuvrer avec tous les bords. » Et de rappeler que si l’ancien ministre de la santé LR (parti appelé UMP à l’époque) Philippe Douste-Blazy (2004-2005) siège bien au conseil d’administration de l’IHU, l’ex-ministre de la recherche socialiste Geneviève Fioraso y a également sa place. De même, si l’IHU est fortement soutenu par l’actuel président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, et par son vice-président, Georges Leonetti, doyen de la faculté de médecine, le projet a reçu en son temps le soutien de son prédécesseur socialiste Michel Vauzelle.

Jeudi 7 mai, Didier Raoult était auditionné par la commission des affaires sociales du Sénat, en visioconférence. « Cela s’est très bien passé. Tout le monde était sous le charme, même les communistes, qui ont beaucoup apprécié qu’il tape fort sur le poids des laboratoires pharmaceutiques », se félicite Bruno Gilles, qui précise que, contrairement à beaucoup de ses anciens camarades de la droite marseillaise, il n’est pas, lui, « dans l’adoration béate de Didier Raoult ». « Je sais qu’il a beaucoup travaillé ce passage devant la commission, ajoute-t-il. On vante son côté rebelle, mais il a envie de charmer, de plaire et de convaincre. » Un rebelle, au fond, très consensuel.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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