Coronavirus : Olivier Véran amortit la fronde marseillaise contre les mesures sanitaires
Sans céder sur la fermeture des bars et des restaurants et en promettant 15 millions d’euros aux hôpitaux, le ministre de la santé a atténué la colère locale.
Par Gilles Rof Publié le 26 septembre 2020 à 05h38 – Mis à jour le 26 septembre 2020 à 10h42
Quinze millions d’euros de trésorerie pour les hôpitaux de Marseille. Un week-end de sursis et une durée de fermeture réduite à sept jours pour les restaurants et les cafés de la métropole. Une promesse de transparence totale sur les chiffres quotidiens de l’épidémie avec les élus locaux. Le ministre de la santé, Olivier Véran, a quitté Marseille, vendredi 25 septembre en début de soirée, en ayant en partie déminé un terrain qui menaçait d’exploser sous ses pas.
Envoyé par le premier ministre, Jean Castex, pour aller éteindre un incendie qu’il avait lui-même allumé en annonçant, sans véritable concertation, le passage de la deuxième ville de France et de sa métropole en « zone d’alerte maximale », Olivier Véran s’est acquitté de sa mission sans être trop chahuté. Il a cédé sur quelques aménagements de forme sans abandonner l’essentiel des décisions du gouvernement. Et fait légitimer ses choix par les chiffres et les témoignages d’un aréopage de spécialistes médicaux lors d’une visite de l’hôpital de la Timone.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : le patronat change de ton à propos des aides accordées aux commerces obligés de fermer
« On n’a pas obtenu grand-chose », reconnaissait, lucide, Maryse Joissains, la maire (Les Républicains, LR) d’Aix-en-Provence, en sortant du « moment républicain » tenu à partir de 16 heures entre élus et ministre à la préfecture des Bouches-du-Rhône. « Il a été inflexible. La décision était prise, on ne la change pas », constatait le député (LR) Guy Teissier. « Il y a eu des avancées significatives, tentait, lui, de convaincre, dans un mistral frisquet, le président (LR) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier. La fermeture ne sera effective que dimanche soir et pour une semaine seulement. Dans sept jours, nous nous reverrons pour analyser les chiffres et savoir si nous pouvons lever la mesure. »
Le matin même, devant plusieurs centaines de professionnels de l’hôtellerie exaspérés, symboliquement réunis devant le tribunal de commerce de Marseille, M. Muselier promettait d’attaquer en justice tout arrêté préfectoral empêchant bars et restaurants de son département d’ouvrir.
Mesures « nécessaires, temporaires, mais pas arbitraires »
En fin d’après-midi, autour de la table où siégeaient les représentants des collectivités locales, le préfet et le directeur de l’agence régionale de santé (ARS), Renaud Muselier a une nouvelle fois demandé à Olivier Véran de « renoncer à la fermeture généralisée des bars et des restaurants ». En vain.
Devant la porte de la préfecture, l’ancien secrétaire d’Etat semblait avoir abandonné son idée de référé-liberté : « Nous avons gagné sept jours de fermeture et l’Etat s’engage à prendre totalement en charge les pertes des professionnels. Il faut être raisonnable. Quand on écoute les témoignages des réanimateurs, c’est très angoissant. »Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : Marseille se révolte contre « l’affront » des nouvelles restrictions liées à l’épidémie
En début d’après-midi, c’est dans l’amphithéâtre de la Timone, vaisseau amiral des Hôpitaux universitaires de Marseille (AP-HM), qu’Olivier Véran a défendu ses mesures « nécessaires, temporaires, mais pas arbitraires ». Arrivé par une entrée discrète pour éviter la manifestation des professionnels de l’hôtellerie, prêts à lui offrir une « chaude réception » sur le parvis, le ministre a d’abord répondu aux élus marseillais l’accusant de « punir » leur ville.

« Mon objectif est de protéger les Français et, à Marseille, les Marseillais. (…) Parfois, il faut impulser le changement par des mesures de gestion compliquées à comprendre pour la population, mais qui, quand on est soignant en réanimation ou famille de malade, sont vécues comme nécessaires », a-t-il expliqué en visitant un service accueillant des malades du Covid-19.
L’ire du monde économique
Soulignant l’état de « tension » de l’AP-HM où, vendredi, 41 des 47 lits de réanimation réservés aux personnes atteintes du Covid-19 étaient occupés, le ministre de la santé a alerté sur de possibles déprogrammations. « Ce que m’ont dit les médecins, c’est qu’ils commencent à différer les opérations programmées sur des patients qui ne souffrent pas du Covid, a poursuivi M. Véran. On ne peut pas se permettre de différer à nouveau alors que le retard pris en mars n’a pas été totalement rattrapé. »
Pour présenter la situation épidémique dans une ville où le taux d’incidence est le plus haut de France (281 pour 100 000 selon l’ARS), le ministre avait également convié l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique. « Cela fait plus d’un mois que je discute avec les élus du territoire, que je les alerte. Si nous prenons le risque d’attendre de voir si la situation s’améliore d’elle-même, nous prendrions le risque de devoir appliquer des mesures encore plus fortes dans quelques semaines », a insisté le ministre. Un discours qu’il avait déjà tenu fin août lors d’un premier déplacement à Marseille, a-t-il rappelé.Article réservé à nos abonnés Lire aussi A Marseille, l’obsession de « sauvegarder les activités hospitalières hors Covid »
Alors que des responsables CGT étaient exfiltrés de l’auditorium avant le début de la conférence de presse, M. Véran a annoncé des financements supplémentaires pour l’AP-HM : 15 millions d’euros d’avance de trésorerie et une enveloppe particulière de 2 millions d’euros pour l’amélioration des services de soins intensifs. Une dotation que le directeur général de l’AP-HM a découverte en même temps que les journalistes présents.
Responsables médicaux rassurés, élus locaux apaisés, reste l’ire du monde économique et de professionnels économiquement touchés. Dans l’après-midi, les représentants de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), de la chambre de commerce et d’industrie et des organisations patronales ont quitté la table du ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, Alain Griset, présent lui aussi à Marseille.
« Mesurettes d’accompagnement »
« Il n’était pas venu pour discuter de la fermeture de nos établissements, mais pour parler de mesurettes d’accompagnement. Nous n’avons pas besoin de prêts, nous voulons travailler », rageait, en sortant du rendez-vous avorté, le président régional de l’UMIH, Bernard Marty.
Le matin même, sur les marches du tribunal de commerce, entouré d’élus de tous bords, le leader des restaurateurs et cafetiers avait fait huer le nom du ministre Véran par trois fois et lancé dans son mégaphone : « C’est de ce jour que part la révolte marseillaise. »Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : dans les Bouches-du-Rhône, élus et professionnels ont le sentiment d’être « injustement punis »
En fin d’après-midi, l’excitation semblait retombée. Un communiqué commun à l’UMIH, à l’Union patronale 13, aux chambres de commerce de Marseille et d’Arles (Bouches-du-Rhône) et à la Confédération des petites et moyennes entreprises appelle encore le gouvernement à « un moratoire jusqu’au 1er octobre » pour la fermeture des bars et restaurants. En guise de réponse, le décret préfectoral devrait, dès samedi 26 septembre, enfin définir les contours exacts des nouvelles mesures décidées par l’Etat.