Publié le 25/09/2020
Effet papillon : comment des épidémiologistes américains ont pu pousser au désespoir des cafetiers du vieux port

Paris, le vendredi 25 septembre
– Mercredi, le ministre de la santé annonçait la fermeture pour 15 jours des restaurants et des bars dans les Bouches-du-Rhône et à la Guadeloupe, au grand dam des entreprises concernées qui affirment qu’elles font respecter les gestes barrières.
Pour cette décision radicale le gouvernement c’est sans nul doute appuyé sur une enquête épidémiologique des CDC (Centers for Diseases Controls) américains.
Dans ces travaux, publiés le 11 septembre sur le MMWR, la « CDC COVID 19 Response Team » concluait que la fréquentation de bars et de restaurants peuvent « être des facteurs de risque importants associés à l’infection par le SARS-CoV-2 ».
Dans le cadre de cette étude cas témoins, les CDC ont comparé les contacts et les « situations à risques » de 154 patients symptomatiques Covid + confirmés par PCR (âgés de plus de 18 ans) à celles d’un groupe témoin de 160 sujets, présentant une symptomatologie pseudo-grippale, mais négatifs pour le SARS-CoV-2.
Les participants ont été interrogés sur leurs habitudes de port du masque, sur les rassemblements privés auxquels ils avaient participé, sur leur fréquentation des magasins et des transports, sur leur activité professionnelle, leur loisir…et leur fréquentation des bars et des restaurants.
Ils devaient classer ces différentes activités de « jamais » à « plus d’une fois par jour » mais pour l’analyse, les réponses ont été classées en « jamais » et en « une ou plusieurs fois » au cours des 14 jours précédant l’apparition de la maladie. Pour chaque activité signalée, les participants ont également été invités à quantifier leur degré d’adhésion aux recommandations sanitaires.
Les Covid + 2 fois plus susceptibles d’avoir fréquenté un restaurant dans les 2 semaines précédentes
Aucune différence significative n’a été observée entre les patients et les témoins en ce qui concerne les achats, les rencontres à domicile, les activités professionnelles, l’utilisation des transports publics, le respect des gestes barrières…En revanche, les patients Covid + étaient plus nombreux que les témoins à déclarer avoir mangé au restaurant (OR = 2,4, 95 % IC = 1,5-3,8) au cours des deux semaines précédant l’apparition de la maladie. En outre, lorsque l’analyse a été limitée aux participants qui n’ont pas déclaré de « contact étroit » (plus de quinze minutes à moins d’un mètre) avec une personne infectée par le SARS-CoV-2 (57 % des Covid + et 86 % des Covid -), les résultats étaient encore plus nets (OR = 2,8, 95 % IC = 1,9-4,3 pour la fréquentation des restaurants et OR = 3,9, 95 % IC = 1,5-10,1 pour celle des bars).
Fischer et coll. concluent que « la direction, la ventilation et l’intensité de la circulation de l’air peuvent affecter la transmission du virus, même si des mesures de distanciation sociale et le port de masques sont mis en œuvre conformément aux orientations actuelles. Les masques ne peuvent pas être portés efficacement en mangeant et en buvant, alors que les achats et de nombreuses autres activités d’intérieur n’excluent pas le port du masque » concluent les auteurs.
Il existe, néanmoins, comme toujours, des limites à cette étude : en vrac, sélection de sujets symptomatiques, possibilité de facteurs de confusion non pris en compte, pas de distinction entre repas pris en salle et en terrasse, représentativité de l’échantillon, connaissance de leur statut PCR par les sujets lors des interviews qui peut avoir influencé leurs réponses, erreurs de classification possible entre cas et témoins en raison d’un pourcentage élevé de faux négatifs de la PCR…
F.H.
RÉFÉRENCE
Fisher K et coll. : Community and Close Contact Exposures Associated with COVID-19 Among Symptomatic Adults ≥18 Years in 11 Outpatient Health Care Facilities — United States, July 2020 – MMWR 11 septembre 2020 / 69(36);1258–1264