L’épidémie s’étend plus vite que la capacité de test

Coronavirus : l’épidémie s’étend plus vite que la capacité de test

Plus de 13.000 contaminations ont été enregistrées deux jours d’affilée. Le préfet du Rhône doit annoncer ce lundi des mesures préventives supplémentaires. La Haute Autorité de santé préconise d’utiliser les tests salivaires pour les personnes présentant des symptômes.

Après Marseille, Bordeaux et Nice, Lyon doit à son tour durcir son arsenal préventif face au coronavirus.
Après Marseille, Bordeaux et Nice, Lyon doit à son tour durcir son arsenal préventif face au coronavirus. (Jeff Pachoud/AFP)

Par Solveig GodeluckPublié le 20 sept. 2020 à 18:15Mis à jour le 21 sept. 2020 à 11:22

Coup sur coup, vendredi puis samedi, plus de 13.000 nouvelles contaminations au coronavirus ont été enregistrées par Santé publique France. Tout va très vite. Le cap des 10.000 a été dépassé une semaine plus tôt. Celui des 1.000, le 23 juillet. Face à cette situation qui dégénère, le préfet du Rhône doit annoncer ce lundi de nouvelles restrictions , après Nice, où les rassemblements de plus de dix personnes dans les parcs et sur les plages ont été interdits vendredi, Marseille, Bordeaux et la Guadeloupe .

L’Ile-de-France ne devrait pas tarder à suivre. Les préfets de région, de police, de Paris et le directeur général de l’Agence régionale de santé ont révélé dans un communiqué vendredi que le nombre d’admissions en soins critiques y avait crû de 89 % en trois semaines. Dans ce contexte, les rassemblements festifs ou conviviaux sur la voie publique « doivent être évités ou déclarés en préfecture s’ils excèdent plus de dix participants ».

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Après Franck Riester, Emmanuelle Wargon et Brune Poirson il y a quelques mois, un nouveau ministre s’est déclaré vendredi positif au Covid-19, Bruno Le Maire, en charge de l’Economie. Dans une tribune au « JDD », 75 députés de la majorité appellent les Français à se faire vacciner contre la grippe cet automne afin d’éviter une « cohabitation épidémique ». Ils demandent aussi aux complémentaires santé de rembourser le vaccin antigrippal, y compris pour les moins de 65 ans.

L’enjeu des tests

L’enjeu des prochains jours sera l’amélioration de l’accès aux tests . Si le ministre de la Santé, Olivier Véran, n’est pas revenu sur sa décision de permettre à tout le monde de se faire dépister sans ordonnance, certains publics sont désormais prioritaires pour les tests virologiques PCR : patients symptomatiques, « cas contacts » ou soignants.

Mais alors que les laboratoires privés tournent à plein régime, le salut pourrait venir de l’arrivée de tests qui n’ont pas besoin d’être analysés en laboratoire. Olivier Véran a annoncé jeudi avoir commandé 5 millions de tests antigéniques par voie nasopharyngée, qui peuvent être lus sans passer dans des machines. La Haute Autorité de santé (HAS) ne s’est pas encore prononcée sur leur fiabilité ; cela reste donc une expérimentation à la main des directeurs des agences régionales de santé.

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En revanche, la HAS a recommandé vendredi l’utilisation et le remboursement des tests salivaires . Ils sont moins invasifs que les prélèvements dans le nez, ce qui peut être capital pour convaincre des personnes âgées ou des enfants de se laisser dépister. La sensibilité de ces tests est un peu moins importante, c’est pourquoi ils devront être réservés aux patients présentant des symptômes.

Deux fois plus d’hospitalisations tous les 28 jours

Dans son dernier bulletin hebdomadaire, portant sur la semaine du 7 au 13 septembre, l’agence avoue qu’elle peine à estimer la vitesse de propagation du virus en raison de la saturation du dépistage. L’épidémie double de volume tous les quinze jours au maximum. Avec des zones de crise aiguë : « En Provence-Alpes-Côte d’Azur, et plus spécifiquement dans les Bouches-du-Rhône, la circulation virale s’est intensifiée depuis mi-juillet avec un quasi-doublement des cas chaque semaine », écrit Santé publique France. Le taux d’incidence est à Marseille de 300 cas pour 100.000 habitants, six fois plus que la cote d’alerte.

Comme prévu, l’épidémie recommence à mettre sous tension le système hospitalier. Le nombre d’hospitalisations double en 28 jours, contre 33 jours une semaine auparavant. Près de 600 patients Covid sont entrés en réanimation en une semaine. Très fragiles face au virus, les Ehpad déplorent 160 clusters, soit une centaine de plus en une semaine.

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Solveig Godeluck

Le coronavirus progresse plus vite que le dépistage en France

L’épidémie demeure maîtrisée dans l’Hexagone, mais le nombre de cas croît depuis trois semaines, montre Santé publique France, qui craint une augmentation des délais de dépistage et appelle à « la plus grande vigilance ». La semaine dernière, le nombre d’entrées en réanimation a même légèrement augmenté.

https://www.lesechos.fr/economie-france/social/le-coronavirus-progresse-plus-vite-que-le-depistage-1226094

L'accès au dépistage du coronavirus n'est pas toujours suffisamment rapide.
L’accès au dépistage du coronavirus n’est pas toujours suffisamment rapide. (Allili Mourad/Sipa)

Par Solveig Godeluck

Publié le 24 juil. 2020 à 11:59Mis à jour le 24 juil. 2020 à 14:19

La course-poursuite avec le coronavirus n’est pas encore gagnée en France . Dans son dernier bulletin hebdomadaire, publié jeudi soir, Santé publique France relève que le nombre de patients testés positifs au Covid-19 du 13 au 19 juillet a encore augmenté, pour la troisième semaine consécutive, avec 4.397 cas contre 3.910 une semaine plus tôt et un taux de positivité des tests de 1,2 % au lieu de 1,1 %.

Cela porte le nombre de nouveaux cas à 6,6 pour 100.000 habitants. Ce taux d’incidence n’était que de 5,8 cas la semaine précédente. En métropole, l’accélération des dépistages positifs est nette sur trois semaines : +13 %, puis +21 %, et à présent +27 %.

Dans l’absolu, le nombre de personnes nouvellement contaminées demeure modeste par rapport aux dizaines de milliers de cas apparus chaque jour au pic de l’épidémie. De plus, pour l’instant, l’épidémie reste sous contrôle, dans la mesure où tous les cas détectés sont tracés, et leurs contacts appelés, testés, isolés. « Aucun cluster n’a diffusé dans la communauté », précise l’agence, qui en dénombre 447 depuis le début, avec peu d’éclosions de nouveaux foyers depuis deux mois.

Indicateurs avancés

Néanmoins, les indicateurs avancés commencent à clignoter. Santé publique France estime que le virus se diffuse plus vite que le dépistage. « L’augmentation des nouveaux cas positifs est ainsi, depuis deux semaines, supérieure à l’augmentation des nombres de patients testés », écrit l’agence. Le nombre de tests n’a crû « que » de 14 % en métropole du 5 au 12 juillet et de 3 % la semaine dernière, où 361.000 personnes ont effectivement été dépistées.

C’est une façon de réfuter l’argument selon lequel l’augmentation des cas positifs est uniquement liée à un dépistage plus intense. D’ailleurs, ajoute Santé publique France, « l’augmentation des personnes symptomatiques testées est plus importante que l’augmentation des personnes asymptomatiques testées », ce qui « reflète une augmentation réelle du nombre de cas symptomatiques ». La semaine dernière, 37 % des personnes testées présentaient des symptômes.

A noter que l’incidence du Covid-19 est aussi repartie à la hausse la semaine dernière pour la tranche des plus de 75 ans. Les personnes les plus âgées sont les plus vulnérables face à la maladie, mais elles aussi ont commencé à se déconfiner.

L’accès au dépistage

Autre fait inquiétant, depuis la semaine dernière, de plus en plus de patients se présentent au centre de dépistage 5 à 7 jours après avoir éprouvé des symptômes, au lieu de venir 2 à 4 jours après. « Ces tendances pourraient s’expliquer soit par un retard pris lors de la mise en place des investigations ou du signalement tardif des symptômes ces dernières semaines, soit par une augmentation des délais d’attente pour la réalisation des prélèvements », analyse l’agence.

Ces derniers jours, le débat est monté sur les conditions d’accès au dépistage, alors que les personnes ciblées par la stratégie de traçage de contacts ne sont pas prioritaires. Le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, a demandé aux laboratoires d’analyses biologiques de s’efforcer de traiter plus de monde. Avant de partir en vacances et de retrouver leur famille, les Franciliens se ruent sur les tests, et c’est l’embouteillage.

Le coronavirus ne craint pas l’été

En Mayenne en revanche, où plusieurs clusters ont éclos ces dernières semaines, jetant l’alerte au niveau national, le taux de positivité des tests commence à redescendre. C’est bon signe, même si le nombre de cas confirmés a encore augmenté la semaine dernière, à 221 individus. Sept départements sont surveillés comme le lait sur le feu parce qu’on y trouve plus de 10 nouveaux cas hebdomadaires pour 100.000 habitants : la Mayenne (72,4 cas), les Vosges (20), le Finistère (15,6), mais aussi le Val d’Oise, le Haut-Rhin, Paris et la Seine-Saint-Denis.

Plus de 178.300 contaminations confirmées ont été enregistrées depuis le début de l’épidémie, annonce Santé publique France, en compilant les données de plusieurs sources dont, pour la première fois, celles du fichier du dépistage SI-DEP (système d’information national de suivi du dépistage). Le nombre hebdomadaire de cas confirmés, qui diminuait depuis début avril, est reparti à la hausse début juin.

Frémissement en réanimation

Entre le dépistage et une éventuelle admission en réanimation, il peut s’écouler deux semaines. Ce ne sont pas des indicateurs avancés. On note toutefois que depuis deux semaines, le nombre d’admissions en réanimation a cessé de baisser : 83 entrées la semaine dernière, contre 78 la semaine précédente. Idem pour les hospitalisations : 604, après 606 une semaine plus tôt. Cela n’empêche pas les hôpitaux de continuer à se vider, les patients qui sortent de réanimation étant toujours plus nombreux que ceux qui y rentrent depuis le 8 avril.

Rappelant que les congés d’été sont « susceptibles de favoriser les comportements à risque » (réunions familiales, relâchement des consignes sanitaires), Santé publique France conclut que « la poursuite de la circulation virale et la confirmation à la hausse des indicateurs épidémiologiques pour ces trois dernières semaines invitent fortement à maintenir la plus grande vigilance ».

Solveig Godeluck

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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