Le débat sur la 5G en cinq questions
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La technologie du futur de la téléphonie mobile fait polémique. Des élus de gauche et des écologistes demandent un moratoire sur son déploiement. La nouvelle norme est-elle dangereuse ? Quelles sont les autres critiques adressées à la 5G ? Sont-elles fondées ? Les réponses dans CQFD.

Par Tifenn ClinkemailliéPublié le 16 sept. 2020 à 11:01Mis à jour le 17 sept. 2020 à 0:12
« Innovateurs » contre « Amish » : les réserves de la gauche écologiste envers la 5G tournent à l’ affrontement politique avec Emmanuel Macron , les Verts reprochant à l’exécutif un passage en force, le président les taxant d’obscurantisme. Inquiets de possibles effets néfastes de la 5G sur la santé et d’impacts sur l’environnement près de 70 élus de gauche et écologistes demandent « un moratoire » sur son développement, alors que les enchères d’attribution des premières fréquences débutent le 29 septembre.
De quoi parle-t-on ? Les risques sur la santé sont-ils avérés ? Quel serait l’impact environnemental de la 5G ? Explications dans CQFD.
1. Qu’est-ce que la 5G ?
De la 3G à la 4G et bientôt à la 5G. Comme son nom l’indique la 5G est la cinquième génération de réseaux mobiles. Elle est conçue pour répondre à la très grande croissance des données et à la connectivité de la société moderne.
« La 5G a un problème de nom, expliquait Thierry Boisnon, le patron de Nokia France. Ce n’est pas une simple évolution de la 4G. » C’est en réalité une véritable technologie de rupture qui ouvrira des perspectives de développement des usages numériques. Elle pourrait ainsi bénéficier à la plupart de nos objets connectés, de la voiture autonome à la télémédecine.
« C’est un tout nouveau réseau mobile avec un débit internet jusqu’à 10 fois plus rapide et plus performant que la 4G », indique SFR. La promesse est grande : non seulement le débit sera décuplé, mais surtout le réseau sera extrêmement réactif. Les temps de latence, à savoir les délais de transit d’une donnée entre le moment où elle est envoyée et celui où elle est reçue, seront réduits à 1 milliseconde.
Enfin, la 5G devrait également être capable de supporter une multitude d’objets connectés simultanément, sans risque de saturation. Son développement en France n’est plus qu’une question de mois. Les enchères d’attribution des premières fréquences débuteront le 29 septembre. Les premières offres commerciales accessibles au grand public devraient arriver sur le marché d’ici la fin de l’année.https://embed.acast.com/la-story/mauvaisesondessurla5g
2. La 5G est-elle dangereuse pour la santé ?
Depuis quelques mois les critiques montent à l’égard de la 5G. Près de 70 élus de gauche et écologistes, signataires d’une tribune au JDD, demandent un moratoire. La gauche n’est pas seule à s’interroger. Une trentaine de députés LR ont réclamé en mai une commission d’enquête sur les impacts potentiels en matière de santé.
Pour basculer dans l’ultra haut débit, le réseau s’appuiera sur une bande de fréquences très haute : 26 GHz. Mais plus la fréquence est haute, plus la portée des ondes est courte. Cela nécessite donc de multiplier les antennes. D’où les craintes de certains.
5G : que sait-on de ses effets sur la santé ?
En réalité, que la fréquence soit plus élevée ou les antennes plus nombreuses ne change rien : tous les équipements radioélectriques sont soumis à des limites d’exposition. Derrière le débat, c’est l’utilisation d’appareils émettant des ondes électromagnétiques qui est remise en cause.
Un risque accru de tumeur cérébrale a ainsi été constaté pour les personnes téléphonant plus de trente minutes par jour sur une période de dix ans. Mais le principal effet biologique des champs électromagnétiques est de nature thermique : cela chauffe. C’est justement pour cela qu’un cadre réglementaire est fixé.
3. La 5G est-elle néfaste pour l’environnement ?
La seconde crainte est environnementale. Elle a récemment été exprimée par la Convention citoyenne sur le climat. Ses 150 membres avaient proposé un moratoire sur le déploiement de cette technologie. Les doutes émanent aussi de politiques et d’associations.
Au RN, le député européen Hervé Juvin demande « quels sont les avantages réels pour les utilisateurs, au-delà d’un contrôle total de l’existence par les objets connectés ? » Un message également relayé par plusieurs ONG environnementales, à l’instar de Greenpeace, les Amis de la Terre ou Attac.
Le coût écologique de la 5G en 4 questions
Les opposants s’inquiètent d’une hausse de la consommation énergétique induite par le développement de la 5G. Car si à usage constant cette dernière est plus économe que sa version précédente, ses détracteurs pointent un possible effet rebond. L’accès plus rapide aux données doperait la consommation et compenserait les économies d’énergie réalisées.
4. Quelles réponses sont apportées à ces craintes ?
Emmanuel Macron a balayé lundi la demande de moratoire émanant des élus de gauche et écologistes. « La France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation », a-t-il réaffirmé, ironisant sur ceux qui préféreraient « le modèle Amish » et le « retour à la lampe à huile ».
Pour ce qui est de la demande de moratoire exprimée par la Convention citoyenne, le gouvernement a commandé au début de l’été un rapport au Conseil général de l’environnement et du développement durable, à l’Inspection générale des affaires sociales, à l’Inspection générale des finances et au Conseil général de l’économie.
Ce dernier, remis mardi, souligne qu’« il n’existe pas, selon le consensus des agences sanitaires nationales et internationales, d’effets néfastes [sur la santé] avérés à court terme, en dessous des valeurs limites d’exposition recommandées ». « Les éventuels effets de long terme, cancérogènes ou non, difficiles à mettre en évidence, sont à ce stade, pour l’essentiel, non avérés selon les mêmes agences nationales et internationales », ajoutent-ils.
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DECRYPTAGE – Pourquoi Emmanuel Macron lance l’offensive contre les écologistes
Mais pour certains, ce rapport ne suffit pas. Stéphane Richard, le patron d’Orange en personne se disait prêt en juillet à attendre les résultats de l’Anses pour lancer le déploiement physique de la 5G. L’Agence nationale de sécurité sanitaire qui avait relevé en janvier le manque de données scientifiques sur le sujet doit rendre son rapport final en mars 2021.
Quant à l’impact environnemental de la 5G celui-ci est plus compliqué à mesurer. Ses partisans mettent par exemple en avant la baisse des émissions de CO2 entraînée par l’essor du télétravail qui serait facilité par la 5G. Le Sénat s’est néanmoins emparé de la question et a rendu, mercredi 24 juin, 25 propositions pour réduire l’impact environnemental du numérique. Parmi les mesures phares, l’interdiction des forfaits mobiles illimités.
5. Pourquoi pousser le développement de la 5G en France ?
C’est avant tout une question de compétitivité, dans la mesure où la 5G a de grandes applications industrielles, comme pour la voiture connectée . Si les entreprises tricolores souhaitent suivre le rythme de la concurrence internationale, le développement de la 5G est primordial. Le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, juge la 5G « indispensable à la compétitivité économique de la France », tandis que le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, estime que « ce serait une erreur dramatique de s’en priver ».
D’autant plus que la France n’est pas en avance. Le rapport remis au gouvernement pointe ainsi le « relatif retard » de la France aussi bien pour l’attribution des fréquences que pour le lancement commercial du réseau 5G des opérateurs. Il précise aussi qu’« aucun pays n’a organisé de concertation citoyenne nationale spécifiquement dédiée à la 5G ».
Tifenn Clinkemaillie
5G : que sait-on de ses effets sur la santé ?
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Le futur ultra-connecté promis par la 5G suscite des craintes chez une partie du public. Faut-il s’inquiéter d’un éventuel impact sanitaire ? Le point sur ce qu’en dit la science.

Par Leïla Marchand Publié le 6 avr. 2019 à 9:02Mis à jour le 8 avr. 2019 à 7:19
Voitures autonomes, drones-livreurs de repas, chirurgie à distance, film téléchargé en quelques secondes… La 5G promet de révolutionner notre quotidien dans les années à venir grâce à un débit décuplé et un réseau hyper-réactif.
C’est précisément cette promesse d’un futur ultra-connecté qui préoccupe une partie du public. Récemment, une députée LR a ainsi interpellé la ministre de la Santé sur les potentiels risques sanitaires liés au développement de la 5G. En Belgique, la ministre bruxelloise de l’Environnement s’inquiète que ses concitoyens soient pris pour « des souris de laboratoire », rapportait le journal L’Echo fin mars.
Au-delà des peurs habituelles qu’inspirent les nouvelles technologies, comme l’ont récemment démontré les controverses liées au compteur Linky, que penser de ce nouveau standard de téléphonie mobile, encore au stade de l’expérimentation en France?
Quelle est la différence avec la 4G ?
Pour basculer dans l’ultra haut-débit, le réseau du futur s’appuiera (entre autres) sur une bande de fréquences très haute : 26 GHz. En effet, plus la fréquence est haute, plus le volume de données transféré peut être important.
Les ondes « millimétriques » (d’environ 30 MHz à 300 MHz) sont déjà utilisées ailleurs, par exemple dans les radars, les communications à courte portée ou la radionavigation.
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Problème : plus la fréquence est haute, plus la portée des ondes est courte. Les ondes se propagent moins loin et sont stoppées facilement par les obstacles (murs, arbres…). Cela nécessite donc de multiplier les antennes. D’où l’inquiétude de certains face à la multiplication de ces pylônes dans le paysage.
Mais « malgré tout ce bruit » autour de la 5G, cette technologie n’est pas « fondamentalement différente » de celle de la 4G ou de la 3G, souligne Anne Perrin, chercheuse au CNRS, spécialiste des risques électromagnétiques.
Le cadre limite d’exposition est-il suffisant ?
Que la fréquence soit plus élevée ou les antennes plus nombreuses ne change rien : tous les équipements radioélectriques sont soumis à des limites d’exposition. Cela vaut pour les antennes comme pour les smartphones, qui sont également des émetteurs.
En France, c’est l’Agence nationale des fréquences (ANFR) qui veille au respect de ce cadre réglementaire, basé sur une recommandation de l’Union européenne, en accompagnant les déploiements de la 5G des opérateurs et en contrôlant aléatoirement les appareils mobiles mis sur le marché.
La limite d’émissions fixées par l’ANFR n’est jamais atteinte. « En pratique, on est très loin en-dessous des seuils fixés », insiste la chercheuse, qui a participé à l’expertise collective sur les radiofréquences produite en 2009 par l’Anses.
De plus, même si c’était le cas, « les limites d’exposition fixées sont plus basses que les seuils d’apparition des effets sur la santé », ajoute Anne Perrin. En clair, même si la 5G générait un champ électromagnétique au-delà du cadre réglementaire, il y aurait encore de la marge avant que des répercussions sur la santé ne soient constatées.
Quelles recherches ont été menées sur les effets des ondes électromagnétiques ?
Radio, télévision, micro-ondes, smartphones… Derrière le débat sur la 5G, c’est l’utilisation grandissante d’appareils émettant des ondes électromagnétiques qui est remise en cause. Invisibles et omniprésentes, complexes à expliquer, dans une société toujours plus soucieuse de sa santé, ces ondes sont devenues « le candidat idéal à la diabolisation », analyse Anne Perrin , une des auteurs du livre « Champs électromagnétiques, environnement et santé » (éd. EDP Sciences).
En réponse à cette forte attente du public, « des efforts de recherche énormes ont été menés », indique la spécialiste. Au cours des trente dernières années, environ 25.000 articles scientifiques ont été publiés sur les effets des « rayonnements non-ionisants », comme on les appelle.
« Les connaissances scientifiques acquises dans ce domaine sont désormais plus complètes que celles que l’on possède sur la plupart des produits chimiques », peut-on lire sur le site de l’Organisation mondiale de la santé.
Les ondes électromagnétiques sont-elles dangereuses ?
Le principal effet biologique des champs électromagnétiques est de nature thermique : ça chauffe. C’est justement pour cela qu’un cadre réglementaire est fixé afin que nos téléphones ne se transforment pas en micro-ondes.
Mais en-dessous de ces seuils, est-ce qu’une exposition prolongée peut finir par être nocive ? Cette question « fait actuellement débat », précise l’OMS. « Jusqu’ici, aucun effet sanitaire indésirable n’a été confirmé, mais la recherche se poursuit ».
Raison pour laquelle le CIRC (l’agence de recherche sur le cancer de l’OMS) a classé ces ondes comme « peut-être cancérogènes »pour l’homme. Un risque accru de tumeur cérébrale a été constaté pour les personnes téléphonant plus de trente minutes par jour sur une période de dix ans. Toutefois, ce résultat « n’a pas été confirmé depuis et les rapports d’expertise scientifique qui s’accumulent sont rassurants », précise Anne Perrin.
« La grande question qu’il reste est de savoir s’il existe d’autres effets qu’un effet thermique », ajoute Yves Le Dréan, biologiste à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset). Sur ce point, les scientifiques ont « beaucoup de mal à mettre e, évidence des résultats fiables et reproductibles ». Mais « ce n’est pas parce qu’on ne sait pas que c’est dangereux ! », prévient-il.
Dans les recherches qu’il mène actuellement, Yves Le Dréan traque de possibles altérations de l’ADN. « Ca peut faire peur comme ça, mais rien qu’en respirant de l’oxygène, vous créez des altérations. Le corps dispose d’un arsenal d’enzymes pour réparer ça. Donc l’enjeu dans nos recherches est de déterminer s’il s’agit d’un bruit de fond, de modifications mineures, ou non ».
Leïla Marchand
Un avis sur « La 5G dans « Les Echos » »