Devant les députés, les responsables de la gestion de la crise sanitaire défendent leur doctrine
Deux responsables de la gestion de crise ont assuré que les consignes de 2013 incitant les employeurs à s’équiper en masques pour protéger leurs employés avaient bien été transmises sur le terrain.
Par Chloé Hecketsweiler et Solenn de Royer Publié le 17 septembre 2020 à 10h46 – Mis à jour le 17 septembre 2020 à 11h38

Institution discrète, peu connue du grand public, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a – sur le papier du moins – un rôle-clé à jouer en cas de crise. Cette instance rattachée au premier ministre est chargée de préparer la réponse de la France en cas d’attaque terroriste, d’accident nucléaire ou d’émergence d’un nouveau virus. Elle est notamment l’autrice du « plan pandémie grippale » – qui a servi de trame à l’action gouvernementale aux débuts de l’épidémie de Covid-19 – et de la désormais célèbre « doctrine » de 2013 sur les masques.Lire aussi Le point sur l’épidémie de Covid-19 en France : près de 10 000 nouveaux cas mercredi, le taux de positivité reste stable
Que dit vraiment ce texte ? Représente-t-il un virage qui a faussé l’approvisionnement en matériel dans les établissements sanitaires et les administrations, comme l’ont souligné plusieurs responsables entendus par les parlementaires ? Explique-t-il pourquoi le stock stratégique de masques détenus par l’Etat a fondu ? Auditionnée mercredi 16 septembre par les députés de la commission d’enquête sur la gestion de l’épidémie, Claire Landais, secrétaire générale de mars 2018 à juillet 2020, s’est appliquée à relativiser la portée de cette directive édictée par le SGDSN il y a sept ans.
Ce document, a-t-elle expliqué, s’adressait avant tout aux « employeurs publics »,notamment les ministères, pour leur rappeler leurs obligations en cas de pandémie, mais ne s’appliquait « pas au champ de la santé ». Selon elle, l’équipement des malades, des cas contacts et des professionnels de santé relevait bien du stock stratégique, sous la responsabilité du ministère de la santé.
Confinement non envisagé
Sur le niveau des stocks constitués par les uns et les autres, le SGDSN « n’a pas de regard », a-t-elle fait valoir ensuite devant les députés, précisant que la structure qu’elle a dirigée jusqu’à cet été – avant d’être promue secrétaire générale du gouvernement (SGG) en remplacement de Marc Guillaume – n’est pas en capacité de le faire, « ni en moyens ni en expertise ».
La haut fonctionnaire a rappelé qu’il n’y avait pas de volumétrie associée au plan pandémie grippale, exprimant « un regret » à ce sujet. « Certains plans devraient être assortis d’un volet capacitaire », a-t-elle estimé, citant en exemple le plan NRBC (risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques), le seul à comporter des éléments chiffrés. Elle a par ailleurs indiqué que le confinement n’avait jamais fait partie des options envisagées par le plan pandémie, admettant qu’« on aurait été plus à l’aise si on y avait pensé avant ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : « Proposer des mesures très contraignantes sans stratégie claire à long terme peut poser problème »
Auditionné la veille, Louis Gautier, qui occupa le même poste de 2014 à 2018, n’a pas dit autre chose. Lui aussi a indiqué que la directive de 2013 ne changeait pas la réalité du droit, ni même la notion de « stock stratégique ». Et assuré que le SGDSN avait bel et bien diffusé ces nouvelles consignes sur le terrain, ce que de nombreux témoins auditionnés, médecins ou responsables d’Ehpad, contestent, assurant n’avoir pas été mis au courant de la nécessité de s’approvisionner en masques. « Tous les ministères ont accusé réception », a répété M. Gautier, évoquant des « courriers » en provenance de plusieurs ministères « montrant que le plan pandémie était intégré et que la nouvelle doctrine allait être suivie d’effet ».
Lui-même a fait une « piqûre de rappel » en février 2016, a-t-il assuré, pour « confirmer la bonne application de la doctrine de 2013 ». « Certains en ont fait une application plus immédiate que d’autres (…) mais on ne peut pas dire qu’elle était ignorée, a-t-il insisté. Au niveau de l’administration, elle ne l’était pas. »
Présentée comme un changement majeur
Comme Mme Landais, M. Gautier a précisé que ce texte visait surtout à rappeler aux employeurs qu’ils étaient chargés de la protection de leurs employés. « Je ne m’explique pas ce qui fait que tel grand service public ne s’est pas trouvé dépourvu[d’équipements de protection], et que pour tel autre, ça a été plus problématique »,a-t-il ajouté. « Vous minorez l’importance de cette doctrine, a fait remarquer le rapporteur LR de la commission d’enquête, Eric Ciotti. Certains nous l’ont [pourtant] présentée comme un changement majeur. »Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Les conseils régionaux ont une vraie légitimité à s’emparer des questions de santé »
Pour le reste, il s’est employé à relativiser ses déclarations fracassantes de l’hiver. Le 29 janvier, onze jours après le premier cas de Covid-19 en France, l’ancien SGDSN disait ne pas comprendre pourquoi le gouvernement ne déclenchait pas le plan pandémie. « On perd un temps précieux ! », s’était-il alarmé devant des journalistes, une semaine après le confinement déclaré en Chine.