Covid-19 : des médecins appellent à plus de vigilance pour faire baisser la circulation du virus
Tandis que les nouveaux cas de Covid-19 augmentent et que le nombre d’hospitalisations inquiète, des médecins préconisent d’éviter les rassemblements privés, sources de contaminations.
Par Pascale Santi Publié le 14 septembre 2020 à 03h31 – Mis à jour le 14 septembre 2020 à 10h57

« On est à un tournant de l’épidémie. On est passé d’une circulation qu’on espérait contrôler en traçant le virus à une circulation active, qu’on ne peut plus tracer, le virus circule de plus en plus », souligne la professeure en maladies infectieuses Anne-Claude Crémieux, membre de l’Académie nationale de médecine. Le nombre quotidien de nouvelles contaminations dues au coronavirus a atteint, dimanche 13 septembre, 7 183 cas en France, après avoir dépassé pour la première fois la barre des 10 000 la veille, avec 10 561 nouveaux cas, selon les données de Santé publique France (SPF). Des chiffres à prendre avec prudence car la tendance doit être examinée sur plusieurs jours.
Le nombre de patients hospitalisés au cours des sept derniers jours s’élève quant à lui à 2 464, dont 427 en réanimation. Des chiffres qui restent toutefois bien en deçà des 7 000 personnes en réanimation au pic de l’épidémie fin mars-début avril. « On ne sent pas la même urgence que celle qu’on sentait au printemps », a expliqué Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, invité lundi matin sur l’antenne de RMC-BFM-TV. Parmi les points d’inquiétude figure un Ehpad de l’Aveyron, où cinq résidents infectés par le Covid-19 sont décédés ces derniers jours, selon les indications de l’agence régionale de santé Occitanie, dimanche, à l’Agence France-Presse. Au total, la France compte 30 916 décès depuis le début de l’épidémie.Article réservé à nos abonnés
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Au plan mondial, le nombre quotidien de contaminations a atteint un nouveau record avec 307 930 cas en une seule journée, a rapporté dimanche l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de morts étant de 921 097. Israël a annoncé un nouveau confinement de trois semaines, tandis que les Etats-Unis comptent près de 200 000 morts.
Face à la « dégradation manifeste » de la situation, le premier ministre, Jean Castex, a notamment annoncé, vendredi, un renforcement de la campagne de dépistage tout en écartant l’hypothèse d’un nouveau confinement généralisé. Il appartient aux préfets de prendre, le cas échéant, des mesures supplémentaires.
« Eviter les rassemblements privés »
Pour tenter d’endiguer cette diffusion, plusieurs médecins, dont le généraliste Jimmy Mohamed, le généticien Axel Kahn, président de la Ligue nationale contre le cancer, ou le néphrologue Gilbert Deray, appellent la population à redoubler de vigilance et « à éviter, autant que possible, les rassemblements privés », a fortiori pour les personnes à risque de forme grave de Covid-19. Sifflons « la fin de la récréation », écrivent-ils dans une tribune publiée, dimanche, dans Le Journal du dimanche.
« Les contaminations se font désormais largement dans les rassemblements familiaux élargis et les réunions entre amis », constate le professeur Bruno Megarbane, chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière, l’un des signataires de la tribune. Au 7 septembre, selon les chiffres de SPF, les clusters dans ces environnements représentaient 26 % de l’ensemble des foyers épidémiques (1 583 en tout), juste derrière les entreprises (29 %). Les signataires recommandent d’appliquer très strictement les mesures barrières lors de ces réunions, notamment familiales ou amicales.
« Le port du masque a un intérêt scientifiquement démontré dans un espace clos peu ventilé, et dans les espaces ouverts, quand la densité de population est importante, comme dans les rues étroites très fréquentées ou dans les files d’attente », insiste Bruno Megarbane. Le risque d’être infecté est toutefois nettement plus important dans les lieux clos que les lieux ouverts à l’air libre. Un risque d’autant plus grand que l’une des caractéristiques du SARS-CoV-2 est la part importante des personnes asymptomatiques et contagieuses.
COVID-19 : selon une étude, la fréquentation des restaurants et bars est une situation à risque d’infection. A lire… https://t.co/lsdaChbR0W— MarcGozlan (@Marc Gozlan)
« C’est une situation nouvelle qui appelle à une vigilance accrue », martèle la professeure Anne-Claude Crémieux, pour qui « la stratégie du gouvernement devrait être plus claire ». Elle appelle à des campagnes d’information sur la nécessité du port du masque et de respect des distances en milieu clos. « C’est aux décideurs politiques de décider d’éventuelles restrictions, notamment celle de diminuer le nombre de personnes dans les rassemblements », poursuit-elle. De telles mesures ont déjà été imposées en Allemagne, au Portugal, en Espagne et en Angleterre où les réunions de plus de six personnes sont interdites à partir de lundi 14 septembre.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : face à la « dégradation manifeste », l’exécutif en appelle au « sens des responsabilités »
En France, les médecins sont inquiets. Une augmentation du nombre de personnes infectées entraîne forcément une hausse des cas graves à l’hôpital, avec quelques semaines de décalage. La question est de savoir dans quelles proportions. « Pour l’instant, le risque est contrôlé à l’hôpital, mais nous sommes constamment à flux tendu dans les services de réanimation en raison du nombre réduit de lits disponibles et des ressources humaines paramédicales et médicales limitées, prévient Bruno Megarbane. Si le nombre des patients atteints de forme grave de Covid-19 devait augmenter de façon significative, d’autres activités médicales devront être réduites, notamment les interventions chirurgicales programmées. » Autre paramètre, pointé par le réanimateur : « La période hivernale va entraîner un afflux prévisible d’autres pathologies infectieuses comme la grippe et des décompensations de maladies chroniques cardiaques ou respiratoires. »
« Covid-19 : évitez les rassemblements privés » : l’appel de six médecins « Sifflons « la fin de la récréation »
18h30 , le 12 septembre 2020
Le médecin généraliste Jimmy Mohamed et cinq cosignataires* appellent dans cette tribune les Français à limiter les rassemblement privés et à se montrer plus vigilants face au regain de l’épidémie de Covid-19.Partager sur :
Voici leur tribune : « Le virus circule de plus en plus vite. Enfin, c’est nous qui le faisons circuler car il n’a pas le pouvoir de se déplacer seul. Nous sommes à une nouvelle étape de l’épidémie : celle de sa diffusion. Nous perdons petit à petit la trace des nouvelles contaminations. Il reste probablement peu de temps pour agir collectivement. Nous avons beaucoup demandé aux Français, avec des mesures parfois difficiles à comprendre, en particulier à un moment où le virus semblait à son plus faible. Malgré cela, les indicateurs se dégradent et nous ne savons pas jusqu’où cela ira. L’indispensable masque est désormais obligatoire presque partout, et pourtant les contaminations progressent.
Évitez, autant que possible, les rassemblements privés
Aussi, après la joie des retrouvailles de l’été, il est temps de faire attention dans le milieu privé. Des contaminations ont lieu lors de réunions de famille ou d’amis. Nous comprenons qu’après une semaine difficile, vous ayez envie de profiter de vos proches le week-end. C’est malheureusement dans ces situations que vous risquez soit de contracter le virus, soit de le diffuser, car une des caractéristiques déroutantes du Sars-CoV-2 est la part importante des personnes asymptomatiques et contagieuses. À mesure que l’épidémie progresse, la probabilité d’être contaminé dans ces lieux clos augmente.
Vendredi, en Grande-Bretagne, la ville de Birmingham a interdit les rencontres entre amis et en famille. Nous, médecins, ne sommes pas dans l’injonction. Mais il faut prendre soin les uns des autres et peut-être siffler la fin de la récréation. Évitez, autant que possible, les rassemblements privés. Plus une pièce est petite, plus elle contient de monde, moins elle est aérée, et plus vous augmentez les risques. Réduisez le nombre de personnes présentes dans le cadre privé. Si possible, reportez toute réunion. Sinon, portez un masque, comme au travail. Sans oublier la distanciation. Ces situations simples de la vie quotidienne sont à risque. Il est encore temps d’agir, tous ensemble. »
* Cosignataires : Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, directeur de la Fondation Alzheimer ; Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré ; Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière ; Axel Kahn, généticien, président de la Ligue contre le cancer ; Bruno Megarbane, chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière.
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