Des résidus de substances potentiellement perturbateurs endocriniens ou cancérogènes dans des bouteilles de vin «haute valeur environnementale »

Des traces de pesticides dans des vins certifiés « haute valeur environnementale »

Vingt-deux bouteilles ont été analysées. Toutes contiennent des résidus de substances potentiellement perturbateurs endocriniens ou cancérogènes. 

Par Stéphane Mandard  Publié hier à 23h45, mis à jour à 10h36

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Par Stéphane Mandard  Publié hier à 23h45, mis à jour à 10h36

Au salon  Vinexpo à Bordeaux, le 13 mai 2019.
Au salon  Vinexpo à Bordeaux, le 13 mai 2019. GEORGES GOBET / AFP

Ce sont des vins qui se revendiquent de pratiques vertueuses ou bénéficient de la certification « HVE », comprendre « haute valeur environnementale ». Biodiversité, irrigation, stratégie phytosanitaire… « HVE » est une certification censée distinguer « les exploitations engagées dans des démarches particulièrement respectueuses de l’environnement », souligne le ministère de l’agriculture. A la différence du label bio, cette certification ne garantit pourtant pas le non-recours aux pesticides. Pour preuve, l’association Alerte aux toxiques a fait analyser vingt-deux vins de Bordeaux (dont des crus bourgeois et des grands crus), champagne et Languedoc. Les résultats, publiés lundi 14 septembre, montrent la présence de résidus de pesticides dans toutes les bouteilles.

Les tests ont été confiés au laboratoire Dubernet, spécialisé dans les analyses œnologiques. Au total, vingt-huit substances actives différentes ont été retrouvées avec une moyenne de quatre substances par bouteille. Toutes les bouteilles (millésimées de 2015 à 2019) contiennent des molécules (sept en moyenne) dont les effets sont considérés comme potentiellement perturbateur endocrinien (PE). Dans onze bouteilles, des traces de substances classées cancérogènes, mutagène et reprotoxique (CMR) probables ont été mises en évidence. Et neuf bouteilles renferment au moins un SDHI (pour « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase »), ces fongicides dont la toxicité inquiète les scientifiques spécialisés.

« Ces résultats montrent que la certification HVE, portée par les vignerons bordelais, est une vaste escroquerie et qu’il y a des écarts importants entre le marketing, les promesses et la réalité des pratiques professionnelles », commente Valérie Murat, la présidente d’Alerte aux toxiques. L’association n’en est pas à son coup d’essai. En 2018, elle avait déjà fait analyser douze bouteilles et mis en évidence la présence de seize pesticides.

« Nos pratiques ont bien évolué »

L’association a classé les bouteilles en fonction du nombre de substances retrouvées. Avec quinze substances détectées dont quatorze PE (chlorantraniprole, fenbuconazole, métalaxyl…), un SDHI (Boscalid) et même un néonicotinoïde, le thiamétoxame, le bordeaux Château Lauduc bordeaux rouge 2018 arrive en tête de liste. Situé à une dizaine de kilomètres de Bordeaux, Château Lauduc se présente comme un « vignoble durable » et bénéficie de la certification « HVE ». Son propriétaire, Hervé Grandeau, a présidé la Fédération des grands vins de Bordeaux. Contacté par Le Monde, il se dit « estomaqué » par les résultats des analyses.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Dans le Bordelais, le traitement chimique des vignes suscite la polémique

Deuxième de la liste avec treize molécules détectées, le lalande-de-pomerol 2015 du domaine du Grand Ormeau. « Je suis sceptique, réagit son propriétaire, Jean-Paul Garde. Nos pratiques ont bien évolué depuis cinq ans avec une réduction des doses et le remplacement des CMR qui nous valent d’avoir la certification HVE niveau 3 depuis 2018. » Dans ce classement, le Château Vieux Cassan AOP médoc rouge 2016 se distingue pour son niveau de résidus de folpel. Utilisé contre le mildiou, « le fongicide de la vigne » est classé CMR probable par l’Organisation mondiale de la santé. Il a été mesuré à une concentration de 0,5363 microgrammes par litre. Un niveau record parmi les 48 bouteilles analysées par l’association depuis 2018. Le Château Vieux Cassan n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Un virage écologique » qui n’est pas vraiment confirmé

Pour le folpel, comme pour les autres molécules, les teneurs retrouvées sont à chaque fois « très largement inférieures » aux limites maximales de résidus autorisés, note le laboratoire. Ce qui fait conclure au conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux que « cette étude est une escroquerie intellectuelle qui veut faire croire aux gens que le vin est dangereux pour leur santé ». La biologiste Barbara Demeneix (CNRS-Muséum national d’histoire naturelle) ne partage pas cette analyse : « Pour les perturbateurs endocriniensce n’est pas la dose qui compte. Ce sont les mélanges, les effets cocktails, même de substances mesurées en dessous des seuils, qui sont dangereux. » Nous lui avons soumis les résultats d’analyse, qu’elle juge « pas bons ».

« Les institutions viticoles parlent d’un virage écologique, relève Valérie Murat. Il n’est pas vraiment confirmé par nos résultats d’analyses. » Il ne l’est pas non plus par la campagne de mesures de pesticides dans l’air réalisée par l’organisme de surveillance Atmo Nouvelle-Aquitaine. Selon le bilan 2019, publié fin juillet, le folpel est l’une des quatre molécules systématiquement retrouvée sur tous les sites de prélèvements, près des vignes et jusqu’à Bordeaux (« illustrant le transfert aérien des molécules depuis les surfaces agricoles vers les zones urbaines ») et avec des pics durant les traitements estivaux. Avec France Nature Environnement, Générations futures ou encore Alerte médecins pesticides, l’association de Valérie Murat a écrit aux élus de Nouvelle-Aquitaine pour leur demander de relayer une requête auprès du gouvernement : s’opposer au renouvellement d’autorisation du folpel et de quatre autres substances actives potentiellement perturbateur endocrinien. Leur période d’autorisation doit prendre fin à partir d’avril 2021.

Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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