« Il faut donner un véritable cadre à la prévention dans notre système de soins »
TRIBUNE
Marc Salomon
Docteur en médecine
La mise en place d’une politique d’anticipation et de responsabilisation des citoyens à plusieurs niveaux permettrait de réduire le nombre de maladies chroniques, qui ont aggravé les effets du Covid-19, estime le cardiologue Marc Salomon dans une tribune au « Monde ».
Publié le 21 août 2020 à 06h00 – Mis à jour le 21 août 2020 à 14h34 Temps de Lecture 3 min.
Tribune. « Seul le futur m’intéresse car c’est là que j’ai décidé de passer le reste de ma vie. » Cette citation attribuée à Albert Einstein prend un sens particulier au décours de la crise sanitaire que nous venons de vivre. Dans les discours sur la prévention des pandémies, on oublie d’évoquer que les cas graves concernent les patients en surcharge pondérale et/ou diabétiques, et/ou atteints de maladies cardio-vasculaires, toutes des pathologies dites « évitables » car accessibles à la prévention.
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Une étude prospective internationale, menée sur 116 043 personnes, a démontré que le respect de quatre comportements de santé de base – absence de tabagisme, poids maîtrisé, activité physique quotidienne et consommation d’alcool limitée – permettait de réduire de manière significative la survenue de maladies chroniques comme le diabète de type 2, les maladies coronariennes, les accidents vasculaires cérébraux, certains cancers, l’asthme et la BPCO – la bronchopneumopathie chronique obstructive.
Le monde a changé, c’est évident, et l’on tente de rendre responsable l’environnement, à savoir les autres, de tous les maux qui nous accablent. Or, ce sont nos comportements qui doivent évoluer. Plutôt que de se faire soigner au moment où l’on est malade, pourquoi plutôt ne pas tout mettre en œuvre pour ne pas devenir malade ?
Accompagnement
Plutôt que d’être face à un médecin, seul décideur, pourquoi ne pas plus impliquer les professions paramédicales, sociales, et surtout les patients comme les gens bien portants ? Pour quelles raisons aussi la santé, au lieu d’être cantonnée à l’hôpital ou au cabinet médical, n’est-elle pas partout, dans les entreprises, les écoles, les lieux de sport et de vacances ? Nous sommes toujours dans un univers de la maladie, et non dans un univers de la santé.
Le Ségur de la santé ne semble pas vouloir faire évoluer les choses. Le budget de la Sécurité sociale restera en dessous de 3 % pour la prévention. Cela n’est pas surprenant. La prévention n’est efficace que sur le moyen et long terme, une temporalité qui n’est pas celle des hommes politiques.
« La prévention n’est efficace que sur le moyen et long terme, une temporalité qui n’est pas celle des hommes politiques »
En outre, il est impossible de réduire le budget hospitalier et le budget de la médecine de ville au profit de la prévention. Quant aux professionnels de santé, ils n’ont ni le temps, ni les moyens, ni la formation pour faire de la prévention pour laquelle ils ne sont pas rémunérés. On peut les comprendre.
Et pourtant, la prévention est efficace quand elle sort des campagnes d’informations, des messages généraux, pour aller vers des accompagnements personnalisés, interactifs et inscrits dans le temps. C’est vrai de la prévention primaire – « pour que cela n’arrive jamais » –, où le rôle de l’école devrait être central pour une éducation santé et l’initiation aux comportements préventifs.
Univers de la santé
Cela l’est aussi de la prévention secondaire – « pour que cela n’arrive pas » – avec l’aide, en présence de facteurs de risque, de tous les acteurs du système de soins. Il en est de même de la prévention tertiaire – « pour que cela n’arrive plus » –, où tout doit être fait pour que l’adhésion aux traitements soit meilleure : seulement 40 % des patients ayant une maladie chronique prennent correctement leurs médicaments après un an.
Il est nécessaire de faire évoluer nos comportements, de ne plus assimiler prévention à interdit et contrainte, de comprendre que nos maux sont en bonne part la conséquence de nos comportements et qu’ils pourraient faire l’objet d’anticipation et de responsabilisation.Article réservé à nos abonnés Lire aussi « A l’heure actuelle, les tests de dépistage du Covid-19 se font sans aucune stratégie identifiable »
Pourquoi, à l’aune d’une évolution sans précédent des systèmes de soins, ne pas donner un véritable cadre à la prévention, instituer une consultation annuelle et donner les moyens matériels, pédagogiques et financiers aux professionnels de santé pour inscrire la prévention dans tout acte médical ?
Il s’agit aussi de développer les « comportements santé » en s’appuyant sur la e-santé et en y associant des attitudes environnementales saines et protectrices. Passons de l’univers de la maladie à l’univers de la santé, seul moyen réel d’améliorer la qualité de vie, d’allonger l’espérance de vie sans maladies chroniques et de réguler les dépenses de santé.
Marc Salomon est cardiologue et spécialiste en médecine préventive.
Marc Salomon (Docteur en médecine)
Commentaire Dr Jean SCHEFFER :
Voilà une bien curieuse façon de rayer d’un trait de plume toutes les polutions de l’air, de l’eau, des sols, les pesticides et autres perturbateurs endocriniens et de culpabiliser tous les patients porteurs de maladies chroniques, le plus souvent dans les milieux défavorisés.