Emmanuel Macron ressuscite François Bayrou en haut-commissaire au Plan
Le chef de l’Etat a annoncé, vendredi, la nomination le 3 septembre du président du MoDem à la tête du Haut-Commissariat au Plan et à la prospective, malgré sa mise en examen dans l’affaire des assistants du parti centriste.
Par Audrey Tonnelier et Olivier Faye Publié le 28 août 2020 à 19h27 – Mis à jour le 29 août 2020 à 06h25

C’est un morceau de l’ancien monde qui fait irruption dans le nouveau. Le Haut-Commissariat au Plan, vestige de l’après-guerre, créé en 1946, doit être ressuscité le 3 septembre en conseil des ministres, en même temps que la présentation du plan de relance pour le pays, a annoncé Emmanuel Macron devant l’Association de la presse présidentielle, vendredi 28 août. Une double renaissance, puisque le chef de l’Etat a confié à son allié François Bayrou le soin de réveiller cette institution mise en sommeil depuis le début des années 1990.
Le président du MoDem était sorti du gouvernement en juin 2017 à cause de l’affaire des assistants présumés fictifs de son parti au Parlement européen. L’annonce n’est pas que symbolique. Si la nomination du maire de Pau, dans les tuyaux depuis début juillet, s’est fait attendre tout l’été, c’est parce que cette fonction revêt un caractère transversal dans l’action de l’exécutif. La définition de son périmètre a donné lieu à d’intenses tractations avec le premier ministre, Jean Castex, désireux de ne pas voir le centriste se muer en chef du gouvernement bis.Article réservé à nos abonnés Lire aussi François Bayrou, allié agile et affectif de Macron
Un ministre résumait, au cœur de l’été, le problème posé par ce retour de la planification au sommet de l’Etat. « Ce Commissariat au Plan interroge le rôle du premier ministre. Est-ce que cette institution est uniquement un organisme de réflexion, ou bien intervient-elle sur tous les ministères ? Si le Plan est impératif, ça veut dire que le commissaire au Plan est au niveau du premier ministre », estimait alors ce membre du gouvernement.
« Vision de long terme »
Or, François Bayrou ne cesse de répéter en privé qu’il veut rétablir la « philosophie d’origine » de la fonction. Jean Monnet, premier titulaire du poste en janvier 1946 sous l’égide de Charles de Gaulle, à l’époque président du gouvernement provisoire de la République française, avait pour mission de moderniser le pays et son économie sur la base de plans quinquennaux, en associant fonctionnaires, ingénieurs, chercheurs et partenaires sociaux. « Il avait un décret d’attribution très étendu. Le premier plan fut adopté en conseil des ministres », rappelle le secrétaire général du MoDem, Jean-Noël Barrot, qui a envoyé une note sur le sujet à l’Elysée.
De son côté, Jean Castex voit le Haut-Commissariat au Plan comme un moyen de« rééclairer l’action publique d’une vision de long terme ». « Il faut recréer des outils de prospective », a-t-il défendu, le 8 juillet, en assurant que sa « seule préoccupation, c’est l’action face à la crise qui arrive ». Une vision partagée par le chef de l’Etat. « On a besoin d’avoir au service du président de la République et du gouvernement une instance qui réfléchit à plus long terme et avec moins de contraintes, en connaissant le pays », a souligné Emmanuel Macron, vendredi.
Après l’abandon des plans quinquennaux au début des années 1990 – le dernier s’acheva en 1992 –, le Commissariat a vu son influence décroître ces dernières années, son rôle étant recentré sur une fonction d’expertise. Baptisé, en 2006, Centre d’analyse stratégique, puis, en 2013, France Stratégie, il a connu un bref regain de notoriété à la faveur du passage à sa tête (2013-2017) de l’économiste Jean Pisani-Ferry, avant que ce dernier ne rejoigne l’équipe de campagne du candidat Macron à la présidentielle.
« Une guerre Castex-Bayrou »
Aujourd’hui, François Bayrou souhaite que les différentes agences chargées de la prospective lui soient rattachées. Le secrétariat pour l’investissement ou encore le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), successeur de la Datar, sont aujourd’hui sous l’autorité de Matignon. Un conseiller ministériel résume la chose crûment : « Il y a une guerre Castex-Bayrou. Castex ne peut pas accepter un Etat dans l’Etat. »
Le maire de Pau a déjà obtenu gain de cause sur un point crucial : son poste sera rattaché directement à l’Elysée, et pas à Matignon
Le Béarnais pourrait devenir un rival potentiellement encombrant, aussi, aux yeux du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, chargé de conduire la relance.
Le maire de Pau a déjà obtenu gain de cause sur un point crucial : son poste sera rattaché directement à l’Elysée, et pas à Matignon. Une manière, plaide-t-il, de ne pas apparaître comme une instance gouvernementale et de battre en brèche toute idée de concurrence avec le premier ministre. Dans son esprit, le président de la République est celui qui définit le temps long, là où le chef du gouvernement s’attache à la gestion quotidienne des affaires de l’Etat. Rien de plus logique, donc, que de rendre des comptes au premier, et pas au second. D’autant que cette renaissance du Plan est avant tout une volonté du chef de l’Etat.
L’idée est réapparue à la faveur de l’épidémie de Covid-19. Au printemps, l’Elysée faisait valoir que cette crise inédite rebattait les cartes de la mondialisation et ébranlait les fondements du libre-échange. Le manque de masques ou de médicaments, produits pour la plupart en Chine, a remis au centre du débat les sujets de souveraineté économique et de relocalisation industrielle.
Besoin de déconcentration
Les critiques à l’égard de la gestion de la crise par l’Etat central, par ailleurs, auraient illustré selon l’exécutif le besoin de déconcentration et de plus grande proximité entre les citoyens et leurs services publics. Une demande déjà présente parmi les doléances des « gilets jaunes ».
« Cette crise a révélé des fragilités en termes d’adaptabilité de l’Etat et des collectivités territoriales. Nous avons besoin de voir à moyen et long terme. C’est ce qui donne tout son sens à la création d’un Haut-Commissariat au Plan », indiquait le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, le 16 juillet, dans une interview aux Echos.
Est-il possible pour autant, dans la France de 2020, de ressusciter cette institution à l’identique ? « Les raisons pour lesquelles le Plan a disparu au début des années 1990 sont toujours là : l’acceptation de la mondialisation, l’économie de marché, la multiplication des contraintes budgétaires, mais aussi le fait que la plupart des grands investissements (TGV, autoroutes…) sont aujourd’hui derrière nous », avertit Philippe Martin, ancien conseiller économique d’Emmanuel Macron, aujourd’hui patron du Conseil d’analyse économique, un think tank rattaché à Matignon. Celui-ci voit néanmoins matière à réflexion pour le futur haut-commissaire dans des domaines comme le changement climatique, la question territoriale, ou encore la démographie, avec le vieillissement de la population.
Le risque est grand, néanmoins, de voir se multiplier les instances. Fin mai, Emmanuel Macron a déjà installé une commission d’experts sur les grands défis économiques, sous l’égide de Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014, et d’Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), censée livrer des recommandations autour des thèmes du « climat », des « inégalités » et du « vieillissement ».
Mis en examen
Toujours est-il que, sur le plan politique, le choix de confier ce poste à François Bayrou, qu’il pourra cumuler avec sa mairie de Pau, suscite des critiques dans l’opposition. « François Bayrou y a beaucoup réfléchi, c’est une conviction qu’il porte », a défendu M. Macron, prenant soin de préciser que pour l’ancien triple candidat à la présidentielle, « c’est tout sauf un lot de consolation, c’est une responsabilité importante ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après la mise en examen de François Bayrou, le point sur l’affaire des assistants parlementaires du MoDem
« Qui imagine le haut-commissaire au Plan mis en examen ? », ironise néanmoins le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou, alors que M. Bayrou est placé sous ce statut depuis décembre 2019 pour « complicité de détournement de fonds publics » dans l’affaire des assistants de son parti.
« On prend les mêmes qui échouent depuis quarante ans et on recommence ! »,dénonce de son côté le Rassemblement national, pointant du doigt le fait que l’ancien ministre de François Mitterrand et de Jacques Chirac, âgé de 69 ans, a commencé sa carrière d’élu en 1983.
Un argument balayé par l’intéressé devant ses proches ces dernières semaines.« Si j’ai besoin de traverser l’Atlantique à la voile, et que je dois choisir entre Titouan Lamazou, qui a traversé l’Atlantique cent fois, et un petit jeune très bien qui ne l’a jamais fait, qui je prends comme skippeur ? L’expérience est nécessaire », plaide-t-il en petit comité. Les récifs placés sur sa route sont nombreux.
Audrey Tonnelier et Olivier Faye
Pour Bayrou, un haut-commissariat sans plan
4 SEPTEMBRE 2020 PAR ROMARIC GODIN
https://www.mediapart.fr/journal/france/040920/pour-bayrou-un-haut-commissariat-sans-plan
Nommé hier « haut-commissaire au plan », le patron du Modem reconnaît lui-même, auprès de Mediapart, qu’il n’y aura pas de planification au sens propre. Derrière cet emballage marketing : une simple mission de prospective sans guère de moyens. Une occasion manquée, surtout.
L’heure est à la nostalgie. Après l’envolée lyrique de Jean Castex se présentant comme « gaulliste social » cet été, le conseil des ministres a nommé François Bayrou haut-commissaire au plan, ce jeudi 4 septembre. Revoici donc, renaissant de ses cendres au détour d’un décret présidentiel, le « plan ». Tout ceci fleure bon les années 1950 et 1960, et traduit une nostalgie d’une France de jadis qui alliait croissance et plein-emploi. Mais il ne suffit sans doute pas de prononcer un mot à la mode voici cinquante ans pour lui donner un sens moderne.
De fait, ce « haut-commissariat au plan » n’a pas grand-chose à voir avec feu le Commissariat général au plan (CGP), créé en 1946 et officiellement dissout en 2006, remplacé par le Centre d’analyse stratégique (CAS), devenu en 2013 France Stratégie. Le CGP disposait, en effet, d’une administration propre et, jusqu’en 1993, était chargé de rédiger un plan quinquennal qui fixait les objectifs de l’action publique en matière économique et sociale.
Emmanuel Macron et François Bayrou en janvier 2020. © AFP
La planification façon Macron-Bayrou sera fort différente. D’abord, il n’y aura pas de « haut-commissariat au plan » à proprement parler. Contacté par Mediapart, François Bayrou indique qu’il disposera d’un « cabinet restreint » et qu’on mettra, pour le reste, à sa disposition France Stratégie et « l’ensemble des administrations de l’État ». Autrement dit, c’est avant tout un poste pour une personnalité chargée, en quelques sorte, de revivifier France Stratégie, qui, il est vrai, a un peu disparu des radars ces temps-ci.
Mais si France Stratégie n’est pas placé directement sous la responsabilité du haut-commissaire et ne redevient pas une véritable administration de planification, c’est pour une raison fort simple : il n’y aura pas de plan. « L’idée n’est pas de construire un plan, mais de sortir de la dictature du court terme pour réintroduire le long terme dans la décision publique et le débat démocratique », explique le candidat malheureux aux élections présidentielles de 2007 et 2012.
Ce sera donc un haut-commissariat au plan, sans plan. « On a repris le terme de plan parce qu’il est emblématique et qu’il a une grande signification symbolique », reconnaît François Bayrou. Le plan ne sera qu’un mot. Ce sera, comme souvent, une simple vitrine. De même qu’il n’y a pas de vraie relance dans le plan de relance, comme il n’y a pas eu de débat dans le « grand débat ». La communication règne, mais ne gouverne pas.
Concrètement, on en revient donc nullement à la grande époque de la planification à la française, mais plutôt à celle où, entre 1993 et 2006, le Commissariat général au plan n’avait plus de plan à produire et est donc devenu ce qu’est encore France Stratégie, un groupe de réflexion gouvernemental produisant des rapports épais qui hantent les bureaux ministériels, souvent avec une solide couche de poussière. On était passé du plan à la « prospective » : on établit des diagnostics sur les défis à venir et on propose des politiques pour les relever. En réalité, depuis le milieu des années 1960, le plan français avait pris ce chemin, choisissant d’appuyer les politiques de compétitivité plutôt que l’équilibre d’un modèle mixte propre à l’économie française de la deuxième partie du XXe siècle.
Qu’y aura-t-il donc de plus dans ce nouveau dispositif ? François Bayrou confirme qu’il ne disposera pas de leviers de décisions ni de moyens spécifiques pour agir. « Je ne serai pas en compétition avec l’exécutif, c’est lui qui prendra les décisions et affectera le budget, mais je présenterai sur chacun des sujets des options cohérentes pour qu’ils puissent intégrer le long terme dans ces décisions », explique-t-il. Selon lui, les orientations défendues par le haut-commissaire au plan permettront de mettre en avant l’idée que « l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers ». Et de prendre l’exemple des pénuries de médicaments pendant le confinement : « On s’est rendu compte que l’intérêt général n’était pas celui des entreprises. Changer cela, c’est changer de projet de société. »
Certes, mais il reste toujours le passage du constat à la pratique. C’est précisément l’objet de la planification : se donner les moyens d’agir et d’atteindre des objectifs. Et c’est ce qui différencie la planification de la prospective. Or, les groupes de réflexions produisant des rapports envisageant l’avenir ne manquent pas en France, outre France Stratégie, il existe le Centre d’analyse économique ou encore la plus récente « commission d’experts sur les grands défis économiques », dont le président, l’économiste Jean Tirole, défendait aussi récemment la capacité à « envisager l’avenir ». Certes, toutes ces institutions se ressemblent et envisagent l’avenir selon un mode similaire : nécessité de réformer l’État social, de soutenir l’« innovation », de défendre la « compétitivité »…
François Bayrou portera-t-il une autre vision de l’avenir ? On peut en douter, mais il défend l’idée que son statut politique lui permettra d’imposer ses options et de peser dans la traduction des choix de son haut-commissariat. « J’ai toujours défendu l’idée qu’il fallait un responsable politique de poids qui prennent en charge ce travail sur le long terme », rappelle-t-il, en citant la nomination de Jean Monnet par de Gaulle à la tête du premier CGP. Autrement dit : parce qu’il pèse politiquement – ou qu’il prétend peser politiquement –, François Bayrou espère faire passer auprès de l’exécutif les grandes lignes de ses réflexions. Il recréerait ainsi de facto une forme de plan à travers une pratique politique plus que par celui d’une institution. C’est assurément un pari risqué et qui, à coup sûr, ne présente pas la même qualité concrète qu’un vrai travail de planification.
Une occasion manquée
Le « plan » sera donc une série de batailles ponctuelles et politiques pour infléchir le gouvernement. En concurrence avec d’autres institutions. On peut d’autant plus douter de l’efficacité de cette stratégie qu’elle vient de subir, avant même sa mise en place, une défaite. Le plan France Relance, annoncé jeudi 3 septembre, le jour même de la nomination officielle de François Bayrou, a ainsi une ambition de « transformation de l’économie française ». C’est une position qui a toujours été défendue par Bercy. Il engage d’ailleurs durablement les finances publiques avec une baisse des impôts de production de 20 milliards d’euros par an.
Contrairement à ce qu’affirme le maire de Pau, c’est donc une stratégie de long terme qui a été mise en œuvre, quand bien même elle ne ferait que confirmer les orientations précédentes. Or, cette stratégie ne s’est pas appuyée sur le haut-commissariat au plan. France Relance est déjà lancé, sa gouvernance complexe et brouillonne est déjà mise en place. Comment François Bayrou pourra-t-il infléchir ou peser sur ces choix qui ont été pris sans lui ? Le fait que sa nomination soit contemporaine de la lancée du plan est déjà l’aveu de sa future impuissance.
La question est d’autant plus brûlante que si la tâche du « nouveau plan » est de placer l’intérêt général au-dessus des intérêts privés, c’est tout France Relance qu’il faut revoir, lui qui ne compte que sur les baisses d’impôts sur la production, donc la mise à disposition de fonds pour les choix libres des entreprises, sur les subventions et sur les aides. Autrement dit, ce plan fait précisément le pari que l’intérêt particulier des entreprises sera l’intérêt général. La tâche de réforme de ce plan serait donc immense. Autant dire qu’elle n’aura pas lieu. Et, dès lors, on se demande bien en quoi le « plan » va pouvoir s’incarner.
Cette création d’un haut-commissariat au plan représente une occasion manquée. Pour faire accroire au peuple du nouveau caractère « gaulliste » du présent quinquennat, on multiplie les proclamations creuses autour de mots comme « relance », « plan », « souveraineté ». Mais le contenu est toujours le même et la réalité de ces mots est inexistante. Plus qu’en milliards d’euros, ce quinquennat paye les Français en mots.
Pourtant, François Bayrou a raison : la crise liée au coronavirus a montré avec pertinence la nécessité d’un retour de la planification (lire à ce sujet l’entretien avec l’économiste Cédric Durand). Dans un contexte où la mondialisation a montré ses limites, où « l’innovation » ne joue plus de rôle moteur sur la productivité, où les inégalités explosent, et, enfin, où les limites de la gestion capitaliste de la planète deviennent apparentes, il est absolument nécessaire de planifier l’organisation de la production pour la placer en rapport direct avec les besoins de la société.
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Placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers ne peut pas être la tâche d’un seul homme chargé de jouer de son poids politique face au gouvernement, ce doit être un projet qui engage toute la société et qui est donc nécessairement démocratique. Et ce doit être un projet qui impose ses objectifs, parce qu’ils sont ceux de la société. Autrement dit, et c’est une lapalissade qui semble néanmoins nécessaire de rappeler : une planification moderne exige un plan.
Au reste, le rejet profond du plan en tant que tel par les élites françaises, que confirme François Bayrou lui-même, ne peut cesser de surprendre. Les multinationales construisent des plans contraignants pluriannuels auxquels elles s’efforcent de s’attacher. La Chine est devenue la deuxième puissance économique de la planète, et sans doute la plus importante, dans le cadre d’une planification certes plus souple qu’au temps de Mao, mais qui n’a cessé d’influencer son évolution.
Mais, en France, le plan serait inutile et dépassé « par la mondialisation », comme le prétendait au Monde Philippe Martin, le président du CAE (l’un des groupes de réflexions publiques) ? En réalité, c’est bien un choix politique qui est fait : celui de désarmer profondément l’action de l’État pour laisser l’initiative aux groupes privés. Ce choix est celui de laisser les entreprises, et singulièrement les plus grandes, écrire l’avenir. En rejetant l’idée d’un vrai plan, François Bayrou confirme qu’il s’inscrit dans cette pensée. Il ne sera, au mieux, que le Don Quichotte d’une planification imaginaire, au pire l’accompagnateur des erreurs répétées de la politique économique du pays.
Une planification sans plan n’a donc pas de sens, surtout lorsque l’épuisement structurel du capitalisme néolibéral oblige à définir les besoins et les priorités. Comme quasiment toujours, la réponse du gouvernement est la même : s’emparer des concepts et des thèmes pour les vider de leur sens et de leur contenu et poursuivre la même politique. Il en va du plan comme de la relance. C’est le cœur de cette politique profondément conservatrice : ne doit rester que la vitrine. Une telle politique se réduit donc purement et simplement à du marketing.