ANNÉE APRÈS ANNÉE, UNE SÉCHERESSE RÉCURRENTE

« CETTE ANNÉE, LE SOL EST SEC COMME DE LA PIERRE, C’EST À FAIRE MOURIR LES PRAIRIES NATURELLES »

FAUTE DE PLUIES DEPUIS DÉBUT JUIN, LES PRODUCTEURS LAITIERS INSTALLÉS DANS LE PERCHE VENDÔMOIS (LOIR-ET-CHER) MANQUENT DE FOURRAGES ET DE CÉRÉALES POUR NOURRIR LEUR BÉTAIL.

Par Jordan Pouille Publié hier à 21h04, mis à jour à 15h02

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/08/07/cette-annee-c-est-sec-comme-de-la-pierre-on-risque-de-devoir-semer-dans-les-prairies_6048438_3244.html

L’exploitation agricole de Delphine et Alexis Descamps à Savigny-sur-Braye (Loir-et-Cher).

L’exploitation agricole de Delphine et Alexis Descamps à Savigny-sur-Braye (Loir-et-Cher). Jordan Pouille/ « Le Monde »

« Cette année, la sécheresse a été plus précoce, accentuée par le vent d’est et les céréales ont été mal fécondées », décrit Delphine Descamps en observant ses champs vallonnés. Sur les 100 hectares de terres qu’elle exploite à Savigny-sur-Braye (Loir-et-Cher) avec son mari Alexis, 36 sont consacrés à l’herbe à faucher ou à pâturer, 55 au maïs et le reste au sorgho et à la luzerne. Parce que la nappe sur laquelle ils sont installés sert à alimenter le réseau d’eau potable des habitants de Tours, ces cultivateurs ne dépendent que de la pluie.Lire aussi Sols arides, manque de pluie, ruisseaux à sec : année après année, une sécheresse récurrente

Ils sont en culture sèche, c’est-à-dire sans forage. Et sont donc particulièrement sensibles à la sécheresse, « beaucoup plus féroce et précoce cette année que celle des deux années précédentes »« On a fait 298 bottes de paille, contre 600 l’an dernier, détaille Alexis.Comme l’hiver a été très humide et le printemps très sec, le blé n’a pas fait de pieds secondaires. D’ordinaire, quand on sème 250 grains à l’automne, on espère avoir 600 épis au mètre carré. C’est loin d’être le cas cette fois. »

Les Descamps, 46 ans chacun et trois enfants, produisent des céréales pour la vente mais aussi pour l’alimentation de leur cheptel, qui compte 90 vaches laitières et autant de génisses et de veaux, nourris sans tourteau de soja OGM. Ils ont accès aux pâtures au moins 150 jours par an, conformément aux attentes de leur unique client, le groupe fromager Bel (Boursin, Kiri…), qui les gratifie d’un lait mieux rémunéré.

DISPARITION DES SAISONS

Mais aux prairies grillées, leurs vaches préfèrent un hangar ventilé et ravitaillé. « On n’a jamais de prairies vertes en plein été, c’est sûr. Mais ce qu’on vit là, on le vit depuis début juin. D’ordinaire, les premières pluies de fin août font tout reverdir. Cette année, ça ne suffira pas, le sol est sec comme de la pierre, c’est à faire mourir les prairies naturelles. On risque de devoir les semer car elles ne vont pas se régénérer et c’est toujours des charges supplémentaires. » Ils savent aussi avec certitude que la part de fourrage et de culture qu’ils pensaient vendre sera monopolisée pour nourrir leur bétail.

Les sécheresses à répétition inquiètent ce couple d’exploitants déjà très résilients.« On est convaincus que la polyculture et l’élevage sont la bonne solution, estime Alexis. On a notre propre système fourrager, on essaie de trouver des solutions mais il nous faut du temps. Si on avait choisi de tout pâturer, il aurait fallu décapitaliser le troupeau, réduire le nombre de têtes. Mais avec moins d’élevage, le vétérinaire ira voir ailleurs. »

Le couple a tenté la luzerne, une culture pérenne, pour ne pas avoir à semer chaque année, et le sorgho fourrager, qui consomme très peu d’eau. Mais la plante apporte trop de sucre pour les vaches laitières. « Cela doit rester une culture de complément, pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. » Alexis cherche des solutions viables pour s’adapter au changement climatique, et s’inquiète de la disparition des quatre saisons, remplacées par une alternance brutale d’une saison humide et d’une sèche.s Lire aussi Face à la sécheresse, les retenues d’eau artificielles, une solution de très court terme

« Ici, sous les limons caillouteux, l’argile conserve l’eau mais elle ne remonte pas,explique l’éleveur. Jusqu’au milieu des années 1970, c’était donc des mauvaises terres. On a commencé à drainer les terrains pour se débarrasser des excès d’eau en hiver. Les terres sont devenues cultivables, les céréaliers se sont déployés. Maintenant, on aimerait stocker cette eau de drainage. » Le couple a calculé qu’une réserve d’eau occupant 3 hectares sauverait leur exploitation en cas de nouvelle sécheresse estivale. « Cela fait des années qu’on en parle avec les élus et ça n’avance pas. Cette eau d’hiver que nous aimerions capter n’est pas pour doper les rendements mais pour avoir une sécurité. Quand on veut nourrir les animaux, qu’on n’a pas de bottes de foin, que les silos sont vides en hiver, comment fait-on ? »,lance l’exploitant.

CHÂTEAU DE CARTES

Dans ces conditions âpres, le départ d’un producteur de lait pourrait s’avérer fatal pour l’ensemble des producteurs du bassin de collecte. « C’est comme un château de cartes : si quelqu’un arrête de faire du lait, la laiterie voudra chercher à s’installer ailleurs pour maintenir son activité, s’inquiète Alexis. Mon outil de travail deviendrait invendable. Il faut continuer à faire du volume pour maintenir l’activité du collecteur. On se bat en ce moment, collectivement, pour qu’un jeune puisse reprendre un élevage. » Le défi est de taille : d’ici à 2027, 50 % des producteurs de lait arriveront à l’âge de la retraite en France.

Installée à Rians, dans le Cher, la laiterie Triballat produit de la faisselle en petits pots grâce à un réseau de 64 producteurs, dont une vingtaine dans l’Allier. « Notre tournée nous emmène jusqu’à 100 kilomètres de la laiterie et, souvent, on est le dernier collecteur du territoire, dit Dominique Verneau, responsable de la production laitière. Si l’on descend en dessous d’un certain nombre d’éleveurs, l’inséminateur ne passera plus, ni le mécanicien, et derrière aucun jeune ne voudra s’installer. Personne ne voudra reprendre une production dans un désert laitier, où le premier collègue producteur est à 30 kilomètres, où l’entraide pour un simple chantier d’ensilage devient trop compliquée. »Article réservé à nos abonnés Lire aussi La croissance mondiale de l’élevage de bétail pourrait être un facteur de risques infectieux

Dans le Cher comme dans l’Indre, les producteurs peinent à trouver un réparateur quand leurs machines à traire tombent en panne un vendredi ou le week-end. En petite Beauce, dans les marais d’Averdon (Loir-et-Cher), Olivier et Blandine Gabilleau observent leur troupeau de vaches Highland qui s’alignent dans un couloir d’ombre, sous les saules pleureurs, caressés par une bise fraîche. « Le niveau de la nappe phréatique baisse déjà fortement, se désole Olivier. Et la Cisse à côté est complètement à sec. » S’il le voulait, il pourrait puiser abandonnement dans la nappe de Beauce.

« On a un forage et un quota de 72 000 m3 attribués par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, calculé en fonction de la surface et de la qualité des terres, indique-t-il. Ils m’ont attribué trop d’eau, l’an dernier on a arrosé un petit peu pour faire repartir la luzerne et faire des ballots de paille en plus. Quand la consigne est de limiter, ce n’est pas contraignant, ça n’incite pas à trouver d’autres solutions pour préserver la ressource. » Récemment, des élus et trois agents des services départementaux lui ont rendu visite dans le cadre d’une opération zone Natura 2000. « Je leur ai dit qu’il y avait peut-être des solutions à trouver pour améliorer la gestion des forages, raconte l’éleveur. Ils m’ont regardé comme s’ils ne se sentaient pas concernés.»

Jordan Pouille(Savigny-sur-Braye et Averdon, Loir-et-Cher, envoyé spécial)

FACE À LA SÉCHERESSE, LES RETENUES D’EAU ARTIFICIELLES, UNE SOLUTION DE TRÈS COURT TERME

STOCKER EN SURFACE LES PLUIES D’HIVER EN PRÉVISION DE L’ÉTÉ EST UNE IDÉE DÉNONCÉE PAR LES HYDROLOGUES QUI DÉFENDENT AU CONTRAIRE UNE RECHARGE DES NAPPES SOUTERRAINES.

Par Martine Valo Publié aujourd’hui à 12h40, mis à jour à 12h43

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/08/07/cette-annee-c-est-sec-comme-de-la-pierre-on-risque-de-devoir-semer-dans-les-prairies_6048438_3244.html

Le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie (à gauche), avec des éleveurs, le 24 juillet 2020, à Floirac (Lot).  « Pour permettre d’avoir l’eau l’été [il faut] capter l’eau de l’hiver. C’est aussi simple que cela, c’est le bon sens qui nous anime », avait déclaré le ministre, le 31 juillet, au micro d’Europe 1.
Le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie (à gauche), avec des éleveurs, le 24 juillet 2020, à Floirac (Lot).  « Pour permettre d’avoir l’eau l’été [il faut] capter l’eau de l’hiver. C’est aussi simple que cela, c’est le bon sens qui nous anime », avait déclaré le ministre, le 31 juillet, au micro d’Europe 1. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Les uns après les autres, quand arrivent les mois chauds qui assèchent les sols et les rivières en France, les ministres de l’agriculture avancent la même réponse comme frappée du sceau de l’évidence : si l’eau manque en été, il n’y a qu’à la stocker en hiver. C’est d’ailleurs la demande récurrente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Pour affronter le réchauffement climatique, il faudrait, selon le syndicat majoritaire des exploitants agricoles, multiplier les retenues sur des rivières et des bassines – au nom trompeur puisqu’elles occupent en général plusieurs hectares chacune –, alimentées par pompage dans les cours d’eau et les nappes souterraines, les pluies et les ruisseaux étant loin de suffire à remplir ces installations conséquentes largement subventionnées.

En août 2019, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation d’alors, Didier Guillaume, déclarait vouloir une soixantaine de retenues de ce genre pour soutenir l’agriculture irriguée. Un an plus tard, son successeur nouvellement nommé, Julien Denormandie, ingénieur agronome de formation, avance à son tour cette idée. « Pour permettre d’avoir l’eau l’été [il faut] capter l’eau de l’hiver. C’est aussi simple que cela, c’est le bon sens qui nous anime, a-t-il déclaré au micro d’Europe 1, le 31 juillet. Il faut parfois, sur des territoires, faire des retenues d’eau un peu plus massives et ça, dans notre pays, ça prend huit à dix ans parce qu’on a toujours une palanquée de recours. »

Il s’interrogeait déjà la veille devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale : « Comment peut-on simplifier les choses de façon réglementaire pour aller plus vite, sachant qu’une loi prendrait trop de temps et ne simplifierait peut-être pas grand-chose ? Je veux vraiment travailler là-dessus. » Le ministre glissait au passage en avoir « déjà parlé avec Barbara Pompili », son homologue de la transition écologique. La question est sensible car elle est source de discorde depuis des années entre les deux ministères, qui n’ont ni l’un ni l’autre répondu aux sollicitations du Monde. 

DÉGRADATION DES MILIEUX NATURELS

Sivens, Caussade, la vingtaine de retenues d’eau de la Sèvre niortaise, pour ne citer que quelques projets qui ont cristallisé les tensions : les associations de défense de l’environnement tirent fréquemment à boulets rouges sur ces nouvelles infrastructures. Elles les combattent devant la justice et en manifestant sur place, au nom du nécessaire partage d’une ressource hydrique qui devient plus rare et de moins en moins bonne qualité, et de la sauvegarde de la biodiversité. Le Comité français de l’union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’histoire naturelle ont ainsi fait savoir, en juillet 2019, que 15 des 80 espèces de poissons d’eau douce présentes en France métropolitaine sont menacées de disparition en raison de la dégradation, voire de la destruction, des milieux naturels.Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Cette année, le sol est sec comme de la pierre, c’est à faire mourir les prairies naturelles »

Or les nappes souterraines qui alimentent les sources, permettant aux rivières de couler l’été, ont besoin de se recharger durant les saisons arrosées grâce aux pluies qui s’infiltrent par les sols des espaces naturels, des zones humides en particulier. Celles-ci filtrent d’ailleurs au passage une part des contaminations. Mais certaines régions, le Massif central par exemple, connaissent aujourd’hui leur quatrième été de sécheresse consécutif. Alors même si l’automne et l’hiver 2019-2020 se sont montrés généreux en précipitations, la question de la recharge des nappes va se poser si l’eau est de plus stockée en surface.

L’Observatoire national des étiages (ONDE) constate qu’au moins 17 % des 3 200 cours d’eau qu’il surveille sont déjà à sec. Ce dispositif est l’un des outils à la disposition des pouvoirs publics pour décider des arrêtés sécheresse qui restreignent l’arrosage des jardins, le lavage des voitures, le remplissage des piscines et autres usages domestiques. Dans certains départements, le secteur agricole, qui consomme la majorité de la ressource, est aussi contraint de limiter ses prélèvements.

Les barrages assèchent les tronçons de rivières situés en aval, détruisent les écosystèmes, noient les zones humides

« Bien sûr qu’il faut retenir l’eau, mais dans les sols, pas en surface où une bonne part va s’évaporer par fortes chaleurs, affirme l’hydrogéologue Christian Amblard, directeur de recherche honoraire au CNRS et vice-président du Groupe scientifique de réflexion et d’information pour un développement durable et de l’association Preva (Protection de l’entrée des volcans d’Auvergne). Des études récentesont conclu que les pertes sur les lacs de l’Ouest américain peuvent atteindre 20 % à 60 % des flux entrants, c’est considérable. D’autres, réalisées en Espagne, ont conclu que dans les régions les plus équipées de barrages, les sécheresses sont deux fois plus intenses et plus longues. » 

Les retenues d’eau assèchent les tronçons de rivières situés en aval, détruisent les écosystèmes, noient les zones humides. La problématique est la même pour les grandes bassines, explique-t-il en substance. « C’est donc une hérésie totale de faire passer les ressources en eau souterraines en surface au profit de seulement 6 % des terres équipées pour être irriguées », conclut-il.

Son point de vue est partagé par nombre d’hydrologues. Ainsi Florence Habets, chercheuse en hydrométéorologie (directrice de recherche CNRS et professeure attachée à l’Ecole normale supérieure) déclarait-elle au Monde, à l’été 2019 : « Le moyen le plus efficace de garder la ressource hydrique, ce sont les nappes et les sols qui se gorgent de volumes conséquents et les transfèrent vers le sous-sol. Augmenter nos capacités de stockage avec l’idée que nous pourrons poursuivre les mêmes activités, les mêmes cultures aux rendements fantastiques, est un leurre (…). En outre, le remplissage de ces infrastructures en automne peut contribuer à augmenter la durée des pénuries. »

Martine Valo

SOLS ARIDES, MANQUE DE PLUIE, RUISSEAUX À SEC : ANNÉE APRÈS ANNÉE, UNE SÉCHERESSE RÉCURRENTE

HERBE JAUNIE, RUISSEAUX ASSÉCHÉS… LA SÉCHERESSE EST PARTICULIÈREMENT VISIBLE CET ÉTÉ. PLUSIEURS INDICATEURS PERMETTENT D’OBSERVER LA FRÉQUENCE DE CE PHÉNOMÈNE.

Par Léa Sanchez et Raphaëlle Aubert Publié le 01 août 2020 à 05h04, mis à jour à 11h58

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/08/01/sols-arides-manque-de-pluie-ruisseaux-a-sec-annee-apres-annee-une-secheresse-recurrente_6047878_4355770.html

Sol asséché à Chassigny-sous-Dun, en Saône-et-Loire le 22 juillet.
Sol asséché à Chassigny-sous-Dun, en Saône-et-Loire le 22 juillet. OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Alors qu’une grande partie de la France étouffe sous une canicule appelée à durer plusieurs jours, la situation des sols déjà fortement asséchés risque de s’aggraver. L’épisode de chaleur intense, avec des températures dépassant les 40° C attendues en Occitanie, Pays-de-Loire, Poitou-Charentes et Aquitaine, devrait s’installer sur le territoire jusqu’au 12 août, et se superposer à une sécheresse déjà marquée. Dans le bassin de L’Armançon, en Côte-d’Or, tous les prélèvements en rivière, dans le canal de Bourgogne et dans les nappes phréatiques pour l’irrigation agricole ou l’arrosage des golfs sont interdits depuis le 20 juillet. Au sud d’Orléans, dans les bassins Loiret-Dhuy, les particuliers n’ont plus le droit de remplir leurs piscines ni de nettoyer leur voiture et ne peuvent arroser leur potager qu’après 20 heures. Selon le site gouvernemental Propluvia, 78 départements étaient concernés au 7 août par au moins un arrêté restreignant la consommation d’eau. Ils étaient 85 en 2019 au même moment, et 50 en 2018.

Pour anticiper la sécheresse et limiter son effet, les autorités publiques évaluent la situation au regard de multiples indicateurs, comme le débit des cours d’eau ou les niveaux des nappes phréatiques. Météo France tient depuis 1959 un indice de sécheresse des sols superficiels (de 1 à 2 mètres de profondeur). Cette année, ils sont très arides en raison du manque de pluie (« sécheresse météorologique ») au printemps. Un déficit pluviométrique qui se poursuit cet été : sur l’ensemble du mois de juillet, le niveau des précipitations n’a jamais été aussi bas depuis que cet indicateur est suivi.

LA PLUVIOMÉTRIE DU DÉBUT DU MOIS DE JUILLET AU PLUS BAS DEPUIS 1959


Source : Météo France


Lire aussi Ces différentes sécheresses qui font que la France est à sec

DES SOLS PARTICULIÈREMENT SECS CET ÉTÉ

« Dans un grand tiers nord-est du pays, sur certaines parties très concernées par la sécheresse des sols, on commence à s’approcher des niveaux des grandes sécheresses estivales de 1976 et de 2003 », commente Jean-Michel Soubeyroux, climatologue à Météo-France. Ils s’inscrivent dans une « tendance à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses [au sens de la surface affectée] particulièrement nette depuis la fin des années 1980 ».

UNE SÉCHERESSE DES SOLS DE PLUS EN PLUS FRÉQUENTE ET VASTE

Ce graphique montre l’Indicateur annuel de sécheresse des sols en métropole. Il est basé sur l’indice d’humidité des sols superficiels (Soil Wetness Index), et calcule le pourcentage en moyenne sur l’année de la surface du territoire où l’on a observé des conditions anormales d’humidité du sol. La courbe bleue correspond à une moyenne glissante centrée sur 11 ans de cet indicateur. La tendance peut être influencée par des variations naturelles sur quelques années.
Vous pouvez choisir d’observer les données de la région de votre choix ou de France métropolitaine.
France
Alsace
Aquitaine
Auvergne
Basse-Normandie
Bourgogne
Bretagne
Centre
Champagne-Ardenne
Corse
Franche-Comté
Haute-Normandie
Ile-de-France
Languedoc-Roussillon
Limousin
Lorraine
Midi-Pyrénées
Nord-Pas-de-Calais
Pays de la Loire
Picardie
Poitou-Charentes
Provence-Alpes-Côte-d’Azur
Rhône-Alpes


Source : Météo France


Les phénomènes de sécheresse des sols (également appelés « sécheresses agricoles ») tendent à s’accentuer. D’après Jean-Michel Soubeyroux, ils « sont deux fois plus importants que dans les années 1960 » en France métropolitaine. Une aggravation que le climatologue explique par des températures de plus en plus élevées, induites notamment par le changement climatique.

Celles-ci accroissent les besoins en eau des plantes et l’évaporation. A précipitations égales, mais à températures plus élevées, le stress hydrique est plus important et la sécheresse plus fréquente et difficile à surmonter, altérant le développement de la végétation.

Ce phénomène se décline différemment selon les territoires. Le quart nord-ouest du pays, qui comprend notamment la Bretagne et la Normandie, reste plutôt préservé en termes de sécheresse des sols. A l’inverse, l’Est et le Sud présentent des signes d’aggravation plus alarmants. Jean-Michel Soubeyroux cite notamment le cas de l’Occitanie où « les sécheresses des sols reviennent trois fois plus souvent que dans les années 1960 ».

COURS D’EAU : « QUATRE ANNÉES CONSÉCUTIVES TRÈS SÈCHES »

Dans ces régions, les cours d’eau sont souvent sujets aux étiages, c’est-à-dire des débits exceptionnellement faibles, observés en période estivale. D’après les données de l’Observatoire national des étiages (ONDE), qui surveille les écoulements de près de 3 200 petits cours d’eau métropolitains, 17 % d’entre eux sont en situation d’« assec »(c’est-à-dire que l’eau est « absente, évaporée ou infiltrée ») en cette fin de mois de juillet.

Ce phénomène, lié aux printemps très secs mais aussi aux activités humaines comme le pompage dans les rivières, paraît s’accentuer. En 2019, environ 31 % des cours d’eau observés fin septembre se trouvaient en assec et 6 % en rupture d’écoulement (aucun courant n’est apparent, malgré la présence d’eau, sous forme de flaques, par exemple). Une situation qui « n’avait jamais encore été rencontrée à la même période depuis la mise en place », en 2012, de ce dispositif, précise le dernier bulletin annuel.

2019, ANNÉE « RECORD » AVEC 24% D’OBSERVATIONS EN ASSEC OU EN ÉCOULEMENT NON VISIBLE

Part des observations selon les modalités d’écoulement (environ 3 200 cours d’eau observés mensuellement entre mai et septembre, au plus près du 25 de chaque mois). A noter : l’écoulement des cours d’eau est apprécié exclusivement visuellement, aucune mesure sur le terrain n’est réalisée.



Source : Observatoire national des étiages


« Ce qui est marquant, c’est d’avoir quatre années consécutives qui sont très sèches », note Claire Magand, chargée de mission ressources en eau et changement global à l’Office français de la biodiversité. Elle se montre, néanmoins, précautionneuse quant à l’évolution de ces données, en raison du faible recul temporel : « Quand on regarde la période de 2012 à 2019, on a l’impression qu’il y a une tendance, mais c’est peut-être juste un cycle pluriannuel. »

LE NIVEAU MOYEN DES NAPPES EN BAISSE

Même prudence pour Hélène Bessière et Lisa Baulon, hydrogéologues au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’organisme qui surveille les nappes phréatiques : « Le réseau de mesures n’a été mis en place qu’à la fin des années 1960 sur les bassins du nord de la France, puis dans les années 1990 pour le reste du pays. »

Cette année« le niveau des nappes est au-dessus de la normale » dans une grande partie de la France, constate Violaine Bault, également spécialiste au BRGM. Les précipitations importantes de l’hiver ont « permis de bien recharger les nappes », qui se remplissent essentiellement à cette saison.

Mais les premières études cherchant à déterminer l’effet du changement climatique sur les niveaux des nappes commencent à donner une idée de la tendance. Selon Hélène Bessière et Lisa Baulon, « même s’il est difficile de différencier ces mesures de l’impact des prélèvements d’eau humains, on observe des tendances à la baisse des niveaux moyens des nappes rapportés à leur amplitude maximale, d’un ordre de grandeur de – 0,1 % par mois », notamment dans l’aquifère de la craie du Bassin parisien.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Sécheresse, surexploitation : le monde a soif

Etant donné les liens étroits entre cours d’eau et eaux souterraines, une évolution de la recharge de nappe pourrait avoir des conséquences en surface : « Si les nappes baissent trop, elles risquent de déconnecter les cours d’eau » et d’augmenter le nombre de petits affluents assec. Avec de nombreuses conséquences sur la flore et la faune, puisque cela pourrait favoriser la disparition de certaines espèces dans les cours d’eau concernés.

Qu’elles concernent les sols, les nappes ou les cours d’eau, les prévisions des chercheurs sont pessimistes. Jean-Michel Soubeyroux de Météo-France s’attend à « la poursuite des tendances actuelles » « Les sécheresses des sols et les étiages pourraient devenir beaucoup plus fréquents et être encore plus sévères l’été. »72 départements au-delà du seuil de vigilance

Avec l’épisode de canicule, la situation se dégrade rapidement en France sur le front de la sécheresse. La terre a soif, l’état des rivières et plans d’eau risquent de poser problème aux humains comme aux écosystèmes. En moyenne, la consommation d’eau s’élève à 26 milliards de mètres cubes par an dans le pays, dont 82 % proviennent des fleuves, rivières et lacs.

Malgré les pluies du printemps, le mois de juillet particulièrement sec a conduit les préfectures à prendre déjà 146 arrêtés restreignant les usages de l’eau souvent jusqu’en septembre, voire novembre. Samedi 8 août, 72 départements étaient au-delà du seuil de vigilance, selon le site Propluvia. En situation d’alerte ou d’alerte renforcée, il est interdit d’arroser les jardins à certaines heures, les espaces verts, de laver sa voiture entre autres. Les agriculteurs doivent pour leur part réduire de moitié au moins leurs prélèvements d’eau ou les cesser plusieurs jours par semaine. Une large partie de l’Est du pays est concernée.

Lorsque le secteur est classé en crise, l’eau potable et celle destinée à la santé et à la sécurité deviennent prioritaires, les autres usages sont suspendus. C’est le cas dans la quasi-totalité des départements de Côte-d’Or, Haute-Vienne, Saône-et-Loire, ainsi que de la majorité du territoire de l’Indre. La préfecture de Dordogne vient d’étendre les restrictions car le département a connu le mois de juillet le plus sec depuis 1950.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire